AutreMonde

28 octobre 2018

TOUSSAINT 2018

                                           Jack

               Professeur de l'enseignement secondaire décidé à reprendre les affaires en main ?

Un demi-trimestre s'est déjà écoulé. Les classes sont en place, des routines ont recommencé à s'installer. Je garde le contact à travers les petits-enfants et des coups de main divers, à droite, à gauche, à des niveaux qui ne le sont pas moins, collège, lycée. Rien ne semble changer, rien ne semble changé. Les attentifs écoutent, les travailleurs travaillent, les trublions trublionnent, les enseignants saignent.

Le hashtag #Pasdevague souligne sans doute opportunément et sans doute tout aussi vainement une vieille pratique, une tradition bien établie au sein de l'éducation nationale. Le professeur fait l'autruche par crainte du ridicule s'il s'avoue humilié par sa classe, le chef d'établissement minimise à tout va pour prouver son autorité sur son collège ou son lycée, le recteur manifeste qu'il a la situation en main par le déni de tout dysfonctionnement, le ministre ne peut bien sûr admettre qu'il ignore où il va.

Tableau excessif dans son systématisme, mais qui ne fait qu'amplifier une triste réalité.

Y a-t-il une solution? Probablement, mais elle n'est pas dans les tuyaux. Alors? Alors, chacun "se débrouille"...

Chacun dit, politiques en tête, "Tout est dans l'éducation". Et puis on on passe à autre chose, quand il faudrait ne faire que ça, réfléchir, dégager les pistes, impulser, agir, trancher. 

Mais ....

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En classe de troisième, à lire pour le 5 Novembre, Jean Echenoz: 14.

J'ai acheté le bouquin d'occasion chez Gibert et puis, dès les premières lignes, j'ai su que je l'avais déjà lu, sans doute peu après sa sortie, en 2013 ou 2014, quand Antoine Compagnon, au Collège de France, s'occupait des écrivains de la Grande Guerre. Il doit y avoir un exemplaire qui traîne par là, caché dans quelque pile intouchée. Mais j'ai repris ça quasiment vierge. J'ai mis un peu de temps à accepter le style, et puis il se révèle efficace et le minimalisme d'Echenoz, son extériorité, l'absence de dimension psychologisée des personnages qui les vide d'épaisseur et les fait par là-même plus être agis (par quoi? la routine, les conventions, la bêtise, le contexte, l'absence de volonté propre, ... ?) qu'agir, fonctionnent et l'horreur de la guerre sourd d'annotations pointillistes, et de ces êtres qui vont, comme le rat crevé au fil de l'eau, remplir des rôles dont ils ne comprennent pas (et ne cherchent pas à comprendre) qui les leur assigne. Pas mal.

                        Cannes

Spectacles. Quelques films et une pièce de théâtre. Très réussie, la pièce. Edmond, d'Alexis Michalik, et mis en scène par le même, sur la gestation ou la genèse de Cyrano de Bergerac. Excellent de bout en bout, brillamment enlevé et semble-t-il assez près du réel. Cyrano est un chef d'oeuvre et Michalik ne démérite pas en le servant. Au cinéma, par contre, on a fait au mieux mais la production d'ensemble ne m'a pas semblé tellement heureuse. Deux bons films: The Guilty, est très bien, polar danois au huis clos assez fascinant ( Une gageure! On est tenu en haleine 85 minutes par un type assis, au téléphone, dont on ne fait qu'entendre les interlocuteurs. Très fort!). Mademoiselle de Jonquières, sur une idée si l'on peut dire de Diderot, est visuellement enchanteur avec Cecile de France et Edouard Baer excellents. Ensuite, Les frères Sisters était tellement attendu qu'un petite déception se fait jour, un cran en dessous des autres réussites de Jacques Audiard.  Enfin, il faut reconnaître  que Voyez comme on danse , qui prolonge sans second souffle malgré un très bon Jean-Paul Rouve le précédent Michel Blanc, Embrasse les tous, est mais n'est pas plus qu'un petit film agréable et que I feel Good,  inexplicablement salué par la critique, est très mauvais

                                  Rooster

 

Je me suis amusé à retraduire True Grit, de Charles Portis, que l'on voit sur la photographie avec John Wayne lors du tournage de sa première transcription à l'écran, à la fin des années 1960. J'ai terminé ça fin septembre. La traduction de  John Doucette me semblait encombrée de passés simples, et puis, on croit toujours faire mieux que les autres. Pas mécontent du résultat. Et ça occupe sainement! Il y a deux ou trois ans, ou un peu plus, j'avais comme cela retraduit La loi de la forêt, d'Edison Marshall, grand souvenir de mes treize ans, dans la version Bibliothèque Verte de Louis Postif. Je pourrais peut-être mettre ces traductions en ligne, éventuellement dans un blog dédié, découpées en chapitres. Je ne pense pas qu'elles soient publiables (compliqué, les droits, ...). Mais je les trouve, of course, excellentes! On n'est jamais si bien servi que par soi-même ...

                                           img_20180807_140100_resized_20180807_023323771-3793302

 

                                              JM Blanquer en recherche d'équilibre

Il paraît que c'est vraiment lui, sur la photographie, dans le Jura, cet été. Why not?  Quoi qu'il en soit, et pour boucler la boucle, ce premier demi-trimestre est resté décevant. Le chantier Education Nationale piétine, on s'occupe trop de moyens où il faudrait faire souffler l'esprit. Les moyens, il en faut, mais après avoir redessiné le projet et pour le servir. Là, on continue à courir après les péripéties. Le coup par coup n'avance à rien. Il faut se ressaisir du système dans son ensemble. Tant qu'on continuera à bricoler dans le médiocre, aucun problème ne sera réglé. JM BLanquer est un fonctionnaire. Il faudrait un visionnaire. 

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30 août 2018

JM BLANQUER : CONFERENCE DE PRESSE

CONFERENCE DU MERCREDI 29/8/2018.

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.... qu'il disait ...

J'ai écouté ça patiemment (1h06) sur la longueur. Le bilan me paraît bien pauvre.

Dans la forme d'abord. JM Blanquer n'est pas un tribun.  Ton monocorde, propos monotones, petite fébrilité de papiers déplacés, absence résolue de charisme, absence de souffle. Difficile avec ça de faire se lever des enthousiasmes.

Sur le fond, ensuite. Une nébuleuse un peu triste de voeux divers dont ne se dégage pas la philosophie forte et cohérente d'un nouveau projet éducatif permettant aux enseignants de se ressaisir et de s'approprier un avenir enrichi et différent. 

Les sujets abordés, les constats faits, les annonces esquissées , essentiellement des mots :

- Une rentrée en musique (c-à-d accompagnée par de la musique, au gré des initiatives locales, semble-t-il ...)

- Constat de la maîtrise insuffisante des mathématiques (26% de la classe d'âge) et du français (15%) à l'entrée en sixième

- Volonté de progrès pédagogique, personnalisation des parcours, école inclusive (c-à-d pour tous), revalorisation de la voie professionnelle, développement des passerelles. Words.

- Maîtrise des savoirs fondamentaux; 190 000 élèves en classes dédoublées (CP, CE1). Au sujet des mathématiques : mise en place de chargés de mission académiques dans le prolongement du rapport Villani-Torossian. Là, j'aurais bien voulu des précisions, mais rien, une annonce.

