AutreMonde

26 septembre 2019

DIGRESSION TÉLÉVISUELLE …

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J'ai beaucoup de mal avec François Busnel. Pour tout dire, épidermiquement, je ne l'aime pas, je lui trouve tous les défauts que ma femme appelle ses qualités. Son air gourmand (je dis faux-cul), ses ronds de jambe, ses petites mines, sa barbe de trois jours soi-disant virile, et ce mercredi, pour couronner mes allergies, ses phalanges embagousées. Je ne regarde jamais l'émission. J'en entends, de la pièce voisine, les échos et parfois, parce que tel ou telle invité(e) prend la parole, je viens jeter un oeil. J'ai dit jamais, c'est une règle, il lui faut donc son exception. Pour Alain Finkielkraut et  pour Pascal Bruckner, j'ai pris place avant-hier soir dans le canapé, face à l'écran.

Il y avait d'ailleurs deux autres invités. Marie Darieussecq, qui m'avait dans le temps amusé avec son premier grand succès, Truismes, mais dont je n'ai, sauf erreur, ensuite plus rien lu, et Louis-Philippe Dalembert, au patronyme homophone de l'inventeur avec Diderot de la Grande Encyclopédie du XVIII° siècle, avant cela monarchiquemen prénommé, et à part cela, pour moi, inconnu au bataillon.

En une période d'ailleurs où les suspicions systématiques de racisme planent au-dessus de toute prise de parole comme de toute opinion écrite, j'ai été surpris que Busnel, un peu enivré par la présence de Finkielkraut et Bruckner, ait à ce point laissé dans l'ombre, potiche ininterrogée, ce grand haïtien calme, dont la notice wikipédia montre qu'il a une oeuvre non négligeable et un parcours intéressant. Du moins sur la durée de ma présence, car peu après 22 heures, pour cause de lever tôt prévu le lendemain, j'ai décroché. J'espère, pour LP Dalembert, qu'il a eu ensuite le temps de s'exprimer. Mais enfin, son roman Mur Méditerranée, en lice pour le Goncourt 2019, s'intéresse si j'ai bien compris à la crise migratoire, de même que celui de Marie Darieussecq, La mer à l'envers, et il m'aurait paru plus logique de faire parler d'abord, sur ce thème, ces deux auteurs, avant de glisser aux interrogations du monde dont celui-ci est une récente facette et que les démarches intellectuelles habituellement plus globalisantes de Finkielkraut et Bruckner auraient pu remettre en perspective sur le long terme de leurs parcours. Façon aussi de sortir ces deux intellectuels du nombrilisme qui les a poussés à écrire l'un - Finkielkraut - seulement pour se défendre des accusations qui le poursuivent (réactionnaire, sioniste, raciste et j'en passe), l'autre - Bruckner - semble-t-il pour expliquer combien il vieillissait dans le bonheur (je n'ai pas lu son bouquin, j'improvise à partir de Busnel).

Je le redis, j'ai décroché vers 22 heures, avant Marie Darrieussecq donc - même si elle est un peu intervenue sur Finkielkraut pour dire qu'elle l'aimait bien, qu'il ne connaissait rien aux questions de "genre" (protestations de l'intéressé), que quand elle l'écoutait, elle avait noté que ça commençait toujours bien et que ça finissait en désastre (accablement de l'intéressé) - et Louis-Philippe Dalembert, impassible sur son coin de canapé et qui donnait l'impression génante d'être relégué.

On n'a pas appris grand-chose, on n'apprend d'ailleurs jamais grand-chose dans ce genre d'émission. Busnel essaie de servir la soupe, les autres font plus ou moins ce qu'on attend d'eux, peu en général, se montrer, rester dans le cadre. Finkielkraut n'était pas à l'aise, Bruckner davantage, mais dans une indifférence bienveillante et molle aux propos échangés. Il n'a d'ailleurs énoncé que des banalités, visiblement fatigué à l'idée de réfléchir. Alain Finkielkraut, au contraire, est touchant dans le penchant qui est le sien de vouloir obsessionnellement penser, mais avec ce travers  de pédagogue anxieux qui consiste à s'abriter constamment derière les citations de quelques grands auteurs, chez lui d'ailleurs presque toujours les mêmes, parmi lesquels Péguy, Arendt, Kundera, surnagent, accompagnés cette fois de Camus et même de Sartre. J'en oublie. C'est un peu irritant. Parfois utile, mais enfin, oui, souvent irritant. Un Luchini pousse cela à la caricature, mais un Luchini n'est qu'un histrion de talent, on ne lui demande pas d'avoir réellement une pensée propre et on se contente de se régaler la plupart du temps de son cinéma, s'il arrive à freiner. Finkielkraut, je le crois, veut penser et, adossé à de vastes lectures comme au souci constant de les faire fructifier, peut le faire. Mais il a peut-être tendance à vouloir penser trop vite, en s'ouvrant insuffisamment à l'époque, ce qui peut le conduire à des prises de position hâtives et à des jugements infondés. Là, plus consistant de Bruckner, il est seulement resté bloqué sur des esquisses de plaidoyer pro domo un peu aigri et moins intéressant que ce qu'aurait pu être un débat succédant à la présentation des ouvrages de Darrieussecq et Dalembert. Il vieillit, sans doute, même s'il s'en défend, dans une certaine angoisse.

J'hésite à aller lire son livre.

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03 septembre 2019

RENTRÉE 2019

                      Une ferme

Après six semaines de repos dans une résidence secondaire, certes, comme on peut voir, un peu vétuste, mais néanmoins agréable à vivre, il s'agit de reprendre le collier. 

Sans eau ni électricité, le temps passe vite. On se gratte, envahi de vermines puisqu'on ne peut pas se laver, on dort dix-huit heures par jour et du coup - qui dort dîne - on mange peu. On essaie de lire les pages des livres qui n'ont pas été grignotées par les mulots, et donc, on ne comprend guère de quoi il retourne, faute de début, ou de fin, ou de chapitre intermédiaire; on tâche de réfléchir mais on ne sait pas à quoi, n'ayant nulle nouvelle de rien, sans radio, sans journaux, sans télé. Alors, pour se distraire, on s'épouille réciproquement, bénéficiant ainsi d'un des avantages de la vie à deux.

