AutreMonde

27 août 2016

Septembre 2016

 

                 Cataracte_rapides

Malherbe n’est pas seul à être bienvenu,

Septembre aussi, qui nous repose des vacances.

La chair est fatiguée et l’esprit est à nu,

Lui pendant tous ces jours laissé en déshérence.

 

La rentrée! Le voici le moment d’espérer !

On fera mieux, c’est sûr, que l’année précédente,

On repart du bon pied, on refuse d’errer,

On échafaude un plan et l’attente est ardente.

 

On se dit : Cette fois, je vais y arriver,

Car statistiquement, vérité assurée,

Le succès vient à soi lorsque l’échec s’itère.

 

On va enfin pouvoir embarquer pour Cythère …

Façon de dire car l’horizon amoureux

N’est certainement pas de ceux qui rendent heureux.

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17 juillet 2016

DERAPAGE ESTIVAL .

Hommage à Roland Barthes : L'empire des signes ...

 

....  OU LE CHOC DE DEUX CULTURES .

 

Le haïku, c'est très japonais,

Ail

 

C'est très précis, très ordonné,

 

C'est leur obsession, leur névrose,

 

L'art poétique qu'ils proposent.

 

Nous, on est moins sophistiqués,

 

Plus directs et moins compliqués.

 

Phonétiquement, ça ressemble,

Nu

 

Deux machins qui marchent à l'amble,

 

Deux versants de l'humanité

 

A pratiquer, même pinté,

 

Côté bouffe et côté plumard:

 

Ail-Cul! C'est franchement bonnard!

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06 juillet 2016

PEINDRE, PECHER & LAISSER MOURIR - (PETER HELLER)

 

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" Peintre en vogue, pêcheur ardent, philosophe artisanal, Jim Stegner tombe dans un engrenage fatal le jour où, témoin accidentel, il prend la défense d’une petite jument maltraitée. C’est qu’il est un poil sanguin, ce père orphelin, en quête d’une sérénité à jamais perdue avec sa fille violemment arrachée à la vie, son mariage pulvérisé, son rapport au monde passablement conflictuel. Pour ne rien arranger, l’homme est profondément allergique à l’injustice, et dangereusement réactif à la violence.

Pourtant, au large de la petite ville de Paonia, Colorado, concentré sur une discipline et une sobriété appliquées, c’est dans l’exercice de son art que le peintre tente de tout canaliser : la douleur, la colère, la peur même. Et voilà que, du jour au lendemain, son quotidien vire à la course poursuite permanente : Jim devient la proie mouvante – et la terreur numéro un – d’une bande de solides ordures qui ne plaisantent pas avec la vengeance."

Oui, c'est un peu ça. Assez ça. La quatrième de couverture réussit plutôt bien le résumé, même si elle ne met pas assez en valeur les sensualités, femmes et nature, qui ne cessent de parcourir ce copieux roman.

Ce copieux roman réussi.

Et le malheureux John Irving, dont je venais péniblement de sortir, se retrouve plus que pâlichon en face de cette robuste course à la vie, colorée et inventive .

C'est un cadeau de Noël, resté sur la pile, ce livre. Mieux vaut s'y mettre tard que jamais. Redécouvert dimanche et achevé mercredi! Rien à dire, on est assez emporté. Un thriller très enlevé, entrelardé d'une constante réflexion sur soi, un peu lourdaude parfois, pas trop, mais bien dans la façon américaine où excelle Richard Ford et qui ne manque pas nécessairement de charme.

Du suspense, des plages de calme, des paysages de western moderne, un vieux pick-up, un ex-alcoolo, des coups, les ingrédients y sont. Des truites et des femmes. Ça fonctionne très bien. Un excellent divertissement, imaginatif, mûr pour le passage à l'écran.   

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28 juin 2016

LE DERNIER JOHN IRVING : AFFLIGEANT!

 

FCF

Quatrième de couverture :

Lors d'un voyage aux Philippines, Juan Diego Guerrero, écrivain américain célèbre et vieillissant, revit en rêves récurrents les épisodes de son adolescence au Mexique, à la lisière de la décharge publique de Oaxaca où lui et sa sœur Lupe ont grandi.

Infirme depuis le jour où une voiture lui a écrasé le pied, Juan Diego a en outre le cœur fragile; il prend régulièrement des bêtabloquants, qui le protègent des émotions, et occasionnellement du Viagra, car on ne sait jamais …..

Des émotions, il en aura tout au long de son périple, notamment avec Miriam et Dorothy, mère et fille aussi désirables qu'inquiétantes.

Balloté d'hôtels en aéroports, Juan Diego se remémore entre autres la mort de sa mère, femme de ménage chez les jésuites et prostituée à ses heures, "tuée" par une statue géante de la Vierge Marie; son adoption par un couple improbable rencontré dans un cirque, où son destin et celui de sa petite sœur extralucide basculent. Marqué par le hasard et l'inéluctable, ce destin s'accomplira peut-être dans une modeste église au fin fond d'un quartier pauvre de Manille.

Dépaysement assuré dans ce récit jubilatoire et débridé, qui se teinte de gravité lorsqu'il aborde les mystères insondables de la condition humaine.