- Devoirs faits (en collège). Procédure renforcée: tous collèges, au moins 4h par semaine et par élève. Aucune allusion aux moyens (importants!) nécessaires ni à la faisabilité réelle, ni au nombre estimé d'élèves concernés - car en aucune façon, en dépit de la formulation, tous !

- Approfondissement de la proposition de langues anciennes . Je suis sceptique sur l'intérêt de cette fascination pour le mythe du latin-grec dans sa forme "apprentissage de la langue au ras de sa grammaire". Une approche culturelle, historique, oui, teintée d'un vernis technique, oui, mais sur l'étude des textes, j'ai des doutes.

- Souci apporté à la laïcité, à l'égalité garçons-filles. 

- Aide aux parents. Malette-conseil accessible via le lien: "mallettedesparents.gouv.fr" (ce lien, cité par le ministre, ne semble pas être le bon, qui serait : "mallettedes parents.onisep.fr" . Je suis allé jeter un coup d'oeil, ça me semble inextricable pour le parent lambda, et plus encore pour le parent en difficulté)

- Test de positionnement de l'élève à cette rentrée en 2de, pour prise en compte de - et conseils individualisés à - la vague d'élèves qui affrontera le "nouveau bac" en juin 2021

- Réforme de la formation des maîtres, en amont des ESPE (Ecoles Supérieures du Professorat et de l'Education), en ESPE, en aval des ESPE. Sans aucune indication. 

- Fusion des deux Inspections Générales (IGEN ; IGAENR) avec incidence sur les missions, et conséquences sur les Inspections Régionales ... dans le cadre général d'une évaluation des établissements scolaires, une évaluation au service du progrès, accompagnée de la création d'une Instance d'évaluation nouvelle. 

LORS DES QUESTIONS (des journalistes).

Retour sur la Dictée :  Oui, il y aura une dictée quotidienne, mais "cela peut prendre bien des formes, par exemple la twictée" (je suis allé voir - encore une invention collectivo-participative qui relève du gadget fantaisiste et amusera quelques fanatiques sans présenter le moindre apport d'efficacité - bien au contraire!). Propos flous.

Retour sur Devoirs faits : Quid du choix des élèves ? Réponse : "Effectivement, effectivement ... Une lettre a été envoyée aux chefs d'établissement" . Je ne vois rien sur internet (site du ministère) d'autre que le vademecum envoyé en août 2017, plein de bonnes intentions inopérantes, et une vidéo de propagande tournée au Collège "La Justice" de Cergy, en février 2018, trop belle pour être honnête, faisant état de moyens considérables (deux pôles d'accueil, l'un avec 10 enseignants et 4 attachés d'éducation, l'autre avec l'association Zup de CO, comprenant 1 animateur et 5 volontaires du service civique), sans aucun rapport avec mon expérience dans un collège parisien du XIV° arrondissement, d'importance analogue, où la structure était assurée par 2 volontaires du service civique et un retraité bénévole, sans aucune participation enseignante!

BILAN ...

La présentation ennuyeuse du ministre et l'absence de pugnacité des journalistes, ceci expliquant peut-être cela, m'ont semblé moudre du vent. JM Blanquer n'a pas de vision générale de ce qu'il faut faire lever dans les établissements scolaires comme envie d'agir. On va vers de toutes petites choses qui ne changeront pas la mentalité enseignante, ressort principal d'une refonte inenvisageable ou à réussir, selon justement les ouvertures que l'on fera aux professeurs.

Tout cela est d'une infinie tristesse.

 

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22 août 2018

BLANQUER FAIT SA RENTREE EN ARIEGE [La Dépêche de Midi - 22/8/2018]

Aux confins de la Haute-Garonne et de l'Ariège - j'y suis jusqu'à la fin du mois -  on lit La Dépêche du Midi. Le gros titre du jour intrigue, d'autant qu'on nous annonce deux pleines pages (pages 2-3) sur le sujet et le Ministre. 

Le bilan est assez triste : le problème est dans la classe, dans les classes et ledit ministre raisonne hors-sol. Il veut "une école fondée sur le discernement". Ah bon? Ce qui veut dire? Ses notions sur la maîtrise d'une classe agitée de collège (c'est-à-dire l'immense majorité) sont assez floues. Ainsi, sur la question de l'interdiction des portables, il affirme sans rire : "Il existe différentes modalités possibles (...) Dans certains cas, le portable sera seulement déposé en bout de table et pourra, si le professeur le permet, être utilisé pour un usage pédagogique." Déposé sagement, en toute soumission et en bout de table? On croit rêver ... J'attends par ailleurs qu'on m'explique ce que peut être un "usage pédagogique du portable en classe". 

Tout ça n'est qu'une vaste rigolade. 

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La visite ministérielle a concerné d'abord un centre de loisir des Francas (Mouvement d'éducation populaire fondé en 1944, reconnu d'utilité publique et agréé par le Ministère de l'Education Nationale), à Foix, et a été l'occasion pour JM Blanquer de "quelques brasses dans une eau à 15° aux côtés des enfants, face à un courant violent" (Quel homme !)

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...........avant dans l'après-midi de se transporter à Ax-les-Thermes, pour participation à l'université d'été Ludovia (qui en est à sa quinzième édition et s'organisait cette année en interventions, débats et colloques autour du numérique à l'école). "Comment utiliser de nouveaux outils mais aussi comment apprendre aux élèves à s'en servir au mieux ?" Un pompeux questionnement que je vois se traîner tout au long des intentions pédagogiques ministérielles depuis la fin des années 1960 et l'expérience dite "des 58 lycées", ce qui fait un passé d'à peu près 50 ans de foutaises. Car en termes d'impact efficace sur l'ensemble du système éducatif et ses performances, il n'est jamais rien sorti de tout cela, et ça va continuer, puisque le problème est ailleurs. Enfin là, "présent au milieu des participants", le ministre " a tour à tour découvert des outils numériques (mon Dieu !) et participé à des interviews sur une web télé (Nooooon!)" . Le redressement de la performance scolaire est à l'évidence en marche. 

La fumisterie des journées de pré-rentrée, instituées sauf erreur pour la première fois à la rentrée 1984 (rentrée des professeurs le mercredi 05/09/1984 - rentrée des élèves le vendredi 07/09/1984) est - pour prendre un seul exemple - caractéristique de cette incapacité de l'Education Nationale à se réinventer autour d'autre chose que l'individu dans sa classe, seul maître à bord (et souvent débordé) du bordel ambiant. Les chefs d'établissement et les enseignants sont là devant comme des poules devant un couteau. En gros, ils n'en font rien.  Et cela fait plus de trente ans que dure cette mascarade.

Le peuple enseignant est une multitude immature qui ne parvient pas à prendre conscience de ses responsabilités ni à concevoir que ses missions doivent à la fois s'adapter aux évolutions de la société et peser d'un poids décisif sur celles-ci, car elle tient dans ses mains maladroites l'avenir des générations. Et cette multitude est livrée à elle-même, c'est-à-dire à un chaos conceptuel au sein duquel (et aux marges duquel) des éclats de voix inefficaces, éventuellement réactionnaires et inopportuns, se font entendre tandis que la grande masse, adepte du moins disant, glisse mollement vers l'abîme  des ratiocinations infécondes. Avec à sa tête, derrière le brouillard des mots et de l'argent gâché, quel qu'il soit, le ministre, X, Y ou ... Blanquer.