Mais les meilleures choses ont une fin. Il faut rentrer. Soigneusement, on  ferme la maison qu'en réalité on laisse en l'état, à l'abri qu'elle est de toute envie d'effraction, squatt dissuasif à l'écart de la civilisation qu'on retrouvera identiquement en ruine l'année prochaine, et on reprend la route, ayant entassé quelques loques dans l'épave dont on se demande si elle va démarrer, d'abord, puis tenir jusqu'à Paris.

Epave

En chemin, évitant par nécessité les autoroutes, on profite de quelque ruisseau rencontré pour faire un brin de toilette et, ayant abandonné le véhicule dans une décharge du côté de Montargis, on regagne la capitale en train, faisant la manche de wagon en wagon pour acheter l'unique ticket de métro qui nous permettra, en grugeant à deux au portillon, de regagner notre domicile avant de réenfiler nos pantoufles de bobos friqués revenus de leur cure annuelle de désintoxication, pleins d'enthousiasme à l'idée de retrouver nos malsaines habitudes de privilégiés.

Livres

Sur le bureau, quelques bouquins sont encore là, traces des lectures de juillet. Pour la remise en route des neurones grillés par la canicule et diminués par les privations, pourquoi n'en pas dire deux mots?    

 

A France

Du cours de Compagnon au Collège de France, j'avais retenu qu'il était évident qu'on devait avoir lu Le Lys rouge et Le mannequin d'osier, tous deux d'Anatole France. Le premier, publié en 1894, qui démarque les amours de France avec Léontine de Caillavet et que la quatrième de couverture veut rapprocher audacieusement d'Un amour de Swann, est très agréable à lire. La comparaison est boiteuse mais le livre est plaisant. On se promène beaucoup dans Florence et ses environs immédiats, ses musées et la fin est tout à fait triste. Beaucoup plus léger, avec un côté parfois didactique, Le mannequin d'Osier dépeint la petite ville de province où officie, professeur d'université revenu de presque tout, l'inénarrable et pourtant narré M. Bergeret dans ses mésaventures conjugales et ses démêlés avec la domesticité  et ses collègues. Le début est régalable, et après un petit fléchissement médian de l'intérêt, la fin très réjouissante. M. Bergeret, c'est sans doute France, dans son pacifisme et ses prises de distance. J'oubliais : la préface au Lys rouge de Marie-Claire Blancquart (collection Folio - Gallimard) est très bien.  

Si rude soit le début

Je suis passé ensuite à Javier Marias: Si rude soit le début. Les livres de Javier Marias sont tous bien. J'ai pourtant un peu langui sur celui-là (575 pages). Le parcours initiatique du jeune de Vere entre Eduardo Muriel et Beatriz Noguera avance en piétinant. Le charme de l'écriture (de la traduction, hélas et bravo, car non hispanophone ...) agit, la phrase s'enroule dans ses réflexions, on retrouve le texte interrompu chaque fois avec plaisir, mais on est tout surpris de se voir avancer de bon coeur dans un roman  qui n'avance pas.  C'est une littérature du plaisir de lire. On y est bien, mais cette fois, on n'en retient pas grand-chose.  

Berta Isla

J'ai vu hier chez Gibert, paru le 29 août, le Marias suivant : Berta Isla. Magie de l'écrivain espagnol: au-delà de ce que je viens d'écrire et malgré les 592 pages annoncées, je suis tenté d'y aller.

 

L'enfant perdue

J'avais été emballé par les trois premiers tomes de la saga d'Elena Ferrante, L'amie prodigieuse / Le nouveau nom / Celle qui fuit, celle qui reste. Manquait le quatrième et dernier : L'enfant perdue. C'est fait. On m'en avait dit, et ma fille en particulier, trop de bien. Vive déception. J'avais interrompu la série pour attendre la sortie en collection de poche. Est-ce cela? Je me suis perdu  dans la multitude des personnages sans retrouver l'enthousiasme qui m'avait habité. La narratrice a cessé de me paraître sympathique, la linéarité du récit m'a fatigué, les coups de théâtre annoncés ne m'ont fait ni chaud ni froid et la chute m'a laissé totalement sur ma faim. Dommage. 619 pages.

Et maintenant? Il me fallait un petit roman léger. France-Inter ayant fait pas mal de publicité autour de la parution en poche de "la première enquête d'Aurel le consul", et parce que j'ai beaucoup aimé Le collier rouge, j'ai acheté hier (c'est ainsi que j'ai croisé Berta Isla) le court livre de Jean-Christophe Rufin, Le pendu de Conakry. Cela commence plaisamment, un peu littérature de gare, mais plaisamment. Sacré Bon Dieu, qui a fait le coup ?

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05 juillet 2019

POLÉMIQUES BACHELIÈRES.

                         BAC

Je m'étais amusé à ceci, pendant les débuts de la campagne des présidentielles de 2017, en amont de l'affaire Fillon et sans la voir venir: https://www.thebookedition.com/fr/trois-jours-de-reflexion-p-345655.html. L'essai est disponible. On peut toujours s'y reporter.

Derrière la potacherie, il y avait (il y a) là des propositions auxquelles les palinodies ridicules du Bac 2019 donnent raison. Le système éducatif est totalement à reprendre. Les solides réflexions de Pierre Mathiot ont été hélas incomplètement relayées par J-M Blanquer pour une réforme qui va trop timidement dans une direction néanmoins plutôt bonne. Elle a, j'en suis persuadé, été mal comprise par les cadres (chefs d'établissement, corps d'inspection) et  fait lever  le grand n'importe quoi des opposants systématiques chez une minorité de professeurs. Le résultat : l'impression de grand foutoir de la session 2019.

Je ne vais pas tout réexpliquer.

