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AutreMonde
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8 octobre 2012

Refondons l'Ecole de la République, qu'ils disent ...

I - Un samedi au CNAM …            ‘‘Forum de la démocratisation de l’école’’

François Jarraud François Jarraud et le Café pédagogique ...

 ...    chez Christian Forestier Forestier le samedi 6/10/2012 . Une journée de réflexion bien organisée (au CNAM) . Combien de participants ? Une grosse (ou petite ?) centaine ?  Une plaquette de présentation et d’information, complète et très  bien conçue est distribuée à l’accueil.

Une matinée de ‘‘tables rondes’’ (témoignages d’enseignants ‘‘innovants’’ ( ?) / exposés de ‘‘spécialistes’’ ( ?)) d’excellent niveau. Interventions précises, ciblées, intelligentes et concises.

Une première moitié d’après-midi en ateliers, avec tous les défauts du genre. Décidément, les regroupements  ‘‘participatifs’’ sur thèmes imposés donnent toujours d’aussi piètres résultats. Une quinzaine ou vingtaine de bonnes volontés brouillonnes témoignent dans un ordre très relatif de préoccupations disparates et un secrétaire désigné réalise à chaud une synthèse éparpillée et/ou subjective des ‘‘échanges’’ sans restitution réelle des questions de fond effleurées et/ou non dites. L’exercice m’a toujours paru particulièrement inutile et inefficace. La philosophie de ces pratiques est la construction ex nihilo d’une pensée collective sur un fil de départ réduit à une simple formule.  On ne peut espérer aboutir. Pour limiter les dégâts, si l’on s’accroche à l’exercice, il faut fournir aux participants un document a priori à modifier sur lequel l’animateur de séance puisse constamment recentrer les propos.

Seconde moitié du même après-midi : une présentation fort officielle du ‘‘Rapport  de la concertation’’ relatif à la Refondation estampillée Peillon de l’Ecole de la République, en présence et avec la participation (petit laïus de principe terminal) de George Pau-Langevin, présentation à la charge de Christian Forestier en vieux lion fatigué qui tient encore son rôle, et de Nathalie Mons, léonine chevelure elle aussi mais prestation singulièrement atone (on trouvera à la suite (infra)  quelques brèves remarques personnelles sur le fond de ce rapport).

Retour rapide sur les tables rondes du matin.

Témoignages

Monique Ducroux , professeur des écoles, présente son ‘‘blog de classe’’ (qui remplace efficacement et avantageusement le classique journal de vie de classe à faire circuler) en petite section de maternelle : http://petite-section-a-chouffet.over-blog.com/  Ouvert aux parents et aux grands-parents … mais elle n’a toujours pas de connexion internet dans la classe elle-même !

Je relève une remarque qui soulève une question de fond qui n’a pas été abordée : Dans les commentaires des parents fleurissent les fautes d’orthographe. Elle choisit de les ignorer et de répondre ’’comme si …’’. Elle a humainement raison. Mais le problème reste. Comment profiter des échanges écrits avec les parents pour introduire des éléments de formation pour adulte à la pratique continuée correcte de l’écrit ? Ne rien faire, c’est entériner l’usage aléatoire et irraisonné de la grammaire. Proposition personnelle pour une piste à creuser ( ?): introduire sur le blog, à intervalles réguliers (par demi-trimestre ?), des leçons de grammaire ‘‘pour les familles’’ articulées sur une analyse statistique des erreurs courantes et anonymées relevées dans les commentaires.

Amandine Terrier , professeur des écoles, présente un usage plaisant de dialogue avec les parents d’une classe de primaire à plusieurs niveaux via Twitter, installé à l’occasion d’un voyage scolaire.

Marie Soulié , professeur de lettres, témoigne de la réussite de l’élaboration d’un rap par sa classe en 2011-2012 dans le cadre de son effort de maîtrise des tensions de classe dues au rejet d’un groupe important dans celle-ci d’enfants de la communauté installée localement de gens du voyage.

Propos d’experts.

Gilbert Longhi, ex-proviseur du lycée Jean Lurçat, articule son propos sur l’accueil, le respect, le soutien, l’aide, les soins dus aux élèves fragiles, aux décrocheurs. Angélisme et bons sentiments ? Il semble que son action à Jean Lurçat en ait prouvé l’efficacité. Ce n’est qu’un tout petit bout du grand problème éducatif, mais, toutes choses égales par ailleurs, pourquoi pas le bien traiter ?