Je ne verrai pas de mon vivant aboutir la révolution pédagogique que j'appelle de mes voeux. Pour utiliser une image digne de JP Raffarin : "Le mammouth est un fleuve qu'on sort trop difficilement de son lit!" Je demeure néanmoins persuadé qu'elle sera un jour inévitable. 

Mais sans se décourager, reprenons quelques points de la plaidoirie.

Regardons par exemple du côté des réformistes (?). L’Aurore, think-tank de gauche récemment déclaré, a produit sous la plume d'un professeur de collège parisien quelques éléments plutôt décevants en termes de prospective éducative , les mots - ah! les mots! Words, words! - l’emportant sur les idées. Car il ne s’agit pas de théoriser,  il faut faire des propositions, des propositions concrètes. Le système fonctionne mal?  Demeure la question de Lénine : Que faire ? Et il faut la poser globalement, loin des gadgets ministériels.

 

Par là

La difficulté de fond, implicite dans la dénomination de Collège unique, mais en réalité présente à toutes les étapes de la formation généraliste initiale, du CP au Baccalauréat, est l’aporie que représente la volonté de donner à tous un bagage minimum de bon niveau sans interdire à chacun de viser son optimum d’excellence. De là un salmigondis d’approches qui veulent mélanger le ludique et l’érudit, l’accessible par tous et la rigueur spéculative pour aboutir à un décrochage collectif des idéaux culturels et à une démarche du moins disant qui laisse la grande masse sans connaissances réelles et sans compétences utilisables.  L’inflation des mentions au niveau du Brevet des Collèges montre assez à quel point on s’attache désormais à répondre à l’échec de la formation par un déni que conforte la survalorisation des réponses à des contrôles qui ne valident pas l’assimilation réelle des programmes. Il semble pourtant évident qu’une possibilité existe, de dépassement de l’aporie soulevée.

 

A un problème double, on peut essayer de répondre par une dichotomie.

 

En l’occurrence celle du temps scolaire : un mi-temps consacré à la construction pour tous et par tous d’un bagage minimum de bon niveau - que l’on peut d’ailleurs rattacher à une culture du Vivre Ensemble - et un mi-temps personnalisé à vocation d’excellence individuelle.

 

Le premier mi-temps s’adresse à des groupes-classes hétérogènes et sa pédagogie, spécifique, s’appuie sur la mise en commun et l’exercice collectif guidé d’acquis de base  orientés vers la pratique à terme d’une compréhension du monde commune, dans son histoire, sa géographie, sa sociologie, les courants qui le traversent, les techniques élémentaires qu’exige la communication sociale et l’émergence d’une tolérance éclairée etc. Lire, écrire, compter, comprendre, réfléchir, parler …. Cette pédagogie, son ingénierie, ses méthodes, ses maîtres sont à inventer, mais l’objectif doit être clair : cette école enseigne et éduque, cette école ouvre au monde et aux autres, cette école pose des valeurs sur des connaissances préliminaires, cette école se ressaisit de l’individu comme être social éclairé. 

 

Le second mi-temps s’adresse à l’élève, à l’individu en construction pour en valoriser les qualités, l’aider dans la prise de conscience de ses possibilités, le guider dans l’organisation de ses progrès vers l’optimum de ses accomplissements. Il s’agit là de repérer et de suivre ses lignes de forces. Les choix disciplinaires sont optionnels. Les enseignements – champ disciplinaire par champ disciplinaire - sont en petits groupes homogènes en termes de niveau et d’acquis. Les progressions sont validées discipline par discipline via des unités de valeur. Les maîtres sont d’abord d’excellents spécialistes académiques, ensuite formés à une pédagogie parfaitement classique, magistrale et attentive, bienveillante et rigoureuse. Cette école construit, autour d’axes de compétence qu’il a choisis, un pré-adulte aux savoirs et savoir-faire clairement dessinés et parfaitement maîtrisés au niveau défini dans chaque discipline par le cumul des unités de valeur obtenues.   

 

S'arracher les cheveux

Bien entendu, ces prolégomènes supposent une révision des modes de fonctionnement des établissements scolaires, une réactualisation du profil des maîtres, une relecture de la notion de gouvernance et d’équipe pédagogique, et une réécriture architecturale des locaux, tant, pour donner son plein effet, il faudra s’efforcer de mettre à la disposition de la refonte à promouvoir des enseignants davantage présents et davantage disponibles dans des locaux adaptés (à termes, des bureaux individuels et a minima, des open spaces disciplinaires … bien équipés ). Etc.

 

Mais je crois que le principe de départ, dont devrait découler la réflexion sur les contraintes et les renouvellements qu’il entraîne, reste celui de la dichotomie indiquée. Et c’est autour de cela que j’aurais voulu voir les réflexions de l’Aurore tourner. Je ne pense pas qu’on puisse sauver autrement la formation initiale des marais où elle s’englue .

 

Nous sommes loin du professeur providentiel qui m’a semblé constituer le substrat non-dit des propos relayés par L'Aurore, fausse piste s'il en est.

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14 août 2018

MI-AOÛT 2018

isle

Deux lectures, dans le Vaucluse pour l'essentiel, en début de mois. 

Portnoy et son complexe (Portnoy's complaint) - Philip Roth. Edition Folio Jusqu'ici - eh oui ... - jamais lu.

Expiation  (Atonement) - Ian McEwan . Edition Folio. Un conseil de Pascale Robert-Diard, du journal Le Monde .

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Dans les dictionnaires, complaint, c'est au sens premier plainte, réclamation, grief, protestation. Ce n'est qu'en deuxième sens qu'on trouve maladie. C'est effectivement, à la lecture, la longue plainte de Portnoy plus que son complexe.   Expiation, pour atonement, semble plus fidèle

Ce Philip Roth là m'a lassé. Ses délires masturbatoires, sa logorrhée sexuelle, sa judéité en bandoulière, vaguement honnie et obsessionnellement revendiquée qui finirait par donner à l'antisémitisme des allures sympathiques, découragent l'adhésion. Bien sûr on rit, et son athéisme farouche et sans appel prêt à vomir sur tout ce qui s'appelle religion est roboratif, mais à la longue, on tourne en rond. 

De toute façon, même si j'ai beaucoup aimé cinq ou six des romans de Philip Roth, je ne partage pas l'enthousiasme assez général qu'il s'est mis à susciter depuis une douzaine d'années. La tâche ne m'a pas semblé le grand roman qu'on raconte, Un homme m'a déçu, je n'ai pas retenu grand chose de Némésis, etc. 

Pastorale américaine: oui, J'ai épousé un communiste : oui, Le complot contre l'Amérique : oui, Opération Shylock: oui. Le reste, comme ça, au feeling, de mémoire : moins. Ici, Portnoy, bon ... Ce bouquin l'a rendu célèbre, par ses excès sans doute. Mais enfin, ce n'est jamais que l'enfilade des projections hypertrophiées d'un vieil adolescent mal dans sa peau et perturbé par ses obsessions sexuelles, et qui mélange des nostalgies  au souci de régler ses comptes. Roman des débuts au fond, où on vide son sac, avant de construire une oeuvre. Comme il y a des romans de la fin, et Philip Roth en a produit, où l'on racle les fonds de tiroir sans plus rien avoir à dire. Il l'a senti d'ailleurs, lui qui a décidé de cesser d'écrire au début des années 2010. Sage décision. Il commençait à tirer à la ligne, il me semble. Et finalement, c'est sa révérence qu'il a tirée, le 22 mai dernier, à 85 ans. Une vie bien remplie. 