Il suffit poutant d'un peu de recul pour comprendre que tout le cursus de formation doit être réinstallé et consolidé autour de la mise en place d'un système d'acquisitions progressives et dûment validées étape par étape, qui s'adapte au profil de chacun, passé le fond commun de connaissances et de techniques de base que doit maîtriser tout citoyen, c'est-à-dire tout acteur conscient de la vie collective (l'idée au fond qui présida il y a plus d'un siècle à l'institution du Certificat d'études primaires, supprimé en 1989).

Des dérives successives ont abouti à une sorte d'aspiration générale au baccalauréat pour tous qui a vidé de son sens le parcours scolaire, faisant traverser à des cohortes d'élèves démotivés des programmes inadaptés pour aboutir à des numéros de jonglage (consignes de correction, recadrage des notes, …) permettant d'affirmer que les pourcentages de succès, et donc le niveau, montent, ce qui est un déni du réel constaté en première année d'enseignement supérieur.

Il faut tout reprendre.

Malheureusement, il y manque l'idée comme s'y oppose un corps enseignant que l'inaptitude au dialogue du ministère fige dans la défense automatique d'usages, de pratiques, de conception du service dépassés.

En ce début d'été 2019 provisoirement (quousque tandem?) caniculaire, je n'ai pas le courage de ressaisir mon bâton de pèlerin pour dérouler de nouveau les propositions qui me sont chères (cf. l'essai référencé plus haut; saine lecture de vacances …). Je regarde, navré, les dégâts.

 PLEURS     

                                                                               Rêveduprof

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08 juin 2019

POSTPRANDIAL

   

petit-dejeuner-viennoiseries                   

La Maison des Polytechniciens (Hôtel de Poulpry – 75007) accueille périodiquement des personnalités "marquantes" du paysage entrepreneurial ou politique français pour des petits déjeuners d'échange.

Participants: anciens élèves de l'Ecole Polytechnique – Cadre: privé.

L'affaire concernait cette semaine (lundi 2/6) Jean-Michel Blanquer.

Indépendamment des propos de table, scellés par une convention de confidentialité, l'exercice m'a une fois encore renvoyé à mes propres préoccupations dominantes concernant l'Ecole.

Et ce m'a été l'occasion de procéder après coup, devant mon ordinateur, à un bref retour sur quelques unes des questions qui me sont un souci continu.

J'ai ainsi découvert  l'existence d'un Conseil scientifique de l'Education nationale sous la présidence de Stanislas Dehaene [https://www.education.gouv.fr/cid124957/installation-du-conseil-scientifique-de-l-education-nationale.html] et noté que ce conseil, ne comprenait dans ses 21 membres aucun praticien du champ pédagogique école-collège-lycée. Plus précisément:

2   professeurs au Collège de France

10 professeurs d'Université (dont 1 MIT, 1 Harvard, 1 Barcelone)

1   professeur à l'ENS

7   directeurs de Recherche au CNRS

1   chercheur à l'Inserm

… chargés collectivement , après saisine, de réfléchir "sur tous les sujets afin d'apporter des éclairages pertinents en matière d'éducation".

Je ne suis pas bien certain que tout cela soit sérieux. Ces gens-là ont autant de compétence sur les problèmes de la formation initiale que le premier parent d'élèves venu. Autant aurait valu en tirer 21 au sort dans la multitude de ceux-ci. Nous mourrons des soi-disant expertises. Ces personnalités  sont sans nul doute intelligentes, mais elles n'ont aucune expérience du réel, aucun vécu de la classe.

Je suis également parti à la recherche des mises en œuvre du rapport Villani-Torossian sur les mathématiques auquel j'avais dans une nano-mesure contribué dans le cadre de deux "tables croisées", en décembre 2017 il me semble, qui faisaient échanger, en présence des membres de la mission chargée de le préparer, divers praticiens ou ex-praticiens de la chose pédagogique.

D'abord se remettre en tête le rapport (https://www.education.gouv.fr/cid126423/21-mesures-pour-l-enseignement-des-mathematiques.html).

Ensuite  aller lire une note de la Dgesco aux recteurs relative à sa mise en œuvre à la rentrée 2018-2019 (http://revue.sesamath.net/IMG/pdf/maths_plan_vt_note_dgesco_050718.pdf )  

Je n'ai pas d'information sur l'effectivité de cette note.Mais j'ai eu un contact en novembre 2019 avec deux principaux de collège (un toulousain, un parisien)  qui n'avaient entendu parler de rien …

A noter: une faute de grammaire en fin de texte. "y compris" est invariable en position prépositive. On ne parle pas de "ressources y comprises matérielles" mais de "ressources y compris matérielles" ou de "ressources matérielles y comprises".

Et je ne sais toujours pas s'il existe réellement des "labos de maths" dans certains établissements, ni comment ils fonctionnent.

La procédure "Devoirs faits", ensuite. Et la question: Où en est-elle? J'ai participé activement à l'année de mise en place de cette procédure dans un collège parisien en 2017-2018. Le bilan n'était pas bon : élèves "volontaires-désignés" démotivés; enseignants indifférents, non concernés, non impliqués; procédure inefficace. La dernière mise à jour officielle est ici : https://www.education.gouv.fr/cid118686/devoirs-faits-un-temps-d-etude-accompagnee-pour-realiser-les-devoirs.html

Les écrits de l'administration centrale sont toujours très affirmatifs et optimistes. La procédure a donc été renforcée, généralisée? Mais sur le terrain? Je n'ai en tout cas pas reconnu mon expérience dans les "Chiffres clés de l'année 2017-2018" présentés : 7 professeurs en moyenne ont été mobilisés dans chaque établissement. - 20 % des élèves environ ont bénéficié de ce dispositif.

