AutreMonde

12 janvier 2023

POST-SCRIPTUM

Capture d’écran 2023-01-12 à 10

 

Mara Goyet était l'invitée de Myriam Encaoua hier soir, 11 janvier, sur LCP.

Je l'avais précédemment entendue sur France-Inter et d'ailleurs c'est à la suite de cette prestation que j'avais acheté son bouquin Finir prof.

J'ai dans mon billet précédent suffisamment éreinté celui-ci pour me sentir tenu d'ajouter deux lignes. Autant sa production écrite chez Robert Laffont m'a irrité, autant je dois reconnaître que, dans un registre très différent, après avoir été intéressante sur France-inter, Mara Goyet a été très bonne hier sur LCP. Etonnant. Une pensée attachante et ferme à l'oral qui, dans ses développements écrits, s'éloigne du fond du sujet pour basculer dans l'émollient et le narcissique.

Très étonnant et qui pousse à réfléchir.

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07 janvier 2023

FINIR PROF !!

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Ce bouquin me démoralise et me sidère en même temps. A la fin de années 2000, Mara Goyet tenait (sur canalblog.com) une sorte de journal de classe qu'elle a je crois interrompu fin 2010 et qui m'avait enchanté par sa vivacité et son état d'esprit. Nous étions entrés en contact par ce biais et l'échange me plaisait bien, centré sur l'école. Elle enseignait alors quelque part en Seine Saint Denis, zone d'éducation prioritaire.

Apprenant sa nomination en collège parisien au début des années 2010, je m'étais amusé que ce fût au collège Jules Romains et m'était venue l'idée farfelue mais prégnante de mettre en place, à l'occasion (et pour la fêter) de ma dixième non-rentrée scolaire pour cause de retraite, un canular ciblé sur cet établissement et digne de l'auteur des Copains. Depuis, nous sommes fâchés. Je reconnais à sa décharge que si le canular fut réussi, tout le monde, sur le moment et sur le fond, me donna tort.

J'en ai parlé (http://ednat.canalblog.com/archives/2013/09/02/27942599.html) dans un billet factuel, banal, où rien ne souligne ce qui fut la raison de la querelle.

Mara Goyet a maintenant vingt-cinq ans de bouteille pédagogique et, professeur certifié de classe exceptionnelle (c'est elle qui souligne en relativisant) toujours à Jules Romains, elle délivre une ôde aux joies de l'enseignement en collège qui relève et ne relève que de l'idiosyncrasie. Rien ici ne s'apparente à la restitution dans une perspective réformiste (ou révolutionnaire) des leçons d'une déjà longue expérience au sein d'un système éducatif qui fait à peu près l'unanimité sur ses dysfonctionnements. Il s'agit en tout et pour tout d'une mélopée narcissique sur les joies de Mara Goyet narrant l'enseignement enchanté de Mara Goyet. 

Du collège, sans doute maillon le plus faible de notre système de la formation initiale, de ses chefs d'établissement qui en constituent plus souvent le problème que la solution, il n'est structurellement rien analysé, rien posé d'où s'esquisserait l'espoir  d'un ressaisissement. La seule focale est sur la classe et par essence, sur la classe de Mara Goyet, dans un recentrage qui n'est plus qu'une autocélébration. L'impact du Covid 19 devient "Mara Goyet et l'enseignement en distanciel". 

Dans une troisième partie, elle annonce vouloir affronter un certain nombre de débats et elle en cite six : républicains versus pédagogues; laïcité et valeurs; wokisme; école inclusive; exemplarité du professeur (est-ce un débat?); l'élève au centre (ou pas) du système éducatif. Mais rien de décisif, rien de tonique, rien de tranchant, on reste dans le mou .

Même Samuel Paty, drame absolu que les responsables à tous les niveaux ont scandaleusement et honteusement glissé sous le tapis quand il aurait fallu des prises de position politiques sans pareilles, impliquant le pays tout entier, reste confiné à des propos sympathiques et à des dénonciations assagies. J'en avais en son temps parlé (http://ednat.canalblog.com/archives/2020/10/22/38604650.html) et j'y suis depuis plusieurs fois revenu.

