AutreMonde

09 janvier 2019

DÉLASSEMENT ARIDE – POUR ÉLÈVE DE TERMINALE S – SPÉCIALITÉ MATHS

Sur une remarque de Catalan (Eugène -  X 1833)

(référence : Revue des Anciens élèves de l'Ecole Polytechnique - janvier 2019)

"Le sextuple de tout nombre impair est la somme de trois carrés non nuls".

1- On fait fonctionner explicitement cette observation sur les nombres impairs compris entre 0 et 20.

6x1 = 22 + 12 + 12

6x3 = 42 + 12 + 12

6x5 = 52 + 22 + 12

6x7 = 52 + 42 + 12

6x9 = 62 + 32 + 32

6x11 = 82 + 12 + 12

6x13 = 72 + 52 + 22

6x15 = 82 + 52 + 12

6x17 = 72 + 72 + 22

6x19 = 82 + 52 + 52

2 – Résultats admis :

a) Théorème des quatre carrés de Lagrange : Tout entier naturel est somme d'au plus quatre carrés.

 b) Résultat de Gauss-Legendre : Les nombres pour lesquels le recours à trois carrés ne suffit pas sont les nombres qui peuvent s'écrire : 4q(8r-1), avec q et r entier naturels.

  & - Identité à démontrer (immédiat) : (3a)2 + (3b)2 = (2a + 2b)2 + (2a – b)2 + (2b – a)2

3 – A l'aide des résultats de 2, validation de la remarque de Catalan .

Tout nombre impair s'écrit : 2p+1

Son sextuple s'écrit : 12p+6

Il est congru à 2 modulo 4

Par Lagrange, il est somme d'au plus quatre carrés. Peut-on se contenter d'au plus trois carrés?

Pour q et r entiers naturels:

si q>0, 4q(8r-1) est congru à 0 modulo 4

si q=0, 4q(8r-1) est congru à 7 modulo 8

Constat : 12p + 6 est congru à 2 modulo 4 et à 4p+6 modulo 8

p, mod 8

0

1

2

3

4

5

6

7

4p, mod 8

0

4

0

4

0

4

0

4

4p+6, mod 8

6

2

6

2

6

2

6

2

Donc, quels que soient q, r, 12p+6 n'est jamais de la forme 4q(8r-1)

Par Gauss-Legendre, on peut donc décomposer 12p+6 en somme de trois carrés au plus.

Peut-on garantir trois carrés non nuls?

Un seul carré? Non: (2k)2 est congru à 0 modulo 4 et (2k+1)2 est congru à 1 modulo 4.

Deux carrés?

(2k)2 + (2k+1)2 est congru à 1 modulo 4. Exclu

(2k)2 + (2k')2 est congru à 0 modulo 4. Exclu

(2k+1)2 + (2k'+1)2 est congru à 2 modulo 4. Pas exclu.

Par l'identité démontrée en 2, si on dispose de la somme de deux carrés non nuls de multiples de trois, on peut les remplacer par la somme de trois carrés non nuls.

12p + 6 est congru à 0 modulo 3.

2k + 1 et 2k' + 1 sont interchangeables. On examine les cas possibles :

{2k+1, 2k'+1} mod 3

{0,0}

{0,1}

{0,2}

{1,1}

{1,2}

{2,2}

(2k+1)2+(2k'+1)2, mod 3

0

1

1

2

2

2

(2k+1)2 + (2k'+1)2  ne peut s'écrire 12p+6 que si les deux carrés sont carrés de multiples de 3.

Donc, si 12p+6 peut s'écrire comme somme de deux carrés non nuls, on pourra aussi l'écrire comme somme de trois carrés non nuls d'entiers naturels par :

12p+6 = (3a)2 + (3b)2 = (2a + 2b)2 + (2a – b)2 + (2b – a)2

12p+6 = (2a + 2b)2 + (abs(2a – b))2 + (abs(2b – a))2

Exemple :

6x27 = 162 = 92 + 92 = (3x3)2 + (3x3)2 = (2x3 + 2x3)2 + (2x3 – 3)2 + (2x3 – 3)2

6x27 = 122 + 32 + 3

Finalement, le sextuple (12p+6) de tout nombre impair (2p+1) peut toujours se décomposer en somme de trois carrés d'entiers naturels non nuls.

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04 janvier 2019

2019 .....

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Des Gilets Jaunes aux Stylos Rouges, des ronds-points aux salles de classe, le début de l'année risque fort de se maintenir sous le signe de la protestation. Sur les ronds-points, je ne dirai rien, sur les salles de classe, il y a trop à dire.

Et pourtant …

Je n'ai pas repris à la rentrée 2018, mon investissement de l'année scolaire précédente dans le cadre de la procédure Devoirs faits. Initiée par le ministère, cette procédure d'accompagnement des élèves en termes d'encadrement et de soutien sur place, dans l'établissement même et  au quotidien, ne m'avait pas semblé, sauf cas d'espèce, d'une bien grande efficacité. Il faut souligner que mon expérience (intervention dans un établissement, observation dans un autre) était trop limitée pour juger . On trouve sur internet des comptes-rendus globalement positifs, mais dans le cadre de bilans académiques officiels qui n'offrent pas, remontés par la voie des chefs d'établissement, toutes les garanties d'une photographie réelle, sur le terrain, en situation, dans la salle. De fait, il faut voir, et sur mon expérience de l'an passé, on est loin du compte …

Là comme ailleurs, ce sont les établissements qui doivent se structurer et examiner leur gestion propre des moyens attribués mis en regard des compétences disponibles. Il y a beaucoup de frilosité et de réticences, dès qu'il s'agit de prendre des initiatives .

Autre chantier ...

La réforme du baccalauréat en cours de mise en œuvre par JM Blanquer sur la base revue des propositions du rapport de Pierre Mathiot rencontre des oppositions qui permettent de réfléchir encore aux difficultés soulevées par toute innovation pédagogique et aux moyens d'y répondre.

Le principe d'une scolarité de tronc commun assorti de spécialités optionnelles est un bon principe. Mais est-il besoin de rappeler qu'un tronc commun, pour être efficace, ne peut poursuivre des objectifs démesurés? Un cadre général d'élaboration est défini. On peut se reporter à la Note d’orientation à destination des groupes d’élaboration des projets de programme – Avril 2018 (http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/24/7/Note_d_orientation_GEPP_VDEF_968247.pdf)

Les résultats seront-ils raisonnables?

La question des spécialités aux yeux des contestataires se heurte à l'argument de l'inégalité territoriale dans les choix. Une douzaine de thèmes sont proposés qui ne  pourront pas être offerts dans tous les établissements, d'où des restrictions dans l'éventail des possibles, d'où des inégalités dans l'offre de formation.

Le ministère répond qu'entre eux, les établissements pourront passer une convention permettant d’enrichir l’offre d’enseignements de spécialité proposée à leurs élèves [tandis que] par ailleurs, les familles pourraient également opter pour l’enseignement à distance dans le cas où la spécialité souhaitée serait proposée par le CNED [Centre National d'Enseignement à Distance].

Ce sont des mots.

Il est certain qu'un enseignement efficace à distance doit aujourd'hui s'adosser aux techniques informatiques de la communication. Mais comment structurer efficacement, avec les moyens matériels nécessaires, la mise en réseau des établissements ou le dialogue avec le CNED?