*******************************

Ce gros roman (515 pages) – traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun et Olivier Grenot – est une catastrophe. La quatrième de couverture – qui fournit un survol approximatif de l'affaire et des précisions … inexactes (le couple rencontré dans un cirque) – s'efforce de vanter au lecteur à venir un récit qui serait picaresque et profond et qui se révèle hélas une catastrophe sans queue ni tête.

 John Irving a écrit deux livres assez enthousiasmants (Le Monde selon Garp ; Hôtel Newhampshire ) dont le contenu autant que la facture étonnaient. L'œuvre de Dieu, la part du Diable est un roman très attachant et l'idée directrice de Une prière pour Owen émeut et fait qu'on se souvient  du livre. Quelques histoires mineures: Un mariage poids moyen, l'Epopée du buveur d'eau, Liberté pour les ours! - et puis,  progressivement, adossé à une imagination fertile à l'excès, Irving s'est abandonné à ses tics pour structurer à partir d'une documentation la plupart du temps impressionnante, des contes hypertrophiés où la profusion finit par ruiner la littérature. C'était évident dès Un enfant de la balle qui semblait le canevas sursaturé de plusieurs romans.  Une veuve de papier, La quatrième main, Je te retrouverai, Dernière nuit à Twisted River, A moi seul bien des personnages : A boire et à manger. Mais on a continué, si j'ose dire à cause de Garp, et puis il y avait ici ou là un éclair, on supportait, on ne voulait pas comprendre, même si tout ça devenait pesant, outre l'idiosyncrasie de petits fantasmes sexuels itératifs, récurrents, puérils au fond, agaçants.

 Là, cette Avenue des mystères, c'est vraiment le bouquin de trop!

On ne peut rien sauver. Le grand n'importe quoi qui préside au déroulé du livre relève souvent de l'incohérent, c'est une accumulation d'idées inabouties, de personnages sans épaisseur, de pistes abandonnées, de tentatives ratées de morceaux de bravoure, de discours ennuyeux, de vague narcissisme (le héros comme écrivain: nous les écrivains …), de pittoresque de bazar, de fantastique de série Z, c'est au fond pathétique : l'agonie d'un talent qui a raclé ses fonds de tiroir.

 Dans Le Monde des livres du vendredi 17 juin dernier, Frédéric Potet, qui titre astucieusement son billet A court de miracles, après avoir essayé de ne pas être d'entrée immédiatement négatif, conclut avec lucidité (et retenue!) : L'auteur du Monde selon Garp n'en fait-il pas un peu trop, dans ce roman - le 14ième de sa carrière – qu'une écriture sans éclat ne contribue pas à rendre plus crédible?

 Oui, le livre de trop, vraiment.

Très triste. 

Josée Kamoun                                 John IRVING                                            Olivier Grenot

Josée Kamoun

Irving

Olivier Grenot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 juin 2016

SUR UNE EPREUVE DU BACCALAUREAT

                       

                            Surveillance du Bac

C'était la Fêtaumaths, ce lundi matin 20 juin, avec l'épreuve de mathématiques du baccalauréat, série S, épreuve encore un peu corsée pour la modeste communauté des candidats ayant choisi l'option complémentaire "Enseignement-Spécialité". Ils avaient droit à une petite récréation à propos de la recherche des points à coordonnées entières (positives ou négatives) de la droite d'équation :

Y = (M/N)X - P/Q avec M, N, P, Q, des entiers de signe quelconque , non nuls, et tels que M et N d'une part, P et Q d'autre part soient premiers entre eux (c-à-d n'aient aucun diviseur commun autre que 1).

On note cela : pgcd(M,N) = pgcd(P,Q)=1, où le sigle pgcd désigne le plus grand commun diviseur.

Après quelques préliminaires suivis du recours à deux fortes personnalités de l'Arithmétique, Carl Friedrich Gauss (1777-1855) et Etienne Bezout (1730-1783), on en arrivait à la certitude que sur la droite indiquée, on trouvait effectivement des points à coordonnées entières sous la condition nécessaire et suffisante que Q soit un diviseur de N.

Ainsi, par exemple, M, de coordonnées X=42, Y=14, est un point à coordonnées entières de la droite d'équation : Y = (3/8)X-7/4. Vérification immédiate.

Heureux de ce succès, les candidats abordaient la question 5, ainsi libellée :

On donne l'algorithme suivant :

****

Variables : M,N,P,Q : entiers relatifs non nuls tels que pgcd(M,N) = pgcd(P,Q)=1

X: entier naturel

Entrées : Saisir les valeurs de M,N,P,Q

Traitement et sorties :

Si Q divise N alors

       X prend la valeur 0

       Tant que ((M/N)X+P/Q n'est pas entier) et (-(M/N)X+P/Q n'est pas entier) faire

                   X prend la valeur X+1

       Fin Tant que

       Si  (M/N)X+P/Q est entier alors

                   Afficher X,(M/N)X+P/Q

       Sinon

                   Afficher -X, -(M/N)X+P/Q

       Fin Si

Sinon

       Afficher "Pas de solution"

Fin Si

****

a. Justifier que cet algorithme se termine pour toute entrée M,N,P,Q, entiers relatifs non nuls tels que pgcd(M,N)=pgcd(P,Q)=1

b. Que permet-il d'obtenir?

Le déchiffrement de l'algorithme n'était pas difficile, d'autant qu'il s'agissait à l'évidence de gérer concrètement une situation identique ou apparentée à celle qu'on venait de traiter de façon théorique.