Les EPSF, "Etablissements Publics des Savoirs Fondamentaux": l'idée quand elle est apparue m'a semblé excellente. La liaison CM2-6ième n'a jamais fonctionné, le primaire est totalement coupé du collège et sur ma courte mais douloureuse expérience, les gamins qui entrent en sixième en savent parfois moins (en tout cas donnent  à l'enseignant l'impression de …) à la fin de l'année qu'à la sortie du CM2. Il faut régler l'effet de seuil qui les déstabilise. Je défendais déjà l'idée dans les années 1980, en prônant plus largement des maillages lycée-collèges-écoles sur des "aires pédagogiques" homogènes. Mettre le projecteur sur la formation première, l'acquisition des savoirs fondamentaux dans le cadre de la scolarité obligatoire, par l'installation d'un tissu pédagogique sans discontinuité me paraît un excellent principe. Apparemment (p.ex. cette analyse : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/03/20032019Article636886634477101356.aspx) l'affaire n'est guère en bon chemin. C'est tout-à-fait dommage. L'administration centrale ne sait même pas vendre ses bonnes idées, outre qu'elle les gâche en faisant craindre qu'elles ne soient des manœuvres.  Il faut dire qu'il y a en face des corporatismes qui pour être surannés n'en restent pas moins redoutablement efficaces.

La Réforme du Baccalauréat : https://www.education.gouv.fr/cid126438/baccalaureat-2021-tremplin-pour-reussite.html

La relecture du discours officiel, puisque j'en suis à une reprise de réflexion, continue à me laisser rêveur. Ce qui m'y frappe principalement, c'est l'affirmation du baccalauréat comme "tremplin vers l'enseignement supérieur". Je crois que cette affirmation fausse la totalité du problème. Le baccalauréat est à ce jour une condition nécessaire d'accès au supérieur, il est absurde de la vouloir non seulement suffisante mais "propulsive"! L'examen doit être construit en sorte que les informations qu'il donne permettent justement de faire que n'entrent dans la poursuite d'études supérieures que ceux qui ont fait la preuve qu'ils avaient été capables de s'en donner les moyens. L'enseignement supérieur, comme son nom l'indique, ne saurait convenir à tout le monde et le baccalauréat doit de façon très claire permettre d'extraire de la cohorte d'élèves qui ont fini d'acquérir au Collège les savoirs fondamentaux, ceux qui justifient, après trois années de lycée, l'offre d'un bond en avant supplémentaire, vers des niveaux "supérieurs". Il n'a pas vocation à être un tremplin, mais un tamis.

Il faudrait en fait, dans un telle logique, distinguer deux diplômes :

D'une part, un certificat de bonne fin d'études secondaires, reconnu, validé, donnant des armes pour des perspectives de professionnalisation "non-supérieures", qui pourrait garder le nom de baccalauréat.

D'autre part, une "Habilitation à poursuivre des études supérieures". 

On pourrait préciser:

Il faut parcelliser le champ des connaissances balayé par les programmes des onze années de l'école, du collège et du lycée, pour le redéfinir en termes d'unités de savoir contrôlables. L'acquisition finale par le biais de contrôles continus échelonnés d'une certaine sous-famille d'unités à définir vaudrait maîtrise des savoirs fondamentaux, l'acquisition finale d'une autre sous-famille (englobant la première et plus large) vaudrait certification de bonne fin des études secondaires (disons "baccalauréat"), l'acquisition supplémentaire enfin de sous-familles indépendantes des précédentes et définies précisément a priori par l'aval vaudrait "Habilitation à poursuivre des études supérieures" dans le domaine, dans la direction, qu'elles cibleraient.

Ceci, qui présuppose une reconversion complète de l'organisation de l'enseignement et de la certification de ses résultats, me paraît la meilleure réponse à apporter aux effondrements en marche. Avec des difficultés certaines de mise en place. Il faudrait développer  … Mais j'en ai souvent parlé.

A propos de contrôle continu, je regrette le procès en suspicion systématique fait aux équipes pédagogiques à son sujet. La mise en place d'une "banque numérique de sujets" prévue par le ministère et le principe de la correction par d'autres professeurs que les responsables directs des élèves de copies anonymées, tout en maintenant l'organisation "à l'échelle de l'établissement" sont malgré tout de bonnes pistes. Et l'on voit ressurgir avec l'échelle de l'établissement le serpent de mer de son autonomie, qui serait, si elle était réelle, un véritable axe de solution aux problèmes rencontrés. Mais il y a tant de malentendus autour de ce vocabulaire … L'administration centrale n'y est absolument pas prête, son idée de  l'échelle de l'établissement est excessivement étriquée,  et sans doute le corps enseignant n'est-il guère plus réceptif. Et c'est navrant.

Mais pour en rester au contrôle continu, c'est, dans l'esprit de ce qui est décrit ici, sur toute la durée du cursus qu'il devrait s'imposer et permettre l'élaboration progressive pour chaque élève, à des vitesses différenciées par les aptitudes individuelles, d'un livret de compétences et d'acquis certifiés par les succès à de véritables épreuves dont le cumul, dessinant son profil d'excellence, autoriserait son départ du système de la formation initiale en toute clarté, nanti, outre un certificat de bonne fin de scolarité obligatoire, ou un certificat de bonne fin de scolarité secondaire, de connaissances spécifiques complémentaires dûment testées et validées lui donnant l'Habilitation ci-dessus évoquée ou des atouts attendus par l'aval en cas d'entrée dans la vie active ou d'autres types de formation prolongée.

Au passage, je voudrais souligner combien je trouve incohérente la position du ministre entendue sur France-Inter parlant, à propos  de la fin des séries et de l'introduction d'un triple (en première) puis double (en terminale) choix au sein des douze options installées par la réforme, de "désir" sur le mode "faites-vous plaisir". Cet appel à la libido sciendi, ce refus de l'utilitarisme, seul réel moteur agissant sur la motivation de l'élève, me confond. Il faut bien au contraire que l'élève puisse en continu, au long de sa scolarité, disposer du maximum d'information sur les attentes de l'aval du système afin d'organiser ses efforts de manière à y répondre, dans la logique de ses propres ambitions comme de l'analyse lucide de ses propres capacités. "Se faire plaisir" ne me semble pas avoir grand rapport d'efficacité avec "construire son avenir".  