Je n'avais rien lu de Ian McEwan.  Je n'ai pas été emballé. Le roman est en trois parties . D'abord l'exposé des motifs, si j'ose dire. Une famille anglaise à domestiques. Beaucoup de monde. Une gamine qui se rêve écrivain et qui va provoquer, en mésinterprétant plus ou moins consciemment l'attitude amoureuse de deux jeunes gens, une terrible erreur judiciaire. Ensuite, le second conflit mondial et le drame de Dunkerque, le réembarquement dramatique et piteux de l'armée anglaise vécu autour du garçon victime de l'erreur judiciaire précédente et enrôlé dans les troupes britanniques. Enfin, pour donner sens au titre, la tentative au fond littéraire de la gamine du début pour racheter son geste initial, dont la seconde partie du roman vient de développer aussi les conséquences. 

Vaste parcours. On met du temps à rentrer dedans, puis on se passionne pour l'affaire elle-même, avant le procès. La seconde partie est un témoignage attachant mais presque autonome du repli dramatique des troupes britanniques à hauteur d'homme. La troisième, l'expiation proprement dite, est à demi convaincante.

J'ai déjà beaucoup oublié, mais enfin cela garantit pas mal de bonnes heures de lecture quand même. Un roman romanesque, distrayant, chaise longue sous un arbre. Dommage que la saison ait été à ce point aux moustiques, partout!

Il y a eu un film, sous le titre "Reviens-moi", en 2007 ou 2008, avec au casting Keira Knigthley comme seul nom de moi connu. Jolie femme. Vaguement tenté de le voir. Peut-être... Cela dit, cet été, c'est un autre film qui me tente d'abord, My Lady, sur un autre roman de Ian McEwan, The Children Act, dont il a assuré lui-même l'adaptation scénaristique, avec la merveilleuse Emma Thompson. La critique est très bonne.

On verra. Sinon ... Je viens de terminer ma traduction de True Grit (j'en avais pârlé dans le billet précédent). Un premier jet. Je vais laisser reposer trois semaines et reprendre ensuite mon travail pour le lisser, à la rentrée. Et quand ce sera au point ... je comparerai avec la traduction publiée de John Doucette. Mais tout ça, c'est pour l'automne. En attendant, je vais terminer août au sud de Toulouse. J'ai un Tolstoï à lire (Résurrection) et je veux regarder de près, pour bilan et pour continuer à réfléchir à l'état de l'enseignement, l'ensemble des sujets de maths du baccalauréat S 2018. Une maison de village, au bord de l'Arize, c'est le cadre idéal. On en reparlera.

Montesquieu

 

 

 

 

 

 

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26 juillet 2018

AVANT D'ENTRER EN PREMIERE L ...

L'Art d'être Grand-Père donne accès aux conseils donnés par des professeurs de lettres aux élèves de Seconde d'un lycée parisien de réputation honorable qui vivent l'été préalable à leur entrée en Première L.

Dont  les indications suivantes :

"Quatre petites lectures dans la collection "Folio 2€" pour ne pas surcharger vos vacances . Le Verrou et autres contes grivois (Maupassant) - La folle aventure des bleus suivi de DRH (Thierry Jonquet) - Etait-ce lui? (Stefan Zweig) - La tante d'Amérique (Leonardo Sciascia)." 

Il fallait aller voir ou revoir.

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MAUPASSANT, c'est ... Maupassant. On est rarement déçu, encore que des sept contes du petit recueil, ce soit encore le conte-titre le moins bon. Mais amusons nous des thèmes rencontrés . Dans Le Verrou, un petit étudiant cède aux avances pressantes d'une amie de sa mère et apprend qu'il vaut mieux mettre le verrou à la porte de sa chambre avant de passer aux choses sérieuses - Dans Marroca, le narrateur apprend que se cacher sous le lit quand le mari rentre à l'improviste fait partie de l'entraînement de base à l'adultère - Dans La Patronne, c'est à nouveau un petit étudiant qui, morigéné par sa rigoriste logeuse pour avoir tenté d'introduire une jeune fille dans sa chambre louée, ne trouve pas de meilleure solution pour calmer la première que de lui faire subir, d'ailleurs avec son ardent consentement, les derniers outrages prévus pour la seconde - Dans Idylle, un jeune homme affamé bénéficie, dans un compartiment qu'il occupe seul avec elle, entre Gênes et Marseille,  de l'allaitement qu'une forte nourrice en mal de tétée lui prodigue avec soulagement - Dans Les Épingles, un homme à femmes et ici, à deux femmes qui se découvrent rivales, va peut-être voir s'ouvrir, par la complicité qui s'instaure entre elles, bien que d'abord sur son dos, la possibilité de voluptés concomitamment partagées - Dans Allouma, on lit un hymne colonialiste et misogyne à la sensualité arabe - Enfin dans Les tombales, on s'amuse des stratégies de femme entretenue d'une dragueuse de cimetières. 

J'entrevois mal la substantifique moelle (hors le style) à tirer de ces historiettes, en termes d'ouverture sur les vastes champs de la littérature. D'autant que le stéréotype y règne en maître. Curieux. A moins d'une volonté de comparer les mentalités à 150 ans de distance et d'y ouvrir les jeunes esprits? Pas du tout évident ...

 

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J'ai trouvé faible le petit livre de Thierry JONQUET. Jamais rien lu de lui. Pas envie d'aller plus loin. Sur la nouvelle-titre, peu à dire sinon qu'elle n'est pas intéressante, n'accroche pas : un SDF ou tout comme, fan absolu de l'équipe de France et qui meurt bêtement au sein de son addiction. La deuxième nouvelle retient un peu plus l'attention mais elle reste approximativement ficelée. Je ne vois pas d'aspect positif à cette lecture, en ce sens qu'on peut directement aborder les thèmes qu'elle approche et que le passage par ce roman de gare mal bâti n'apporte rien de spécifique. 

 

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Stefan ZWEIG? Je n'aime pas beaucoup les grandes références que j'ai visitées (Amok, Lettre d'une inconnue, La confusion des sentiments, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ...  ne m'ont laissé aucune trace). Mais là, j'ai vraiment aimé ce Était-ce lui? Plus inattendu, plus accrocheur. Bonne surprise. L'autre titre, secondaire, du recueil (Un homme que l'on n'oublie pas) ne vaut rien. Prêchi-prêcha ennuyeux.

 

 

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Leonardo SCIASCIA, par contre, m'a toujours assez plu. Italien, un peu sec, précis, intéressant, toujours ou presque toujours politique. Dans La tante d'Amérique, on retrouve ces qualités et on est observateur attentif d'une famille sicilienne traversée par les effets du débarquement américain (le conflit de 39-45), dont le déboulé d'une tante très newyorkisée. Amusant, enlevé. Par contre, pour des élèves sortant de seconde, exigence absolu d'un déroulé précis de politique intérieure italienne, au moment des événements, à la charge du professeur. En lecture préalable et sans cet appui pédagogique, le petit lycéen lambda aura sans doute une première lecture, s'il s'y plie, embrumée. Mais le cours à suivre peut être très enrichissant.