Mais toute la question soudain a été là : Identique ou Apparentée?

Car, attendue comme identique par le lecteur attentif, il était assez clair qu'il y avait une faute de frappe dans l'approche exposée, et que tous les (M/N)X+P/Q  et

 -(M/N)X+P/Q écrits auraient dû l'être  (M/N)X-P/Q  et  -(M/N)X-P/Q 

Par contre, acceptée comme apparentée, l'approche assumait sans sourciller la présentation fournie, à charge pour le candidat de souligner qu'elle s'utilisait pour gérer la présence d'un certain point de coordonnées entières sur la droite d'équation :

Y = (M/N)X+P/Q  et non, comme dans les questions précédentes, Y = (M/N)X-P/Q.

Mais le bon sens du candidat n'aime pas les apparentements douteux et le plus vraisemblable est qu'en l'occurrence, cette répulsion ait été fondée et le texte effectivement fautif.

Le signataire du BAT (bon-à-tirer) méritant dès lors qu'on en fasse autant avec ses oreilles!

Si l'on met en place effectivement l'algorithme proposé (si on le programme sur une calculatrice de type lycée), il nous permet quoi qu'il en soit de répondre aussi bien au problème : Y =  (M/N)X+P/Q qu'au problème : Y = (M/N)X-P/Q sous réserve lorsqu' il se déroule et pose la question de la saisie de P, de saisir –P. Cette petite acrobatie fournit un argument (de parfaite mauvaise foi) pour essayer de dédouaner le sujet en affirmant que l'algorithme fourni n'était au fond qu'à moitié inadéquat ….. ou plutôt volontairement biaisé afin de tester l'aptitude des candidats à opérer eux-mêmes le rattrapage simple nécessaire pour l'utiliser dans le strict cadre de l'étude précédente (en saisissant  –P au lieu de P).

Ainsi, en saisissant successivement – 23 et 23, l'algorithme fournit comme solutions :

X=-4; Y=-7  pour  Y = (13/14)X-23/7     et  X=4; Y=7 pour Y =  (13/14)X+23/7   

On notera au passage qu'il est évident que:

si (X,Y) est solution de Y = (M/N)X+P/Q

alors (-X, -Y) est solution de Y = (M/N)X-P/Q.

On peut s'amuser à faire tourner l'algorithme sur des saisies un peu moins triviales.

Il fournit ainsi vaillamment : X= -204; Y=-46 pour Y = (47/210)X-12/35

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20 mai 2016

ANNIE ERNAUX, ANNIE DUCHESNE … MÉMOIRE DE FILLE

A LA LIBRAIRIE COMPAGNIE (PARIS)

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Annie ERNAUX                                 annie-ernaux-ecriture-la-place-cafe-epicerie-e1434469366502

                                Annie Ernaux3

Mercredi  18 Mai, 18h30. J'avais soigneusement noté l'heure et le jour sur l'agenda. Je suis pourtant arrivé un peu tard, et d'abord parce que le lieu de rendez-vous avait changé … depuis trois ans que je ne m'y étais plus rendu. La rencontre avec Annie Ernaux avait été installée au sous-sol. En bas de l'escalier, le couloir était dans son dernier tiers déjà encombré d'auditeurs, impossible d'espérer l'accès à la salle, qu'il longe et sur laquelle il débouche, mais latéralement, en sorte que, coincé à deux mètres de l'ouverture, on ne pouvait qu'espérer entendre faiblement ce que restituait une sono très insuffisante. Mon voisin avait sous le bras un paquet volumineux, au moins trois livres d'Ernaux, qu'il comptait sans doute faire dédicacer, et dont la grande poche dans laquelle il les avait enfermés bruissait épouvantablement au moindre mouvement, écran sonore rédhibitoire. 

J'ai malgré tout tenu bon. Environ 45 minutes. On entendait l'auteur s'expliquer sur son livre, c'est-à-dire en paraphraser quelques éléments introductifs. Puis elle a lu une page (deux?) dans les premières et l'on est passé aux questions. Questions timides, plutôt sur le mode attentivement élogieux, deux ou trois, quatre peut-être, guère plus, tournant autour des problèmes de restitution mémorielle: pertinence, fiabilité? Effet thérapeutique ou couteau dans la plaie?

Ça n'allait pas très loin. Le responsable de la rencontre avait lancé l'affaire en évoquant l'hypothèse d'un roman d'apprentissage. La réponse avait été plutôt oui. Mais apprentissage de quoi?

Curieuse femme, Annie Ernaux, qui fut certainement jolie, qui reste tout à fait intéressante. Je suis venu à elle par Passion simple. Ce devait être au moment de sa sortie, j'avais gardé souvenir du début des années 1980, et vérification faite, le roman aurait été publié en 1991? Ce doit être une affaire de réédition (?). Ou moi, qui perds le sens. Une amie l'avait apprécié, en femme m'avait-elle dit,  qui voulait mon avis. J'ai dû lire ensuite L'art de la photographie, puis Les Années et là, donc, Mémoire de fille. C'est bien peu pour une œuvre autobiographique d'une vingtaine de titres. 20%. Alors, disons que mon jugement souffre d'un lourd handicap de départ. Toutefois …

C'est le caractère soft – édulcoré? - des questions de mercredi soir, qui m'a le plus surpris. Et j'étais dans l'incapacité matérielle, depuis mon bout de couloir,  d'en poser pour imposer autre chose. Parce qu'enfin, ce bouquin qui renvoie une existence de femme au traumatisme premier d'une sorte d'agression que l'on plaiderait aisément en viol et qui s'affirme non seulement consentie mais incompréhensiblement transmutée en ressort d'un appétit sexuel relevant de l'addictif, on voudrait le comprendre et donc l'interroger. Mais non. On est resté bien loin de ce mystère.