Dans la vidéo de la conférence de presse de février 2018 (présentation du rapport Villani-Torossian sur l'enseignement des mathématiques – référencée plus haut, avec son lien), Jean Michel Blanquer a énoncé en présence des deux rapporteurs: "Nous voulons que tous les français soient compétents en mathématiques, c'est un sujet qui va prendre plusieurs années". Je m'interroge sur le niveau général de "compétence en mathématiques" fixé comme objectif au système éducatif? Car dans la même vidéo et pour donner un exemple d'approche pédagogique élémentaire efficace (non agressive?) des mathématiques, Charles Torossian a évoqué - sans autre précision que ce que je rappelle ici - une "activité de remplissage d'un cylindre  en y versant trois fois le contenu d'un cône" pour aboutir à ce résultat que retiendront facilement les élèves: "Dans un cylindre, il y a trois cônes". Cet exemple qui  débouche sur un énoncé, à la lettre, dépourvu de toute rigueur éclaire-t-il le concept de "compétence en mathématiques de tous les français" ?

Il reste un (gros) problème et sans doute une interrogation de fond 

Calme

A force de (beaucoup) réfléchir au problème et d'observer (un peu) il apparaît évident qu'un déséquilibre s'est produit dans la relation enseignant-élève et que ce seul déséquilibre est peut-être une partie non négligeable de l'explication des difficultés actuelles. Mai 68 a dénoncé la balance inégale entre le respect (parfois excessif) pour le maître exigé de l'enfant et le respect (parfois insuffisant) de l'enfant par le maître. Mais via les glissements qui ont suivi, on se trouve aujourd'hui à l'opposé par un mouvement de balancier qui n'a pas su s'arrêter sur le point médian. Le déséquilibre est excessif entre le respect (exorbitant) exigé par l'enfant et le respect (disparu) de l'enfant pour le maître.

On a toujours parlé de pédagogues qui "savent se faire respecter" et d'autres qui "ne savent pas se faire respecter". Mais aujourd'hui, globalement, on a dépassé le cas d'espèce, et l'irrespect règne en maître dans la plupart des couloirs de collège où le professeur qui s'y risque est bousculé par le flot aveugle que vomissent à la sonnerie les portes des classes. Comme la forme finit par agir sur le fond, ces comportements installent des usages collectifs d'inattention à l'adulte qui gangrènent le niveau d'attention en classe et ruinent l'efficacité du geste enseignant. Et ce qui est intéressant à observer quand on a derrière soi une longue carrière dont on déroule le film au profit d'un effort de réflexion sur les évolutions constatées, c'est que chaque génération de professeur prend appui, pour juger du seuil d'irrespect tolérable de la part des élèves, sur les irrespects qu'il a lui-même, élève, côtoyés voire pratiqués. Et généralement, il accepte, comme inhérent à l'époque, ce qui ne lui apparaît alors que comme un très léger déplacement de la ligne rouge et qui, cumulé sur plusieurs générations, devient l'abandon presque complet des règles essentielles du dialogue pédagogique. 

Le ressaisissement raisonné des exigences d'une discipline collective et individuelle de comportement au sein des établissements scolaires, fermement cultivé et réfléchi en équipe non pas comme cadre coercitif mais comme prérequis de l'acte d'enseignement pourrait bien être la condition préalable à l'efficacité de tout projet de formation local.

Tout un rituel scolaire de la disponibilité à l'écoute est à réinstaller. La forme, ici, aide à maîtriser le fond. Il y faut une démarche de conviction collective au niveau des établissements. Et dès lors, pour le dire familièrement : Ce n'est pas gagné.

Chahut

 A suivre …

06 mai 2019

VA PENSIERO G VERDI - FX BELLAMY

                                     NABUCCOLes-desherites

L'envie m'a pris d'aller un peu regarder ce que pensait un politique récemment sorti de l'anonymat médiatique de l'Ecole et de ses problèmes. Il faut se renseigner.

Le titre choisi, et qui l'a été par référence au livre de Bourdieu et Passeron, Les Héritiers, m'avait a priori davantage renvoyé à celui de Maurice Barrès, Les Déracinés. Anti-Bourdieu dans ses contenus, on pourrait peut-être trouver dans l'essai de FX Bellamy des accents qui n'auraient pas tous déplu à Barrès.

Il y a dans ce petit livre, je crois quatre temps. 

Un premier et court chapitre tout à fait réussi, émouvant, sur la représentation du Nabucco de Verdi du 12 mars 2011 à l'Opéra de Rome, Ricardo Mutti au pupitre, et au bis exceptionnel du Va pensiero du choeur des Hébreux consenti par le maestro. Ouverture de l'essai en forme de chant du cygne, peut-être, de la culture. 

Sous l'intitulé: Trois secousses dans un séisme, on trouve ensuite en trois chapitres une analyse précise des conceptions de Descartes (Discours de la méthode), de Rousseau (Emile) et de Bourdieu (Les Héritiers, essentiellement) que l'auteur met aux origines de la maladie de la transmission des connaissances, de la transmission de la culture, qui gangrène le système éducatif. C'est rigoureux, précis, tout à fait passionnant.

La troisième partie: Refonder la transmission, m'a moins convaincu. On retombe là dans l'ornière propre aux réflexions sur l'Education nationale: les analyses sont convaincantes, les dénonciations efficaces et percutantes, mais les remèdes ne dépassent pas le niveau des voeux et l'on ne lit aucune proposition opérationnelle, aucune piste de restructuration effective de l'existant, aucune esquisse de refondation du système, rien qui permette de voir se dessiner la possible mise en oeuvre d'un ressaisissement.

Les dernières pages de l'essai, en deux étapes, l'une de conclusion, rédigée à la fin de l'été 2014, l'autre, en post-face, dans l'urgence de novembre 2015 et qu'ont imposée les attentats de janvier (Charlie Hebdo) et du Bataclan, de nouveau, dans leur réflexion générale, tout à fait accrocheuses et pointant le vide abyssal et mortifère sur lequel a pu déboucher dans la construction de quelques esprits l'échec de l'école en tant que système de formation. Mais elles n'en demeurent pas moins sans ouvertures ou pistes opérationnelles. Un constat affligeant, affligé et un Que faire? intact.

