08 septembre 2009
Questions d’échelle …
J’y pensais ce matin en écoutant Stéphane Guillon, peu avant huit heures, assassiner Nicolas Sarkozy sur France-Inter en daubant sur sa petite taille. Pénible à la longue, je trouve, ces attaques ad hominem, toute attention focalisée sur un détail, sur ce détail. Georges Clémenceau, sauf erreur, mesurait 1,55m ! Ce n’est pas cette mensuration de celui qu’on surnomma le "Tigre" que l’Histoire a retenue ! Alan Ladd, qui incarna à l’écran avant les années soixante tant de héros de western et autres films héroïques ne montait la toise qu’à 1,60m. Lawrence d’Arabie était je crois encore un peu plus petit. Passons, trop connu, sur Napoléon 1er…
Jacques Fouroux, capitaine mythique de l’équipe de France de Rugby qui remporta le Grand Chelem lors du tournoi des cinq nations de 1977 et que ses co-équipiers surnommaient, dans l’affection et la crainte, "Le petit Caporal" (1,62m), malgré son gabarit et ses genoux cagneux engueulait sur le terrain ses lignes avant où se rencontraient des gaillards de 30 cm et de 30 kg de plus que lui qui l’écoutaient, tête basse. Etc.
Par ailleurs, dans un moment journalistique où les pourcentages font à tout propos florès, de sondages en taux de chômage, de décroissance en indices boursiers, de niveau scolaire, de mixité sociale en insultes au paritarisme, à la hausse ou à la baisse, on peut s’amuser à passer à ce crible les "attaques-talonnettes".
Voyons, attribuons – assez arbitrairement, je n’ai pas les chiffres – 1,65m au président de la république. Combien mesure Dominique de Villepin ? Généreusement, 1,90m ? Si nous définissons une nouvelle unité de mesure, le sarkozy, cela nous fait une taille d’environ 1,15 sarkozy. Le gain est de 15%. Notable, certes. On frôle l’usuraire. Mais enfin, ce n’est pas le diable. Et l’homme de la rue, où en est sa taille moyenne ? Autour de 1,75 m ? Je compte sans doute large mais admettons. Cela nous ferait du 1,06 sarkozy. Du « +6% ». Pas de quoi battre les estrades.
Évidemment, ces changements d’unité font toujours sourire. Kouchner est sans doute dans les très exacts environs du sarkozy – ce dont, que je sache, personne à ce jour ne s’est vraiment moqué. Frédéric Mitterrand doit en être à 1,12. Sous la toise, je parierais que Bayrou avoisine les 1,08/1,09 sarkozy. Etc. Et Ségolène ? 1,03 ? Martine ? 0,98 ou 0,99 ?
Les moqueries sur le sujet sont, trop prolongées, assez médiocres.
Faiblesse humaine, sans doute, et qui n’est pas d’hier.
On reproche au président – l’Elysée s’en défend – d’avoir imposé un critère de taille pour apparaître à ses côtés sur la photographie d’une visite d’usine ? Ah ! L’image.
J’ai personnellement côtoyé le problème, adolescent.
Mon père, spécialiste des agrès, enseignait au CREPS (Centre Régional d’Éducation Physique et Sportive) de Bordeaux-Talence dans les années 1950. Au titre de job de l’été 1957 (ou 58), certains de ses étudiants, forts de leur plastique avantageuse et de leurs qualités athlétiques, étaient allés décrocher une figuration sur le tournage d’un film de Richard Fleischer qui fut un beau succès : "Les Vikings".
Kirk Douglas y tenait le rôle principal et Kirk Douglas ne dépassait pas 1,75m. Il avait donc été décidé que dans un recrutement qui s’intéressait aux grands gabarits, on veillerait à retenir néanmoins une trentaine de garçons costauds mais de moins de 1,72m, seuls habilités à approcher l’acteur dans le champ de la caméra, spécialement dans des scènes à bord d’un drakkar où la proximité était extrême.
Le héros se doit d’être grand dans l’imaginaire populaire ?