L'alchimiste particulièrement antipathique et brutal, le responsable de cette transmutation, ce H. vaguement professeur d'E.P.S., comment le faire coïncider avec l'archange que se racontera ensuite la fille de 58, jeune fille qui n'a jamais vu ni touché un sexe d'homme, qui s'est laissé entraîner, sans trop savoir, au terme d'une première danse et – déjà – d'une brutalité, dans une chambre où il la fait glisser au bas de son ventre, la bouche sur sa queue. Elle reçoit aussitôt la déflagration d'un flot gras de sperme qui l'éclabousse jusque dans les narines . Il n'y a pas plus de cinq minutes qu'ils sont entrés.

Et ce comportement plein de délicatesse serait le début d'une épiphanie?

C'est au fond cela, et qui à la lecture m'a heurté, que j'aurais aimé comprendre. Car la suite décrit une forme d'avènement: Depuis H, il lui faut un corps d'homme contre elle, des mains, un sexe dressé. L'érection consolatrice. Stupéfiante ouverture au monde. Passion simple  laissait entrevoir une piste, on s'étonnait . Sacrée révélation, ici.

Pour le reste, peu à dire. Elle l'a d'ailleurs dit elle même. Profitant de l'identité des calendriers de 1958 et de 2014, la femme de 2014 s'est astreinte à ramener à la surface, au jour le jour, la fille de 1958, et l'écriture témoigne bien de la remontée des images, qui sont plus que des souvenirs et se dévoilent  à son regard aujourd'hui extérieur, dans l'incompréhension de l'expérience acquise. Mais enfin, passé le premier choc de la nuit du 16 au 17 août, le lecteur va finir un peu par s'ennuyer.

Parmi les questions qu'il se pose, celle-ci: au-delà de la curiosité faiblissante qu'éveille ce spectacle de remémoration, quelle universalité dans cette histoire qui pourrait justifier son attention? Inutile d'espérer ici tirer quelques leçons de sexualité féminine tant le cas paraît atypique et n'appelle pas la généralisation.

Ce qui reste curieux ou inattendu, à l'heure où le DSK au petit pied que semble être Denis Baupin défraye la chronique, c'est de voir apparaître avec Mémoire de fille un témoignage qui apporte – fût-ce sur un cas d'espèce – un renfort sans doute involontaire mais mal venu au machisme triomphant et aux tenants d'une brutalité sexuelle masculine libérant les sens de la partenaire. Dans Le bonheur est dans le pré, excellent film, réjouissant, d'Etienne Chatiliez, sorti en 1995, Eddy Mitchel qui avait pris la succession de Michel Serrault au service sexuel  d'une Sabine Azéma jusqu'alors plutôt coincée, s'excusait auprès de son ami, fasciné par la transformation,  d'avoir , à celle-ci, dégagé les écoutilles (on avait eu droit à une scène de  découverte de l'orgasme féminin par saillie vigoureuse et en levrette imposée à plat ventre sur un capot de voiture). Certes, on est là dans la caricature, mais derrière l'humour un peu trash, le poncif ainsi mis en forme cinématographiquement est-il si éloigné de l'aboutissement spectaculairement non traumatique d'un comportement masculin parfaitement injustifiable de jouisseur imbécile? 

Non traumatique? Je fais peut-être un contresens. Je parlais cet après-midi, et fort superficiellement, de Derrida avec mon petit fils, élève de Terminale, et qui voyait passer cela dans son cours de philosophie, écrit par le maître du déconstructionnisme : L'écrivain écrit dans une langue et dans une logique dont, par définition, son discours ne peut dominer absolument le système, les lois et la vie pro­pres. Il ne s'en sert qu'en se laissant d'une certaine manière et jus­qu'à un certain point gouverner par le système. Et la lecture doit toujours viser un certain rapport, inaperçu de l'écrivain, entre ce qu'il commande et ce qu'il ne commande pas de schémas de la langue dont il fait usage. Et aussi :Un texte n'est un texte que s'il cache au premier regard, au premier venu, la loi de sa composition et la règle de son jeu. Un texte reste d'ailleurs toujours imperceptible.  Et si le texte d'Annie Ernaux m'était resté résolument imperceptible? Et si Annie Ernaux avait écrit tout autre chose que ce qu'elle voulait dire? Et moi, lu tout autre chose que ce qu'elle avait écrit?

L'incompréhension reste peut-être le maître mot de tout cela: du texte d'Annie Ernaux, de la fille de 1958, puis parce qu'il me semble qu'elle y renvoie, d'un épisode plus tardif et pour moi lecture antérieure, de Passion simple; d'Annie Duchesne devenue Ernaux en somme, adolescente écrasée par la honte de l'épicerie d'Yvetot et qui a touché, qui sait, dans une nuit d'Août 1958, ce fond qui nous permet de remonter . Pas bien certain ….. C'est probablement un peu triste, tout de même.