 

JE ME DEMANDE si ces quatre conseils de lecture sont totalement pertinents. Deux traductions, un véritable écrivain français du XIX° siècle et un contemporain sans envergure. Les thèmes, peut-être, ont-ils primé? Sexualité, addiction footballistique, colonialisme, acculturation ... et pour Zweig, plus précisément, psychologie animale?  Pas bien certain. Conseils '"comme ça", à la volée, au feeling de tel ou tel collègue? Il serait intéressant d'avoir assisté , s'il y en a eu un, au Conseil d'enseignement  (réunion des professeurs de l'établissement d'une même discipline pour traiter des questions de celle-ci) qui a arrêté cette liste. 

Mais pour 4x2 (soit 8) euros, vous pouvez toujours aller vous faire une opinion personnelle.

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30 juin 2018

CINQ SEMAINES SANS RIEN ?

 

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Ben ... oui

Pris par trop de choses ... comme tout le monde.

Les fins d'année scolaire mobilisent même les retraités, quand il s'agit de suivre d'un peu près les épreuves du Bac et du Brevet. Une pétition a essayé de circuler concernant les soi-disant difficultés de l'épreuve de mathématiques en S. C'est un vrai marronnier, ça et ça laisse chaque fois rêveur. Il n'y avait il me semble rien qui ne relève de l'application directe du cours là-dedans. Avec même des coups de pouce aux candidats dont on aurait pu se passer. On devrait être en terminale S pour réfléchir... Les exercices m'ont paru un peu ennuyeux.

Les épreuves du Brevet sont toujours amusantes à examiner car on y lit l'absolue volonté d'amener tous les candidats aux environs de la moyenne, en posant le nombre suffisant de pseudo-questions pour que les points viennent tout seuls. Archétypique, dans l'épreuve d'Histoire, on propose aux candidats un document  ainsi présenté :

"Document : Témoignage de Jean-Jacques Auduc, né le 9 juillet 1931, près du Mans."

Suit une première question :  Présentez l’auteur de ce témoignage. (2 points)

Comment ne pas récupérer ces deux points-là? Passons.

 

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Vu quelques films.  Quatre exactement, inégaux. "Une certaine rencontre" (Steve Mc Queen et Natalie Wood). Gentil divertissement daté. "Trois visages" (Jafar Panahi), très attachant, très bien, et "La mauvaise réputation" (film germano-suédo-norvégien à tendance pakistanaise), impressionnant. Enfin, last et certainement least, "Bécassine", qu'on peut avantageusement éviter. 

Un peu lu. Stephen Hawkins, "Une brève histoire du temps", qui ne m'a rien apporté et m'a ennuyé. Charles Pépin, "La joie", petit bouquin qui m'a distrait et dont j'ai absolument tout oublié déjà. Quelque chose que Camus (La Chute, L'étranger) a dû vaguement inspirer. Mais c'est vraiment vague, une impression. Un truc gentil, pour un voyage en train. Je ne l'ai lu que parce que dans les MK2 du quartier Saint-Michel/Saint-Germain, on nous impose systématiquement de la publicité pour les conférences-Philo que Charles Pépin donne les lundis soir. Après les Lundis de Sainte-Beuve, les Lundis-philo de Pépin ... Il faudra bien que je me décide à aller l'écouter au moins une fois. Il m'en coûtera 10€.  Mais il suspend son effort pendant les congés scolaires. Logique de prof. 

Sinon, sur les conseils d'un ami enthousiaste, j'ai tâté de trois essais d'Antonio R. Damasio. Les titres sont attractifs : L'erreur de Descartes, Spinoza avait raison, Le sentiment même de soi. Je n'ai pu aller au bout d'aucun. Une véritable arnaque. Des pages filandreuses sur des pathologies neurologiques, centrées sur la description de zones cérébrales simultanément réactives au gré des situations décrites. Très déconseillé.

J'ai voulu (re)lire Les grands cimetières sous la lune, Bernanos. Je suis dedans. Je peine. Le point de départ a été la lecture de Lydie Salvayre, son Goncourt 2014, Pas pleurer, qui ne m'a pas emballé mais où Bernanos et ce livre sont omniprésents. J'ai voulu aller (re)voir. Je ne sais pas en fait si, jeune, je l'ai lu. Cela me semble terriblement daté comme style. Sur le fond, je suis contraint à d'incessantes mises au point historico-politiques sur l'Espagne des années 1936 et suivantes. C'est plutôt sain, mais je me lasse un peu. On verra.

Là, je viens de terminer Gary-Ajar, La vie devant soi. Très décevant. C'est un fabuleux canular mais je n'y ai pas cru une seconde. Je me souviens assez bien de la polémique de 1975, avec ce Goncourt attribué à un quasi inconnu. On n'a eu le fin mot de l'histoire qu'après le suicide de Romain Gary en 1981. Je crois, à la lecture, que Gary s'est bien amusé, à la fois en essayant de faire du faux Céline, et en se moquant, à travers des procédés dont il savait qu'ils allaient emporter l'adhésion du lecteur, du manque de finesse dans le jugement de la critique. Dans l'édition Folio (à 2€!) du texte intégral que j'ai utilisée, texte qui est complété par un apparat de commentaires destiné aux élèves des lycées, j'ai relevé un jugement  qui va assez dans le sens de ce que j'ai ressenti comme lecteur : [l'auteur] ne parvient pas à effacer les traces de la fabrication. Son petit garçon, trop malin pour être honnête, parle faux [...] Truquages, approximations et broderies ne seraient pas gênants , du reste, si on ne les maniait pas aux dépens de la plus profonde détresse humaine, ravalée au niveau du folklore. A chaque page, on entend le "Tu viens chéri?" susurré à l'entrée des hôtels de passe, et qui se trouve érigé en système d'écriture. On racole ainsi le lecteur pour l'emmener voir, en flattant son populisme, la seule chose au monde qui soit vraiment obscène : la misère résignée. Voilà qui rassurera les nantis. Pensez, quelle commode découverte! Les pauvres ne sont pas dangereux, ils sont drôles. Et tous les mêmes, au fond, car Arabes, Juifs ou Nègres, de n'être pas français leur donne, à la fin, la même nationalité. [Alexandre Sorel - L'Express - Décembre 1975]

Et puis je suis en train de traduire True Grit, de Charles Portis. Il y a eu deux adaptations cinématographiques de ce western, publié en 1968. La version de 1969 d'Henri Hathaway, avec John Wayne (il a eu en 1970 l'Oscar et le Golden Globe du meilleur acteur pour ce rôle), et la réinterprétation en 2011 des frères Coen, avec Jeff Bridges, qui m'a paru inférieure lors de sa sortie, en dépit des dithyrambes de la critique. Mais il faut que je reprenne ça. En fait, le livre a déjà été traduit, mais on préfère toujours ce qu'on fait à ce que font les autres. Donc, j'y suis. Et j'attends d'en être sorti pour comparer avec la traduction de John Doucette. Je me demande d'ailleurs d'où sort ce John Doucette-là, répertorié comme acteur américain de deuxième catégorie quand on balaie le Net, et qu'il m'étonnerait de retrouver dans ce rôle de traducteur. Homonymie? Non, en seconde approche, il y a bien dans les références de la BNF un John Doucette français et traducteur de True Grit qui a, pour des raisons qui le regardent, caché sous ce pseudonyme, sa véritable identité. 

A suivre ....