Le livre fait avancer la prise en compte du constat d'une école en situation d'échec et propose des hypothèses diagnostiques singulièrement convaincantes ... jugement que doit compléter un mais trop usuel : Pour quelles solutions?

 

foire-dempoigne                

                                    Conseil de classe 1                         

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30 avril 2019

JEAN-MICHEL BLANQUER : PROFESSEUR DE PLAISIR ?

 

Herakles_Farnese

 

Hercule pensif, avant les douze travaux :

Voyons, qu'est-ce qui me ferait plaisir ?

 J'en doute…

 

 

 

 

Les interventions de JM Blanquer en réponse aux réserves que suscite son école de la confiance comme entre autres sa réforme des parcours du lycée ont ceci d'étonnant que le ressort qu'il met en avant dans le choix des options des classes de fin de cycle (classes de première et de terminale) est celui du plaisir. Foin de frileux réalisme dans vos choix, dit le ministre aux élèves, faites-vous plaisir!

L'argument est aberrant et par ailleurs surréaliste dans la bouche d'un responsable dont le sourire étriqué n'ouvre pas au premier abord sur les forces de la joie.

Sauf erreur, la quasi totalité des commentateurs des propos ministériels et, depuis sa conférence de presse, présidentiels – la courte intervention de Claude Lelièvre, spécialiste reconnu de la question éducative,  sur France-inter au lendemain de la conférence était caractéristique - soulignent l'évidence: nos responsables ne proposent au pays aucun dessein d'ensemble articulé de la formation initiale. Des mesures ou mesurettes replâtrent ici ou là, mais il n'y a pas de colonne vertébrale. L'objectif devrait impliquer les moyens. Mais l'objectif n'est pas défini. Il ne reste donc qu'à bricoler quelques moyens sans âme qui ne résoudront pas grand-chose et surtout ne pourront pas, énoncés sans finalité globale, entraîner la condition nécessaire et suffisante de tout succès: l'adhésion volontariste et enthousiaste des troupes.

Sur cette affaire de choix d'options au lycée, l'antienne du "Faites-vous plaisir!" est proprement scandaleuse. Faire appel à la libido sciendi dans le cadre scolaire est une vaste plaisanterie. On est là dans le champ de l'effort. Il faut se préoccuper de lui donner un sens. Et le ressort principal sur lequel il conviendrait de jouer est l'utilitarisme. JM Blanquer pense-t-il qu'en appelant Rabelais à la rescousse, il va nous propulser loin des griffes du chômage?

Toute leur vie estoit employée non par loix, statuz ou reigles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. Se levoient du lict quand bon leur sembloit, beuvoient, mangeoient, travailloient, dormoient quand le desir leur venoit ; nul ne les esueilloit, nul ne les parforcoit ny à boyre, ni à manger, ny à faire chose aultre quelconques. Ainsi l’avoit estably Gargantua. En leur reigle n’estoit que ceste clause : FAY CE QUE VOULDRAS.

Ben voyons!

Le président de la République devrait articuler sa réflexion jupitérienne autour de deux axes simples.

Le premier axe consiste à définir prioritairement avec précision l'ensemble coordonné de connaissances et de compétences nécessaires pour entrer efficacement et harmonieusement dans l'âge adulte, dans l'âge social, dans l'âge de la contribution personnelle active au fonctionnement de la société, puis, cet ensemble bien dessiné, à charger le ministère de l'Education nationale de veiller à son acquisition – sauf cas pathologique – par tous. Redisons par tous et renommons-le: socle commun.

Le second axe consiste à obtenir de toute filière d'emploi, de tout chemin de poursuite d'études, la définition précise de ses attentes en termes de compétences et d'acquis préalables, attentes à poser comme condition sine qua non d'un recrutement. Le codex ainsi défini est porté à la connaissance du public et s'impose au Ministère de l'Education nationale comme référence pour l'organisation de ses formations initiales, hors le cadre du socle commun.

Dûment informés, les publics en formation, en fonction de leurs projets d'insertion sociale ou de prolongement d'études, choisissent leur parcours hors socle commun. Un parcours modularisé dans les différents champs disciplinaires par le biais d'unités de valeurs cumulables offrant tous les niveaux de spécialisation. Et l'utilitarisme, là, prime. On ne cherche pas le plaisir, on vise l'efficacité. Le plaisir d'ailleurs peut venir par surcroît: l'effort est gratifiant et la victoire sur soi-même porte sa propre satisfaction.

Le schéma indiqué, en version molle, est vaguement dessiné par les soi-disant démarches d'orientation existantes. Les mots que j'emploie sont déjà utilisés dans les textes officiels, mais ce sont des mots, il n'y a rien derrière et rien ne fonctionne vraiment, parce que rien n'est réellement pensé, réfléchi globalement, conçu pour être exécuté, pour aboutir. Il faudrait pour cela revoir profondément la structure même des enseignements, les profils et les missions des enseignants, le fonctionnement des établissements, les modalités des formations.

La société est à rebâtir, j'en conviens, mais la première pierre, c'est l'école. JM Blanquer ne devrait pas être là pour dire: Fais ce que veux, mais : Fais ce que dois pour atteindre ce que veux.

Et une analyse approfondie des exigences des différents champs d'activité devrait ouvrir devant "l'apprenant" les chemins d'apprentissage efficaces, balisés en toute rigueur et exigence, qui pourront le conduire, dans l'investissement et l'effort personnel, au but qu'il se fixera.

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18 avril 2019

Dure Actualité .....

                     HUGO pleureND des Gilets Jaunes

Dons

 

Il me semble que ces trois illustrations de l'incendie de Notre-Dame couvrent assez bien le champ des questions . 

La tragédie culturelle, l'incompréhension du malaise général, le scandale des grandes fortunes et de la fuite devant l'impôt. 

