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1 juin 2012

Alain Finkielkraut à l'X - Les invités ... [II.2]

Thibaud Paul   Paul Thibaud

J’ai commencé par trouver tout à fait excessive la présentation d’Alain Finkielkraut. Le penseur reçu allait, annonçait-on,  atteindre au sublime. Le penseur reçu n’en paraissait pas outre mesure charmé. Trop de louanges, trop de lauriers …

Paul Thibaud annonce qu’il va parler de démocratie et d’intégration / désintégration sociale. Les mots affluent. J’entends : Consistance de l’individu – Intériorisation du religieux – Capacité créatrice laissée à l’individu – L’individu innove et l’Etat conserve – Le calvinisme, par la prédestination, a totalement individualisé l’affaire – La laïcité française, c’est « aussi » une captation de la religion chrétienne par le politique.

Voilà qu’arrive dans le discours « la bible de la laïcité », Les Misérables, de Victor Hugo, et cette preuve de captation : le roman commence par une conversion effectuée par un évêque  (Jean Valjean, le vol des bougeoirs de Monseigneur Muriel, l’absolution …)

J’entends : supériorité ontologique de l’individu sur le citoyen – Hobbes – La société comme un sac de billes …. Je m’inquiète. Je devrais commencer par ré-écouter le début de l’exposé. Ce feu d’artifice de notes ne construit pas grand-chose … Je rallume l’ordinateur  et malheureusement (et sous réserve de non-fausse manipulation sur le site de l’Ecole), l’exposé de Paul Thibaud semble avoir disparu.  Tant pis. Je vais continuer, un peu à l’aveuglette, au milieu des éléments que j’ai relevés « à la volée » lors de l’écoute d’il y a un bon mois. J’ai noté en marge : « P.Th. va trop vite … ». D’où …

Après avoir affirmé que le triomphe de l’affaire Dreyfus fut le triomphe de la République, Paul Thibaud parle d’une identité historique partagée et cite Renan, puis Michelet comme tenants d’une nation-médiation  en route vers l’universalité, d’une France dépassable dans l’Europe pour le premier, dans l’Humanité, pour le second.

Avec ce distinguo : la Nation n’est pas le Pays, l’Histoire n’est pas la Géographie.

L’équilibre, dit-il, est rompu entre l’individu et le citoyen. Provisoirement ? Dans la crise du vivre ensemble, il rappelle Gramsci (Antonio / 1891-1937) :

Antonio_Gramsci_Grave_in_Rome01    « La crise, c’est quand le vieux meurt et que le neuf hésite à naître ».

Les passions réformistes, dit-il, sont devenues des passions émancipatrices. La démocratie a cessé d’être un idéal pour devenir un dû. Y a-t-il ingouvernabilité des démocraties ? Le capitalisme est né dans l’austérité du calvinisme. Survivra-t-il aux crises hédonistes ? L’Etat doit-il être l’état de bien-être ? Welfare state , Etat-providence.

J’entends : Tixier-Vignancourt, « La Corrèze avant le Zambèze ». Curieux rapprochement, la formule est  plutôt attribuée au journaliste Raymond Cartier (1904-1975 ), grand chroniqueur à Paris-Match, qui trouvait que les colonies coûtaient trop cher à la France (et, au-delà de la rime, le Zambèze n’a jamais été colonie française !).

J’entends : Effacement du politique. L’égalité sans déterminant devient quasiment une menace. On veut changer les effets (les inégalités) sans en analyser les causes (la dynamique des institutions). La démocratie ne sait pas traiter ses propres intentions. On pose les immigrés en victimes au lieu de se demander que faire avec eux.

Michelet est de nouveau convoqué, qui disait en substance qu’un enfant critique était une monstruosité. Paul Thibaud évoque la difficulté d’éduquer en termes de médiation entre le passé et l’actuel. Il parle « d’a-historicisme » (qui ici s’interprèterait en refus de l’histoire ?).

Rousseau et le perfectionnement de soi, dit-il, ajoutant que la présence du collectif aide à ce perfectionnement de soi, que l’excès de « centration » sur l’individu s’y oppose.  Il évoque Pierre Rosanvallon et sa « contre-démocratie » qui installerait chez les citoyens une exigence démocratique soucieuse de « l’engagement des autorités en faveur du bien commun » (voir l’article de la Revue Nouvelle - http://www.revuenouvelle.be/rvn_abstract.php3?id_article=817), une démocratie du développement des contrôles, plus réaliste, plus renseignée, qui ne se fie pas entièrement à ses représentants.

Il faut, dit Paul Thibaud, développer des capacités de discussion et en finir avec la démocratie « révolutionnaire ».

J’entends : la question du récit national est inévitable. Marcel Gauchet dit que la nation est invisible à force d’être évidente. Un risque d’effacement ? Gauchet parle du courage de faire face. Il faut maintenir le récit, mais le mener en le confrontant aux autres modèles nationaux, en regardant ailleurs pour éclairer ce que nous disons de ce que les autres disent, il faut passer ce faisant d’un universalisme abstrait à un universalisme concret.

Il faut, dit Paul Thibaud, avoir une idée de l’humanité si l’on veut réaliser des médiations. Il faut la spécifier si l’on veut qu’elle soit un répondant acceptable aux particularismes. Et, pour conclure, affirme-t-il, le mot fraternité, compris comme relation à nouer et à construire, serait la réponse.

Commentaire : … Trop rapide, et du coup, sur une seule écoute (qui est par définition celle de l’amphithéâtre), confus, rendant bien difficile l’extraction de la substantifique moëlle … sauf ce dernier appel à la fraternité qui soudain, surnageant, paraît un peu simpliste.

 Alain Finkielkraut, qui avait m’a-t-il semblé remisé ses compliments, a tenu à ré-intervenir. Il parle d’ethnocentrisme du présent et nous dit aujourd’hui juges de tout ce qui s’est passé. « Vivre ensemble » est sans doute un synchronisme, dit-il, mais aussi un diachronisme, et il renvoie à Auguste Comte affirmant qu’une société est composée de plus de morts que de vivants.

Nous jugeons le passé, dit-il, en le réduisant à ses crimes, le devoir de mémoire accapare tout, comme s’il n’y avait de mémoire que du crime. Nous décrétons que désormais, nous savons ; mais alors, où est la dette? Ce sentiment de la dette s’étiole, s’efface et nous perdons le pourtant nécessaire rapport d’humilité au passé que nous devrions cultiver.

Puis il demande à Paul Thibaud de l’éclairer sur une opposition entre passions politiques et passions démocratiques qu’il a entendue dans son discours.

Et c’est alors que la vidéo s’interrompt sans préavis !

Et que nous restons devant l’écran noir.

Oui, un bilan de séance assez décevant. A me relire,  un patchwork, avec des pièces pas inintéressantes, mais l’ensemble est bizarrement cousu.  On ne perd pas son temps en picorant, mais il me semble qu’on pouvait attendre mieux, plus cohérent, plus structuré, plus … pédagogique et plus prospectif.  Ah, oui, fraternité

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