Mara Goyet, et c'était en fait perceptible dès son Collèges de France de 2003, et elle l'évoque elle-même, n'a pas l'ambition du collectif; elle observe, elle raconte, et dans les bons jours, bien, elle prend ses distances, et elle trace son chemin professionnel et personnel à l'écart de toute ambition transformatrice. Le système est ce qu'il est et elle s'en débrouille et elle y creuse son heureux sillon. Très étonnant bonheur que le sien, au milieu de l'effondrement des tests PISA, des 150 000 jeunes qui sortent chaque année sans bagage aucun du système, de l'inadaptation de l'Ecole à ses missions, de l'inaptitude des responsables, de l'incompétence des ministres successifs, peut-être pas intrinsèque, mais criante en termes d'inadaptation aux exigences de la formation dans les évolutions de l'époque. Ce livre est l'hymne illogique de Mara Goyet à Mara Goyet sur les décombres de notre avenir. 

Finir prof. Pourquoi finir, quand ce métier est un éternel recommencement? Peut-on se réconcilier avec le collège? Voilà qui signifie bien qu'on n'envisage pas d'y toucher, qu'on s'y glisse, seulement, qu'on y fait, elle le dit, son nid, qu'on y trouve son cocon et qu'on s'épanouit dans la fréquentation de la jeunesse bruyante qui le traverse sous son regard attendri. Enseigner est un travail de Sisyphe. Mais il n'est pas nécessaire de relire Camus et d'imaginer Mara Goyet heureuse. Elle l'est. 

Stupéfiant.

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02 janvier 2023

GONCOURT 2022

Vivre vite (Brigitte Giraud) et Le mage du Kremlin (Giuliano da Empoli) étaient au pied du sapin. Finalistes du Goncourt de l'année, la victoire allant au premier après quatorze tours de scrutin, grâce à la voix prépondérante du président du jury (Didier Decoin).

BRIGITTE GIRAUDGiulano da Empoli

Le second ouvrage se vend d'ores et déjà mieux que le premier, que l'attribution du prix ne semble pas paradoxalement avoir dopé,  et bénéficie d'une bien meilleure réception critique. Petite chose versus grand livre, lit-on ...

Le destin nous tend sa lorgnette dans le premier cas, l'ambition d'un certain décryptage géopolitique souffle à travers une trajectoire individuelle dans le second. On peut comparer les quatrièmes de couverture :

VIVRE VITE LE MAGE DU KREMLIN

Il est bien difficile, à partir de ces quelques lignes, de ne pas adhérer à l'étonnement de ceux pour qui le couronnement de Vivre vite a relevé de l'injustice ou de l'erreur.  Comment ce petit sujet privé pourrait-il faire de l'ombre à la gouvernance de l'immense Russie?

C'est oublier qu'il s'agit de livres.

Dans son deuil ressassé, Brigitte Giraud touche juste en listant tous ces si qui construisent nos trajectoires minuscules et individuellement essentielles. Qu'en aurait-il été si? L'histoire du grain de sable qui fait dévier le convoi. Le ressort a déjà servi, chez Paul Guimard au moins deux fois, très explicitement (L'ironie du sort) ou plus discrètement (Les choses de la vie). Il est à l'oeuvre dans  Le tourbillon de la vie (Olivier Treiner) actuellement à l'écran. Il resservira. Mais là où je renvoie à des fictions, Brigitte Giraud décortique le réel, le puzzle qu'à l'évidence elle ne cesse obsessionnellement de démonter et de remonter depuis plus de vingt ans et dont l'image finale recompose l'hébétude du fait brut, la mort de l'autre.

Recomposition modeste, mais obstinée, sans pathos, qui détaille, qui décrit, qui s'interroge, qui ne peut, car il n'y en a pas, fournir de réponse, mais qui informe. C'est une narration qui nous prend à témoin. Voici comment cela s'est passé, ce que j'en ai su, ce que je n'en ai pas su, nous dit-elle, et au fond, si je vous en parle, c'est qu'il faut bien se résoudre un jour, si l'on veut continuer, à tourner la page, terrible cruauté du vivant. Et donc, avant de la tourner, s'assurer que l'on a tout dit.