Yves Reuter, didactique du français, université de Lille 3, recadre dans le contexte de ses spécificités la notion de démarche pédagogique ‘‘innovante’’ … et pose la question de son impact réel. Il  en profite pour incriminer globalement la technocratie ministérielle qui ne commande des rapports que pour les empiler dans des armoires et souligne qu’il faut dépasser les gadgets (il n’est pas allé jusque-là … je me demande s’il ne le pensait pas) pour davantage mener une analyse fouillée des disciplines et des contenus.

Jean-Yves Rochex, Sciences de l’éducation, université Paris VIII, enfonce le clou : ‘‘la démocratisation (thème du jour ( ?)) n’est pas soluble dans l’innovation’’. Regard d’évidence critique : l’innovation est assise sur la mobilisation militante et, partant, exclusive au fond de toute généralisation ; l’idéologie de l’innovation s’ancre dans la quête de l’initiative ‘‘extraordinaire’’ ; qu’en est-il dès lors de l’ordinaire, du quotidien, du foncier ? quels sont exactement les savoirs qui sont derrière l’innovation ? certains des modes de faire de l’innovation ne sont-ils pas élitaires ? narcissiques ? étiquetables ‘‘classes moyennes’’ ?

Jacques Bernardin, président du GFEN, relance : les pratiques innovantes ne suffisent pas si elles ne changent pas la position des élèves face aux apprentissages. Attention aux ‘‘trop’’ : trop de ludique, trop d’aide … et brouillage des objectifs, des attendus . L’attrait de la situation peut se mettre en place au détriment du déplacement d’objet ou d’attention nécessaire aux sauts d’acquisition. Il faut comprendre la logique des élèves et relire les logiques disciplinaires, faire la radioscopie de l’objet d’apprentissage et analyser la genèse des savoirs actuels en étapes graduelles pour gérer un processus de conceptualisation qui doit rester ‘‘par’’ les élèves et ‘’pour’’ eux.

Henriette Zoughebi, vice-présidente de la Région Île-de-France en charge des lycées  - un très bon point particulièrement pour elle et pour sa présentation intelligente et convaincue – pose d’emblée la (bonne) question: Quelle ambition nationale derrière l’appel à une école démocratique ? Tous peuvent réussir, mais quoi? D’abord leur vie ! Sortir, dit-elle, de l’entonnoir compétitivité-concurrence, dépasser le socle et aller vers une obligation scolaire jusqu’à 18 ans, rompre avec le fatalisme et avec l’obsession de la formation des élites. On peut atteindre la réussite pour tous mais il faut l’aborder collectivement, en termes aussi, voire surtout, de mixité sociale-scolaire (elle souligne  au passage l’impact nocif de l’enseignement privé). L’explosion des  savoirs sollicite les enseignants qui doivent y répondre si l’on veut sortir de la marchandisation ; il ne faut pas doter aveuglément en TICE, il faut réhabiliter le sens de l’accès au savoir et à la connaissance. Il faut travailler par territoires. Elle achève de me séduire en disant ses réserves quant aux résultats de la concertation (cf. document séparé).

Je voudrais redire pour conclure sur la matinée que les témoignages des praticiens de la première table ronde ont été très attachants, même si l’essentiel de l’effort des experts de la table ronde suivante a porté sur l’étroitesse voire l’absence d’impact du créneau innovant avec nécessité de creuser plus avant, plus au fond, dans les exigences et le sens des disciplines, Henriette Zoughebi apportant la cerise sur le gâteau d’une approche-vision globale idéaliste-réalisable  de l’effort collectif à entreprendre pour donner à l’éducation toute sa signification à la fois individuelle et sociale-sociétale. 

II - Refondation de l’école - Rapport de la concertation - Octobre 2012 - Quelques remarques

Concertation Refondation

Le participatif est à la mode. Ce rapport s’est voulu dans son élaboration, participatif. L’inconvénient du procédé, c’est que plus on agrandit son assiette, plus on se dirige vers des conclusions de consensus à l’écart de toute démarche de rupture. C’est le triomphe du lénifiant.

En ce sens, les préconisations de la troisième partie du travail présenté – car il comporte trois parties – auraient pu encore être pires.  Pour avoir, ici ou là, frôlé l’esquisse du début de quelques pistes utiles, peut-être faut-il, du coup, féliciter les rapporteurs …

Je vais passer sur les deux premières parties, assemblage sans nouveauté de constats connus, déjà faits, déjà lus, déjà entendus : le système éducatif est inadapté et inefficace, il s’agit de le rénover. Il date d’avant-hier, il faut l’adapter à demain. En gros, tout fout le camp. Schéma convenu, bien dans la tradition de tous les rapports antérieurs, scrupuleusement lucides et parfaitement inefficaces.