Pourquoi refuser de s’y soumettre … en souriant ?
20 juillet 2009
Traitement de l'information?
Le Monde est parfois bien inspiré. Par exemple quand il confie à Plantu le soin d’un trait d’humour bien venu :
Au fond, tout est à peu près dit, là.
Par contre, retour d’une parenthèse provinciale, à re-feuilleter des numéros quelque peu négligés, je suis assez surpris de constater à quel point le troisième crash de l’été, après le Rio-Paris et l’accident des Comores, qui ont fait les gros titres, intéresse peu la rédaction.
On dégage du bout des lèvres une surface éditoriale confidentielle pour la chute d’un Tupolev de la Caspian Airlines . Les accidents impliquant la compagnie Air France sont probablement seuls réputés intéressants et puis finalement, hein, 168 iraniens ou arméniens de plus ou de moins ….
Curieux.
Il faut reconnaître que les autres médias n’ont pas fait tellement mieux. Je n’ai rien entendu sur France-Inter . Mal écouté ?
En attendant, le réancrage parisien après dix jours villageois en Midi-Pyrénées est toujours aussi difficile. On perd vite les réflexes urbains et les retards à rattraper navrent par avance le courage des reprises. On va quand même tâcher.
29 juin 2009
BRAINJOGGING ...
Depuis qu’à la présidence du Sénat, Gérard Larcher a succédé à Christian Poncelet, les riverains du Luxembourg, dont j’ai l’immense et indiscutable avantage de faire partie, savent enfin à quelle heure les portes du Jardin s’ouvrent et se ferment. Sous Poncelet, l’aléatoire accompagnait l’imprécis. Les affichettes ‘‘informatives’’ apposées sur les grilles prétendaient que l’accès aux lieux s’entendait ‘‘du coucher au lever du Soleil’’, audacieuse formule qui permettait de fait aux détenteurs des clés (le matin) et des sifflets (le soir) de régler l’affaire quelque part entre 7h30 et 8h45 selon les saisons pour l’ouverture, entre 16h30 et 20h45-21h pour la fermeture.
Cet été, c’est clair et net, enfin : 7h30-21h15. Foin d’astronomie. Merci, Gérard.
Nous verrons plus tard pour cet hiver.
Les footings matinaux – devenus depuis quelques années des Joggings, sans avoir guère changé de nature – sont occasion, pour les grégaires, de bavardages groupés, pour les solitaires, de réflexion divaguante… encore que désormais, rares soient les solitaires qui ne préfèrent pas à la pensée cadencée par le rythme de la course l’agression tympanisée de leur MP3. Triste époque.
Rétif au mélange de la technologie et de l’activité physique, quand je cours, je cours, et accessoirement, je réfléchis. Et je ressassais ce matin une conversation de dîner en ville datant de l’avant-veille qui m’avait vu traité – avec les formes, quand même – de ‘‘parasitisme social’’ pour être – et comment le nier ? -, retraité depuis maintenant cinq ans, scandaleusement payé ‘‘à ne rien foutre’’.
Le ‘‘gamin’’ d’une cinquantaine d’années qui m’agressait ainsi n’avait au fond pas tort. Certes, tant qu’à répondre à l’insulte par la provocation, j’ai fermement prétendu que, ex-membre de la copieuse tribu des ‘‘enseignants feignasses’’, on pouvait en réalité noter une amélioration de la situation puisque j’étais naguère mieux payé pour n’en pas faire davantage… Mais ce ne sont là que des mots.
Et ce matin, donc, alors que je trottinais tranquillement sous des frondaisons qui, par nécessité ici, invitent à un train de sénateur – ce qui est de moins en moins respecté par les générations montantes qui me doublent de plus en plus fréquemment, galopantes représentantes, hélas, incluses - alors que je trottinais, donc, je n’en songeais pas moins. Et je songeais en particulier – je le livre bien volontiers à d’improbables décideurs politiques égarés jusque par ici - qu’au lieu de me basculer directement dans une oisiveté mère de tous les vices et alimentée par un traitement certes affecté du coefficient 0,75 mais qu’on pouvait soupçonner de servir essentiellement à les entretenir, il aurait pu être efficace pour le système éducatif, et tentant pour moi, de me proposer une vigoureuse extension de ce qui fut un temps, timidement, la modalité CPA (Cessation progressive d’activité).