                               John Wayne         Jeff Bridges

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20 mai 2018

ORTHOGRAPHE ET HUMEUR

Devoirs Faits

Un test, lundi dernier …. Le contexte : un collège parisien ''moyen''. Une dizaine d'élèves bénéficient (?) des ''Devoirs faits'' de JM Blanquer. Volontaires en réalité désignés par leurs parents (ou peut-être un professeur), ils viennent souvent ''à reculons'' et il n'est pas évident d'obtenir leur ardeur ''apprenante''. Un petit groupe de quatre révise une leçon de chimie en sixième. Un de leurs cahiers sert de référence.

Coup d’œil d'ensemble : il est bien tenu, des fiches polycopiées de cours y sont soigneusement collées, l'écriture est lisible.

Puis, observation d'environ 25 lignes non continues d'énoncés dictés et de commentaires de schémas.

On risque une remarque sur l'orthographe.

Réponse du propriétaire du cahier: "C'est pas grave…"

Relevé                                            >>>                                          Attendu

a                                                                                                      à

se mélanges                                                                                    se mélangent

si on laissé                                                                                      si on laissait

il dessent                                                                                         il descend

il es                                                                                                  il est

shéma                                                                                              schéma

prope                                                                                               propre

représanté                                                                                        représenté

cristalisoir                                                                                        cristallisoir

eau pétiente                                                                                     eau pétillante

on mais                                                                                            on met

entonoire                                                                                          entonnoir

filte                                                                                                   filtre

disout                                                                                                dissout

 Dès qu'on travaille à côté d'un élève et avec son cahier, on est confronté à ce type de problème. Avec une difficulté annexe : convaincre l'élève en question qu'il faut en profiter pour faire les corrections nécessaires n'est pas gagné. L'argument opposé est le plus souvent celui-ci : Mais c'est pas grave, on comprend quand même

Le "C'est pas grave" est de fait également l'argument massue opposé aussi bien aux remarques sur la méconnaissance des tables de multiplication que relatives aux taches d'encre ou aux barbouillis divers et croquis inopportuns qui signent dans les marges le niveau d'attention de "l'apprenant" (sic) et son souci de sa … tâche!

Plus rien n'est-il donc grave et tout est-il désormais relatif?

Je suis monté sur l'estrade pour la première fois à la rentrée 1966. Il y avait évidemment des difficultés pédagogiques et la question ne relève pas d'un ratiocinant "C'était mieux avant", mais bien plutôt de ce constat attristant que nous n'avons pas su renouveler en 1968 - et je n'ai cessé depuis de le déplorer - le dialogue professeur-élèves (il était nécessaire de l'actualiser) dans le sens d'une meilleure transmission à tous des éléments de base de la maîtrise de la langue française et des procédés de calcul, de la valeur du travail bien fait, dans le sens de l'ouverture à la tolérance par l'intelligence, dans le sens du respect de soi par le respect des autres et de l'intérêt général, etc.

Beaucoup de choses ne cessent d'être, depuis des années, à repenser. C'est à la fois à la portée de chacun et semble-t-il … hors de portée du système. Chaque enseignant voit les affaissements, s'en plaint avec ses collègues en salle des professeurs, et continue. Mais au-delà de sa responsabilité, je crois beaucoup que c'est celle des chefs d'établissement qui est engagée. Ils devraient être le moteur résolu du ressaisissement, convaincre et entraîner leurs équipes vers la définition et l'application d'une politique locale, une politique d'établissement, dans le domaine de la transmission des valeurs et des connaissances qui rende homogène et efficace le geste enseignant, convergents et réalistes leurs gestes enseignants individuels. Je ne le sens pas.

Les ministres, de leur côté, se succèdent sans comprendre le problème, et donc sans travailler à sa solution, et JM Blanquer n'échappe pas à la règle. Comme ses prédécesseurs, il se répand en propos divers, évoque l'importance de la lecture et du calcul mental, pointe les dangers du portable et des écrans en général, commande des rapports (Villani pour les mathématiques, Mathiot pour le baccalauréat), et en fin de compte, ne résout et ne résoudra rien.

En fin de semaine dernière, l'interdiction des portables à la rentrée 2018 était à l'ordre du jour. Il est absurde de porter cela au niveau national. C'est l'affaire du règlement intérieur de chaque établissement, c'est une affaire de politique d'établissement.

D'autant que le ministre fait rire – sur France-inter, vendredi matin - avec l'évocation dérogatoire d'un usage pédagogique du smartphone, qui lèverait ponctuellement l'interdiction. Ce sont des pitreries.

JM Blanquer était là pour faire la promotion de son livre : Construisons ensemble l'Ecole de la confiance, qui vient de paraître chez Odile Jacob.

Nicolas Demorand, qui l'interrogeait vers 8.30, a souligné qu'après lecture, il avait du mal à voir se dégager de l'ouvrage une philosophie d'ensemble, un dessein clair. J'essaierai de feuilleter le livre, mais c'est assez mon a priori.

J'aurais aimé par ailleurs que le même Demorand pose au ministre une question subsidiaire : La vente de cet ouvrage est-elle productrice de droits d'auteur ? Ecrit par le ministre en exercice pour défendre son action et, il l'a dit, pour aider les enseignants et les parents d'élèves, ce livre n'est qu'une facette du travail ministériel pour lequel JM Blanquer reçoit un traitement. Il n'est donc pas déontologiquement envisageable qu'il touche des royalties. L'affaire serait différente s'il écrivait, sur son temps de loisir, un polar ou un récit de voyage. Mais là, il décide de donner un éclairage supplémentaire à sa tâche, sans doute pour en accroître l'efficacité. Il est dans son rôle, et on peut le féliciter de redoubler de zèle, mais il n'a pas en tirer un quelconque avantage pécuniaire.

Je m'emballe, sans doute.

Les droits d'auteur seront, bien entendu, versés au budget du ministère ...

                         

JM Blanquer, aujourd'hui

                        

 

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20 avril 2018

LA MONTAGNE MAGIQUE - Thomas MANN

Thomas Mann

Résumé Wikipédia :

Le livre, dont l’intrigue se déroule au tout début du XX° siècle, relate l’expérience singulière de Hans Castorp, jeune ingénieur originaire de Hambourg venu rendre visite à son cousin Joachim Ziemssen, en cure à la station alpine de Davos, au sanatorium Berghof. Le héros, fasciné par le microcosme des ''gens d’en haut'' et bercé par leur rythme de vie, finit par contracter une pathologie atypique, bénigne mais résistant aux traitements, et s'installe là dans la durée.

Son séjour lui donne l’occasion de découvrir une galerie de personnages incarnant chacun une facette de l’époque : l’Italien Settembrini,franc-maçon, avocat de la Raison et du Progrès; le mystique jésuite Naphta, contempteur implacable de la société bourgeoise ; l'hédoniste Pepperkorn et son ensorcelante compagne Clawdia Chauchat, personnification de la volupté qui lui rappelle un camarade de lycée (Pribislav Hippe), le docteur Krokovski, adepte de la psychanalyse.

Ébranlé et transformé par ce faisceau d’influences, Hans Castorp, dont le séjour ne devait initialement durer que trois semaines, ne redescendra de la ''Montagne magique'' que sept ans plus tard (après avoir vu mourir nombre de ses amis, à commencer par son cousin) pour plonger avec violence dans la Première Guerre Mondiale (l'histoire s'achève ainsi, l'auteur laissant son personnage en plein combat).