La troisième partie veut dessiner des pistes … pour aller « vers l’école du futur ». A ne prendre que la liste des thèmes – têtes de chapitre, on obtient un catalogue de points à traiter qui ne surprendra ni n’indignera personne:  La réussite scolaire pour tous / La priorité à l’école primaire / Un collège repositionné / Un nouveau socle commun  / Le lycée de la réussite / Un système éducatif mobilisé contre le décrochage  / Une École qui aide chaque élève à trouver sa voie : un service public
de l’orientation / Une éducation culturelle, artistique et scientifique pour tous / Les élèves au cœur de la refondation
/ Rénover l’espace éducatif /  Des rythmes éducatifs adaptés et respectueux des besoins des enfants / Une École inclusive pour la réussite des élèves en situation de handicap  /  La santé des élèves  /  La vie scolaire et l’éducation à la citoyenneté : pour un climat apaisé / Des personnels formés et reconnus  / Un métier qui s’apprend / Un métier qui s’exerce / Un métier qui s’évalue /  Un système éducatif efficace et juste  / Un partenariat parents-École redynamisé / Le numérique, une priorité pour la réussite /
Justice entre les territoires : une nouvelle approche de l’éducation
prioritaire / Une gouvernance rénovée / Une évaluation de l’École recrédibilisée .

Mais ensuite ?

Mais ensuite, pas grand chose. Pusillanimité ? Je suis persuadé que dans les discussions, des idées fortes ont été avancées, puis écrêtées, arasées par la volonté de ne pas faire de vagues, tout en acceptant de risquer quelques vaguelettes. En sollicitant outrageusement le texte, on peut reconstruire une logique, désigner un schéma qu’il aurait pu (qu’il a failli ?) proposer :

-       Définition d’une philosophie politique générale – Vers une société meilleure par l’éducation de tous

-       Affirmation du principe de subsidiarité -  Notion de territoire, de bassin de formation, de réseau d’établissements, de politique éducative locale dialoguée au sein du tissu social

-       Approfondissement-révision de la notion de gouvernance du système, au niveau de l’établissement , du territoire (du bassin, du réseau des établissements) et rôle d’impulsion – soutien - guidage de l’institution (corps d’inspection)

-       Ressaisissement I de l’architecture éducative : réorientation du recrutement et de la formation des enseignants en vue ‘‘aussi’’ de la construction d’équipes éducatives structurées, inventives et autonomes – révision des statuts enseignants, des services  et adéquation des salaires à l’ampleur des responsabilités et des tâches

-       Ressaisissement II de l’architecture éducative : ressources numériques – du matériel et un professeur-référent compétent par établissement

-       Ressaisissement III de l’architecture éducative : réorganisation du concept d’établissement scolaire autour de l’exigence de présence adulte continue (professeurs) – bureaux individuels – moyens bureautiques – salles de réunion

-       Ressaisissement IV de l’architecture éducative : réorganisation du concept d’établissement scolaire autour de l’exigence d’accueil étendu à des fins d’encadrement éducatif continu des élèves  - salles de travail dédiées

-       Ressaisissement V de l’architecture éducative : évolution vers une conception modularisée de l’acquisition des connaissances et des compétences permettant l’émergence claire d’un socle commun de base extensible en fonction des aptitudes et goûts individuels vers des profils personnalisés d’excellence et ouvrant sur la gestion locale efficace des questions d’orientation et de décrochage

-       Ressaisissement VI de l’architecture éducative : relecture de la scolarité obligatoire autour du resserrement  d’un continuum école-collège constituant une fin en soi et non pas une antichambre au long cours du lycée

-       Ressaisissement de l’ouverture au dialogue des établissements scolaires avec les parents et l’environnement socio économique – L’établissement comme moteur d’une convergence vers l’harmonie sociale dans et par l’éducation et l’éveil culturel

-       Approfondissement du travail sur les rythmes scolaires pour évoluer vers la gestion localement (territoire (bassin), établissement) à la carte des plages d’activité au sens large (dont le problème des congés)

Il est absolument certain qu’il faut aller vers un système éducatif résolument souple dans le respect de principes et d’objectifs clairs au niveau national, servis par des corps d’inspection-contrôle tournés vers le guidage-conseil, où l’autonomie d’acteurs bien formés, bien rétribués, bien dotés (locaux, moyens matériels) puisse pleinement s’exercer au bénéfice de la cohésion sociale inter-générationnelle d’un territoire (bassin).

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