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09 avril 2016

SIX PERSONNAGES EN QUÊTE D'AUTEUR

         

 

Pirandello

 

Demarcy-Mota

 

Valerie-Dashwood

 Vu au Théâtre de la Ville, Paris, place du Châtelet, mercredi 6 avril dernier, Six personnages en quête d'auteur, de Luigi Pirandello. Mise en scène d'Emmanuel Demarcy-Mota qui a fait tourner depuis 15 ans sur ce spectacle et à travers le monde, sa troupe. Valérie Dashwood en premier rôle féminin.

La mise en scène est formidable mais … il y a pas mal de mais.

Quelle histoire prétendent-ils vivre en la racontant, ces six personnages qui débarquent sans prévenir au milieu de la répétition d'une troupe d'acteurs attelés sans enthousiasme à la reprise d'une fort médiocre pièce … de Pirandello ?

Car le texte le dit lui-même : Que voulez-vous que j’y fasse (…) si nous en sommes réduits à monter des pièces de Pirandello – rudement fort celui qui y comprend quelque chose ! – et qui sont écrites tout exprès pour que ni les acteurs, ni les critiques, ni le public ne s'y retrouvent?

Formes idéelles qui ont été conçues mais ne sont pas parvenues jusqu'à l'existence réelle, les six personnages sont désespérément à la recherche d'une possibilité d'achèvement à travers au moins une représentation théâtrale et prêts à se résoudre de mauvaise grâce à confier leur sortie des limbes à la première troupe venue. Abandonnés à mi-parcours par leur auteur, ils sont porteurs de destins fortement esquissés mais qui ne peuvent aboutir, accéder au vécu, que par une médiation dont ils enragent de savoir que la caractéristique première sera la trahison de leurs potentialités. Ils ont déjà vécu dans la tête de leur créateur ce qu'ils veulent théâtraliser, mais savent bien qu'ils l'ont vécu dans un entre-deux que nie le réel qui peut toutefois être re-vécu et que seule la scène peut faire accéder à cette forme d'existence où les pas ne laissent pas de trace dans le sable mais marquent à jamais les mémoires. Ils veulent être ce qu'était Lucien de Rubempré pour Oscar Wilde, et pour cela, il leur faut d'abord "être dits" et ils sont là "pour dire comment les dire".

De fait, cette proposition théorique est perceptible à travers la représentation et on peut considérer que c'est l'essentiel.

Par contre, force est de reconnaître que l'exposé, clair dans le texte de Pirandello, du drame imaginé-vécu des six personnages se noie un peu dans le flot des gestes, des paroles, des déplacements de la douzaine de personnes présentes sur le plateau dont le dynamisme gestuel et la projection phonique gomment les articulations du discours.  

Je ne suis pas du tout certain que le canevas précis, factuel, du drame, ait été parfaitement compréhensible.

En voici une version.

D'un côté, une troupe d'acteur étonnée mais à la fois relativement passive et ouverte devant l'intrusion des six personnages.

De l'autre, une mère, un père, une belle-fille, un fils, un adolescent, une gamine.

Dans la chronologie antérieure, le père et la mère, couple primitif, ont engendré le fils.

Puis, le père a poussé la mère dans les bras d'un autre pour des raisons qui tiennent à son égoïsme, peut-être à son désamour,  et à une forme de souci paradoxal de leur bonheur possible, à ces deux-là. D'où un nouveau couple dont le mari, après avoir fait avec la mère trois enfants (la belle-fille, l'adolescent, la gamine)  est mort.

Ce couple était d'abord resté dans la même ville que le père qui, pour des motifs qu'il affirme nobles, relevant de l'intérêt qu'il continuait à porter à ce nouveau foyer qu'il avait en quelque sorte fondé,  et que la belle-fille prétend ambigus, le père donc fait les sorties d'école pour voir grandir le premier fruit de l'union qu'il a décidée et qui n'est autre que ladite belle-fille.

Le nouveau couple, néanmoins, finit par quitter la ville. Les années passent. L'adolescent et la gamine sont nés. Puis leur père meurt, et la mère, la belle-fille devenue fort grande et effectivement fort belle, l'adolescent et la gamine, reviennent dans la ville du père, sans se signaler. Pour gagner leur maigre pitance, la mère fait des travaux d'aiguille pour le compte d'une maison de couture qui est aussi, mais elle ignore, la couverture d'une maison de passe, que fréquente par ailleurs le père. La maquerelle prend prétexte de la mauvaise qualité des travaux de la mère pour forcer à des fins de compensation la belle-fille à se prostituer, laquelle belle-fille se sacrifie pour conserver à sa mère un travail que celle-ci vit comme un sacrifice qu'elle lui fait pour assurer son manger! Ce qui devait arriver arriva, le père-client du bordel se retrouve exiger une passe de la belle-fille-pute en qui il n'a pas reconnu celle qu'il guettait, avec un intérêt attendri, dit-il, aux sorties d'école. Et la mère qui vient livrer ses médiocres travaux d'aiguille ouvre une porte et tombe sur son premier mari, pantalon aux chevilles, sur le point de besogner hardiment le plus beau fruit de son second mariage. Stupeur et tremblements. Honte du père. Flétrissure indélébile de la belle-fille. Voilà pour le sexe.