Beaucoup, partout, dépend et dépendra de la qualité des chefs d'établissement, de la qualité des équipes pédagogiques, de l'aptitude des uns et des autres à fonctionner à la fois en autonomie pour l'optimisation de leurs moyens propres et en collaboration pour les nécessaires mutualisations. L'expérience ne pousse pas à l'optimisme. L'énorme machinerie de l'Education Nationale est et reste un grand machin assez rouillé qui exigerait à tous ses rouages plus d'audace et parfois plus d'investissement. Mais se pose alors immédiatement la question de la reconnaissance sociale et des salaires.

De fait, c'est l'ensemble du système qui est à reconstruire, avec, horresco referens, une révision complète des services enseignants impliquant une présence en continu largement accrue dans les établissements - mais intégrant la totalité des tâches (à redéfinir) et associée à une revalorisation très significative des salaires.

C'est sans doute seulement à ce prix qu'on pourrait envisager une amélioration satisfaisante de l'offre de formation. Un contact ininterrompu avec des élèves de collège et de lycée ne donne pas le sentiment d'une bonne adéquation de celle-ci aux évolutions sociétales  qui cumulent le délitement des valeurs et l'effacement des familles.

Mais la thérapie structurelle de choc à mettre en œuvre ne me paraît pas à l'horizon des prises de conscience et des préoccupations des responsables.

Alors, 2019 …

                  Salle de Classe2

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20 novembre 2018

DE QUOI RESTER DUBITATIF ....

 

 

JMBlanquer

QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE MACHIN?

Extraction à la main: racine carrée, racine cubique…

Voyons, M. le ministre, c'est pourtant simple … et je pense qu'en classe de troisième ...

Ah, bon?

 

Soit à déterminer la racine carrée de 157,82 (√157,82). Technique :

157,82

Découpage en tranches de 2 chiffres à gauche et à droite à partir de la virgule

√157,82≈

1/57/,82/00/00/…

A=1 est la tranche la plus à gauche. Recherche de b-max tel que b2≤1

(b2 ≤ A) . Ici: b=1.

1

0

On soustrait : A – b2  . Résultat: X; ici X=0

 

57

On abaisse A*, tranche suivante de deux chiffres (ici: A*=57) et on cherche à tâtons a-max tel que:  (20b+a)a < 57 soit (20x1+a)a< 57

((20b+a)a < 100X+A*). On trouve a=2

 

13

13 = 57-44, où 44= (20b+a)a, avec b=1 et a=2; ; on donne à b la valeur de juxtaposition ba, soit12

X prend la valeur 13

12

1382

On abaisse la tranche suivante de deux chiffres, A*,  et on cherche à tâtons a-max tel que:  (20b+a)a < 1382  soit (20b+a)a < 100X+A*. On trouve a=5

 

157

157 = 1382 – 1225, où 1225=(20x12+5)x5. On donne à b la valeur de juxtaposition ba, soit 125 (on introduit dans l'écriture en cours de la racine la virgule qu'on vient de franchir). On donne à X la valeur 157

12,5

15700

On abaisse la tranche suivante de deux chiffres, A*, et on cherche à tâtons a-max tel que:  (20b+a)a < 15700 ((20b+a)a < 100X+A*). On trouve a=6.

 

664

664 = 15700 – 15036, où 15036 = (20x125 + 6)x6. On donne à b la valeur de juxtaposition ba, soit  1256. On donne à X la valeur 664

12,56

66400

On abaisse la tranche suivante de deux chiffres, A*, et on cherche à tâtons a-max tel que:  (20b+a)a < 66400 soit (20b+a)a < 100X+A*. On trouve a=2

 

16156

16156 = 66400 – 50244, où 50244=(20x1256+2)x2.  On donne à b la valeur de juxtaposition ba soit 12562 puis on donne à X la valeur 16156

12,562

1615600

On abaisse la tranche suivante de deux chiffres, A*, et on cherche à tâtons a-max tel que:  (20b+a)a < 1615600 soit (20b+a)a < 100X+A*. On trouve a=6

 

108124

108124 = 1615600 – 1507476, où 1507476=(20x1256+2)x2.

Puis on donne à b la valeur 125626 et à X la valeur 108124

12,5626

10812400

On abaisse la tranche suivante de deux chiffres, A*, et on cherche à tâtons a-max tel que:  (20b+a)a < 10812400  soit (20b+a)a < 100X+A*. On trouve a=4

 

762304

762304 = 10812400 – 10050096, où 10050096=(20x125626+4)x4.

Puis on donne à b la valeur 1256264 et à X la valeur 762304

12,56264

76230400

ETC.

Affichage calculatrice : √157,82=12,56264…

 

 

 

Quelle est l'idée sous-jacente à la technique indiquée?

 Après séparation à gauche et à droite de la virgule de l'écriture du nombre en tranches de deux chiffres, on oublie la virgule. Elle se réinjecte d'elle-même dans le résultat quand on doit abaisser la première tranche de deux chiffres à sa droite, mais elle n'intervient pas dans la technique.

On ne manipule donc que des entiers naturels au fil de la progression

Supposons b le meilleur entier dont le carré approche A par valeur inférieure.

Supposons A' = A+0,01A* , 0≤A*<100

b2 approche "au mieux" A

On pose X = A – b2   ;   X=A-b2 est minimum.

Pour approcher "au mieux" A' par b'2, on pense à poser :  b'=b+0,1a  (avec  0≤a<10)

On veut donc approcher "au mieux" A+0,01A* par (b+0,1a)2

On veut donc approcher "au mieux" A+0,01A* par b2+2xbx0,1a + 0,01a2

On va donc chercher à approcher "au mieux" A-b2+0,01A* par 2xbx0,1a + 0,01a2

On va donc chercher à approcher "au mieux" X+0,01A* par 2xbx0,1a + 0,01a2

En multipliant par 100:

On va donc chercher à approcher "au mieux" 100X+A* par 20ba + a2

On va donc chercher à approcher "au mieux" 100X+A* par (20b + a)a

C'est bien ce que fait avec succès le schéma ci-dessus à propos de la recherche de √157,82

Extension à la racine cubique? 3√M = … ?

On rappelle l'identité remarquable: (a + b)3 = a3 + 3a2b + 3ab2 + b3

L'idée pourrait être de découper l'écriture de M en tranches de trois de part et d'autre de la virgule.

Ensuite, autre idée, partir de b-max tel que b3 soit une approximation entière par valeur inférieure de l'entier A.