Rien de tel, chez Da Empoli. Rien de tel et peu de sincère. L'auteur a visé haut mais l'ampleur de l'ambition est à la merci de la réalité des moyens. Ils ne sont pas là. Le sujet était pour Emmanuel Carrère. Il suffit pour s'en convaincre d'avoir lu son Limonov. Le récit ne décolle pas. La visée géopolitique prête ici ou là le flanc à la grandiloquence, rien de clairement dessiné ne sort d'allusions - dont on se demande si elles sont fascinées ou ironiques -  à la profondeur des vues poutiniennes, aucun élément précis ne donne du contenu à la montée en puissance du conseiller-narrateur central avec qui on navigue dans l'affirmatif sans preuve tandis qu'il se prête des qualités d'analyse sans égales, capable qu'il est de tout comprendre et de tout expliquer, sans qu'au fond nous pénétrions en quelque façon l'essence des sujets traités. Accréditant (ou le prétendant ?) le discours, on voit passer des noms qui ont fait la Une des journaux, Mikaïl Khodorkovski, Boris Berezovsky, Limonov (justement), Alexandre Zaldostanov (le chef des Loups de la nuit, biker ici mythifié dans une veine très journalistique) qui interviennent pour des échanges qu'on sous-entend profonds et qui ne sont qu'assez ennuyeux.  Et puis, en rebondissements épisodiques, une soi-disant extraordinaire histoire d'amour articulée sur la figure stéréotypée d'une Ksenia affadissant tous les qualificatifs dans une hypertrophie de roman-photo. Il est bien possible que la réalité dépasse la fiction, mais la fiction ici n'a pas d'épaisseur. Le roman frôle nous dit-on l'enquête, et Vadim Baranov serait suffisamment Vladislav Sourkov, grand stratège répértorié de Vladimir Poutine, pour que l'affaire soit à prendre au sérieux et la narration pleine d'enseignements décisifs sur le dessous de maintes cartes. Mais le dispositif ne fonctionne pas. La cible est ratée. Reste un objet littérairement un peu filandreux auquel on préfèrera dans une perspective informative une bonne analyse spécialisée.

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21 décembre 2022

CODICILLE : LES ANNEES SUPER HUIT .

Ernaux

Ceci n'est pas un film. Et je n'en ferai pas une chronique. Mais quand même ...
Annie Ernaux, qui poursuit avec le succès nobélisé déjà dénoncé son entreprise sidérante de promotion de la médiocrité en littérature nous livre ici, assorti d'un commentaire fleurant bon la nostalgie de comptoir, un montage d'archives familiales de mauvaise qualité, remarquable par sa banalité absolue. Endossant le rôle de la récitante, elle y distille sur un ton lugubre l'habituelle et lancinante litanie de ses frustrations, précédées de nouveau de son affligeant Montjoie! Saint-Denis! personnel : Venger ma race!
Annie Ernaux, on l'aura compris, me donne des boutons et me procure à chaque nouvel opus la satisfaction masochiste d'aller les gratter jusqu'au sang.

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09 décembre 2022

MAUVAISE HUMEUR ERNALDIENNE

Annie Ernaux

 

Venger ma race! … Ô l'absurde vouloir! Annie Ernaux, aureolée de Nobel,  a donc consacré ce mercredi 7 décembre, à Stockholm, son discours de réception à la justification de cette clameur guerrière et dérisoire, pimentée au titre de variante comme de complément d'un aussi sot Venger mon sexe!

Navrants slogans.

La médiocrité était ainsi à l'honneur en Suède et l'universalisme se perd. Annie Ernaux ne sait pas s'arracher au remâchement, à la sempiternelle rumination d'aigreurs personnelles accumulées tout au long d'un parcours qu'elle réduit à la marche victimaire d'une mal née, au mauvais endroit, dans le mauvais milieu, héritière malgré elle de ce qu'elle veut décrire comme une longue lignée d'humiliés, de ceux qu'elle s'acharne à présenter comme tels là où pourrait se lire noblesse, courage et même grandeur des petites destinées.

Étonnant discours, morne et plat, qui égrène et redit et s'afflige. Moi et mon triste destin, moi écrasée par le couple, la maternité, l'enseignement, l'intendance, moi et ma déchirure sociale, et puis, soudain, moi et mon sursaut, ma nécessité de dire, de témoigner, moi, la transfuge de classe salvatrice, moi qui vais donner aux exclus qui m'ont précédée et engendrée cette parole qu'ils n'ont pas eue et pour cela, enfin, moi qui vais parler … de moi.

Annie Ernaux a réussi cette prouesse de mener au plus haut une carrière littéraire tout entière vouée au touillage continuel d'un même fond de vieilles rancœurs existentielles tristement comme fréquemment relevé de quelques confidences et souvenirs sexuels délavés.

Pas de quoi nobéliser !

