Reprendre

A gauche, il avait une tête à voter à droite. A droite, on ne serait pas surpris qu'il vote à gauche, enfin, s'il reste une gauche et s'il vote encore.
Combien d'années séparent ces photographies? Disons, pas mal ...
Et depuis bien avant tout ce temps, cette même obsession: A quoi sert de penser? Du coup, l'enseignant sérieux et concentré a pris des allures lamentables de gourou vaguement allumé ... une concurrence pour Aurélien Barrau?
Passons.
En classant des papiers, j'ai retrouvé un article du Monde du 16 mai 2006: "Le lycée Henri IV a finalisé son projet d'accueil d'élèves de milieux modestes". et la réponse, trois jours après, dans le même journal, d'un ancien professeur de CPGE du même lycée : "Une classe préparatoire 'caillera' au lycée Henri IV".
J'ai relu. Peu de choses ont changé, sur le fond. On ne nous sert que des futilités. Il ne semble pas y avoir de réforme possible, j'entends de vraie réforme, de refonte. François Bayrou, professeur agrégé, a été candidat à l'élection suprême en 2002, en 2007, en 2012, avec quelque part (en 2007 ?) cette affirmation : "L'éducation doit être le sujet principal de la présidentielle". Oublions Bayrou et retenons la formule. Elle dit l'essentiel. Mais c'est un voeu pieux. Elle n'aura pas plus de chances de s'opérationnaliser la prochaine fois que les précédentes. Et c'est navrant.
J'ai souvent abordé ces sujets. Et je ne vois guère d'issue. Ressasser l'antienne ? On se lasse et on lasse.
Les spécialistes en sciences de l'éducation sont, je crois, des penseurs inutiles. Au mieux, des critiques pertinents du système en l'état. Jamais des porteurs d'une école renouvelée. Leur pensée prospective piétine parce qu'elle cherche à définir des méthodes alors qu'il faut probablement se situer en amont pour rechercher la mise en place des conditions matérielles de l'éclosion de celles-ci. Ne pas prétendre dire ce qu'il faut faire, mais optimiser le cadre d'un futur faire pour qu'il émerge de la pratique dans sa nouveauté. Avec l'obligation peut-être d'en passer par le quoi-qu'il-en-coûte macroniste. Donner des pistes, mais sans n'édicter que des normes. Prévoir beaucoup (plus) de personnel bien (plus) payé. Et attaquer l'affaire par le collège, cheville ouvrière de la formation.
Mettre le collège au centre. Voilà qui résume mieux le souci premier d'une nécessaire réécriture de l'école que le désolant "l'élève au centre du système éducatif" de la loi Jospin de 1989 avec les conséquences prévisibles de sa dramatique idolâtrie de l'enfance. J'entendais hier ou avant-hier sur France-inter (ou info?) l'inoxydable Jack Lang déplorer, à propos des restrictions sanitaires de sa fête de la musique le sort fait aux teufeurs. Ce jeunisme affligeant de l'hélas ancien ministre de l'Education nationale est assez révélateur des orientations qui depuis l'occasion ratée de 1968 et le manque d'imagination et de lucidité de 1981 ont conduit l'école au rang qu'elle occupe dans les classements PISA.
A l'oral d'HEC, une très récente année, je relève parmi les sujets de culture générale proposés, cet énoncé à commenter : Le défaut de discipline est un mal plus grand que le défaut de culture car celui-ci peut se réparer plus tard. La remarque est d'Emmanuel Kant dans ses Réflexions sur l'éducation. Des avantages et des inconvénients de la discipline ... J'ai connu une blague qui évoquait des truands en fuite au volant d'une voiture et deux policiers, un allemand et un français, discutant de la meilleure façon de les arrêter. Le français proposait de tirer dans les pneus, l'allemand s'étonnait: Bah, il suffit de brandir une pancarte marquée 'Stop' . Discipline ...
Comment se ressaisir de l'école? Je consulte le calendrier scolaire 2021-2022 et je vois que la prérentrée des enseignants est prévue le mercredi 1er septembre avec rentrée des élèves le jeudi 2. Une micro-mesure qui ne coûterait rien serait de considérer que les trois jours des mercredi, jeudi et vendredi sont une plage de prise de contact . Le mercredi pour les personnels, puis le jeudi et le vendredi pour les personnels et les élèves dans des activités à définir localement mais exigeant la présence en continu de tous sur toute la plage de fonctionnement de l'établissement qu'on peut fixer au créneau 9h-17h. L'intendance (la gestion de la cantine, accessible à tous) devant suivre (facile à dire)!
Il y a environ 5300 collèges d'enseignement public en France. Donc environ 5300 principales et principaux, petite armée de cadres qu'il convient prioritairement de conduire à l'autonomie et à la prise d'initiative afin que leurs établissements soient des foyers de socialisation et de culture commune au coeur des territoires . Repenser la rentrée peut être un premier petit pas avant de repenser le concept assez creux dans les faits de "projet d'établissement". Les groupes-classes et les équipes pédagogiques doivent se mettre en route lentement pour leurs 36 semaines théoriques de cohabitation / collaboration. L'alchimie d'un groupe-classe et de la poignée de professeurs qui l'a en charge mérite des prudences d'approche, des rencontres où la prise de parole des élèves doit être sollicitée et soutenue, où les personnalités trouvent à s'exprimer dans l'amorce d'un dialogue groupe-élèves, groupe-enseignants qui rompe avec le traditionnel et convenu "un prof-une classe" qui dépend trop du charisme du maître. Il faut installer auprès des élèves le sentiment d'une réelle collaboration éducative. Et c'est dans cette perspective que des techniques doivent localement se développer à l'initiative des personnels, pour permettre en quelques jours d'installer les rapports constructifs et les attitudes qui donneront à l'échange et au suivi pédagogique à venir leur efficacité. C'est là-dessus qu'on peut mettre dans un premier temps au travail la petite armée des Principales / Principaux évoquée en début de paragraphe. Pour ces cadres, la première quinzaine de juillet et la deuxième quinzaine d'août laissent de la place aux séminaires de la réflexion / formation / projection sans nul doute indispensable.
Il y a près de 2000 collèges d'enseignement privé en France. Et c'est une situation que je n'ai jamais comprise. L'échec retentissant du fantasme de grand service public, laïque et unifié de l'éducation en 1984 signe les à peu près de l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand mais ne doit pas pour cela signer l'abandon d'une exigence républicaine: l'école est le creuset de la Nation et l'Etat seul doit en dessiner la philosophie (ouverte, avec les souplesses nécessaires, mais sous son égide) et en assurer le fonctionnement. Ce dossier ne peut pas être négligé. Sur la photo, l'Etat, à droite, réfléchit à la question du privé, à gauche. Voyons, comment faire?
Oui, l'école est un grand sujet. Et qui mériterait que la nation tout entière se mobilise. Nous sommes à l'orée d'une campagne présidentielle de plus. Pourra-t-on vraiment l'aborder? J'avais rédigé lors de l'élection précédente une petite plaquette de propositions. Je l'ai plus ou moins publiée sur ce blog au moment du premier confinement. Sans écho. On désespère un peu de suivre les conseils de Nicolas Boileau, dans son Art poétique :