BIENTÔT LA ...
Moins de compétition, plus d'entraide qu'y disaient. On pense invinciblement au "Engagez-vous, rengagez-vous, qu'y disaient" des albums d'Astérix prononcé par les troupes romaines dépitées. Cela fait des décennies que l'on entend ce mantra : Moins de compétition, plus d'entraide. Je n'ai jamais su y lire mieux qu'une foutaise. Pour ma génération, mai 1968 a ouvert une porte sur la possibilité de lui donner un sens. Mais rien de constructif n'a suivi et une forme de plus en plus avérée de laxisme dépassé a triomphé au niveau de la masse. Les zélateurs des pédagogies alternatives n'ont pas d'autre argument statistique à fournir que l'affirmation qu'elles ne produisent pas, globalement, des résultats inférieurs à ceux de l'école classique. Pas inférieurs ! La belle affaire! En d'autres termes, elles échouent à faire mieux.
Les trois ou quatre pages que le Télérama de la semaine dernière consacre au sujet m'ont semblé singulièrement pâles, prenant seulement acte de l'existence de classes novatrices, bruyantes et déstructurées, vouées à l'épanouissement des chères têtes blondes (c'est évidemment une image d'Epinal) sans qu'on distingue clairement les acquis obtenus en termes de formation et de connaissances. Peut-être sont-ils plus heureux, les gamins, mais au bout du parcours, que sont-ils capables de faire, sur quoi savent-ils raisonner, et comment articulent-ils une argumentation? On ne nous le dit pas. On reconnaît d'ailleurs, à côté de la foi des rares mais éternels pionniers qui depuis Célestin Freinet, vingt fois sur le métier ont assez vainement remis leur ouvrage, la présence d'une majorité de frileux, de timorés, d'inertiels (un pédagogue inertiel fonctionne par inertie) qui reproduisent inlassablement mais à chaque génération plus mal, des schémas d'enseignement hérités d'un autre âge qui ne peuvent pas fonctionner au sein d'une évolution antagoniste du système sociétal des valeurs. La férule n'a plus de sens.
Rien n'est réellement proposé. Seulement des mots. Des affirmations: C'est mieux. Ah? A quoi le voit-on? Il est certain que le système est en faillite, mais on ne sait pas, collectivement, par quoi le remplacer. Alors, quelques individualités tentent l'aventure osée du bonheur en classe, sans qu'on comprenne trop s'il s'agit du leur ou de celui des élèves. Mais on apprend peu des productions de ces derniers. Essentiellement, qu'ils bougent, parlent, font du bruit ... et qu'à la fin des fins, quand personne n'y comprend plus rien, on fait un petit bout de cours magistral pour mettre un peu de carburant dans la machine.
Apprendre, c'est quand même pour beaucoup de la sueur et des larmes. La concentration n'est pas une disposition naturelle. Je doute qu'on puisse progresser sans contrainte, terme que l'époque honnit. Le travail en équipe n'est pas une mauvaise piste, mais les enseignants ne donnent pas l'exemple et dans les petits groupes de gamins, la tendance demeure le jeu ou bien le suivisme, un leader s'étant dégagé et qui va pré-macher, pré-digérer le non-travail des autres. Il est tout à fait vrai que dans une relation de tutorat, le tuteur peut avoir plus à gagner que le tutoré, mais quel art ne faut-il pas pour installer cette relation. Les convaincus attendent un miracle. Les sceptiques attendent encore les résultats.
Et plus que tout le reste, je suis persuadé que la hiérarchie n'y croit pas. Or l'enseignant lambda n'est rien qu'un vieil élève. Si nul maître ne lui tient la main, il restera seul, inertiel et impuissant, distancié ou déprimé selon son caractère, face à l'effondrement progressif et déjà bien avancé de la notion d'instruction publique.
JM Blanquer, dont la longévité est peut-être un hommage à la médiocrité réformatrice, espère une rentrée normale, c'est à dire au fond, en termes pédagogiques, pire que la précédente, mais moins mauvaise que la suivante.