Son discours, ICI :

Prix Nobel : Écrire pour "Venger ma race et venger mon sexe", le discours poignant d'Annie Ernaux

" Par où commencer ? Cette question, je me la suis posée des dizaines de fois devant la page blanche. Comme s'il me fallait trouver la phrase, la seule, qui me permettra d'entrer dans l'écriture du livre et lèvera d'un seul coup tous les doutes. Une sorte de clef.

https://www.telerama.fr

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03 novembre 2022

TOUSSAINT 2

L'école est à nous

Sans intérêt. J'ai vu ça mardi dernier, séance de 17h15; plus de monde que je ne l'aurais prédit. C'est une redoutable compilation de poncifs éculés sur le collège, saisi dans une ambiance de conte de fées puisqu'une miraculeuse grève de deux semaines pour cause de diminution drastique de la DHG (Dotation horaire globale) va permettre à une enseignante au parcours initial brillant, mutée là après une mise à pied de deux ans (et/ou un burn out?) pour cause d'élève suicidé dans la classe de Mathématiques Spéciales qui lui était confiée, d'expérimenter ce mantra plus ou moins pédagogiste : Progressez en faisant ce que vous voulez. A partir de là, c'est un peu un n'importe quoi idéalisé qui règne, ponctué d'invraisemblances et de bons sentiments. Un principal ectoplasmique (Jean-Pierre Daroussin, hélas tout à fait crédible, lui), quelques parents d'élèves hors-sol, une poignée de gamins stéréotypés, etc. Rien ne tient.

Quand je repense aux films sur l'école que j'ai eu l'occasion de voir, il ne m'en reste que deux qui m'aient attaché sans réelle restriction: Entre les murs (Laurent Cantet / François Bégaudeau) et La vie scolaire (Grand corps malade / Mehdi Idir). Tout le reste a été caricature.

Je suis un peu, cette année, une opération menée dans le cadre de la dernière promotion des élèves de l'Ecole Polytechnique et qui concerne la trentaine d'élèves étrangers qu'elle contient. Faute de pouvoir faire, puisque non citoyens français, un service militaire, quelques-uns sont répartis dans des établissements scolaires où, au titre de "formation humaine", ils s'intègrent, dans des conditions très variées d'un établissement à l'autre, aux activités pédagogiques locales, naviguant entre le soutien et l'approfondissement, les responsabilités et l'observation. Ce m'est une occasion de reprise de contact avec l'ambiance des couloirs, des salles de classe et des salles des professeurs, dans cette vie ponctuée par les sonneries annonçant les fins de cours et les récréations qui m'a été si pesante et si chère. Et sur mes rares interventions de ce premier demi-trimestre, je me trouve assez interdit, à la fois en terrain familier et sans vraiment tout reconnaître. Mais il est trop tôt pour risquer des remarques. Un vague sentiment, malgré tout, de fonctionnement par inertie; on continue parce qu'on ne sait pas faire autrement, et l'impulsion ne semble pas pouvoir venir d'en haut, d'une administration portée à gérer l'existant, sans remise en question, avec des préoccupations trop lourdes au ras du quotidien et toute une machinerie bien réglée mais trop pesante pour qu'on puisse envisager de la bousculer. La logistique fonctionne bien, par exemple la cantine. Et le reste ? L'efficacité pédagogique sur le long terme? J'ai vu des BTS seconde année (bac + 2, donc) incertains devant des opérations élémentaires sur les fractions ... Il semble d'une façon générale qu'il y ait beaucoup de décalage entre le programme et l'élève . Wait and see, j'y reviendrai, c'est encore le début. Mais on est un peu mal à l'aise ...

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26 octobre 2022

TOUSSAINT ET PARENTHESE

Montesquieupland'ensembleTraditionnellement, je descends vers le Sud, à la Toussaint, fermer la maison pour l'hiver (vidanger surtout, crainte du gel). Sauf qu'avec les températures actuelles, l'intérêt de la chose ne saute plus aux yeux. Mais le pli est pris, et puis une petite huitaine "au village", c'est toujours une bonne occasion de retour sur soi.

France-inter, ce matin, me parlait d'un des films de la semaine : L'école est à nous, pour en dire tout le bien qu'on en doit penser. Un coup d'oeil aux critiques de Télérama et du Monde ... Bon, je vais tâcher d'aller voir.

Et me remontent, dans la foulée, quelques ressouvenirs du début des années 2000 dont j'ai déjà dû parler mais tant pis. L'avantage des trous de mémoire, c'est que tout est toujours neuf.