On pose X=A-b3

Si A' = A + 0,001A*, on va chercher le meilleur b' = b + 0,1a    (avec   0≤a<10)

On veut approcher "au mieux" A' par b'3 , soit par (b + 0,1a)3

On veut donc approcher "au mieux" A+0,001A* par (b+0,1a)3

On veut donc approcher "au mieux" A+0,001A* par b3+3xb2x0,1a +3xbx0,01a2+0,001a3

Soit tâcher d'approcher "au mieux" A-b3+0,001A* par 3xb2x0,1a +3xbx0,01a2+0,001a3

Soit tâcher d'approcher "au mieux" X+0,001A* par 3xb2x0,1a +3xbx0,01a2+0,001a3

En multipliant par 1000:

On tâche d'approcher "au mieux" 1000X+A* par 300b2a +30ba2+a3

On va donc chercher à approcher "au mieux" 1000X+A* par (30(10b+a)b+a2)a

 Essai d'application : 3√18289, 149

 

18289,149

Découpage en tranches de trois

3√18289, 149 ≈

18/289/149/000/..

b-max pour b3≤18 . Soit b=2

X=18-23=10

2

10289

a-max tel que (30(20+a)x2+a2)a ≤10289 donne a=6

10689-(30x26x2+62)x6=713

X=713, b=26

26

713149

a-max tel que (30(260+a)x26+a2)a ≤713149 donne a=3

713149-(30x263x26+32)x3=97702

X=97702, b=263

26,3

97702000

a-max tel que (30(2630+a)x263+a2)a ≤97702000 donne a=4

97702000-(30x2634x263+42)x4=14572896

X=14572896, b=2634

26,34

14572896000

a-max tel que (30(26340+a)x2634+a2)a ≤14572896000 donne a=6

14572896000-(30x26346x2634+62)x6=2081724000

X=2081724000, b=26346

26,346

2081724000000

ETC.

Affichage calculatrice : 3√18289, 149 = 26,346…

  

On voit que la méthode étendue à l'extraction d'une racine cubique fonctionne, mais il faut bien constater la lourdeur vite rédhibitoire du procédé …

 

Foutage de gueule

Posté par Sejan à 10:28 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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28 octobre 2018

TOUSSAINT 2018

                                           Jack

               Professeur de l'enseignement secondaire décidé à reprendre les affaires en main ?

Un demi-trimestre s'est déjà écoulé. Les classes sont en place, des routines ont recommencé à s'installer. Je garde le contact à travers les petits-enfants et des coups de main divers, à droite, à gauche, à des niveaux qui ne le sont pas moins, collège, lycée. Rien ne semble changer, rien ne semble changé. Les attentifs écoutent, les travailleurs travaillent, les trublions trublionnent, les enseignants saignent.

Le hashtag #Pasdevague souligne sans doute opportunément et sans doute tout aussi vainement une vieille pratique, une tradition bien établie au sein de l'éducation nationale. Le professeur fait l'autruche par crainte du ridicule s'il s'avoue humilié par sa classe, le chef d'établissement minimise à tout va pour prouver son autorité sur son collège ou son lycée, le recteur manifeste qu'il a la situation en main par le déni de tout dysfonctionnement, le ministre ne peut bien sûr admettre qu'il ignore où il va.

Tableau excessif dans son systématisme, mais qui ne fait qu'amplifier une triste réalité.

Y a-t-il une solution? Probablement, mais elle n'est pas dans les tuyaux. Alors? Alors, chacun "se débrouille"...

Chacun dit, politiques en tête, "Tout est dans l'éducation". Et puis on on passe à autre chose, quand il faudrait ne faire que ça, réfléchir, dégager les pistes, impulser, agir, trancher. 

Mais ....

1917_-_Execution_à_Verdun_lors_des_mutineries

En classe de troisième, à lire pour le 5 Novembre, Jean Echenoz: 14.

J'ai acheté le bouquin d'occasion chez Gibert et puis, dès les premières lignes, j'ai su que je l'avais déjà lu, sans doute peu après sa sortie, en 2013 ou 2014, quand Antoine Compagnon, au Collège de France, s'occupait des écrivains de la Grande Guerre. Il doit y avoir un exemplaire qui traîne par là, caché dans quelque pile intouchée. Mais j'ai repris ça quasiment vierge. J'ai mis un peu de temps à accepter le style, et puis il se révèle efficace et le minimalisme d'Echenoz, son extériorité, l'absence de dimension psychologisée des personnages qui les vide d'épaisseur et les fait par là-même plus être agis (par quoi? la routine, les conventions, la bêtise, le contexte, l'absence de volonté propre, ... ?) qu'agir, fonctionnent et l'horreur de la guerre sourd d'annotations pointillistes, et de ces êtres qui vont, comme le rat crevé au fil de l'eau, remplir des rôles dont ils ne comprennent pas (et ne cherchent pas à comprendre) qui les leur assigne. Pas mal.

                        Cannes

Spectacles. Quelques films et une pièce de théâtre. Très réussie, la pièce. Edmond, d'Alexis Michalik, et mis en scène par le même, sur la gestation ou la genèse de Cyrano de Bergerac. Excellent de bout en bout, brillamment enlevé et semble-t-il assez près du réel. Cyrano est un chef d'oeuvre et Michalik ne démérite pas en le servant. Au cinéma, par contre, on a fait au mieux mais la production d'ensemble ne m'a pas semblé tellement heureuse. Deux bons films: The Guilty, est très bien, polar danois au huis clos assez fascinant ( Une gageure! On est tenu en haleine 85 minutes par un type assis, au téléphone, dont on ne fait qu'entendre les interlocuteurs. Très fort!). Mademoiselle de Jonquières, sur une idée si l'on peut dire de Diderot, est visuellement enchanteur avec Cecile de France et Edouard Baer excellents. Ensuite, Les frères Sisters était tellement attendu qu'un petite déception se fait jour, un cran en dessous des autres réussites de Jacques Audiard.  Enfin, il faut reconnaître  que Voyez comme on danse , qui prolonge sans second souffle malgré un très bon Jean-Paul Rouve le précédent Michel Blanc, Embrasse les tous, est mais n'est pas plus qu'un petit film agréable et que I feel Good,  inexplicablement salué par la critique, est très mauvais

                                  Rooster

 

Je me suis amusé à retraduire True Grit, de Charles Portis, que l'on voit sur la photographie avec John Wayne lors du tournage de sa première transcription à l'écran, à la fin des années 1960. J'ai terminé ça fin septembre. La traduction de  John Doucette me semblait encombrée de passés simples, et puis, on croit toujours faire mieux que les autres. Pas mécontent du résultat. Et ça occupe sainement! Il y a deux ou trois ans, ou un peu plus, j'avais comme cela retraduit La loi de la forêt, d'Edison Marshall, grand souvenir de mes treize ans, dans la version Bibliothèque Verte de Louis Postif. Je pourrais peut-être mettre ces traductions en ligne, éventuellement dans un blog dédié, découpées en chapitres. Je ne pense pas qu'elles soient publiables (compliqué, les droits, ...). Mais je les trouve, of course, excellentes! On n'est jamais si bien servi que par soi-même ...

                                           img_20180807_140100_resized_20180807_023323771-3793302

 

                                              JM Blanquer en recherche d'équilibre

Il paraît que c'est vraiment lui, sur la photographie, dans le Jura, cet été. Why not?  Quoi qu'il en soit, et pour boucler la boucle, ce premier demi-trimestre est resté décevant. Le chantier Education Nationale piétine, on s'occupe trop de moyens où il faudrait faire souffler l'esprit. Les moyens, il en faut, mais après avoir redessiné le projet et pour le servir. Là, on continue à courir après les péripéties. Le coup par coup n'avance à rien. Il faut se ressaisir du système dans son ensemble. Tant qu'on continuera à bricoler dans le médiocre, aucun problème ne sera réglé. JM BLanquer est un fonctionnaire. Il faudrait un visionnaire. 

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30 août 2018

JM BLANQUER : CONFERENCE DE PRESSE

CONFERENCE DU MERCREDI 29/8/2018.

                                Rentree-2018-ensemble-720px_989843

.... qu'il disait ...

J'ai écouté ça patiemment (1h06) sur la longueur. Le bilan me paraît bien pauvre.