Sachant qu’un agrégé délivre actuellement dans le second degré quinze heures d’enseignement par semaine, pourquoi ne pas lui offrir – et, bon prince, uniformément à toutes les catégories de titulaires, alignées là sur le régime le plus favorable - le maintien intégral de son traitement, mais avec des abattements de service à partir de soixante ans: 12h de 60 à 65 ans; 9h de 65 à 68 ans; 6h de 68 à 72 ans; 3h de 72 à 75 ans. Comme disait Pierre Etaix, qui en a 80 et qui vient enfin de récupérer les droits de ses propres films: Tant qu’on a la santé….
Je ne blague pas. Moyennant en amont une réforme du système éducatif digne de ce nom, instaurant dans des locaux à la hauteur de leur mission et de ses contraintes l’enthousiasme au travail de véritables équipes éducatives autonomes et responsables de leurs objectifs pédagogiques et de leurs méthodes, je suis persuadé qu’on lèverait une efficace armée de volontaires expérimentés et point trop égrotants.
De temps en temps, moi le premier, je me dis que, sous quelques conditions annexes, j'y retournerais volontiers ... On peut toujours rêver.
02 janvier 2009
Bavardages de reprise …
Je vois en classant les journaux que le pape des néoconservateurs américains est mort le 24 décembre. Samuel Philips Huntington. L’homme du « Choc des civilisations ». Il a un petit air à la Michel Debré sur la photographie. Pas si vieux. Né en 1927. Ce qui m’amuse toujours, c’est le quiproquo potentiel autour de cette appellation journalistique : les néocons. Mais ça se maintient et personne n’a l’air de rire.
Un papier d’Annie Khan dans le Monde du 30/12 dernier est titré : « J’sais pas quoi faire ! », avouent 78% des jeunes étudiants. Cette inaptitude à s’insérer de façon volontariste dans un projet de société cohérent est navrante. Mais ce n’est pas à eux qu’il faut jeter la pierre. Les investissements éducatifs doivent aussi servir à déterminer, à travers les talents à valoriser de chacun, la place où, optimalement, pourrait se concilier l’exercice de ceux-ci et les attentes du corps social. Cela supposerait une analyse (et la publication de ses résultats, constamment mis à jour) d’abord très locale des besoins et la définition des profils associés. Cela supposerait aussi – avec le souci de prévoir et de faciliter toutes les passerelles ultérieures – un certain niveau (acceptable) de coercition, de contrainte, dans l’accès aux formations puis au premier emploi.
Je découvre dans un Monde2 (supplément du week-end) qu’il existe chez Gallimard un bouquin décrivant le tournage d’Entre les murs. Et toujours chez Gallimard, une publication du travail d’Harold Pinter, qui vient de mourir, sur le scénario d’une version cinématographique de la Recherche du temps perdu qui n’a pas abouti : Le scénario Proust. Je vais aller voir ça.
À propos de cinéma, j’ai conduit mes petits enfants dans les salles obscures avec un succès inégal. Madagascar2 est tout à fait excellent. Histoires enchantées se regarde sans déplaisir, tellement américain. Par contre, Igor est assez ennuyeux. Formellement, c’est un beau dessin d’animation, mais enfin l’histoire ne prend pas et les gosses (5, 7 et 10 ans) comme moi avions hâte d’en finir. Il paraît que j’ai eu tort de ne pas les emmener voir Mia et le Migou…
Par contre, pour les grands, ne pas rater le dernier des frères Cohen : Burn after Reading. C’est particulièrement réussi et jubilatoire. Tous les acteurs sont excellents, mais plus encore quand ils jouent le contre-emploi (Brad Pitt en crétin allumé ou Georges Clooney en séducteur veule). L’aîné des frères Coen, Joël, a fait jouer à sa femme (Frances McDormand) un rôle que son esthétique moyennement valorisante pourrait rendre un peu ingrat mais où son extraordinaire abattage trouve à s’employer pour notre plus grand et admiratif plaisir. Le scénario est malin et la CIA autant que la conjugalité américaine en sortent crucifiées.