Claude Thélot était alors le patron du HCEE (Haut Conseil de l'Evaluation de l'Ecole), organisme rattaché au ministère et récemment créé. Je le connaissais un peu. Il m'avait demandé de co-rédiger un rapport sur "L'appréciation des enseignants  du premier et du second degré" en me binômant avec un consultant qu'il était allé chercher chez Bernard Brunhes . D'autres rapports avaient précédé, d'autres ont suivi, mais enfin le nôtre, dont en fait à un chapitre près j'ai rédigé l'essentiel, est encore consultable en ligne. Et j'en ai largement raconté la genèse dans un bouquin resté confidentiel (https://www.thebookedition.com/fr/ed-nat-p-87259.html). Mais ce rapport ne reprenait pas la totalité des pistes qui avaient alors été travaillées parce que Thélot, prudent, ne voulait pas trop sortir des sentiers battus et souhaitait au fond plus du factuel que de la prospective. Et parce que c'étaient des pistes "personnelles" auxquelles mon co-rapporteur, de son côté, n'accordait pas le même intérêt que moi.

Deux points me préoccupaient: le principe de l'avancement au mérite en cours de carrière, auquel j'ai toujours été hostile et que je cherchais à contourner, et la possibilité de mesurer la plus value réelle d'un enseignant dans le parcours de formation des élèves qu'on lui confie. Je liais les deux.

J'étais prêt, sur le premier point, à plaider pour une répartition uniforme de la masse salariale, affectant un niveau fixe de salaire à chaque catégorie de poste, indépendamment du diplôme ou de l'ancienneté de l'enseignant.  En contrepartie, je voulais élaborer une méthode de détermination de la plus value enseignante sur les résultats de laquelle, le "mérite" évalué se traduirait en points-retraite permettant, carrière terminée, de bénéficier d'une pension  qui aurait pu être fixée, selon, entre 60% et 80% du salaire moyen de ladite carrière. Sans doute un peu radical.

La recherche de cette méthode de détermination de la plus value m'intéressait beaucoup, pour parvenir in fine à une proposition assez simple. Dans la perspective d'une informatisation que je prévoyais totale (Big Brother is watching you) sans en être alarmé du suivi des élèves sur tout leur cursus, à chaque année scolaire, un test de septembre puis un test de juin devaient par comparaison quantifier les progrès individuels à porter dès lors au crédit du professeur. Il y avait derrière tout un arsenal technique, dont l'élaboration de tests nationaux, mais le schéma me séduisait.   

Me séduit encore? Ma foi ... il faudrait beaucoup affiner mais ces principes, à l'énoncé technocratique et déshumanisé, ne me paraissent pas absurdes dans un système maintenu sur ses rails actuels (un professeur, une classe) dont par ailleurs je prône l'assez large changement.

Bah, congés de Toussaint, non? On songe. La production d'idées est une activité tonique. Ensuite ... Tout n'était peut-être pas à jeter, là-dedans.

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01 octobre 2022

HARO SUR LE "PETIT BÉNÉVOLAT MILITANT"

BénévoleJ'ai peut-être eu une parole malheureuse l'autre jour (billet précédent), en tout cas on me le reproche. Mais à y réfléchir - car hélas, j'écris parfois sans suffisamment réfléchir - elle est assez représentative d'une conviction que je partage, puisque c'est la mienne. Nous mourons de nos inutiles efforts individuels. L'efficacité collective n'est pas au niveau de l'individu et les petits ruisseaux - ici - ne font pas les grandes rivières.

La profusion des associations en tous genres est étonnante, où les bonnes volontés se répandent largement, obtenant sans doute des résultats mais ne changeant rien au malheur général du monde. Il n'y a pas, là, d'effet papillon. 

Car c'est bien le malheur du monde, saisi dans sa globalité, qui importe, les sorts individuels n'ont d'intérêt que pour l'individu; on en sauve un, le bénévole s'enthousiasme tandis que les autres continuent à perdre pied.

Ne rien faire alors? Si, l'école.

Il y a eu une bonne chronique d'Anne Rosencher, Directrice déléguée de la Rédaction à L'Express et découverte à cette occasion, sur France-Inter jeudi matin 29/9, à 7h20. J'ai dit bonne? non, très bonne, excellente. Il n'y a qu'un dossier qui compte, l'école et rien ne vaudra s'il n'est pas d'abord traité. Mais, la valse des incapables (de penser) ou des impuissants (à agir) nommés à la tête du Ministère de l'Education Nationale que j'observe depuis les années 1960 où, étudiant, j'ai commencé à m'y intéresser, si elle justifie tous les effondrements constatés, laisse peu de place à l'espoir .