Dans la forme d'abord. JM Blanquer n'est pas un tribun.  Ton monocorde, propos monotones, petite fébrilité de papiers déplacés, absence résolue de charisme, absence de souffle. Difficile avec ça de faire se lever des enthousiasmes.

Sur le fond, ensuite. Une nébuleuse un peu triste de voeux divers dont ne se dégage pas la philosophie forte et cohérente d'un nouveau projet éducatif permettant aux enseignants de se ressaisir et de s'approprier un avenir enrichi et différent. 

Les sujets abordés, les constats faits, les annonces esquissées , essentiellement des mots :

- Une rentrée en musique (c-à-d accompagnée par de la musique, au gré des initiatives locales, semble-t-il ...)

- Constat de la maîtrise insuffisante des mathématiques (26% de la classe d'âge) et du français (15%) à l'entrée en sixième

- Volonté de progrès pédagogique, personnalisation des parcours, école inclusive (c-à-d pour tous), revalorisation de la voie professionnelle, développement des passerelles. Words.

- Maîtrise des savoirs fondamentaux; 190 000 élèves en classes dédoublées (CP, CE1). Au sujet des mathématiques : mise en place de chargés de mission académiques dans le prolongement du rapport Villani-Torossian. Là, j'aurais bien voulu des précisions, mais rien, une annonce.

- Devoirs faits (en collège). Procédure renforcée: tous collèges, au moins 4h par semaine et par élève. Aucune allusion aux moyens (importants!) nécessaires ni à la faisabilité réelle, ni au nombre estimé d'élèves concernés - car en aucune façon, en dépit de la formulation, tous !

- Approfondissement de la proposition de langues anciennes . Je suis sceptique sur l'intérêt de cette fascination pour le mythe du latin-grec dans sa forme "apprentissage de la langue au ras de sa grammaire". Une approche culturelle, historique, oui, teintée d'un vernis technique, oui, mais sur l'étude des textes, j'ai des doutes.

- Souci apporté à la laïcité, à l'égalité garçons-filles. 

- Aide aux parents. Malette-conseil accessible via le lien: "mallettedesparents.gouv.fr" (ce lien, cité par le ministre, ne semble pas être le bon, qui serait : "mallettedes parents.onisep.fr" . Je suis allé jeter un coup d'oeil, ça me semble inextricable pour le parent lambda, et plus encore pour le parent en difficulté)

- Test de positionnement de l'élève à cette rentrée en 2de, pour prise en compte de - et conseils individualisés à - la vague d'élèves qui affrontera le "nouveau bac" en juin 2021

- Réforme de la formation des maîtres, en amont des ESPE (Ecoles Supérieures du Professorat et de l'Education), en ESPE, en aval des ESPE. Sans aucune indication. 

- Fusion des deux Inspections Générales (IGEN ; IGAENR) avec incidence sur les missions, et conséquences sur les Inspections Régionales ... dans le cadre général d'une évaluation des établissements scolaires, une évaluation au service du progrès, accompagnée de la création d'une Instance d'évaluation nouvelle. 

LORS DES QUESTIONS (des journalistes).

Retour sur la Dictée :  Oui, il y aura une dictée quotidienne, mais "cela peut prendre bien des formes, par exemple la twictée" (je suis allé voir - encore une invention collectivo-participative qui relève du gadget fantaisiste et amusera quelques fanatiques sans présenter le moindre apport d'efficacité - bien au contraire!). Propos flous.

Retour sur Devoirs faits : Quid du choix des élèves ? Réponse : "Effectivement, effectivement ... Une lettre a été envoyée aux chefs d'établissement" . Je ne vois rien sur internet (site du ministère) d'autre que le vademecum envoyé en août 2017, plein de bonnes intentions inopérantes, et une vidéo de propagande tournée au Collège "La Justice" de Cergy, en février 2018, trop belle pour être honnête, faisant état de moyens considérables (deux pôles d'accueil, l'un avec 10 enseignants et 4 attachés d'éducation, l'autre avec l'association Zup de CO, comprenant 1 animateur et 5 volontaires du service civique), sans aucun rapport avec mon expérience dans un collège parisien du XIV° arrondissement, d'importance analogue, où la structure était assurée par 2 volontaires du service civique et un retraité bénévole, sans aucune participation enseignante!

BILAN ...

La présentation ennuyeuse du ministre et l'absence de pugnacité des journalistes, ceci expliquant peut-être cela, m'ont semblé moudre du vent. JM Blanquer n'a pas de vision générale de ce qu'il faut faire lever dans les établissements scolaires comme envie d'agir. On va vers de toutes petites choses qui ne changeront pas la mentalité enseignante, ressort principal d'une refonte inenvisageable ou à réussir, selon justement les ouvertures que l'on fera aux professeurs.

Tout cela est d'une infinie tristesse.

 

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22 août 2018

BLANQUER FAIT SA RENTREE EN ARIEGE [La Dépêche de Midi - 22/8/2018]

Aux confins de la Haute-Garonne et de l'Ariège - j'y suis jusqu'à la fin du mois -  on lit La Dépêche du Midi. Le gros titre du jour intrigue, d'autant qu'on nous annonce deux pleines pages (pages 2-3) sur le sujet et le Ministre. 

Le bilan est assez triste : le problème est dans la classe, dans les classes et ledit ministre raisonne hors-sol. Il veut "une école fondée sur le discernement". Ah bon? Ce qui veut dire? Ses notions sur la maîtrise d'une classe agitée de collège (c'est-à-dire l'immense majorité) sont assez floues. Ainsi, sur la question de l'interdiction des portables, il affirme sans rire : "Il existe différentes modalités possibles (...) Dans certains cas, le portable sera seulement déposé en bout de table et pourra, si le professeur le permet, être utilisé pour un usage pédagogique." Déposé sagement, en toute soumission et en bout de table? On croit rêver ... J'attends par ailleurs qu'on m'explique ce que peut être un "usage pédagogique du portable en classe". 

Tout ça n'est qu'une vaste rigolade. 

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La visite ministérielle a concerné d'abord un centre de loisir des Francas (Mouvement d'éducation populaire fondé en 1944, reconnu d'utilité publique et agréé par le Ministère de l'Education Nationale), à Foix, et a été l'occasion pour JM Blanquer de "quelques brasses dans une eau à 15° aux côtés des enfants, face à un courant violent" (Quel homme !)

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...........avant dans l'après-midi de se transporter à Ax-les-Thermes, pour participation à l'université d'été Ludovia (qui en est à sa quinzième édition et s'organisait cette année en interventions, débats et colloques autour du numérique à l'école). "Comment utiliser de nouveaux outils mais aussi comment apprendre aux élèves à s'en servir au mieux ?" Un pompeux questionnement que je vois se traîner tout au long des intentions pédagogiques ministérielles depuis la fin des années 1960 et l'expérience dite "des 58 lycées", ce qui fait un passé d'à peu près 50 ans de foutaises. Car en termes d'impact efficace sur l'ensemble du système éducatif et ses performances, il n'est jamais rien sorti de tout cela, et ça va continuer, puisque le problème est ailleurs. Enfin là, "présent au milieu des participants", le ministre " a tour à tour découvert des outils numériques (mon Dieu !) et participé à des interviews sur une web télé (Nooooon!)" . Le redressement de la performance scolaire est à l'évidence en marche. 

