Darcos Chez Chabot
Xavier Darcos ne m’a guère convaincu jeudi soir, chez Arlette Chabot, de l’ampleur et de la pertinence de ses vues sur le système éducatif. On est beaucoup resté dans le quantitatif et dans les marges du problème. Ah ! Si! Il n’a pu s’empêcher au passage de marquer combien Jack Lang l’indispose. Mais comment ne pas être irrité par Jack Lang, son éternel sourire et son onction immobiliste, toute gonflée de l’attente d’un poste ?
Il a aussi rendu un hommage lapidaire à Claude Allègre « à qui son courage a coûté cher ». Moralité : pour durer, faisons dans le grisâtre, à quoi excella d’ailleurs en son temps François Bayrou, quand il était aux commandes (si l’on peut employer à son sujet un vocabulaire aussi guerrier !) du ministère et que le dit Darcos était son directeur de cabinet…
Oui, je l’ai trouvé assez médiocre dans le rôle de composition qu’il s’imposait. Où sont les idées ?
L’Arlette lui avait concocté un pseudo-piège en lui demandant de traduire quelques lignes de grec ancien - sauf erreur le début de l’Odyssée (Homère). J’ai trouvé ça assez sot (qu’il y ait eu ou pas pré-entente) et assez vain. Darcos a enseigné en Khâgne. Il a, un temps, su ce texte par cœur. On ne vient pas emmerder un ancien professeur d’une telle qualité sur d’hypothétiques distances prises avec sa discipline par le politique qu’il est surtout devenu.
La culture étant comme chacun sait ce qui reste quand on a tout oublié, un éventuel fiasco n’aurait rien prouvé, sinon qu’on confond débat d’idées et jeux du cirque.
Enfin, Darcos n’a pas paru pris à contre-pied. Tant mieux.
Par contre, on le voyait, dans une courte séquence extraite d’une émission « people » antérieure, fort embarrassé devant le petit exercice suivant : « Si quatre objets identiques coûtent 242 euros, combien coûteront 14 de ces objets ? ». Embarrassé et … déclarant forfait, évoquant (c’était effectivement un biais de réponse possible) son peu d’affinités avec la « règle de trois ».
Dommage.
Alors qu’on se préoccupe du retour des « fondamentaux », il y avait là l’occasion de souligner combien un peu d’aisance en calcul mental rendait directement l’affaire simple.
Par exemple :
14, c’est (16-2) et 16, c’est 4x4
16 objets coûteront donc 4x242 (euros), calcul facile « de tête » : 4x200+4x40+4x2=968
Mais 2 objets coûtent la moitié de ce que coûtent 4 objets, donc la moitié de 242 euros : 121 euros.
Pour passer au prix de 14 objets, il ne reste à faire que : 968-121. Ce n’est pas insurmontable ! On retranche 1 : 967. Puis 20 : 947. Puis 100 : 847. Réponse : 847 euros.
On pouvait noter la différence de méthode avec un calcul « normal » papier-crayon : division de 242 par 4, puis multiplication du résultat par 14.
Et souligner par là combien on peut « enseigner » le calcul mental en tant que démarche autonome de nature à développer la manipulation « ludique » des nombres…. Etc.
Passons ?
Pas tout de suite : Le Monde2 de ce week-end se fend de huit pages insipides à la gloire de Stella Baruk, bien connue dans le milieu de l’enseignement des mathématiques élémentaires, sous le chapeau : « Tous bons en maths ! Contre la fatalité de l’échec en mathématiques, Stella Baruk propose de changer de méthode. Son appel au ministre de l’éducation nationale ». L’article, fort long et tout à la gloire de "la fée des mathématiques", est totalement creux. Je n’ai pas repéré le signataire, qui n’a effectivement pas à s’en vanter.
Le fait, souligné, que les classes primaires qui appliquent « la méthode Baruk » - dont une esquisse de descriptif sur une demi-page s’exhibe complètement vide - obtiennent plutôt de meilleurs résultats que les autres ne fait que prouver une fois de plus que les méthodes n’ont que peu d’importance et que prime la motivation et l’investissement des enseignants. On pourrait énoncer sans grand risque que tout expérimentateur étant a priori plus impliqué que ses collègues routiniers, toute expérimentation fournit des résultats dont le succès … n’a rien à voir qu’avec l’enthousiasme du maître.
Enfin, laissons Stella Baruk à ses radotages (dixit l’Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public - APMEP) et passons, cette fois pour de bon.
Oui, je disais, Darcos ….
Luc Cédelle dans le numéro du Monde daté du 13/9 se bat un peu les flancs pour trouver du contenu aux propos du ministre.