* *

                          Désespérément appauvrissant – mais peut-on faire autrement? - ce résumé de la notice Wikipédia n'en donne pas moins l'essentiel de la ligne proprement narrative du roman. Mais les objectifs sont ailleurs ...

Un millier de pages. J'ai dû m'accrocher, assez profondément lassé par la mise en place lente, immobile presque, isostatique, d'un déroulé dont on devine très vite qu'il va opter pour le piétinement. Il m'a fallu trois cents pages pour parvenir à mémoriser le nom du héros, Hans Castorp. Thomas Mann s'adresse à nous directement, nous prévenant qu'il ne peut pas tout nous dire, affirmant que son personnage central est un type assez simple, dont il ne faut pas trop attendre, dessinant par petites touches, parfois amusantes, le microcosme dans lequel il va nous engluer avec son héros pour sept longues années. Les échanges entre Settembrini et Naphta sont prétextes à de très longs développements théoriques sur des sujets qui intéressent l'auteur et touchent à la philosophie de l'existence et au fonctionnement de la société comme aux idéologies qui la traversent. Il n'est pas rare qu'on ait envie de regarder par la fenêtre. Bref, on s'ennuie beaucoup.

Mais voilà, Thomas Mann, prix Nobel 1929 de Littérature, et ce bouquin, réputé chef d’œuvre … Il fallait bien, un jour ou l'autre, y aller. Il y a heureusement Clawdia Chauchat, et l'amour romantique, mal assumé, étrange et malheureux d'Hans Castorp pour elle fournit au lecteur quelques moments plus mobilisateurs. Et puis, l'un dans l'autre – et ceci sans rapport grivois avec la relation précédente – on finit par s'attacher au pensum. Certains passages retiennent malgré tout, et même, Thomas Mann, compréhensif, se décide parfois à nous donner une clé de lecture de nature à mieux justifier nos patients efforts.

Ainsi de ces lignes sur la question du temps :

Peut-on raconter le temps en lui-même, comme tel et en soi? Non, en vérité, ce serait une folle entreprise. Un récit où il serait dit: ''Le temps passait, il s'écoulait, le temps suivait son cours'' et ainsi de suite, jamais un homme sain d'esprit ne le tiendrait pour une narration. Ce serait à peu près comme si l'on avait l'idée stupide de tenir pendant une heure une seule et même note, ou un seul accord, et si l'on voulait faire passer cela pour de la musique. Car la narration ressemble à la musique en ce qu'elle ''accomplit'' le temps, qu'elle ''l'emplit convenablement'', qu'elle le ''divise'', qu'elle fait en sorte ''qu'il s'y passe quelque chose'' – pour citer, avec la piété mélancolique que l'on voue aux paroles de défunts, des expressions familières à feu Joachim, des paroles qui ont retenti il y a fort longtemps – et nous ne sommes pas certains que le lecteur se rende clairement compte depuis combien de temps. Le temps est l'élément de la narration comme il est l'élément de la vie: il y est indissolublement lié, comme aux corps dans l'espace. Le temps est aussi l'élément de la musique, laquelle mesure et divise le temps, le rend à la fois précieux et divertissant, en quoi, comme il a été dit, elle s'apparente à la narration, qui, elle aussi, (et d'une tout autre façon que la présence immédiate et éclatante de l’œuvre plastique, qui n'est liée au temps qu'en tant que corps), n'est qu'une succession, est incapable de se présenter autrement que comme un déroulement, et a besoin de recourir au temps, même si elle essayait d'être tout entière en un instant donné. (...)

Et la dissertation continue sur deux pages pour avouer in fine:

C'est un fait que nous ne venons de soulever la question de savoir s'il est possible de raconter le temps, que pour avouer que c'était bien là notre dessein dans l'histoire en cours.

Il y a sur ce thème tout un court chapitre, intitulé Promenade sur la grève, aux réflexions, aux développements réellement passionnants.

Ici ou là, on a des étonnements, comme devant cette défense et illustration indirecte de l'abattage rituel, développée à propos de Léon Naphta:

Lorsque Léon, ou Leib comme on l'avait appelé dans son enfance, avait vu son père remplir ses fonctions rituelles, avec le secours d'un formidable aide, jeune homme de type juif, mais véritable athlète à côté duquel le frêle Elie, avec sa barbe blonde, paraissait encore plus fragile et délicat, lorsqu'il l'avait vu brandir contre l'animal ligoté et bâillonné, mais non pas étourdi, son grand coutelas consacré, et lui porter une entaille profonde dans la région de la vertèbre cervicale, tandis que l'aide recueillait le sang fumant qui jaillissait en des écuelles aussitôt pleines, le jeune garçon avait considéré ce spectacle de ce regard d'enfant qui par-delà les apparences sensibles pénètre jusqu'à l'essentiel, d'un regard qui était bien celui du fils d'Elie aux yeux étoilés. Il savait que les bouchers chrétiens étaient tenus d'étourdir leurs bêtes d'un coup de massue ou de hache avant de les tuer, et que cette prescription leur avait été faite afin d'éviter aux animaux un traitement trop cruel; tandis que son père, bien qu'il fut tellement plus délicat et plus sage que ces rustauds, bien qu'il eut des yeux étoilés comme aucun d'entre eux, agissait selon la loi, en portant à la créature non étourdie le coup qui l'égorgeait, et en la laissant perdre son sang jusqu'à ce qu'elle s'écroulât. Le jeune Leib avait le sentiment que la méthode de ces lourdauds de goyim était déterminée par une sorte de bonté nonchalante et profane qui ne rendait pas à cet acte sacré un honneur égal à celui dont témoignait la cruauté solennelle dont usait son père, et l'idée de piété s'était liée chez lui à celle de cruauté, de même que, dans son imagination, l'aspect et l'odeur du sang qui jaillissait étaient liés à l'idée de ce qui est sacré. Car il voyait bien que son père n'avait pas choisi ce métier sanglant par le même goût brutal qui y avait incliné de jeunes et vigoureux chrétiens, voire son propre aide juif, mais pour des raisons spirituelles – malgré sa fragilité physique, et en quelque sorte, dans le sens de ses yeux étoilés.

des étonnements un peu écœurés, pour tout dire. Ces abattements rituels rejoignent l'ignominie des courses de taureaux, avec d'ailleurs au fond, chez les tenants de la chose, des justifications qu'on peut prétendre apparentées et qui sont obscènes.

Publié en 1924, on sursaute à lire un couplet sur ou plutôt contre l'école que signeraient tel quel à deux mains nos étudiants agités bloqueurs d'université d'aujourd'hui, un couplet mis dans la bouche de Léon Naphta qui prend... :

le temps de se livrer à de nouvelles incursions contre l'idéal de la culture classique, contre l'esprit littéraire et rhétorique de l'école et de la pédagogie européenne, contre son souci d'un formalisme grammatical qui n'était qu'un accessoire de la domination de la classe bourgeoise, mais qui était depuis longtemps pour le peuple un objet de risée. Oui, l'on ne se doutait pas à quel point le peuple se moquait de nos titres de docteur et de tout notre mandarinat universitaire et de l'école primaire obligatoire, de cet instrument de la dictature bourgeoise des classes, dont on usait dans l'illusion que l'instruction du peuple était la culture scientifique délayée. Le peuple savait depuis longtemps où chercher , ailleurs que dans ces pénitenciers officiels, la culture et l'éducation dont il avait besoin dans sa lutte contre le règne vermoulu de la bourgeoisie, et les moineaux sifflaient sur les toits que notre type d'école, tel qu'il est issu de l'école monastique du Moyen-Âge, constituait un anachronisme et une vieillerie ridicule, que personne au monde ne devait plus sa culture proprement dite à l'école, et qu'un enseignement libre et accessible à tous par des conférences publiques, par des expositions et par le cinéma était infiniment supérieur à tout enseignement scolaire.