Les pleurs d'Hugo peuvent d'abord être l'occasion d'une remarque. Notre-Dame de Paris, le roman, est publié en 1831. Le clocher initial du XIII° siècle a été démonté à la fin du XVIII° et la cathédrale est restée sans flèche jusqu'à la restauration de Viollet-le-Duc en 1859. Victor Hugo, né en 1802, a écrit son roman à la gloire d'une cathédrale sans flèche. On peut donc estimer que l'aura culturelle internationale de l'édifice, largement due à l'oeuvre du romancier, ne tient pas essentiellement à ce qui vient de brûler. D'où la question iconoclaste : est-il si urgent, voire, est-il besoin de la reconstruire ou de la remplacer?   

Le poète souffre pour "son" monument. Mais le mot terrible dont il a inventé l'inscription sur un des piliers de la cathédrale, Ἀνάγκη, la fatalité, le destin, en grec ancien, il en acceptait en les développant dans son roman les conséquences. Le mot a de nouveau frappé. On peut en prendre acte. Et passant avec le même Hugo, de Notre-Dame de Paris aux Misérables, se demander si le malheur des monuments ne doit pas le céder au malheur des hommes.

Il n'est pas obscène devant la disparition de la flèche de ND de s'intéresser à Quasimodo en gilet jaune réclamant un toit, un toit dont on comprend bien qu'il ne s'agit pas de la voûte effondrée de l'édifice. Ce mouvement des gilets jaunes n'est pas en totalité sympathique parce que trop de dérapages médiatisés et de réels dégâts de devantures, trop de violences parasites détériorent l'élan de sa protestation, justifiée non dans le détail, mais comme affirmation d'un malaise social général incompris des responsables. Le côté sympathique, on le voit dans les salles de cinéma où le film de Gilles Perret et François Ruffin, J'veux du soleil, apporte un touchant témoignage. Le côté haineux, il est dans les images de l'agression qu'a subie Alain Finkielkraut à Montparnasse et il signe l'agrégation à une protestation recevable de trop d'éléments parasites sans rapport et incontrôlés. Mais au-delà d'un mouvement incapable de s'autogérer et donc de "prendre", il y a le politique, dont on peut craindre le pire tant il semble ne rien comprendre à l'étendue profonde du mal-être. Le pouvoir en réalité ne sait que faire, parce qu'il lui faudrait tout repenser. Le discours différé d'Emmanuel Macron risque fort de ne rien arranger ...

Le canadair siglé "paradis fiscaux" souligne assez le problème. La compétition ridicule que se livrent les grandes fortunes dans leur concours de surenchère dans les dons, sous les absurdes applaudissements de divers responsables qui s'engouffrent dans une reconstruction à l'horizon des J.O. probablement aussi sotte qu'impossible à tenir, a quelque chose d'abject. La question mineure des suites à donner à l'incendie du 15 avril 2019 ne devrait pas occuper le devant de la scène. Un défi à cinq ans plus noble serait celui de l'éradication de la fraude fiscale, de l'arasement des inégalités, de la fin du scandale permanent des richesses excessives. Là est la véritable "grande cause" nationale. Tout succès franc dans cette direction signerait une amélioration significative du traitement des autres questions relevant de la santé, de l'éducation, etc., c'est-à-dire pourrait refonder un équilibre social gravement en péril et permettre de reconsidérer sous un autre angle la question du commun, de la tolérance, de l'accueil par le biais d'un apaisement économique dont tous sans exception seraient bénéficiaires. Mais ...

On peut aussi pousser la dérision jusqu'au bout de l'humour noir, ou l'inverse, comme ici dans une invention potache d'une  injuste mais si drôle cruauté:

 

Macron & ND

 

 

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14 avril 2019

J'VEUX DU SOLEIL

J'veux du soleil

Le film sonne juste. Je n'y allais pas conquis d'avance. Pas d'engouement particulier pour JF Ruffin et puis, les images haineuses des quelques Gilets Jaunes agressant Alain Finkielkraut du côté de la gare Montparnasse ....

Mais ce "ronds-points movie" touche. Bien entendu, le montage est parfaitement de parti pris, les images intercalées d'Emmanuel Macron soigneusement "anti", un ou deux flashes de "répression policière" convenablement révoltants ... mais les hommes et les femmes qu'on voit sur les ronds-points véhiculent à l'évidence des difficultés à vivre qui ne laissent pas indifférent. 

Une chose frappe, qui ne m'a sauté aux yeux qu'ensuite: ces gens, là, en train de faire cuire des saucisses à côté de cabanes bricolées avec des palettes, dans le froid de novembre et l'obstination des convaincus, si j'y reconnais facilement les silhouettes que je croise sur la place du marché d'un village du sud de Toulouse où j'ai mes habitudes, je n'y retrouve rien de ce que je vois autour de moi quand je monte dans une rame de métro, un peu tôt le matin, à Paris. Deux populations étanches.

Il vaut quoi qu'il en soit le coup d'aller voir le film, oubliant qu'il est "de propagande": il suscite un élan généreux. Et les derniers plans, sur une reprise du tube du groupe Au P'Tit Bonheur (Clip de la version originale ICI) est une belle et émouvante idée.  Dans la salle de cinéma, une voix s'est élevée, à la fin, pour proclamer : Il faudrait que Macron le voie. J'imagine qu'il l'a vu. Mais ensuite? Je ne suis optimiste à aucun niveau, dans cette affaire.

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11 avril 2019

LA LUTTE DES CLASSES

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C'est un film de Michel Leclerc, avec Edouard Baer, Leila Bekhti, formidables, et quelques autres, pas mal non plus. Et c'est depuis une semaine à l'affiche. C'est un film tout à fait excessif, assez injuste, mais très jubilatoire sur la "tempête sous un crâne" de parents qui veulent concilier équilibre de leur gosse et attachement aux valeurs républicaines et à l'école publique.