La fumisterie des journées de pré-rentrée, instituées sauf erreur pour la première fois à la rentrée 1984 (rentrée des professeurs le mercredi 05/09/1984 - rentrée des élèves le vendredi 07/09/1984) est - pour prendre un seul exemple - caractéristique de cette incapacité de l'Education Nationale à se réinventer autour d'autre chose que l'individu dans sa classe, seul maître à bord (et souvent débordé) du bordel ambiant. Les chefs d'établissement et les enseignants sont là devant comme des poules devant un couteau. En gros, ils n'en font rien.  Et cela fait plus de trente ans que dure cette mascarade.

Le peuple enseignant est une multitude immature qui ne parvient pas à prendre conscience de ses responsabilités ni à concevoir que ses missions doivent à la fois s'adapter aux évolutions de la société et peser d'un poids décisif sur celles-ci, car elle tient dans ses mains maladroites l'avenir des générations. Et cette multitude est livrée à elle-même, c'est-à-dire à un chaos conceptuel au sein duquel (et aux marges duquel) des éclats de voix inefficaces, éventuellement réactionnaires et inopportuns, se font entendre tandis que la grande masse, adepte du moins disant, glisse mollement vers l'abîme  des ratiocinations infécondes. Avec à sa tête, derrière le brouillard des mots et de l'argent gâché, quel qu'il soit, le ministre, X, Y ou ... Blanquer.

Je ne verrai pas de mon vivant aboutir la révolution pédagogique que j'appelle de mes voeux. Pour utiliser une image digne de JP Raffarin : "Le mammouth est un fleuve qu'on sort trop difficilement de son lit!" Je demeure néanmoins persuadé qu'elle sera un jour inévitable. 

Mais sans se décourager, reprenons quelques points de la plaidoirie.

Regardons par exemple du côté des réformistes (?). L’Aurore, think-tank de gauche récemment déclaré, a produit sous la plume d'un professeur de collège parisien quelques éléments plutôt décevants en termes de prospective éducative , les mots - ah! les mots! Words, words! - l’emportant sur les idées. Car il ne s’agit pas de théoriser,  il faut faire des propositions, des propositions concrètes. Le système fonctionne mal?  Demeure la question de Lénine : Que faire ? Et il faut la poser globalement, loin des gadgets ministériels.

 

Par là

La difficulté de fond, implicite dans la dénomination de Collège unique, mais en réalité présente à toutes les étapes de la formation généraliste initiale, du CP au Baccalauréat, est l’aporie que représente la volonté de donner à tous un bagage minimum de bon niveau sans interdire à chacun de viser son optimum d’excellence. De là un salmigondis d’approches qui veulent mélanger le ludique et l’érudit, l’accessible par tous et la rigueur spéculative pour aboutir à un décrochage collectif des idéaux culturels et à une démarche du moins disant qui laisse la grande masse sans connaissances réelles et sans compétences utilisables.  L’inflation des mentions au niveau du Brevet des Collèges montre assez à quel point on s’attache désormais à répondre à l’échec de la formation par un déni que conforte la survalorisation des réponses à des contrôles qui ne valident pas l’assimilation réelle des programmes. Il semble pourtant évident qu’une possibilité existe, de dépassement de l’aporie soulevée.

 

A un problème double, on peut essayer de répondre par une dichotomie.

 

En l’occurrence celle du temps scolaire : un mi-temps consacré à la construction pour tous et par tous d’un bagage minimum de bon niveau - que l’on peut d’ailleurs rattacher à une culture du Vivre Ensemble - et un mi-temps personnalisé à vocation d’excellence individuelle.

 

Le premier mi-temps s’adresse à des groupes-classes hétérogènes et sa pédagogie, spécifique, s’appuie sur la mise en commun et l’exercice collectif guidé d’acquis de base  orientés vers la pratique à terme d’une compréhension du monde commune, dans son histoire, sa géographie, sa sociologie, les courants qui le traversent, les techniques élémentaires qu’exige la communication sociale et l’émergence d’une tolérance éclairée etc. Lire, écrire, compter, comprendre, réfléchir, parler …. Cette pédagogie, son ingénierie, ses méthodes, ses maîtres sont à inventer, mais l’objectif doit être clair : cette école enseigne et éduque, cette école ouvre au monde et aux autres, cette école pose des valeurs sur des connaissances préliminaires, cette école se ressaisit de l’individu comme être social éclairé. 

 

Le second mi-temps s’adresse à l’élève, à l’individu en construction pour en valoriser les qualités, l’aider dans la prise de conscience de ses possibilités, le guider dans l’organisation de ses progrès vers l’optimum de ses accomplissements. Il s’agit là de repérer et de suivre ses lignes de forces. Les choix disciplinaires sont optionnels. Les enseignements – champ disciplinaire par champ disciplinaire - sont en petits groupes homogènes en termes de niveau et d’acquis. Les progressions sont validées discipline par discipline via des unités de valeur. Les maîtres sont d’abord d’excellents spécialistes académiques, ensuite formés à une pédagogie parfaitement classique, magistrale et attentive, bienveillante et rigoureuse. Cette école construit, autour d’axes de compétence qu’il a choisis, un pré-adulte aux savoirs et savoir-faire clairement dessinés et parfaitement maîtrisés au niveau défini dans chaque discipline par le cumul des unités de valeur obtenues.   

 

S'arracher les cheveux

Bien entendu, ces prolégomènes supposent une révision des modes de fonctionnement des établissements scolaires, une réactualisation du profil des maîtres, une relecture de la notion de gouvernance et d’équipe pédagogique, et une réécriture architecturale des locaux, tant, pour donner son plein effet, il faudra s’efforcer de mettre à la disposition de la refonte à promouvoir des enseignants davantage présents et davantage disponibles dans des locaux adaptés (à termes, des bureaux individuels et a minima, des open spaces disciplinaires … bien équipés ). Etc.

 

Mais je crois que le principe de départ, dont devrait découler la réflexion sur les contraintes et les renouvellements qu’il entraîne, reste celui de la dichotomie indiquée. Et c’est autour de cela que j’aurais voulu voir les réflexions de l’Aurore tourner. Je ne pense pas qu’on puisse sauver autrement la formation initiale des marais où elle s’englue .

 

Nous sommes loin du professeur providentiel qui m’a semblé constituer le substrat non-dit des propos relayés par L'Aurore, fausse piste s'il en est.

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14 août 2018

MI-AOÛT 2018

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Deux lectures, dans le Vaucluse pour l'essentiel, en début de mois. 

Portnoy et son complexe (Portnoy's complaint) - Philip Roth. Edition Folio Jusqu'ici - eh oui ... - jamais lu.

Expiation  (Atonement) - Ian McEwan . Edition Folio. Un conseil de Pascale Robert-Diard, du journal Le Monde .

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Dans les dictionnaires, complaint, c'est au sens premier plainte, réclamation, grief, protestation. Ce n'est qu'en deuxième sens qu'on trouve maladie. C'est effectivement, à la lecture, la longue plainte de Portnoy plus que son complexe.   Expiation, pour atonement, semble plus fidèle

Ce Philip Roth là m'a lassé. Ses délires masturbatoires, sa logorrhée sexuelle, sa judéité en bandoulière, vaguement honnie et obsessionnellement revendiquée qui finirait par donner à l'antisémitisme des allures sympathiques, découragent l'adhésion. Bien sûr on rit, et son athéisme farouche et sans appel prêt à vomir sur tout ce qui s'appelle religion est roboratif, mais à la longue, on tourne en rond. 