Ma propre action qui a continûment relevé du "petit bénévolat militant" de l'enseignant soucieux de promouvoir à titre individuel des propositions de changement qui n'intéressent personne n'est que le soulignement de ceci : l'école  est irréformable. S'en ressaisir pour la rebâtir supposerait en réalité un renouvellement du système de valeurs dominant qui semble inenvisageable et qu'aucun responsable n'a ni conçu, ni envisagé. On n'a pas encore, je crois, touché le fond. Peut-être, ce jour-là, y aura-t-il une "fenêtre de tir" pour une réelle refonte, mais ce n'est pas pour demain tant le système, malgré la dégradation de son efficacité globale, garde, dans l'accroissement des inégalités, la capacité de produire une maigre élite techniquement apte à assurer "quoi qu'il en coûte", la survie générale des structures en place de la société.

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20 septembre 2022

RENTRER À PETITS PAS ET REGARDER LA TÉLÉ ...

                            Photo MAIF pour fin d'année!Petit Ecran_____________________

À l'idée de reprendre, pour la première fois peut-être, je me suis  senti pleinement Bartleby, cette année, I would prefer not to ... À quoi bon?

Il y avait pourtant des projets, de quoi faire; oui mais voilà, aussi, cette étrange question : À quoi bon? À mon bureau, assis, je regarde dehors, en me penchant un peu pour cause d'ordinateur, dont l'écran est mon horizon le plus habituel. L'immeuble d'en face, agréablement austère et assez récemment ravalé, ne me renvoie nulle réponse. Il reste indifférent, les fenêtres du sixième gardent leurs volets clos, trois pièces sont éclairées au cinquième, personne au balcon, une télé est allumée au quatrième, rien ailleurs, la triste semi-obscurité du soir qui tombe. Au rez-de-chaussée, le bistrot a baissé le rideau et le glacier a fermé boutique, de toute façon, la température est tombée, il n'a pas eu la clientèle des temps de canicule, aujourd'hui. J'attends.

Comme le lièvre de La Fontaine, je songe. Car que faire en un gîte à moins que l'on ne songe?

Mon enthousiasme pédagogique est éteint. À l'unisson de Pap N'diaye qui m'a l'air l'homme des promesses molles. Que va donner l'année scolaire? Le métier fout quand même un peu le camp, avec ces recrutements de contractuels en speed dating. Là, sollicité en juin, je me suis laissé embarquer dans l'opération Cordée de la Réussite que promeut depuis au moins dix ans le ministère, avec semble-t-il pour cette rentrée un renouvellement des perspectives. Des établissements d'enseignement supérieur proposent à des lycées de s'encorder, avec l'ambition de permettre à un petit volant de boursiers et autres élèves estampillés QPV (Quartiers de la Politique de la Ville, zones difficiles en gros) volontaires de dépasser, motivés, l'autocensure et de viser les classes préparatoires pour tâcher de s'arracher au destin que leur situation sociale dessine. Des groupes d'une dizaine de gamins sont encadrés (tutorés) par des étudiants de l'enseignement supérieur, des élèves des grandes écoles, deux heures par semaine. Moi et d'autres, on supervise plus ou moins l'affaire, des enseignants chevronnés étant eux, sur le terrain, en position de conseil direct et de soutien vis à vis des jeunes intervenants. J'ignore ce que cela va donner. On commence ...

Parallèlement, je suis les débuts en post-bac et en maths de trois enfants de parents ou d'amis. L'envie de garder un peu d'utilité à des compétences qui s'effilochent.  Peut-être aussi le désir de justifier ma pension de retraite. Au fond, je n'ai jamais bien vécu cette situation de retraité, payé à rien foutre. Le sentiment qu'il faudrait, à la mesure de ses moyens, donc de moins en moins, mais toute la vie, maintenir une activité au service de l'intérêt général, de la collectivité. Et je ne suis pas l'homme des associations, du petit bénévolat militant, j'ai besoin (j'aurais) d'une structure officielle, une sollicitation claire de l'Etat, une sorte de fonctionnariat prolongé et éternel, un petit volant d'heures hebdomadairement consacrées, sur des tâches bien définies, au mieux-être de la cité.

