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13 septembre 2007

Reza-Sarkozy / 14h-17h .

Yasmina Reza était reçue par Nicolas Demorand (France-Inter) ce mercredi matin 12/09 à 8h20. Dix minutes d’entretien suivies de vingt minutes de questions des auditeurs. Elle est directe, plutôt lapidaire: oui, non; on ne développe pas, ce qui déstabilise un peu l’intervieweur, contraint à davantage de questions. Un style de réponses très proche ... de celui de Ségolène Royal, économe elle aussi de commentaires , que j’avais entendue sur cette même antenne et dans le même cadre au printemps.

L’aube le soir ou la nuit - c’est le titre sans ponctuation du petit livre de Reza - se parcourt en trois heures, pause café incluse. Je n’avais pas vraiment l’intention de le lire. C’est l’échange radiophonique de ce matin qui m’a décidé. Le ton de l’auteur. Je me suis délesté de dix-huit euros à la librairie Compagnie où j’ai fait un saut en fin de matinée. Ils ne l’ont pas mis en rayon littérature - ça n’en est pas - mais sur le présentoir “Actualités”, parmi d’autres comptes-rendus de la présidentielle, où je note en passant ce titre à la sauce Bernanos : Journal d’une curée de Campagne.

Il faut être Jérôme Garcin pour s’émerveiller de la profondeur d’un texte qui sent - agréablement d’ailleurs - le bon faiseur, le métier, la pratique littéraire bien rodée, mais qui n’est qu’un paquet cadeau pour entourer ce qui reste du vide. Un bon point malgré tout: Yasmina Reza prend Michel Onfray, ici outrecuidant intervieweur du candidat, pour un con prétentieux et ne le lui envoie pas dire. Bien. Amusant, et très probablement fondé. Pour le reste ....

On se demande évidemment qui peut-être ce mystérieux G. à qui le livre est dédié, qui appelle Reza tard le soir et se glisse à intervalles réguliers entre deux notations de campagne, ce G. qui se rêvait lui-même en ambitieux adoubé et qui fut écarté de la course à la présidence, autre pantin accroché à un ego incapable de se satisfaire d’être et voulant qu’être, ça se voie ... Les médias ont cité DSK. Bien possible, pour le peu qu’on nous en dit. Ou un autre. Enfin, à ce niveau, avec ces ambitions, il y en a malgré tout peu pour endosser le costume ...

Le héros, lui, Sarko soi-même, ne sort de là ni grandi, ni antipathique, humain dans ses humeurs, seulement obsédé par sa course au pouvoir, avec cette impression (et cet espoir, fonction oblige...) qu’il doit valoir nettement mieux; on n’a que les scories, fussent-elles amusantes. Et puis à nous montrer, en patchwork, le mouvement brownien d’un agité compulsif entouré de courtisans, dans une fausse familiarité qu’aucune épaisseur de pensée ne vient étayer, Reza ne fait - ajoutant au tableau des indications narcissiques sur ses dîners en ville et en marge de son portrait - qu’exhiber le petit théâtre assez pitoyable des happy few dont nous sommes, ô démocratie, les consentantes victimes et/ou les sots admirateurs. C’est la valse des imbéciles et des autosatisfactions, avec ici ou là quelques notations plus vraies, ou plus personnelles, mais qui s’épuisent à vouloir sauver le tout.

Enfin ... Il faisait beau ce mercredi après-midi et le balcon du cinquième bénéficiait d’un ensoleillement qui a aussi ensoleillé la lecture. Trois heures pour parcourir une agréable photographie de campagne électorale en style journalistique enlevé. Et cette interrogation inquiète, mais dont la réponse est hélas connue: C’est donc ce maigre cinéma, la conquête de la présidence?

Le parti pris d’accompagnement de Yasmina Reza, puis de compte-rendu factuel/suggestif était dès le départ je crois trop ambigu; on ne pouvait aller au fond des choses ... à supposer qu’il y en ait un. Dommage, un peu. On est si loin des délices de lecture par exemple d’Adam Haberberg ... du même auteur.

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