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17 janvier 2006

Du 9/1 au 15/1 dans "LE MONDE"

UNE SEMAINE ÉDUCATIVE ...

Le Monde s’entasse hebdomadairement à côté de la cheminée, hebdomadairement et si possible discrètement, sous une affreuse table basse en plastique bleu, chargée d’une mission plus noble comme support de livres en piles, lus récemment ou en cours de lecture, parfois saisis en passant, pour le simple bonheur de les manipuler et pour leur manifester l’affection qu’ils méritent.

Et puis, quand on remonte du kiosque qui est sur le trottoir de l’immeuble, le lundi, avec le numéro du journal daté du lendemain, on fait le ménage et place nette sous la table. Nouvelle semaine, nouvel entassement à prévoir. Avant de jeter les numéros, on refeuillette et on archive, après usage de ciseaux d’écolier, quelques articles. Hier soir, il fallait régler le sort de la semaine du 9 au 15 janvier 2006.

MARDI 10 , on avait un papier sur le Haut Conseil de l’Éducation et le Socle commun. J’en ai déjà parlé. Mais je n’avais pas remarqué un petit entrefilet plus bas dans la même page, titré : “Pas de faute du lycée d’Étampes selon Gilles de Robien ” . Le ministre, au Grand Jury Le Figaro-RTL-LCI de Dimanche 8, avait affirmé que “d’un point de vue administratif ”, il n’y avait pas eu “de faute caractérisée ou de faute grave ”. Je trouve ça déprimant! “D’un point de vue administratif ”!!!.... Savoir adopter un point de vue non administratif, engager des initiatives non administratives et développer un comportement non administratif, c’est ou ce devrait être un principe de base dans le pilotage et la direction d’un établissement difficile. Sinon, où est l’adaptabilité?

MERCREDI 11: j’ai déjà dit deux mots d’une analyse de Daniel Cohen intitulée “Banlieues, chomage et communautés ” qui souligne le rôle positif que pourrait mieux jouer l’école. Mais un peu plus loin, je retrouve une mini-pétition que je n’avais lue qu’en travers, sur le thème “La lecture est l’affaire des enseignants ”, co-signée nous dit-on par environ 1500 enseignants, au premier rang desquels onze membres de l’enseignement supérieur dont on nous précise les noms. Dans le lot, c’est sans doute Philippe Meirieu le plus connu. Je suis toujours amusé de voir qu’on fait passer un ministre pour une andouille puisque: “... il aborde des questions dont à l’évidence il ne soupçonne pas la technicité ”, mais je reste rêveur devant la suite : “les recherches en la matière, d’une extrême précision, sont publiées dans des articles qui se comptent par milliers ”. Sans prétendre que le doute qui suit soit nécessairement applicable à ce qui vient d’être dit, en quoi l’accumulation d’un monceau d’âneries serait-elle constitutive de l’émergence d’une vérité incontournable? Les articles “scientifiques” dans un domaine qui l’est peu relèvent d’un contrôle uniquement de pair à pair et il y a des effets de chapelle, donc... peu de véritables recoupements contradictoires. Mais j’ai mauvais esprit sans doute.
Quoi qu’il en soit, la solution n’est pas très loin de ce que les signataires d’ailleurs revendiquent : “la pleine responsabilité [pour les enseignants] de leurs démarches pédagogiques ”, et en étendant la revendication à l’ensemble du domaine éducatif. Pour tout dire, on les emmerde avec des circulaires qui passent leur temps à défaire ce que les précédentes avaient fait.

JEUDI 12 : Le Monde faisait doublon avec Libération que j’avais acheté suite à une intervention de Fabrice Drouel sur France-Inter le matin, qui soulignait le traitement par ce journal de la conférence de presse de Karen Montet-Toutain, professeur (et néanmoins “poignardée”) à Étampes. J’en ai déjà parlé. Tout à l’heure, la même radio signalait une circulaire (une autre!) à venir rapidement de Gilles de Robien sur le thème : “Que faire en cas de violences physiques à l’école ? ”. C’est un gag? Je crains bien qu’il ne s’agisse que d’indications sur les démarches à suivre pour porter plainte.... Mais le problème est en amont, M. le ministre. Quand le couteau est planté, il est déjà trop tard !!!!

DIMANCHE 15 / LUNDI 16: En fait numéro disponible à Paris le samedi 14 vers 13 heures! Facéties d’un “Journal du soir” !

Il y a un éditorial plutôt bien : “Violence et école ” qui pointe les mauvaises idées (Police et Justice dans les établissements) et les manques et souligne l’importance et de la mobilisation des enseignants et de la nécessité de sortir le métier du piège de la seule transmission des savoirs. Bien.

Et puis, en pages “Société” : “La solitude des enseignants face aux violences des élèves”.
Le colloque du week-end, à Bordeaux, avec Eric Debarbieux en porte-parole médiatisé, pose plutôt les bonnes questions et cible les bonnes approches, dénonçant l’absence de formation au travail en équipe dans les IUFM.

Mais surtout, il y a le formidable croquis de Pessin (page 9) qui permet d’un seul coup d’œil de faire le tour du problème. Une enseignante est sur l’estrade, face à nous qui adoptons le point de vue du fond de classe. On voit l’ensemble de la scène à travers la lunette de visée d’un fusil, l’enseignante au centre de la cible, les bras le long du corps et, quittant d’un pas rapide la salle sur un lapidaire et significatif “Je vous laisse”, un gros petit bonhomme, paradigme évident du chef d’établissement qui fuit l’arène. Oh, ce n’est pas écrit explicitement... mais quoi d’autre? Et tout est dit! Lumineux.

L’enseignant en difficulté est en situation d’abandon. À l’ouverture du journal de 13 heures, il y a peu, on entendait deux inspecteurs généraux mandatés par le ministre et rendant compte de leur enquête au LEP Louis Blériot, “scène du crime”. Ils reprenaient en l’amplifiant le propos de Gilles de Robien rapporté plus haut : “Il n’y a pas de faute administrative ”. Je ne peux rien leur reprocher, ce type d’enquête est un jeu de dupes. Personne n’ose parler. Il y a une peur terrible de “dire”, terrible. Alors ils on regardé les PV des conseils d’administration depuis 2003 : pas une remarque sur le climat éventuel de violence. Étonnant ? Non, ces choses là se taisent, même en conseil d’administration. Alors ils ont conclu à l’imprévisible, à l’absence de signe avant-coureur, au destin en somme, ils n’ont pas retrouvé trace d’une plainte écrite de l’enseignante au chef d’établissement, plainte qu’elle affirme avoir déposée, ajoutant : “Nous la croyons”. Et alors ? Qu’est devenu ce papier? Qui fait disparaître les preuves ?

Je l’ai déjà souligné plusieurs fois: la conspiration du silence est terrible et la réalité n’a rien à voir avec les traces officielles du déroulement des années scolaires. Le système éducatif français est une absurde construction totalement minée de l’intérieur et qui ne tient plus que par la peinture. Et le système éducatif français a peur. Mais personne ne veut l’avouer et personne ne veut le savoir. L’élève y fera de plus en plus la loi et l’effondrement de la société sur l’inexistence de ses valeurs écrasera l’école, qui était pourtant à peu près le seul lieu où on pouvait faire lever l’espoir d’un renouveau .

Excessif ? Comment ne pas être excessif quand on est conscient de la route prise ?

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