Ainsi, le lycée Henri IV a décidé d’ouvrir à trente élèves-méritants-des-milieux-défavorisés une classe préparatoire… préparant à la poursuite des études en classes préparatoires. Intéressant et savoureux ! Vingt enseignants de l’établissement sont volontaires, des tuteurs sont pressentis parmi les anciens élèves du lycée ayant intégré une grande école, un régime culturel (théâtre, musées, expos,…) complémentaire d’activités plus prosaïquement scolaires doit permettre à ce petit (tiers-)monde de passer du penser-parler des fins-de-mois-difficiles au penser-parler cossu et des sponsors désintéressés (pléonasme !) vont aider au financement de l’accueil en cité U , achevant ainsi de construire le cadre optimal de la transformation annoncée de ces bobos (boursiers bonifiés) … en bobos (bourgeois bohèmes). Joli !

Joli ? Socialement utile ? Cohérent ? Constitutif d’une vision-solution efficace des problèmes éducatifs du moment ? Non. Seulement méprisant, insultant pour l’effort pédagogique en zone difficile, élitiste à contre-emploi et, en termes d’impact social, ridicule. Il y aura bien entendu des résultats, mais l’arbre n’en cachera qu’un peu plus la forêt. Quelques acharnés de la réussite individuelle formatée passeront du « z-y-va, Keum » au « je-vous-en-prie, Monsieur », mais la « caillera » banlieusarde désignera ses traîtres sans en devenir moins « caillera », ni moins banlieusarde.

Il y a, dans nos sociétés, un acharnement étonnant – compréhensible quand on réalise qu’il n’est que la préférence collective pour le moindre effort – à substituer à l’amélioration de tous, l’éminence de quelques-uns. Nos démocraties relèvent de l’oligarchie larvée. Faute de savoir comment faire souffler l’esprit sur le plus grand nombre, faisons quelques polytechniciens ou énarques de plus, option « causer 9-3 ». L’opération, qui changera la vie de quelques heureux élus, qui donnera des joies pédagogiques vraies et fortes à quelques enseignants, qui sera hélas aussi l’objet de quelques congratulations officielles, n’a aucune portée générale et ne s’attaque à aucun problème d’ensemble.

Le système éducatif est malade et n’ose pas le diagnostic, encore moins le remède, nécessairement de cheval. Le système éducatif est malade parce que la société va mal, où toute vertu s’est dissoute. La société se soignera par l’école, ou sombrera. Et l’école doit être rebâtie sur deux mi-temps ( au masculin et parallèles, non au féminin et consécutivement : l’école, Zidane merci !, n’est pas le football..).

Un mi-temps furieusement généraliste, à populations et niveaux brassés, à vocation civique, voué à la tolérance et à ses valeurs, au dialogue et à l’échange, au vivre ensemble et au respect comme à l’écoute des différences (et ce pourrait être là, dans l’apport de quelques connaissances de base et environnementales – mieux que ce qu’on nous promet ( ?) – le Socle commun).

Et un mi-temps furieusement « individué », à niveaux et acquis homogènes, à sélectivité constante et acceptée, à progressions différenciées, à recherche lucide de la meilleure et plus réaliste adéquation entre goûts, capacités, vouloir, utilité sociale, intérêt particulier et intérêt général.

Le premier mi-temps fait l’homme, le second la société. Et le tout un tissu social, aux acteurs inégaux dans l’emploi et l’action, mais égaux dans la reconnaissance humaniste comme dans le partage des acquis et des bénéfices. Il faudrait développer …….

On est loin d’Henri IV (le lycée) mais pas si loin à certains égards de Clisthène (la démocratie athénienne). Pour faire un mot et pointer une direction : plutôt le Parthénon que le Panthéon ? De toute façon, on n’en prend pas le chemin.