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TABLEAU DE FAMILLE .... de haut en bas, Camille puis Antoine Kouchner, les jumeaux; Olivier Duhamel, le beau père incestueux, Evelyne Pisier, la mère.

Un livre de Camille Kouchner (fille de), La familia grande, au Seuil, et la suite. Je ne l'avais pas lu. C'est fait. Et une Grande librairie, à la télévision, chez François Busnel, en janvier 2021 :  https://www.youtube.com/watch?v=4MDl5Ap66k4

J'ai écouté Camille Kouchner chez François Busnel  après l'avoir lue.

Dans la réception médiatique du livre, en pleine convergence avec le questionnement de François Busnel, il y a selon moi une grave erreur de perspective. C'est la voix de Camille Kouchner à différents âges, de l'enfance à la trentaine, en gros, qui traverse le livre et le tient tout du long. La voix d'une fillette, puis d'une adolescente et enfin d'une femme qui parvient mal à couper le cordon ombilical, lequel au-delà de la mère, s'étend dans la fascination jusqu'au beau-père. La personnalité d'Olivier Duhamel illumine, après puis à la place d'Evelyne Pisier, cette enfance et son aura est affirmée absolument dominatrice, tenant sous son emprise tout un groupe familial et relationnel. 

Le livre est en deux parties. D'abord le groupe dans des étés choraux à Sanary-sur-mer qui sont le paradis perdu de l'auteur, puis, son jumeau l'ayant faite confidente de son drame, de sa sujétion sexuelle au beau-père incestueux, le cataclysme psychique qui va la dévaster et ébranler les fondements d'un bonheur qui explose derrière la fiction pourtant maintenue de quelques étés supplémentaires et angoissés avant de disparaître totalement. Rien n'est absolument clair ni absolument daté là-dedans et d'énormes ambivalences se maintiennent, longtemps, d'une façon, pour le lecteur, absurde. Un discours est mis en avant, sur la fragilité de la mère qui ne se remet pas du décès de la grand-mère. Et le groupe familial le plus restreint, s'il est traversé de tensions et de non-dits, ne parvient pas à dégager d'attitude collective cohérente, chacun dirait-on dans la fuite sinon le déni et l'absolu interdit de l'explicitation. L'auteur souffre, culpabilise à longueur de pages, métaphorise sur l'hydre qui la dévore, ne se décide à rien, incapable de porter le couteau dans la plaie, au centre d'une valse étonnante de lâchetés familiales et sans doute autres, se contredisant elle-même par l'affirmation simultanée que tout le monde savait et que personne n'était au courant, ce qui reste aberrant. Il s'en dégage une impression de gêne, un malaise face à cette forme de complaisance générale inaboutie quand la situation exigeait d'évidence que l'on tranche le noeud gordien.

Seule Marie-France Pisier, la tante, semble avoir essayé d'être à la hauteur de la situation avec la volonté réelle, dès qu'elle a su, de crever l'abcès, ce qui a débouché sur une mort, la sienne, pour le moins suspecte et dont on ne comprend pas qu'elle n'ait pas donné lieu à une enquête plus approfondie que les deux lignes auxquelles elle a droit dans le livre, avec mutisme, absence résolue de réaction à la perche tendue par Busnel lors du dialogue à la télévision. Qu'est-ce que c'est que ce suicide où la suicidée se retrouve au fond d'une piscine, sans eau ou presque dans les poumons, la tête et les bras coincés dans le dossier d'une lourde chaise ? On croit rêver.  Dont acte, circulez, "y'a rien à voir"? Une prouesse à la Bérégovoy, suicidé de deux balles dans la tête?

L'inceste est indéfendable dans son ignominie, mais le numéro de Docteur Jekyll et Mister Hyde auquel s'est livré pendant des années  Olivier Duhamel ne fait tristement que l'ajouter à la longue liste des ordures duplices, avec comme circonstance aggravante le brio éclatant de la personne publique. Un brio d'ailleurs si aveuglant que l'on voit bien Camille Kouchner se débattre et peiner à s'arracher à sa lumière pour qualifier comme elle le mérite l'abjection de son côté sombre. Mais tandis que l'attention se porte sur l'inceste et que l'auteur développe le discours de la culpabilité des témoins, le public, les médias passent, me semble-t-il, à côté du problème que pose le livre dans sa première partie, lorsqu'il expose, en toute naïveté, ce scandale à mes yeux plus terrible du mode de vie d'un microcosme germanopratin si imbu de ses supériorités intellectuelles et de ses privilèges que son fonctionnement, son existence, ses pratiques sont une insulte absolue aux espoirs d'un peuple qu'à travers le programme commun de la gauche qui allait aboutir au 10 mai 1981, toute une France à la peine avait fondés sur lui.

Ainsi donc, voilà ce que sont devenus nos révolutionnaires idéologisants de Cuba et du joli mois de mai 68? Une grosse décennie de verbe haut, de leçons de gauche, de vitupérations contre le "coup d'état permanent" de la cinquième République, de mépris affirmé pour la France gaullo-giscardienne, de discours enflammés au secours du peuple souffrant, de défense et de compréhension des classes laborieuses, et puis, finalement, la réduction des emballements de 68 au "jouissez sans entrave", la délégation à des domesticités nombreuses de l'encadrement de la progéniture,  les abbayes de Thélème estivales à net parfum de sexualité libérée-partagée, l'encouragement d'ailleurs à goûter sans trop attendre aux saveurs de celle-ci (Comment, mignonne, treize ans et on n'a pas encore vu le loup?) et puis, le pouvoir arrivant, les postes qui vont avec, l'ivresse des maroquins et le gonflement des comptes en banques (ce qui permettra de sortir les enfants de l'enseignement public, enseignement des pauvres, pour les faire bénéficier des charmes, jusque-là honnis, de l'Ecole Alsacienne). Cette mentalité, ces trahisons, sont inexcusables, impardonnables.

Ce livre est triste, parce que s'il ne nous apprend rien sur les perversités sexuelles qui transforment des parents ou des proches en prédateurs et sur leurs conséquences, il souligne avec une décourageante clarté combien le combat pour l'égalité des conditions de vie et le bonheur de tous à l'aube des lendemains qui chantent est un combat perdu d'avance, puisque ceux-là même qui prétendent le mener oublient dès que l'occasion s'en présente le collectif pour l'individuel, découvrent que l'interdiction d'interdire est d'abord une saine pratique privée et s'enchantent que la gauche soit nettement plus confortable quand elle est caviar que du temps qu'elle était, ô leur naïve jeunesse, révolutionnaire.

Révoltant.