Le malentendu des ZEP…

Le Monde de samedi dernier (10 / 12) fait une pleine page sur le thème : « L’efficacité des ZEP en question ». Nicolas Sarkozy réclame « le dépôt de bilan », Dominique de Villepin veut « les renforcer »…
Et Gilles de Robien ? Il est sans doute un peu perdu là au milieu et, comme tout ministre de l’éducation nationale qui se respecte, il ne sait que penser, ni que faire, car si d’autres que lui se chargent des mots, c’est à lui que revient la responsabilité statutaire d’avoir des idées, ce qui est nettement plus difficile.

Le slogan originel de Savary ( « Faire plus pour ceux qui ont moins ») c’est aussi le péché du même nom de l’affaire . Le porte à faux est initial. Et le malentendu continue d’ailleurs si le premier ministre se contente de «concentrer les moyens sur les établissements où les difficultés sont les plus lourdes».

Le système éducatif, syndicats en tête, manie un vocabulaire erroné en focalisant l’attention sur le « plus » quand il faut (mais peut-être est-ce une façon de l’éviter, parce que c’est plus difficile), la focaliser sur le « mieux ». Il ne s’agit pas de faire « plus », mais de faire « mieux ». Ce ne sont pas des termes et donc des approches synonymes, la question connexe ouverte restant : peut-on faire « mieux » sans faire « plus » ?

Le président de l’Observatoire des zones prioritaires parle de la nécessité de « mettre le paquet sur les 5% d’élèves les plus en difficulté » (sur quoi je ne le suis pas, un tel énoncé globalisé relevant du slogan) et réclame « un vrai pilotage », soulignant que « cela ne peut pas fonctionner si chaque ZEP est laissée face à elle-même » (en quoi il a raison). Sous réserve de précisions, le pilotage est effectivement le problème.

Prenons le maillage éducatif du territoire national tel qu’il est. L’existence d’environ 700 ZEP indique que la population d’environ 700 parcelles éducatives ne rencontre pas, sous le vocable d’établissement scolaire, une structure d’offre de formation initiale à laquelle elle parvient à s’adapter. Ces parcelles sont la partie émergée de l’iceberg, où l’inadaptation se traduit de la façon la plus bruyante, la plus désagréable, la plus visible. Mais il faut être sans illusion, ce n’est pas tellement mieux ailleurs, simplement, ça s’entend moins.

Et s’il faut réfléchir aux ZEP, c’est au sein d’une démarche de pensée plus large où se dilue en fait leur fausse spécificité : le système éducatif est inadapté à sa mission dès lors qu’elle consiste en l’accès de tous à la réflexion et aux savoirs minimaux que celle-ci nécessite. Maintenu dans ses modalités actuelles, le système ne peut assurer son fonctionnement que par le durcissement de ses pratiques et, pour y parvenir, que par l’accroissement quantitatif de ses moyens de police. Car, derrière les « plus » réclamés, il n’y a rien d’autre que la perspective d’une augmentation de la présence adulte en milieu scolaire pour procéder aux nécessaires mises au pas. Or, si ces mises au pas sont effectivement nécessaires, elles ne sont pas suffisantes et s’en tenir là insulte l’avenir social.

Alors ? Alors, à terme, en résolvant enfin l’équation éducative dans son ensemble, on sera conduit à supprimer les ZEP. Et Nicolas Sarkozy aura eu raison. Mais trop tôt. Car à court terme, la situation est sur certains secteurs trop dégradée pour sauter directement le pas et il faut y procéder d’abord à des mises à niveau. De Villepin alors ? Peut-être, en partie… Il faut y gérer la difficulté autrement et y faire beaucoup mieux avec éventuellement un peu plus de moyens.

Par exemple…… On se situe dans la perspective d’un plan de ressaisissement des zones difficiles avec un volet éducatif fort. Première étape à contractualiser sur trois ans.
Dans l’urgence, on n’a pas le temps de changer les modalités d’affectation des enseignants pour la rentrée 2006.

Mais on peut jouer sur qui suit :

[1] Suppression de la prime ZEP de sujétion spéciale remplacée par une aide au logement effective qui prenne en charge l’installation des enseignants de ZEP dans la ZEP. Ces zones doivent être « réoccupées » et les enseignants doivent y résider pour participer à la réanimation d’une véritable vie citoyenne locale. Élargissement excessif de leurs missions ? C’est à voir… Mais c’est une urgence et on leur offre un logement de fonction permettant l’exercice plein de leur difficile responsabilité.

[2] Réexamen drastique de l’affectation de fait pour la rentrée 2006 des postes de chefs d’établissement et adjoints. Maintien de ceux qui sont susceptibles de prendre en charge une relance et un élargissement de l’action éducative et remplacement de ceux (il y en a) que les hasards de la carrière ont « mal affectés ». Le chef d’établissement est le pivot naturel et obligé de toute rénovation locale. On ne peut se permettre le laxisme dans les choix à ce niveau si on veut relancer la machine. Le corps d’inspection de la vie scolaire a les moyens (ou les prend) de procéder à l’audit nécessaire.

[3] Définition d’une impulsion-pilotage-suivi des ZEP sur la base de la désignation pour chacune d’un triumvirat (mais si) d’inspecteurs, déclarés correspondants-responsables de la zone. Il y a actuellement en fonction quelque trois mille membres des corps d’inspection, toutes catégories confondues. 700x3=2100….. On est largement dans l’enveloppe.
Ils ont en charge les établissements de la zone et animent le groupe des chefs d’établissement . Ils définissent, avec ceux-ci, une politique éducative de zone (concept élargi, voir [1]), s’efforçant de maintenir dans une cohérence nationale raisonnable des adaptations locales a priori sans limitation, politique « de zone » laissant encore de la place à des initiatives diversifiées « d’établissement ». Ils disposent d’un espace de travail affecté dans chaque établissement et y assurent une présence maximale à définir sous l’autorité du recteur, responsable dans son académie, et dans le cadre d’une obligation de résultats, de l’ensemble de l’opération.

Le [1] est sans doute difficile à réaliser et nécessite une mobilisation débordant largement le système éducatif. Mais à quoi sert le politique s’il n’est pas capable de faire suivre l’intendance dans un domaine où l’État et les collectivités locales peuvent efficacement faire converger leurs priorités ?

Le [2] et le [3] ne nécessitent qu’une véritable volonté ministérielle et l’investissement coordonné des cadres du système.

Mais je ne renie pas ce par quoi j’ai commencé. Plan à trois ans. Court terme. Bilan ensuite. Oui, mais nécessité maintenue de revoir, et dans une perspective de refonte complète, l’ensemble du système. En commençant tout de suite à approfondir les perspectives.
Des axes de travail ont d’ailleurs été esquissés (voir ZEP,etc. et parents). On y reviendra.