J’avais envie d’aller voir Australia, malgré des échos majoritairement négatifs ou au moins réservés mais la longueur du film (2h40) est un peu décourageante et pour le moment… Dans l’immédiat, c’est un article de Pierre Assouline (dans un autre Monde2) sur le dernier film d’Andrzej Wajda , Katyn, attendu pour fin janvier 2009 et repoussé à fin avril qui m’a fait réfléchir. La sortie risque d’être confidentielle, Wajda lâche les copies au compte-gouttes…
Il a dédié le film à ses parents : son père, capitaine de l’armée polonaise a été tué d’une balle dans la nuque dans une forêt près de Katyn, rejoignant l’effrayante armée des 22500 de ses compatriotes, dont 4500 officiers, que Staline en 1940 a fait exécuter par sa police secrète dans des villages des environs de Smolensk (et particulièrement à Katyn), afin de décapiter l’armée polonaise tout en faisant croire à la culpabilité des allemands. Difficile à imaginer.
Droits de l’homme / Droits humains… À l’occasion du 60ème anniversaire de la déclaration universelle, la querelle du vocabulaire a rebondi. Je trouve l’affaire assez sotte et l’expression Droits de l’homme me satisfait pleinement. Ce n’est visiblement pas le cas de tout le monde ! Seuls paraît-il d’indécrottables conservateurs tiennent cette position, affaiblie par le fait que parmi les langues utilisées officiellement aux Nations Unies, le français se distingue, à l’exception de toutes les autres, en utilisant ce mot « homme » qui prête à confusion. Il suffirait peut-être de lui mettre la majuscule. Droits de l’Homme. En latin, homo, hominis, d’où a découlé homme, désigne l’espèce humaine. L’homme par opposition à la femme, c’était vir, viri. Et personne n’a la malencontreuse idée de comprendre qu’il s’agirait de défendre des Droits virils ! Mais je dois avoir tort, puisqu’on me le dit …
J’ai noté coup sur coup, à huit jours d’intervalle, dans la chronique de Christophe Donner (toujours le Monde2), deux propositions de lecture tentantes, du moins dans l’alacrité des comptes-rendus : Shopping sanglant, de Raphaël Majan (chez P.O.L. / 12 euros) et Encore un jour sans massacre, de Théo Diricq (Max Milo Editions / 16 euros). Romans semble-t-il de premier abord un peu foutraques, assez peu littérairement corrects, d’une élévation de pensée contestable et que Christophe Donner donne envie de lire. Ma foi, peut-être bien. D’autant que le second semble n’être pas sans rapport avec les joies du lycée et de l’université.
Pour terminer, un long entretien avec André Chervel (il finit sa carrière d’enseignant comme chercheur à l’I.N.R.P. Institut National de la Recherche Pédagogique) sur les contours d’une réforme de l’orthographe toujours différée et dont il crie l’absolue nécessité. Il affirme que pour l’essentiel nous sommes encore sous le régime de l’édition de 1835 du Dictionnaire de l’Académie Française et que … ça commence à bien faire. D’où d’aimables propositions comme : [ortografe, filosofie, colège, dificile, inocent, apeler, ipotèse, bibliotèque, biciclète, cronique, daufin, etc.] Dans la foulée, tous les pluriels en « s ». Outre que tout cela me fait horreur, je ne comprends pas – dans sa logique - qu’il réfute « animaux » et veuille lui substituer « animaus » et non « animals » et qu’il maintienne « paix » (« pé » est aussi bien, non ?) ou « nez » (pourquoi pas « nai » ?) ou « acceptable » ( « axeptable » est bien sympa, ma foi…). Déprimant.