Reste le fils, le fils du père, l'unique enfant du premier mariage, l'objet de la dimension œdipo-psychologique de l'intrigue. Le père l'a mis tôt en nourrice à la campagne, sentiment de rejet. Puis, maintenant qu'il est revenu, voilà que s'imposent la mère, qui est allée faire trois bâtards avec un autre, mort maintenant, flanquée de sa progéniture, dont cette belle-fille envahissante et revendicatrice qui exerce sur le père une sorte de domination honteuse, incarnation de la faute indélébile. Il n'en veut pas, ni de l'adolescent, ni de la gamine, ni de la mère qui l'a laissé.

Tout ça finira mal, la gamine se noiera, l'adolescent se suicidera, non, la gamine se noie, l'adolescent se suicide, bon, en fait, la gamine s'est noyée, l'adolescent s'est suicidé, car tout cela a été entrevu par l'imagination de l'auteur envolé, a été vécu dans les coulisses de la vie à laquelle l'accès leur a été refusé, est vécu, là, dans la proposition qu'ils font à la troupe qui devra le représenter, lui donner chair sur les planches, ce qui ne sera encore qu'une chair virtuelle, tout cela est sur le point de trouver son issue théâtrale, on est au bord et puis, c'est le trou noir, ou plutôt le réveil, l'arrachement à l'irrationnel de la projection dans l'illusion collective, le néant exerce ses droits sur l'entre-deux qui le sépare du réel, il réabsorbe les personnages et le directeur de la petite troupe sur laquelle ils se sont fantasmatiquement abattus, hébété, ne peut plus que prendre acte de cette déchirure refermée dans le rideau du temps : Fiction ! Réalité ! Allez au diable, tous autant que vous êtes ! Lumière ! Lumière ! Lumière ! (Soudain, le plateau du théâtre et la salle du théâtre tout entière sont inondés d’une très vive lumière. Le Directeur respire, comme libéré d’un cauchemar, et ils se regardent tous dans les yeux, indécis et troublés.) Ah ! C’est bien la première fois qu’une pareille chose m’arrive ! Ils m’ont fait perdre une journée ! (….)

Qui, dans la salle, a compris le détail du mélodrame? That's the question! Et la réponse ne me semble pas acquise! Le texte de Pirandello intellectualise beaucoup les approches et il y a un décalage peut-être trop grand entre la tonicité du jeu des acteurs sur le plateau et la noirceur lente du mélodrame que revivent par la parole et le mime les personnages. L'impression, parfois de patauger, et puis des éclairs.

De fait, c'est le final qui sauve l'affaire. J'ai paradoxalement retrouvé ce qui m'avait frappé à la lecture – sans aucun rapport de thème – d'un roman de John Irving, Une prière pour Owen, qui m'avait un peu ennuyé jusqu'à sa formidable chute, éclairant en retour toutes les lenteurs et lourdeurs du cheminement antérieur. Ici, la chute d'un immense rideau blanc qui renvoie à la néantisation imaginaire les personnages après qu'ils ont dit ce qu'ils avaient à dire et ne subsistent plus que comme traces fantomatiques en ombres chinoises rend soudain extraordinairement palpable toute la signification du propos principal autour du degré de fiction du réel et du degré de réalité de la fiction, et l'on est alors véritablement projeté au cœur du questionnement à la fois banal et essentiel qui voulait être posé. Les personnages, les types qu'ils personnifient, les acteurs qui les prennent en charge, les mythes avec lesquels ils se confondent, le degré d'existence du je, et pour le faire sentir, le jeu.

Pirandello a fourni des didascalies nombreuses et précises qu'Emmanuel Demarcy-Mota a irrégulièrement adoptées et adaptées. L'ultime apparition de Valérie Dashwood qui fait l'affiche du spectacle et soulève le rideau du réel pour échapper aux ombres immenses de la prédation masculine est une belle trouvaille. Cela veut-il dire, aux marges des angoisses pirandelliennes, que la femme pourrait être autre chose que rêvée?

Dashwood-final

 

 

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23 février 2016

CHAIR ET CUIR - II

OU COMMENT PHILOSOPHER AVEC UN MARCEAU  .....

             Félicien Marceau

Eh bien, pour y revenir, ce Chair et Cuir est tout à fait surprenant et je me suis retrouvé fort désarçonné par la tournure des événements en atteignant les tout derniers chapitres du livre.

Voyons, sur quelles bases était-on parti?

Emile Magis, le narrateur, nous entretenait fort drôlement des réflexions que lui inspirait l'ensemble des conventions, des automatismes de comportement et de pensée sur lesquels, presque tous, nous vivons, et qu'il appelait Le système.

Un style volontiers parlé, avec quelques tournures d'habitué du comptoir; on pense un peu à un Céline qui n'aurait fait que commencer le Voyage; c'est moins profond, mais similairement direct, semi-complice, dénonciation d'une forme d'absurde qui nous laisse à l'extérieur de toutes nos décisions, acteur irresponsable, et même pas acteur d'ailleurs, mais agi par une absence de raisons qui n'en entraîne pas moins un enchaînement d'événements dont nous sommes le présumé moteur et finalement la victime.

On suit avec beaucoup d'amusement, souvent complice, cet Emile Magis plus ou moins dépassé par les circonstances mais qui lutte lucidement pour comprendre combien chacun ment et se ment, pour se conformer à des stéréotypes avec lesquels son moi propre ne se sent absolument pas en odeur de sympathie.