C'est aussi un film paradoxalement trop optimiste. Les conflits évoqués ne se résorbent pas "comme au cinéma". Mais cela vaut la peine d'y aller. Il y a un peu de provocation, mais avec des limites : on peut y enculer le pape en chanson, mais on se garde bien d'y conchier Mahomet, par crainte des mots qui tuent, et le voile finit par y sauver la vie d'un homme. Passons. En termes de divertissement, Edouard Baer en vieux rocker distancié est impayable et Leila Bekhti est extraordinairement attachante, touchante. 

En termes d'analyse de la situation de l'école publique, on reste dans la caricature, et le traitement est trop superficiel. Ce n'était pas non plus la philosophie du film, qui a des objectifs avant tout ludiques. Mais enfin, même en grinçant un peu des dents à l'arrière-plan, on voit passer et se poser des problèmes réels. Simplement, l'impuissance affichée dans des registres différents des deux enseignants en première ligne est trop simpliste. 

C'est malgré tout la deuxième fois (sur ma seule et étroite cinéphilie) qu'un film peut être l'objet d'un prolongement de réflexion. Il y a eu "Entre les murs", palme d'Or à Cannes, tiré de l'indispensable roman de François Bégaudeau, et celui-ci. D'autres certainement, que je n'ai pas vus, mais ... Je ne compte pas le très médiocre et regrettable  "L'esquive" (malgré les engouements d'une critique aveugle pour ne pas dire imbécile) d'Abdellatif Kéchiche. Seul Bégaudeau a vraiment frolé le réel de la classe, mais on peut sortir des deux en se disant que le système ne se réformera pas par le haut. 

Il faut absolument des prises de conscience locales et alors même que globalement, les chefs d'établissement sont le maillon faible du système, ils pourraient en être le recours. C'est à ce modeste niveau hiérarchique que la notion (asexuée) d'homme providentiel peut paradoxalement jouer. Le ministère malgré la tentative de réforme du recrutement de 1989 n'a pas trouvé la bonne méthode.  Il faut dans cette perspective des marges de manoeuvre réelles couplées avec une véritable autonomie des établissements pour aller vers un maillage efficace du territoire à l'aide de cellules d'enseignement cohérentes et coordonnées. On tâtonne et on en est loin, car l'extraordinaire défiance des enseignants ne peut pas se lever par décret. Il reste toujours à engager un travail de longue haleine et de fond, adossé à une clarté absolue dans le dessein qui fait défaut.

Tout redétailler est lassant. Ce billet fatigué n'est là que pour mémoire. Mais au moins, il faut aller voir le film, dans la logique tant de fois répétée après lui de Beaumarchais : Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer.  

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04 mars 2019

LA RÉFORME DU LYCÉE

In Le Monde, page 13 du numéro daté de Mercredi 28/2., un article sous la signature : Violaine Morin. 

RÉACTION ....

Protection

Des rivalités entre les disciplines …  Le temps de cours chamboulé par les sciences numériques … Tout cela n'est en réalité pas sérieux.

Un tronc commun est prévu, articulé autour des disciplines suivantes : français, histoire-géographie, deux langues vivantes, E.P.S. (éducation physique et sportive), EMC (enseignement moral et civique), bloc enseignement scientifique (SVT (sciences de la vie et de la terre + Physique)). Ce tronc commun a deux défauts évidents :

1 - il est absurde de ne pas énoncer  que les mathématiques font partie du bloc scientifique (pas "les", en fait, mais "des" mathématiques : un noyau dur incompressible de procédures calculatoires et de géométrie très élémentaire)

2 - pour d'évidentes raisons de réalisme, l'anglais doit être la langue vivante du tronc commun et il n'en est là besoin que d'une.

Au-delà, ce sont les spécialités optionnelles.

Les tensions enseignantes, les interrogations locales sur la répartition des services, tout cela, détaillé dans l'article, n'est que le signe évident du décalage entre le corps enseignant  et les nécessaires transformations de l'école. Le ministère va inhiber sa propre réforme (qui n'est pas, loin s'en faut, optimale, mais représente un pas en avant) s'il n'ose pas expliciter : le métier d'enseignant doit changer. Il n'est pas possible de se couler dans les intentions d'une réforme où affleurent:  le contrôle continu - l'exigence d'un enseignement commun minimal ouvert sur la perspective d'un vivre ensemble - les choix optionnels permettant le déploiement d'une excellence individuelle, si la notion d'équipe d'établissement ne prend pas corps, avec la conscience des spécificités de la population locale à scolariser, la compréhension des objectifs nationaux poursuivis, l'intégration positive des moyens enseignants à disposition (compétences, savoir-faire, investissement personnel) et la volonté de déboucher sur l'élaboration d'un véritable projet local de formation adapté, autonome et réaliste.

Il faut accepter, en réclamant une indispensable formation des maîtres orientée dans cette direction, une évolution de la vision de l'établissement et de son équipe non pas, "à l'ancienne",  en termes d'addition des horaires disciplinaires connectés aux spécialités des postes à disposition, mais en termes de potentiel humain global disponible (par exemple : 1 professeur = 36 heures hebdomadaires d'investissement dans la direction des élèves dont 4 heures réservées à la formation continue ; à multiplier par le nombre de professeurs), afin d'organiser en équipe et sans a priori la meilleure répartition des responsabilités, des activités et des tâches permettant de former efficacement des élèves à encadrer sur place et à mettre au travail 40 heures par semaine.

C'est seulement à partir de cet énoncé "scandaleux" que l'on pourra envisager et de reprendre en main le système de la formation et d'installer dans l'effectivité une réforme approfondie de l'école. Un tel cadre affirmé, on peut redescendre aux détails d'application. Procéder autrement, c'est se vouer à l'échec au milieu des anathèmes croisés des tenants de l'approche maintenue d'un geste éducatif obsolète et inadapté aux évolutions de la jeunesse, chacun, fût-il vegan, confondant comme en témoigne Violaine Morin, la priorité à donner au renouvellement du système et la défense de son bifteck pédagogique ! 

Matin

 

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