Je n'ai jamais consacré de temps notable à la télévision, j'envisage de m'y mettre. La programmation d'Arte ouvre des pistes intéressantes et je découvre peu à peu arte.tv. Et puis les livres, le cinéma, oui, oui, sans doute, on peut s'occuper, mais je rame dans le vide. Je ne suis pas expos, j'y trouve souvent de l'intérêt quand on m'y traîne, mais je ne prends pas l'initiative, comme cet été à Montpellier, une visite du Musée Fabre, qui m'a été une occasion de saine râlante tant, dans un lieu architecturellement beau, j'ai subi une invraisemblable accumulation de croûtes, occasion de sentir la différence entre l'artiste véritable, ici absent, et le mauvais peintre.  Un petit Greuze m'a plu, et un triptyque de Yan Pei-Ming, découvert à l'occasion. Le reste, dont d'innombrables et mauvaises productions de François-Xavier Fabre, néanmoins lauréat du grand prix de peinture de l'Académie en 1787 et qui a donné son nom au musée, m'a plutôt affligé. Dans le lot, un célèbre Courbet de 1854, La Rencontre, qui m'a surtout semblé raté!

GREUZE

     Triptyque Yan Pei Ming

Pour revenir à la télé, Arte diffusait Marguerite, hier soir. J'avais adoré le Giannoli de À l'origine et je n'ai pas partagé l'enthousiasme de la critique pour ses Illusions perdues. Marguerite, que je n'avais pas vu au cinéma, est entre les deux, chronologiquement, et à voir le film sur le petit écran, je suis resté tiède. Catherine Frot est assez touchante mais, après un certain enthousiasme quand je l'ai découverte chez Bacri-Jaoui, dans  Un air de famille, pilotée par Cédric Klapisch, en 1996, j'ai été assez vite lassé par son jeu trop "à l'identique" et du coup ... Ce soir, c'est Mal de pierres, avec Marion Cotillard, qui est programmé. Un film de Nicole Garcia. Je vais essayer ... C'est tiré (on dit "librement adapté" ...) d'un roman italien de Milena Agus. Si j'accroche, je lirai le roman. Le principe (et la réalisation)  du passage du livre au film est  toujours une source intéressante de réflexion.

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03 août 2022

LA FAMILIA GRANDE : UNE ERREUR DE PERSPECTIVE.

camille-kouchner

Antoine-Kouchner

olivier-duhamel

evelyne-pisier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TABLEAU DE FAMILLE .... de haut en bas, Camille puis Antoine Kouchner, les jumeaux; Olivier Duhamel, le beau père incestueux, Evelyne Pisier, la mère.

Un livre de Camille Kouchner (fille de), La familia grande, au Seuil, et la suite. Je ne l'avais pas lu. C'est fait. Et une Grande librairie, à la télévision, chez François Busnel, en janvier 2021 :  https://www.youtube.com/watch?v=4MDl5Ap66k4

J'ai écouté Camille Kouchner chez François Busnel  après l'avoir lue.

Dans la réception médiatique du livre, en pleine convergence avec le questionnement de François Busnel, il y a selon moi une grave erreur de perspective. C'est la voix de Camille Kouchner à différents âges, de l'enfance à la trentaine, en gros, qui traverse le livre et le tient tout du long. La voix d'une fillette, puis d'une adolescente et enfin d'une femme qui parvient mal à couper le cordon ombilical, lequel au-delà de la mère, s'étend dans la fascination jusqu'au beau-père. La personnalité d'Olivier Duhamel illumine, après puis à la place d'Evelyne Pisier, cette enfance et son aura est affirmée absolument dominatrice, tenant sous son emprise tout un groupe familial et relationnel. 

Le livre est en deux parties. D'abord le groupe dans des étés choraux à Sanary-sur-mer qui sont le paradis perdu de l'auteur, puis, son jumeau l'ayant faite confidente de son drame, de sa sujétion sexuelle au beau-père incestueux, le cataclysme psychique qui va la dévaster et ébranler les fondements d'un bonheur qui explose derrière la fiction pourtant maintenue de quelques étés supplémentaires et angoissés avant de disparaître totalement. Rien n'est absolument clair ni absolument daté là-dedans et d'énormes ambivalences se maintiennent, longtemps, d'une façon, pour le lecteur, absurde. Un discours est mis en avant, sur la fragilité de la mère qui ne se remet pas du décès de la grand-mère. Et le groupe familial le plus restreint, s'il est traversé de tensions et de non-dits, ne parvient pas à dégager d'attitude collective cohérente, chacun dirait-on dans la fuite sinon le déni et l'absolu interdit de l'explicitation. L'auteur souffre, culpabilise à longueur de pages, métaphorise sur l'hydre qui la dévore, ne se décide à rien, incapable de porter le couteau dans la plaie, au centre d'une valse étonnante de lâchetés familiales et sans doute autres, se contredisant elle-même par l'affirmation simultanée que tout le monde savait et que personne n'était au courant, ce qui reste aberrant. Il s'en dégage une impression de gêne, un malaise face à cette forme de complaisance générale inaboutie quand la situation exigeait d'évidence que l'on tranche le noeud gordien.