Et l'on avance avec lui dans cette société ridicule de marionnettes décervelées qui s'ennuient à répéter des gestes appris par simple imitation.

Dans ce détachement où tout relève plus ou moins de la contingence et du "Pourquoi, certes, mais aussi, pourquoi pas?", on se demande par moments si l'on est si loin du Meursault de Camus qu'il y paraît? Manque la pointe du tragique de l'indifférence.

Magis, c'est un type qui s'interroge, qui ne cesse de s'interroger, et qui ne trouve aucune réponse, aucune réponse valable. Le système écrase tout. 

Il narre et moque sa famille, son environnement, ses collègues de bureau, ses efforts pour habiter son propre personnage, ses maladresses et ses échecs, dont la mise à la disposition de tous via sa narration lui semble une thérapie en même temps qu'une œuvre de salubrité publique .

Et il émerge, lui, fortement, de cette accumulation de petitesses qu'il observe, commente et sur lesquelles il s'appuie pour avancer, non, pour seulement constater qu'il avance, et s'en étonner.

Mais voilà qu'à force de se laisser porter par l'inconséquence des circonstances, Emile Magis va développer des comportements qui vont lui faire quitter ses habits d'observateur désabusé de l'absurdité des choses pour endosser progressivement  le costume du salaud qu'on pourrait dire domestique et s'incarner en inadapté machiavélique et aigri s'enfermant finalement dans une obsession antisociale au petit pied qui à la fois confine à la bêtise et fait douter de sa santé mentale.

Le monologuiste si réjouissant des deux premiers tiers du roman auquel on accordait avec indulgence sa complicité amusée glisse vers une sorte d'abjection irresponsable et immature aux conséquences atterrantes, cependant que le chapitre XXXVII et dernier, qui voudrait peut-être indiquer une sorte de paradoxal aboutissement de la démarche signe plutôt son échec en même temps que celui de l'auteur à réussir la chute de son ouvrage.

Malgré cette note négative, il faut quand même souligner l'intérêt des 304 premières pages d'un roman qui en comporte 311 (collection Folio) et tout ce que la vision pessimiste du monde  que développe Emile Magis, la noirceur désabusée de son regard - noirceur est presque excessif; l'écœurement diffus? - a ou ont de sournoisement jubilatoire pour le lecteur. Il y a quand même là une véritable philosophie de l'existence, je le redis, un peu sous-célinienne, improprement puis antinomiquement camusienne (une fausse pincée de L'Etranger) qui caresse agréablement nos petites aigreurs quotidiennes, nos petits doutes lancinants, nos lancinantes perversions inavouées.

Son chef d'œuvre, avait dit de Chair et Cuir et de Félicien Marceau, Alain Finkielkraut. Peut-être, faute d'avoir lu d'autres romans d'icelui. Mais un  chef d'œuvre, non. Un bon et très curieux roman, assez daté dans sa sociologie, intéressant dans sa réflexion , un peu ratiocinant. Une Odyssée des médiocres, peut-être. Avec UN personnage étonnant et attachant, Rose, amoureuse de ses formes, exclusivement et totalement ancrée dans le présent, amante ménagère à la présence absolue et dissolvante, callipyge définitivement autant qu'impénétrablement disponible.

                         2_mtort

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16 février 2016

CHAIR ET CUIR ….

 

Félicien Marceau

Le voilà donc le coupable, enfin, pour les hostiles.

Félicien Marceau, qui a cédé son fauteuil à Alain Finkielkraut.

Ce dernier, dont je parlais la dernière fois, a, dans son discours de réception, fait amplement référence à Chair et Cuir, du susdit et a-t-il affirmé, son chef d'œuvre.

Eh bien je suis dedans et - simple information rapide, j'y reviendrai peut-être - c'est effectivement extrêmement réjouissant, gouleyant. Bon, je n'en ai lu qu'un tiers, mais il me démangeait de le dire. A suivre .........

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30 janvier 2016

RETOUR SUR L'HABIT VERT D'ALAIN FINKIELKRAUT

    epee-finkielkraut           Finkie Immortel

Dans son livre “Coupole et Dépendances”,  Editions du Moment, sorti début 2014, le journaliste Daniel Garcia révèle  que l'habit vert peut coûter environ 35000 euros quand il est fait “dans les règles de l’art”. Quoi qu’il en soit, la confection de l’habit des membres de l’Académie est à la charge du nouvel entrant.

L'épée, elle, peut atteindre (et parfois largement dépasser (celle de Jean Cocteau, dessinée par Cartier, était sertie de diamants)) 100 000 €. Le financement est, là, participatif!

A chaque élection, des proches du futur académicien créent une association et récoltent des dons pour payer l’arme qui sera offerte lors de la “cérémonie de l’épée”, une semaine avant l’entrée de l’Immortel dans l’hémicycle du quai de Conti.  Que d'argent gaspillé!

Source : http://www.europe1.fr/economie/academie-francaise-etre-immortel-combien-ca-coute-1993131

                                                                        Voici pour le factuel. Sur le fond, j'avais été chagriné qu'Alain Finkielkraut, dont le travail comme professeur à L'Ecole Polytechnique du temps de la parution de son cours (Nous autres, Modernes ) m'avait beaucoup intéressé, se porte candidat.