On fait du SMS en somme.
Il dit que non. Qu’il ne faut pas que l’orthographe « soit l ‘apanage d’une classe cultivée » et que « si l’on voulait vraiment revenir au niveau des années 1920-1950, il faudrait que les élèves y passent au moins une heure par jour pendant la majeure partie de leur scolarité », ce qui ne me choque en rien, bien au contraire, mais lui semble un « non sens », car « on serait alors obligé de renoncer à des enseignements modernes qui sont d’une importance majeure », affirmation que je prends pour une foutaise tant dans le fatras des temps actuellement perdus dans le système scolaire, il y a place pour un vrai travail de fond de bonne et raisonnable culture générale.
En attendant, et parmi d’autres lectures nettement plus « sérieuses », je recommande un petit livre de Pierre Jourde, édité maintenant en poche et sur lequel je suis tombé par hasard : L’heure et l’ombre. Il y a un fléchissement de l’attention vers le milieu, mais de l’invention et du charme. Beaucoup de charme. Peut-on dire que c’est plutôt pour vieil adolescent ? Ce serait péjoratif. Disons que cela renvoie beaucoup à nos éveils d’enfant. Qu’on ne peut oublier.
17 décembre 2008
Attali, Ruquier, Darcos, La crise et après ?…..
Je suis (d’un peu loin) le blog de Jacques Attali ( http://blogs.lexpress.fr/attali/ ). Je le trouve rédigé souvent « par dessous la jambe », avec de temps en temps quelques négligences orthographiques, et un ton de prédicateur qui ne me convainc guère. Mais enfin, je jette un œil. Et puis j’ai côtoyé Attali sur les bancs de l’Ecole polytechnique. Il fut major de ma promotion. Comme disent les « djeunes » : Respect !
Ainsi donc, passant par là avant-hier, je suis tombé sur la défense et illustration de son attitude qu’il y a produite, suite à son départ indigné de l’émission de Laurent Ruquier (On n’est pas couché(s)) … que je ne regarde jamais. Du coup, je suis allé voir la vidéo en ligne qu’un de ses commentateurs mettait en lien (http://www.dailymotion.com/video/x7pzn5_clash-attalizemmourruquier_news)
La séquence proposée dure moins de dix minutes, dont trente secondes de « clash ». Ruquier est un bon professionnel. Le départ de l’invité outré n’a pas semblé le déstabiliser et il a enchaîné avec aisance, et avec l’aide des autres intervenants.
Sur le fond, je n’ai pas vraiment compris l’indignation d’Attali. Il venait de disposer de cinq ou six minutes de monologue (il a d’ailleurs, là, été tout à fait excellent) pour présenter l’idée centrale de son nouveau bouquin (La crise, et après ? – Chez Fayard – Env. 200 pages et 14 euros), suivies de deux interventions contradictoires, l’une d’Eric Zemmour (qui lui reprochait d’occulter le rôle de l’immigration dans la stagnation des salaires), l’autre d’un journaliste dont je n’ai pas retenu le nom (phonétiquement : Naulleau ( ?)) qui s’aventurait un peu à découvert en plaçant l’affaire sur le terrain du rapport de la Commission Attali, qu’il semblait ne connaître que par ouï-dire …
Je n’ai pas eu le sentiment qu’il y ait eu là-dedans de quoi « faire un fromage », mais enfin, monté sur ses ergots d’auteur, sans doute aussi – il le signale dans son blog – excédé d’avoir attendu une heure avant de passer à l’écran (en coulisses et sans excuses), Attali a soudain jeté l’éponge au lieu de continuer à argumenter, ce qui semblait possible, autour d’une ligne de débat qui ne me paraissait pas – au moins avec Eric Zemmour – de médiocre qualité.
Sur le mode Maurice Clavel (Messieurs les censeurs, bonsoir !) « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », il s’est soudain levé et il est parti. Il avait eu quand même le temps de préciser qu’il s’ennuyait face à des questions infondées et qu’il ne lui paraissait pas exclu que le peut-être dénommé Naulleau fût stupide.
