L'Etat de Grace
C'est dans Le Monde de jeudi 12/10/06, page 16: France 2 perplexe face à l'échec de "L'Etat de Grace". En règle générale, je ne sais de la "télé" que ce que m'en disent Télérama ou Le Monde, la regardant très rarement. Mais là, j'ai des notions de première main! Je fais partie de ces malheureux qui sont tombés sous le charme d'Anne Consigny et, pour quelque temps, se ruent sur ses prestations. Or Grace Bellanger, dans cette mièvre fiction, c'est elle, en présidente de la République et copine d'Hilary Clinton, bien entendu de son côté présidente des Etats-Unis. Tant qu'à faire .... En tout cas, je me suis donc trouvé, amoureux transi et ... sournois (il a fallu circonvenir ma femme, mentir bien sûr, arguer du vif intérêt d'une intrigue qui met le beau sexe à la tête de la République au moment où Ségolène, peut-être... Bref, plaider quasiment le devoir citoyen..), pour trois semaines, transformé en téléspectateur assidu du mercredi soir.
Je suis inexact d'ailleurs en disant cela. J'enregistre et hebdomadairement, nous regardons la chose en deux ou trois fois. Les épisodes de ce mercredi, les derniers, sont ainsi en boîte, mais non encore vus. Peu importe, c'est sur le rejet des quatre premiers que portait l'article. Et c'est vrai que l'objet du délit n'est pas un chef d'oeuvre. Mais enfin c'est distrayant, outre le principal motif de mon intérêt, et plutôt bien joué dans les rôles secondaires, avec par exemple le très attachant Zinedine Soualem en son côté Buster Keaton du Maghreb.
Seulement voilà, le "flop" (France 2 parle de "désastre historique") vient à l'évidence d'ailleurs, et les commentaires du Monde l'esquissent, hypothétiquement. Cet ailleurs, c'est le manque d'épaisseur "politique" de la série. Malgré la présence comme conseiller pour cette "dimension" de Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'Express, le "job" de président(e) est décidément trop peu dessiné. C'était pourtant, au fond, le seul véritable intérêt potentiel de l'affaire. Il est certain que Ségolène, qui a dû s'informer par curiosité car l'amalgame était d'évidence recherché, n'a pu que souffrir d'une mise en image et d'un scénario qui mettent au premier plan des soucis d'achat de crème de beauté ou la rédaction-réception de SMS amoureux sous la table du conseil des ministres. Il fallait oser plus loin le documentaire avant d'en féminiser (comment hors des mièvreries?) quelques aspects et on aurait mieux retenu sans doute l'attention du téléspectateur avec le suivi véritable d'un ou deux dossiers crédibles démontant le travail du cabinet, le travail du parlement et l'investissement d'un(e) chef d'état à la vie privée plus relativisée.
Hélas le parti pris - erroné en termes d'audimat - de la focalisation sur la relation de couple de la présidente, où le rôle assez ridicule dévolu au prince consort laisse assez mal augurer des quolibets qui attendent François Hollande (si d'aventure ...), montre à quel point le réductionnisme "people" est en train de miner l'approche de tout sujet majeur. On a finalement fait une comédie résolument machiste d'un thème intéressant et qui le demeure: Une femme peut-elle être entièrement prise au sérieux? Ou encore : Une féminité vraie, assumée, responsable, adulte est-elle possible, qui sache se plier à des choix supérieurs (et à ce titre asexués)? Finalement, cette fiction légère et - sur le fond - ratée, pose des questions graves. Ségolène Royal n'est pas sortie de l'auberge... Le tube de Michel Sardou: Femme des années 80, était prémonitoire et, dans sa formulation provocatrice, peut-être bien porteur du ressort essentiel du malaise, qui disait : Accéder à la présidence / Et de là, fair' bander la France . Pauvre de nous....
Autre média et autre sujet, en post-scriptum: France-Inter (Nicolas Demorand aux manettes) recevait Claude Allègre mercredi matin entre 8h20 et 9h. Allègre est un colérique et il lui arrive dans l'émotion de martyriser la syntaxe mais là, non, plutôt bien. Il était censé polémiquer avec un de ses contradicteurs sur le réchauffement de la planète à propos duquel il a chroniqué dans l'Express et fait sortir du coup de leurs gonds un certain nombre de climatologues. Le fond m'intéressait moyennement. Moi, c'est l'Allegre inféodé à Jospin qui me donne des boutons et l'Allègre ministre de l'éducation nationale qui me donne des regrets, parce qu'il a mal mis au service d'une cause qui n'était pas inepte une énergie à la rugosité brouillonne et auto-destructrice.
Le fond donc m'intéressait moyennement, mais la forme - il s'en est très bien sorti - m'a renvoyé à une question fondamentale: Et si Allègre était au bout du compte sympathique? Il est du quartier, où je le croise de temps en temps, l'air bougon, rue Le Goff. Il me semble qu'il grossit à vue d'oeil. Mauvais ça. Je lui tournais le dos il y a quelque mois à une table du Ton Hon (Restaurant chinois très agréable, 17 rue Royer-Collard. Publicité gratuite. J'y vais de loin en loin depuis au moins trente ans et rien - tant mieux - n'y change, pas même le patron). Ce n'est pourtant pas là qu'on engraisse. Il a dû aller manger trop de confit avec Lionel, du côté de Cintegabelle. En tout cas, s'il dépense pour la bouffe, il se restreint pour la bagnole. L'autre jour, il quittait le parking Soufflot- j'y garais la moto - au volant d'un carrosse avec lequel, m'a-t-il semblé, il pouvait se risquer dans le 9-3 sans craindre d'attirer l'attention... Bref, là, sur France-Inter, chez Demorand, il m'a bien plu, renvoyant son bafouillant contradicteur dans les cordes et, au delà d'une saillie d'ailleurs marrante ("Quand vous me réinviterez pour parler de Ségolène, si je reviens, ce sera en costume sombre"), il a été - essentiel ça! - d'une vraie honnêteté intellectuelle en rendant hommage à l'ennemie - "au delà de tout ce qu'on peut lui reprocher" - et à son investissement dans les questions d'environnement.
Oui. J'étais prêt à aller jusqu'à prendre Claude Allègre pour un bourrin.. Noooon ! Mais si, je l'avoue. Et bien, même si bourrin il y a, il se pourrait qu'il soit sympathique. C'est une affaire à suivre!