Le mot est-il trop fort? Je hais les honneurs. A tout le moins, leur ridicule m'est pénible et  en être le bénéficiaire me serait insupportable. Est-ce une raison pour en vouloir aux autres de les apprécier? Raisonnablement, non. Raisonnablement …  mais subjectivement, j'ai du mal à m'en défendre.

Et puis l'Académie! Il faut solliciter, et solliciter … Marguerite Yourcenar, sauf erreur, approchée, avait consenti, à condition de n'avoir pas à faire les visites préalables. Quelle triste pantomime, ces visites, ou ce qu'on en devine. Je veux bien que la cooptation fonctionne, que les académiciens en place se réunissent et élisent un remplaçant au fauteuil de quelque illustre (?) mort qui les aurait quittés, mais qu'ils le fassent de leur propre mouvement et que le pressenti n'ait plus qu'à accepter ou à refuser l'honneur (?) qu'on veut lui faire.

Academie-francaise-etre-Immortel-combien-ca-coute

Triste assemblée. Que diable va-t-on faire dans cette galère?

Je ne dirai pas grand-chose du discours de réception. Il m'intéressait de le lire. Le début est vraiment très bien, très enlevé, personnel, assez touchant, avant d'en arriver à l'amertume des attaques subies. Alain Finkielkraut est sans doute un type à vif, et c'est souvent dommage. Il a voulu probablement cet honneur aussi comme une sorte de compensation. Il se répand d'ailleurs de même à l'excès dans les médias, comme s'il y cherchait des verges pour se faire battre en même temps que la réassurance de sa propre importance. Après quoi, exhalant sa rancœur victimaire, il nuit à ses propres combats. Parmi ceux-ci, celui qui m'importe le plus, l'école, ne trouve pas chez lui le lieu exact de son déploiement, dans l'aveuglement qui le saisit et l'empêche de cerner la possible réinvention des parcours scolaires dans la conciliation des fantômes qui lui sont chers et des exigences du présent. Certes, il n'est pas aidé en cela par l'incurie affligeante des titulaires successifs de la rue de Grenelle, mais enfin, à quoi sert un grand intellectuel, s'il ne dépasse pas la contingence de ses humeurs pour voir, au-delà de ses nostalgies, le chemin d'une réécriture des Lumières?

Sur Félicien Marceau, on le sent un peu gêné tant qu'il se nomme Louis Carette. Il plaide la camaraderie, il en appelle subliminalement à l'une de ses grandes références personnelles, Hannah Arendt. Il n'est pas à l'aise. Il plaide l'époque, le pacifisme, l'intelligence de sauver les meubles, il reconnaît des fautes vénielles, il s'en remet à de Gaulle et à Maurice Schumann. Il n'a pas tort, il dénonce les simplifications, il parle – à raison - des justiciers présomptueux qui peuplent la scène intellectuelle, mais bon, enfin, tout ça, pense-t-il mezza voce, c'est quand même bien dommage.

Il se retrouve plus à l'aise en se ressaisissant de l'œuvre … et son discours m'a fait commander immédiatement Chair et cuir, qu'il dit être de Félicien Marceau le chef-d'œuvre et que je n'ai pas lu. Et puis il fait cours, et c'est agréable.

Il termine par un retour navré sur la mémoire moutonnière, la mémoire du "on", la mémoire dogmatique et automatique des poses avantageuses, et je le suis bien volontiers. Mais le chemin est difficile.

Sur France-inter, hier vendredi 29/1, Patrick Boucheron était invité dans le cadre du 7-9 de Patrick Cohen. Il est professeur d'histoire du Moyen-Âge à la Sorbonne et titulaire, depuis la rentrée 2015, d'une chaire au Collège de France. Né en 1965, il a eu un petit rire coquet (donc un peu sot) en évoquant Mai 68, qu'il n'a évidemment pas connu, et puis il a fait une sortie plutôt aigre lorsqu'on l'a interrogé sur Alain Finkielkraut: Je pensais qu'au lendemain de la réception d'Alain Finkielkraut, on pouvait avoir une journée sans ! C'est une belle intelligence littéraire qui a chaviré et qui a chaviré, au fond, dans une mélancolie qui me semble parfois avoir de beaux accents, y compris sur le plan philosophique et littéraire, mais enfin, nous avons maintenant mieux à faire que de nous porter au chevet des mélancoliques, c'est tout. La question que l'on doit se poser collectivement, c'est-à-dire le monde intellectuel et médiatique, c'est celle de la surexposition permanente de cette pensée. Qu'elle s'exprime, c'est tout à fait normal, mais qu'est-ce qui lui fait riposte?

Je crois qu'il y a là, sur Finkielkraut, un jugement qui est léger. Ce dernier participe à tort, c'est vrai, à sa propre surexposition, mais la pensée personnelle qu'il porte est plus fine que l'emporte-pièce qui le range ici quasiment au rayon des anciens atteints par la sénilité tout en l'assimilant à d'autres, qui ne le valent pas et sont bien plus nocifs. Je persiste à penser que c'est un homme que l'on pourrait convaincre et qui pourrait aider alors à regarder l'éducatif en quelque sorte mieux et plus loin. Mais on l'enferme et du coup il s'enferme dans des aigreurs inutiles. Ce n'est pas une intelligence qui a chaviré, c'est une intelligence que l'on empêche de se dépasser.

Bref, quoi que j'en critique, je ne parviens pas à penser du mal d'Alain Finkielkraut, qui m'attendrit ….

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