De toute façon, même si j'ai beaucoup aimé cinq ou six des romans de Philip Roth, je ne partage pas l'enthousiasme assez général qu'il s'est mis à susciter depuis une douzaine d'années. La tâche ne m'a pas semblé le grand roman qu'on raconte, Un homme m'a déçu, je n'ai pas retenu grand chose de Némésis, etc. 

Pastorale américaine: oui, J'ai épousé un communiste : oui, Le complot contre l'Amérique : oui, Opération Shylock: oui. Le reste, comme ça, au feeling, de mémoire : moins. Ici, Portnoy, bon ... Ce bouquin l'a rendu célèbre, par ses excès sans doute. Mais enfin, ce n'est jamais que l'enfilade des projections hypertrophiées d'un vieil adolescent mal dans sa peau et perturbé par ses obsessions sexuelles, et qui mélange des nostalgies  au souci de régler ses comptes. Roman des débuts au fond, où on vide son sac, avant de construire une oeuvre. Comme il y a des romans de la fin, et Philip Roth en a produit, où l'on racle les fonds de tiroir sans plus rien avoir à dire. Il l'a senti d'ailleurs, lui qui a décidé de cesser d'écrire au début des années 2010. Sage décision. Il commençait à tirer à la ligne, il me semble. Et finalement, c'est sa révérence qu'il a tirée, le 22 mai dernier, à 85 ans. Une vie bien remplie. 

Je n'avais rien lu de Ian McEwan.  Je n'ai pas été emballé. Le roman est en trois parties . D'abord l'exposé des motifs, si j'ose dire. Une famille anglaise à domestiques. Beaucoup de monde. Une gamine qui se rêve écrivain et qui va provoquer, en mésinterprétant plus ou moins consciemment l'attitude amoureuse de deux jeunes gens, une terrible erreur judiciaire. Ensuite, le second conflit mondial et le drame de Dunkerque, le réembarquement dramatique et piteux de l'armée anglaise vécu autour du garçon victime de l'erreur judiciaire précédente et enrôlé dans les troupes britanniques. Enfin, pour donner sens au titre, la tentative au fond littéraire de la gamine du début pour racheter son geste initial, dont la seconde partie du roman vient de développer aussi les conséquences. 

Vaste parcours. On met du temps à rentrer dedans, puis on se passionne pour l'affaire elle-même, avant le procès. La seconde partie est un témoignage attachant mais presque autonome du repli dramatique des troupes britanniques à hauteur d'homme. La troisième, l'expiation proprement dite, est à demi convaincante.

J'ai déjà beaucoup oublié, mais enfin cela garantit pas mal de bonnes heures de lecture quand même. Un roman romanesque, distrayant, chaise longue sous un arbre. Dommage que la saison ait été à ce point aux moustiques, partout!

Il y a eu un film, sous le titre "Reviens-moi", en 2007 ou 2008, avec au casting Keira Knigthley comme seul nom de moi connu. Jolie femme. Vaguement tenté de le voir. Peut-être... Cela dit, cet été, c'est un autre film qui me tente d'abord, My Lady, sur un autre roman de Ian McEwan, The Children Act, dont il a assuré lui-même l'adaptation scénaristique, avec la merveilleuse Emma Thompson. La critique est très bonne.

On verra. Sinon ... Je viens de terminer ma traduction de True Grit (j'en avais pârlé dans le billet précédent). Un premier jet. Je vais laisser reposer trois semaines et reprendre ensuite mon travail pour le lisser, à la rentrée. Et quand ce sera au point ... je comparerai avec la traduction publiée de John Doucette. Mais tout ça, c'est pour l'automne. En attendant, je vais terminer août au sud de Toulouse. J'ai un Tolstoï à lire (Résurrection) et je veux regarder de près, pour bilan et pour continuer à réfléchir à l'état de l'enseignement, l'ensemble des sujets de maths du baccalauréat S 2018. Une maison de village, au bord de l'Arize, c'est le cadre idéal. On en reparlera.

Montesquieu

 

 

 

 

 

 

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26 juillet 2018

AVANT D'ENTRER EN PREMIERE L ...

L'Art d'être Grand-Père donne accès aux conseils donnés par des professeurs de lettres aux élèves de Seconde d'un lycée parisien de réputation honorable qui vivent l'été préalable à leur entrée en Première L.

Dont  les indications suivantes :

"Quatre petites lectures dans la collection "Folio 2€" pour ne pas surcharger vos vacances . Le Verrou et autres contes grivois (Maupassant) - La folle aventure des bleus suivi de DRH (Thierry Jonquet) - Etait-ce lui? (Stefan Zweig) - La tante d'Amérique (Leonardo Sciascia)." 

Il fallait aller voir ou revoir.

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MAUPASSANT, c'est ... Maupassant. On est rarement déçu, encore que des sept contes du petit recueil, ce soit encore le conte-titre le moins bon. Mais amusons nous des thèmes rencontrés . Dans Le Verrou, un petit étudiant cède aux avances pressantes d'une amie de sa mère et apprend qu'il vaut mieux mettre le verrou à la porte de sa chambre avant de passer aux choses sérieuses - Dans Marroca, le narrateur apprend que se cacher sous le lit quand le mari rentre à l'improviste fait partie de l'entraînement de base à l'adultère - Dans La Patronne, c'est à nouveau un petit étudiant qui, morigéné par sa rigoriste logeuse pour avoir tenté d'introduire une jeune fille dans sa chambre louée, ne trouve pas de meilleure solution pour calmer la première que de lui faire subir, d'ailleurs avec son ardent consentement, les derniers outrages prévus pour la seconde - Dans Idylle, un jeune homme affamé bénéficie, dans un compartiment qu'il occupe seul avec elle, entre Gênes et Marseille,  de l'allaitement qu'une forte nourrice en mal de tétée lui prodigue avec soulagement - Dans Les Épingles, un homme à femmes et ici, à deux femmes qui se découvrent rivales, va peut-être voir s'ouvrir, par la complicité qui s'instaure entre elles, bien que d'abord sur son dos, la possibilité de voluptés concomitamment partagées - Dans Allouma, on lit un hymne colonialiste et misogyne à la sensualité arabe - Enfin dans Les tombales, on s'amuse des stratégies de femme entretenue d'une dragueuse de cimetières. 

J'entrevois mal la substantifique moelle (hors le style) à tirer de ces historiettes, en termes d'ouverture sur les vastes champs de la littérature. D'autant que le stéréotype y règne en maître. Curieux. A moins d'une volonté de comparer les mentalités à 150 ans de distance et d'y ouvrir les jeunes esprits? Pas du tout évident ...

 

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J'ai trouvé faible le petit livre de Thierry JONQUET. Jamais rien lu de lui. Pas envie d'aller plus loin. Sur la nouvelle-titre, peu à dire sinon qu'elle n'est pas intéressante, n'accroche pas : un SDF ou tout comme, fan absolu de l'équipe de France et qui meurt bêtement au sein de son addiction. La deuxième nouvelle retient un peu plus l'attention mais elle reste approximativement ficelée. Je ne vois pas d'aspect positif à cette lecture, en ce sens qu'on peut directement aborder les thèmes qu'elle approche et que le passage par ce roman de gare mal bâti n'apporte rien de spécifique. 