Il a retenu quelques éléments du discours tenu sur la réforme (à venir) du lycée et sur le souhait darcosien «que les lycéens eux-mêmes s’en emparent et nous disent ce qu’ils en pensent car après tout, ce sont quasiment des adultes et c’est à eux de décider de leur destin». Sottise, défausse et démagogie ! Le lycéen est un adulte en formation et, dans ce cadre-là, n’est pas apte à juger de ce qui est bon ou mauvais pour son avenir. Mais quand on manque d’idées et de courage politique…
Xavier Darcos d’ailleurs avait assez marqué, dans ses références antérieures aux «utilisateurs» ou «cadres» de l’école (parents et plus encore enseignants), combien les sondages montraient qu’ils n’étaient pas mûrs pour l’idée - à volume global maintenu - d’une scolarité moins dense étalée sur un plus grand nombre de semaines et que donc, la question ne pouvait être à l’ordre du jour, alors qu’il laissait clairement entendre que cette perspective était la voie de la sagesse et de l’efficacité pédagogique et qu’il y était favorable.
Il est vrai qu’entre se maintenir dans l’improductif et se faire virer pour zèle excessif et politiquement incorrect, la différence est énorme au plan personnel et les effets identiques aux plans pédagogique et éducatif. Alors …
Mais c’est navrant.
Sinon, on a eu droit à l’agitation compulsive de Manuel Valls, peu soucieux de lâcher le crachoir qu’on lui avait tendu - mais ma femme l’a trouvé « sexy », toute position idéologique oubliée - qui succédait à un Emmanuel Davidenkoff qui m'a paru très moyennement télégénique dans un questionnement à côté de l’essentiel, et à deux enseignants en promotion éditoriale, Sébastien Clerc (pour Au secours ! Sauvons notre école, co-édité par France-Info, d’où sans doute sa présence) et Mara Goyet (pour Tombeau pour un collège, chez Flammarion).
Très mignonne, Mara Goyet, brunette tout à fait charmante; mais je n’ai pas encore lu son livre. Le précédent (Collèges de France, chez Fayard) était très amusant, plein d’allant.
J’ai commencé, dans l’immédiat, par le petit essai de Clerc. Je l’ai trouvé, par chance, déjà d’occasion chez Gibert. 9,50 euros (au lieu de 19,90). Heureusement. Les vingt euros m’auraient écorché. C’est gentillet et tristounet... et plein de bonne volonté comme d’humilité, en ce sens plutôt sympathique.
Trente-deux ans et huit années de métier, ce n’est pas un recul considérable, sans interdire des notations de bon sens. Mais comme à l’accoutumée - laissons le style, assez remarquable de platitude - ça ne va pas bien loin en termes prospectifs.
Sans doute, les « propositions » faites sont estimables, mais elles relèvent de prises de conscience somme toute assez banales au niveau des établissements, et si elles peuvent dessiner un petit contexte d’amélioration du quotidien, elles manquent un peu de mordant (le style …) et n’ont rien qui permette réellement de sentir poindre la refonte générale qui est nécessaire. Sauf à en déduire que tout irait déjà mieux si se mettait en place un système de désignation de chefs d’établissement à la hauteur de leurs missions, chargés de l’animation d’équipes pédagogiques mieux recrutées et mieux formées, dans des structures pleinement autonomes et libres d’organiser leur investissement pédagogique au mieux de l’intérêt des populations scolaires locales, à l’intérieur de moyens à leur affecter globalement. Mais l’énoncé de Clerc s’arrête à l’orée du chemin.
Elles ont retenu paraît-il, ces propositions, l’attention du recteur de l’Académie de Créteil, ce qui me semble donner d’emblée - quand on sait l’inventivité pédagogique des recteurs - la mesure de leur relative innocuité. Bon, j’ai la dent un peu dure: Sébastien Clerc est un jeune enseignant assurément très utile à son établissement et qui mériterait localement de faire vraiment tâche d’huile, ce que je lui souhaite. Mais enfin, à sa place, dans sa position, dans sa modestie, dans son souci - louable - de remèdes au quotidien, il ne fait que chatouiller le mammouth. Il faudrait d’autres coups de boutoir.
À 22h30 j ‘ai décroché. On en avait terminé avec Darcos (qui devrait faire un peu de sport et surveiller sa ligne). Arlette Chabot m’a paru moins inexpressive que d’habitude, plus pimpante (enfin presque), et moins mal habillée, sinon mieux. Comme dirait ma femme, c’est l’effet Manuel Valls ?