Seule Marie-France Pisier, la tante, semble avoir essayé d'être à la hauteur de la situation avec la volonté réelle, dès qu'elle a su, de crever l'abcès, ce qui a débouché sur une mort, la sienne, pour le moins suspecte et dont on ne comprend pas qu'elle n'ait pas donné lieu à une enquête plus approfondie que les deux lignes auxquelles elle a droit dans le livre, avec mutisme, absence résolue de réaction à la perche tendue par Busnel lors du dialogue à la télévision. Qu'est-ce que c'est que ce suicide où la suicidée se retrouve au fond d'une piscine, sans eau ou presque dans les poumons, la tête et les bras coincés dans le dossier d'une lourde chaise ? On croit rêver.  Dont acte, circulez, "y'a rien à voir"? Une prouesse à la Bérégovoy, suicidé de deux balles dans la tête?

L'inceste est indéfendable dans son ignominie, mais le numéro de Docteur Jekyll et Mister Hyde auquel s'est livré pendant des années  Olivier Duhamel ne fait tristement que l'ajouter à la longue liste des ordures duplices, avec comme circonstance aggravante le brio éclatant de la personne publique. Un brio d'ailleurs si aveuglant que l'on voit bien Camille Kouchner se débattre et peiner à s'arracher à sa lumière pour qualifier comme elle le mérite l'abjection de son côté sombre. Mais tandis que l'attention se porte sur l'inceste et que l'auteur développe le discours de la culpabilité des témoins, le public, les médias passent, me semble-t-il, à côté du problème que pose le livre dans sa première partie, lorsqu'il expose, en toute naïveté, ce scandale à mes yeux plus terrible du mode de vie d'un microcosme germanopratin si imbu de ses supériorités intellectuelles et de ses privilèges que son fonctionnement, son existence, ses pratiques sont une insulte absolue aux espoirs d'un peuple qu'à travers le programme commun de la gauche qui allait aboutir au 10 mai 1981, toute une France à la peine avait fondés sur lui.

Ainsi donc, voilà ce que sont devenus nos révolutionnaires idéologisants de Cuba et du joli mois de mai 68? Une grosse décennie de verbe haut, de leçons de gauche, de vitupérations contre le "coup d'état permanent" de la cinquième République, de mépris affirmé pour la France gaullo-giscardienne, de discours enflammés au secours du peuple souffrant, de défense et de compréhension des classes laborieuses, et puis, finalement, la réduction des emballements de 68 au "jouissez sans entrave", la délégation à des domesticités nombreuses de l'encadrement de la progéniture,  les abbayes de Thélème estivales à net parfum de sexualité libérée-partagée, l'encouragement d'ailleurs à goûter sans trop attendre aux saveurs de celle-ci (Comment, mignonne, treize ans et on n'a pas encore vu le loup?) et puis, le pouvoir arrivant, les postes qui vont avec, l'ivresse des maroquins et le gonflement des comptes en banques (ce qui permettra de sortir les enfants de l'enseignement public, enseignement des pauvres, pour les faire bénéficier des charmes, jusque-là honnis, de l'Ecole Alsacienne). Cette mentalité, ces trahisons, sont inexcusables, impardonnables.

Ce livre est triste, parce que s'il ne nous apprend rien sur les perversités sexuelles qui transforment des parents ou des proches en prédateurs et sur leurs conséquences, il souligne avec une décourageante clarté combien le combat pour l'égalité des conditions de vie et le bonheur de tous à l'aube des lendemains qui chantent est un combat perdu d'avance, puisque ceux-là même qui prétendent le mener oublient dès que l'occasion s'en présente le collectif pour l'individuel, découvrent que l'interdiction d'interdire est d'abord une saine pratique privée et s'enchantent que la gauche soit nettement plus confortable quand elle est caviar que du temps qu'elle était, ô leur naïve jeunesse, révolutionnaire.

Révoltant.

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