 

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Stefan ZWEIG? Je n'aime pas beaucoup les grandes références que j'ai visitées (Amok, Lettre d'une inconnue, La confusion des sentiments, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ...  ne m'ont laissé aucune trace). Mais là, j'ai vraiment aimé ce Était-ce lui? Plus inattendu, plus accrocheur. Bonne surprise. L'autre titre, secondaire, du recueil (Un homme que l'on n'oublie pas) ne vaut rien. Prêchi-prêcha ennuyeux.

 

 

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Leonardo SCIASCIA, par contre, m'a toujours assez plu. Italien, un peu sec, précis, intéressant, toujours ou presque toujours politique. Dans La tante d'Amérique, on retrouve ces qualités et on est observateur attentif d'une famille sicilienne traversée par les effets du débarquement américain (le conflit de 39-45), dont le déboulé d'une tante très newyorkisée. Amusant, enlevé. Par contre, pour des élèves sortant de seconde, exigence absolu d'un déroulé précis de politique intérieure italienne, au moment des événements, à la charge du professeur. En lecture préalable et sans cet appui pédagogique, le petit lycéen lambda aura sans doute une première lecture, s'il s'y plie, embrumée. Mais le cours à suivre peut être très enrichissant.

 

JE ME DEMANDE si ces quatre conseils de lecture sont totalement pertinents. Deux traductions, un véritable écrivain français du XIX° siècle et un contemporain sans envergure. Les thèmes, peut-être, ont-ils primé? Sexualité, addiction footballistique, colonialisme, acculturation ... et pour Zweig, plus précisément, psychologie animale?  Pas bien certain. Conseils '"comme ça", à la volée, au feeling de tel ou tel collègue? Il serait intéressant d'avoir assisté , s'il y en a eu un, au Conseil d'enseignement  (réunion des professeurs de l'établissement d'une même discipline pour traiter des questions de celle-ci) qui a arrêté cette liste. 

Mais pour 4x2 (soit 8) euros, vous pouvez toujours aller vous faire une opinion personnelle.

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30 juin 2018

CINQ SEMAINES SANS RIEN ?

 

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Ben ... oui

Pris par trop de choses ... comme tout le monde.

Les fins d'année scolaire mobilisent même les retraités, quand il s'agit de suivre d'un peu près les épreuves du Bac et du Brevet. Une pétition a essayé de circuler concernant les soi-disant difficultés de l'épreuve de mathématiques en S. C'est un vrai marronnier, ça et ça laisse chaque fois rêveur. Il n'y avait il me semble rien qui ne relève de l'application directe du cours là-dedans. Avec même des coups de pouce aux candidats dont on aurait pu se passer. On devrait être en terminale S pour réfléchir... Les exercices m'ont paru un peu ennuyeux.

Les épreuves du Brevet sont toujours amusantes à examiner car on y lit l'absolue volonté d'amener tous les candidats aux environs de la moyenne, en posant le nombre suffisant de pseudo-questions pour que les points viennent tout seuls. Archétypique, dans l'épreuve d'Histoire, on propose aux candidats un document  ainsi présenté :

"Document : Témoignage de Jean-Jacques Auduc, né le 9 juillet 1931, près du Mans."

Suit une première question :  Présentez l’auteur de ce témoignage. (2 points)

Comment ne pas récupérer ces deux points-là? Passons.

 

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Vu quelques films.  Quatre exactement, inégaux. "Une certaine rencontre" (Steve Mc Queen et Natalie Wood). Gentil divertissement daté. "Trois visages" (Jafar Panahi), très attachant, très bien, et "La mauvaise réputation" (film germano-suédo-norvégien à tendance pakistanaise), impressionnant. Enfin, last et certainement least, "Bécassine", qu'on peut avantageusement éviter. 

Un peu lu. Stephen Hawkins, "Une brève histoire du temps", qui ne m'a rien apporté et m'a ennuyé. Charles Pépin, "La joie", petit bouquin qui m'a distrait et dont j'ai absolument tout oublié déjà. Quelque chose que Camus (La Chute, L'étranger) a dû vaguement inspirer. Mais c'est vraiment vague, une impression. Un truc gentil, pour un voyage en train. Je ne l'ai lu que parce que dans les MK2 du quartier Saint-Michel/Saint-Germain, on nous impose systématiquement de la publicité pour les conférences-Philo que Charles Pépin donne les lundis soir. Après les Lundis de Sainte-Beuve, les Lundis-philo de Pépin ... Il faudra bien que je me décide à aller l'écouter au moins une fois. Il m'en coûtera 10€.  Mais il suspend son effort pendant les congés scolaires. Logique de prof. 

Sinon, sur les conseils d'un ami enthousiaste, j'ai tâté de trois essais d'Antonio R. Damasio. Les titres sont attractifs : L'erreur de Descartes, Spinoza avait raison, Le sentiment même de soi. Je n'ai pu aller au bout d'aucun. Une véritable arnaque. Des pages filandreuses sur des pathologies neurologiques, centrées sur la description de zones cérébrales simultanément réactives au gré des situations décrites. Très déconseillé.

J'ai voulu (re)lire Les grands cimetières sous la lune, Bernanos. Je suis dedans. Je peine. Le point de départ a été la lecture de Lydie Salvayre, son Goncourt 2014, Pas pleurer, qui ne m'a pas emballé mais où Bernanos et ce livre sont omniprésents. J'ai voulu aller (re)voir. Je ne sais pas en fait si, jeune, je l'ai lu. Cela me semble terriblement daté comme style. Sur le fond, je suis contraint à d'incessantes mises au point historico-politiques sur l'Espagne des années 1936 et suivantes. C'est plutôt sain, mais je me lasse un peu. On verra.

Là, je viens de terminer Gary-Ajar, La vie devant soi. Très décevant. C'est un fabuleux canular mais je n'y ai pas cru une seconde. Je me souviens assez bien de la polémique de 1975, avec ce Goncourt attribué à un quasi inconnu. On n'a eu le fin mot de l'histoire qu'après le suicide de Romain Gary en 1981. Je crois, à la lecture, que Gary s'est bien amusé, à la fois en essayant de faire du faux Céline, et en se moquant, à travers des procédés dont il savait qu'ils allaient emporter l'adhésion du lecteur, du manque de finesse dans le jugement de la critique. Dans l'édition Folio (à 2€!) du texte intégral que j'ai utilisée, texte qui est complété par un apparat de commentaires destiné aux élèves des lycées, j'ai relevé un jugement  qui va assez dans le sens de ce que j'ai ressenti comme lecteur : [l'auteur] ne parvient pas à effacer les traces de la fabrication. Son petit garçon, trop malin pour être honnête, parle faux [...] Truquages, approximations et broderies ne seraient pas gênants , du reste, si on ne les maniait pas aux dépens de la plus profonde détresse humaine, ravalée au niveau du folklore. A chaque page, on entend le "Tu viens chéri?" susurré à l'entrée des hôtels de passe, et qui se trouve érigé en système d'écriture. On racole ainsi le lecteur pour l'emmener voir, en flattant son populisme, la seule chose au monde qui soit vraiment obscène : la misère résignée. Voilà qui rassurera les nantis. Pensez, quelle commode découverte! Les pauvres ne sont pas dangereux, ils sont drôles. Et tous les mêmes, au fond, car Arabes, Juifs ou Nègres, de n'être pas français leur donne, à la fin, la même nationalité. [Alexandre Sorel - L'Express - Décembre 1975]