Propos dans lesquels surnagent par ailleurs, hélas encore à l'ordre du jour, des aspects critiques qui peuvent ouvrir sur une discussion.

Et puis ? Et puis on voit passer la Carmen de Mérimée devenue celle de Bizet ..

Et puis ? Et puis il y a Clawdia Chauchat, reine étonnante des désirs.

Ah, Clawdia ...

Clawdia Chauchat

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25 mars 2018

TOURNE-PAGE

On lit, pour des raisons diverses, et parfois dans l'enchaînement, on n'en dit rien. Bric-à-brac des incitations multiples, une remarque amicale ici, le suivi des lectures scolaires obligées d'un gamin là, qu'on veut soutenir, parfois un premier livre qui en appelle un second … J'ai pas mal bricolé depuis quelques semaines au gré de telles circonstances et puis, depuis quelques jours, je suis encalminé dans Thomas Mann, La montagne magique. Désir de mettre fin à un jamais lu qu'on me reproche, débouchant sur un manque d'affinités avec ce récit pesant qui met du temps à déployer ses charmes éventuels … Mi-parcours, grosso modo, avec des assoupissements, sans encore renoncer.

SINON

Une vie

 

 Le suivi d'une classe de seconde m'a sollicité pour une relecture de Maupassant: Une vie. Tout à fait passionnant. Hélas, pour moi seul. L'élève concernée, elle, ne voyait pas l'intérêt de lire une œuvre dont un résumé est sur Wikipédia et que l'on peut en outre regarder puisque quatre adaptations cinématographiques sont accessibles sur le net, sans compter un manga.

 

 

 

 

L'île du docteur Moreau

 

La planète des singes

 

 En classe de troisième, il a fallu s'atteler à H.G.Wells (L'Île du Docteur Moreau) et à Pierre Boule (La planète des singes). Ce ne sont pas des lectures désagréables, pour l'accompagnant, car pour l'élève de troisième accompagné, ce ne sont là que livres inutiles et vains, pour les mêmes raisons que ci-dessus. Il y a des films …. Pourquoi perdre son temps à lire? Triste philosophie contre laquelle il s'est avéré que lutter était un combat perdu d'avance. 

 

 

 

L'amie prodigieuse

 

Je me suis pris d'affection pour Elena Greco, l'héroïne du cycle d'Elena Ferrante (L'amie prodigieuse). Mais je me limite à l'édition de poche, ce qui me décale un peu. Enfin, dès la sortie du tome III (Celle qui fuit et celle qui reste) j'y suis allé. Toujours sous le charme.

On aime ou pas. J'aime. Il ne me reste plus qu'à attendre le tome IV (L'enfant perdue) . Ma passion s'arrête aux 23,50 € du grand format Gallimard. Je ne la monnayerai que quand l'affaire sera tombée en dessous de 10 €.

 

 

 

 

Le salaire de la peur

 

La serpe

Une sollicitude amie m'avait offert à Noël le Femina de l'année : La serpe, de Philippe Jaenada. Formidable cadeau, qui m'a passionné de bout en bout, même si les emballements de l'auteur pour l'innocence d'Henri Girard, qui enlèvent l'adhésion dans la première moitié de l'exposé, sont bétonnés de façon si manichéenne dans la contre-enquête de la seconde partie qu'on en vient à se dire que trop, c'est peut-être trop. Bref, à la fin des fins, il reste comme un doute.

Mais Henri Girard, acquitté en son temps d'un épouvantable parricide sur la formidable défense de Maurice Garçon s'étant littérairement transformé ensuite en Georges Arnaud, il fallait au moins aller (re)lire Le salaire de la peur. Et cela vaut indiscutablement la peine, malgré tout le mal que, selon Jaenada qui défend le livre, en a dit H.G. Clouzot qui l'a pourtant porté à l'écran avec Montand, Folco Lulli  et Vanel.  

                                                                      Voilà pour un petit tourne-page rapide.

Le temps passe, on se disperse, on râle après les gosses qui ne connaissent que la fascination du smartphone, contre laquelle  on ne sait comment lutter.

C'est pourtant bien de lire, Nom de Dieu !

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23 février 2018

L'APPARITION - Le film ...

L'apparition

Deux mots, peut-être de L'Apparition, le dernier film de Xavier Giannoli, avec Vincent Lindon. La présence à l'écran de Lindon est toujours d'une densité étonnante, mais elle s'épuise un peu, ici, au fur et à mesure de la progression du film, à travers la relation trop peu crédible que le metteur en scène veut installer entre lui et la jeune mystique à qui la Vierge Marie serait apparue.

L'invraisemblance rationnelle (l'irrationnalité) de l'apparition d'un personnage biblique au sein d'un brouillard bienveillant est évidemment un blocage certain pour le spectateur en quête d'un peu de logique. Toutefois, l'enquête canonique décidée par le Vatican et dont les prolégomènes s'installent au début de la projection est bien venue, avec visite des sous-sols et découverte de kilomètres de rayonnages remplis de comptes-rendus relatifs à d'innombrables invalidations de soi-disant manifestations divines.

Mais ce qui gâte un peu le plaisir, c'est que l'enquêteur-Lindon ne semble pas suffisamment réfractaire à l'énormité de la chose affirmée. Sans doute, la folie crédule des convaincus par avance qui contribue à la marchandisation immédiate de la croyance, avec cars de touristes éperdus et Vierge Marie en plâtre dessine un documentaire crédible sur la transformation d'un patelin paumé des Alpes du Sud, bien ancré dans sa ruralité, en un autre Lourdes, mais la fascination de l'enquêteur, le magnétisme qu'il semble absurdement exercer sur la jeune mystique, la relation dénuée de toute logique qui se noue entre eux, tout cela décrédibilise  la situation. 

Et puis Giannoli en veut trop. Lindon est en fait un reporter retour d'Irak, traumatisé par la mort d'un très proche collègue de travail dont une photo s'avèrera déterminer une piste de rapprochement avec une amie de la gamine touchée par la grâce, gamine disparue peu après l'apparition, repartie en Irak où Lindon, dans une fin pleurnicharde, ira la retrouver ... au terme d'une enquête qui aborde la piste d'une mystification de l'ordre du suaire de Turin, et met en scène un probable escroc peut-être dévot et certainement manipulateur associé au curé local, dépassé par les événements et que Xavier Giannoli fait jouer sur un mode mystérieusement ambigu et tout-à-fait répulsif...

Etc. Ça ne va pas !

En dépit d'une bonne critique, on a un assez mauvais film qui ne parvient pas à porter le poids des vastes sous-entendus métaphysico-psychologiques qu'il voudrait aborder. Les acteurs sont bons, mais ils se noient dans un empilement de situations finalement trop confuses ...

Bref, si l'on veut prendre un vrai plaisir de bon cinéma, c'est Jean Dujardin et Mélanie Laurent qu'il faut aller voir, dans Le retour du héros !