Et puis je suis en train de traduire True Grit, de Charles Portis. Il y a eu deux adaptations cinématographiques de ce western, publié en 1968. La version de 1969 d'Henri Hathaway, avec John Wayne (il a eu en 1970 l'Oscar et le Golden Globe du meilleur acteur pour ce rôle), et la réinterprétation en 2011 des frères Coen, avec Jeff Bridges, qui m'a paru inférieure lors de sa sortie, en dépit des dithyrambes de la critique. Mais il faut que je reprenne ça. En fait, le livre a déjà été traduit, mais on préfère toujours ce qu'on fait à ce que font les autres. Donc, j'y suis. Et j'attends d'en être sorti pour comparer avec la traduction de John Doucette. Je me demande d'ailleurs d'où sort ce John Doucette-là, répertorié comme acteur américain de deuxième catégorie quand on balaie le Net, et qu'il m'étonnerait de retrouver dans ce rôle de traducteur. Homonymie? Non, en seconde approche, il y a bien dans les références de la BNF un John Doucette français et traducteur de True Grit qui a, pour des raisons qui le regardent, caché sous ce pseudonyme, sa véritable identité. 

A suivre ....

                               John Wayne         Jeff Bridges

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20 mai 2018

ORTHOGRAPHE ET HUMEUR

Devoirs Faits

Un test, lundi dernier …. Le contexte : un collège parisien ''moyen''. Une dizaine d'élèves bénéficient (?) des ''Devoirs faits'' de JM Blanquer. Volontaires en réalité désignés par leurs parents (ou peut-être un professeur), ils viennent souvent ''à reculons'' et il n'est pas évident d'obtenir leur ardeur ''apprenante''. Un petit groupe de quatre révise une leçon de chimie en sixième. Un de leurs cahiers sert de référence.

Coup d’œil d'ensemble : il est bien tenu, des fiches polycopiées de cours y sont soigneusement collées, l'écriture est lisible.

Puis, observation d'environ 25 lignes non continues d'énoncés dictés et de commentaires de schémas.

On risque une remarque sur l'orthographe.

Réponse du propriétaire du cahier: "C'est pas grave…"

Relevé                                            >>>                                          Attendu

a                                                                                                      à

se mélanges                                                                                    se mélangent

si on laissé                                                                                      si on laissait

il dessent                                                                                         il descend

il es                                                                                                  il est

shéma                                                                                              schéma

prope                                                                                               propre

représanté                                                                                        représenté

cristalisoir                                                                                        cristallisoir

eau pétiente                                                                                     eau pétillante

on mais                                                                                            on met

entonoire                                                                                          entonnoir

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disout                                                                                                dissout

 Dès qu'on travaille à côté d'un élève et avec son cahier, on est confronté à ce type de problème. Avec une difficulté annexe : convaincre l'élève en question qu'il faut en profiter pour faire les corrections nécessaires n'est pas gagné. L'argument opposé est le plus souvent celui-ci : Mais c'est pas grave, on comprend quand même

Le "C'est pas grave" est de fait également l'argument massue opposé aussi bien aux remarques sur la méconnaissance des tables de multiplication que relatives aux taches d'encre ou aux barbouillis divers et croquis inopportuns qui signent dans les marges le niveau d'attention de "l'apprenant" (sic) et son souci de sa … tâche!

Plus rien n'est-il donc grave et tout est-il désormais relatif?

Je suis monté sur l'estrade pour la première fois à la rentrée 1966. Il y avait évidemment des difficultés pédagogiques et la question ne relève pas d'un ratiocinant "C'était mieux avant", mais bien plutôt de ce constat attristant que nous n'avons pas su renouveler en 1968 - et je n'ai cessé depuis de le déplorer - le dialogue professeur-élèves (il était nécessaire de l'actualiser) dans le sens d'une meilleure transmission à tous des éléments de base de la maîtrise de la langue française et des procédés de calcul, de la valeur du travail bien fait, dans le sens de l'ouverture à la tolérance par l'intelligence, dans le sens du respect de soi par le respect des autres et de l'intérêt général, etc.

Beaucoup de choses ne cessent d'être, depuis des années, à repenser. C'est à la fois à la portée de chacun et semble-t-il … hors de portée du système. Chaque enseignant voit les affaissements, s'en plaint avec ses collègues en salle des professeurs, et continue. Mais au-delà de sa responsabilité, je crois beaucoup que c'est celle des chefs d'établissement qui est engagée. Ils devraient être le moteur résolu du ressaisissement, convaincre et entraîner leurs équipes vers la définition et l'application d'une politique locale, une politique d'établissement, dans le domaine de la transmission des valeurs et des connaissances qui rende homogène et efficace le geste enseignant, convergents et réalistes leurs gestes enseignants individuels. Je ne le sens pas.

Les ministres, de leur côté, se succèdent sans comprendre le problème, et donc sans travailler à sa solution, et JM Blanquer n'échappe pas à la règle. Comme ses prédécesseurs, il se répand en propos divers, évoque l'importance de la lecture et du calcul mental, pointe les dangers du portable et des écrans en général, commande des rapports (Villani pour les mathématiques, Mathiot pour le baccalauréat), et en fin de compte, ne résout et ne résoudra rien.

En fin de semaine dernière, l'interdiction des portables à la rentrée 2018 était à l'ordre du jour. Il est absurde de porter cela au niveau national. C'est l'affaire du règlement intérieur de chaque établissement, c'est une affaire de politique d'établissement.

D'autant que le ministre fait rire – sur France-inter, vendredi matin - avec l'évocation dérogatoire d'un usage pédagogique du smartphone, qui lèverait ponctuellement l'interdiction. Ce sont des pitreries.

JM Blanquer était là pour faire la promotion de son livre : Construisons ensemble l'Ecole de la confiance, qui vient de paraître chez Odile Jacob.

Nicolas Demorand, qui l'interrogeait vers 8.30, a souligné qu'après lecture, il avait du mal à voir se dégager de l'ouvrage une philosophie d'ensemble, un dessein clair. J'essaierai de feuilleter le livre, mais c'est assez mon a priori.

J'aurais aimé par ailleurs que le même Demorand pose au ministre une question subsidiaire : La vente de cet ouvrage est-elle productrice de droits d'auteur ? Ecrit par le ministre en exercice pour défendre son action et, il l'a dit, pour aider les enseignants et les parents d'élèves, ce livre n'est qu'une facette du travail ministériel pour lequel JM Blanquer reçoit un traitement. Il n'est donc pas déontologiquement envisageable qu'il touche des royalties. L'affaire serait différente s'il écrivait, sur son temps de loisir, un polar ou un récit de voyage. Mais là, il décide de donner un éclairage supplémentaire à sa tâche, sans doute pour en accroître l'efficacité. Il est dans son rôle, et on peut le féliciter de redoubler de zèle, mais il n'a pas en tirer un quelconque avantage pécuniaire.

Je m'emballe, sans doute.

Les droits d'auteur seront, bien entendu, versés au budget du ministère ...

                         

JM Blanquer, aujourd'hui

                        

 

Posté par Sejan à 22:31 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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