Le résultat de ces courses-là … c’est que je suis allé hier acheter le bouquin d’Attali et que je l’ai lu ce matin. C’est léger, bouclé en 2h30. Plutôt décevant, aussi. Finalement, il est meilleur à l’oral qu’à l ‘écrit et les quelques minutes de sa prestation liminaire chez Ruquier m’ont plus favorablement impressionné que les deux cents pages de sa prose.
Cent-vingt pages de présentation de la crise. Assez ennuyeuses. On dirait qu’il a confié l’affaire à un honnête étudiant qui besogne pour faire la synthèse de sa documentation.
Vingt pages sur les catastrophes à court terme qui vont suivre. Même style. Et le schématisme des prédictions est si loin de la complexité de nos vécus quotidiens qu’il (me) laisse assez indifférent.
Vingt pages pour présenter sa thèse, que trouvait incomplète Eric Zemmour . L’idée principale en est que tous nos malheurs viennent de ce que le « marché » et la « démocratie » sont deux concepts qui ont vocation à s’étayer l’un l’autre, sur des perspectives contradictoires (liberté / contrainte – intérêt particulier / intérêt général), dans un même espace clos. À partir de quoi, le « marché » s’étant globalisé-mondialisé sans que la démocratie en fasse autant, et donc sans que les manipulations du marché soient encadrées par un état de droit homogène et cohérent, la nature humaine étant ce qu’elle est, plutôt fondamentalement mauvaise (idée fort peu politiquement correcte « à gauche »), chacun quand il le pouvait s’en est mis plein les poches et tout a foutu le camp ! Je ne suis pas certain de simplifier le texte, même si l’affaire est par ailleurs (en annexe), et mieux, synthétisée par des schémas à la fois plus sophistiqués et très éclairants.
Trente petites pages encore pour présenter un programme d’urgence – sauveur du monde dont la grande généralité des vœux ne me « parle » pas. Je pense que là, c’est seulement d’un débat technique contradictoire avec d’autres spécialistes et des « politiques » susceptibles en en contestant la « faisabilité » d’en dégager la signification et les implications réelles que pourrait émerger une claire vision de ce qui est à la fois signifié et proposé.
On termine sur une dizaine de pages de vaticinations floues où, en habit de Cassandre, Attali se gargarise un peu d’un « avenir des systèmes complexes » dont l’énoncé m’a plutôt paru « simpliste ».
La dernière phrase du bouquin, sur l’espoir « [d’]Un monde où les seules crises seront celles de la vie privée avec ses chagrins et ses joies, ses rassurantes routines et ses glorieuses surprises », ne m’a pas laissé enfin sur une impression d’épaisseur philosophique très consistante…
Etonnant bonhomme, si brillant à l’oral et qui s’alourdit dans la forme sans se densifier sur le fond à l’écrit. Comme son blog, ce petit bouquin, (trop) vite « torché », est à la « va-comme-je-te-pousse ». Dommage.
Tant qu’à achever l’éreintement par les virgules, il y a eu des problèmes de relecture et le correcteur s’est laissé aller à quelques distractions.
Page 30 : [en 1929…] La dette totale des américains (tous agents confondus) frôle les 300% sans que personne ne voie que la crise a commencé.
Les 300% de quoi ? Probablement du PIB . Encore faut-il le dire.
Page 46 : En 1988, les principales banques centrales, réunies à Bâle, recommande un ratio, dit Cooke …
… recommandent …, bien sûr.
Page 55 : ligne 7 – Ou et non pas Or .
Page 61 : quatre lignes avant la fin. Il me semble que la phrase ne signifie pas ce qu’elle veut dire par la présence d’un « leur » abusif.
Page 100 : deux lignes avant la fin. … agences de rotation pour … agences de notation.
Pages 158-159 : On se trouve dans la situation théorique du marché pur et parfait dont on sait qu’il est, par nature, incapable d’être efficace, et ne crée que des situations sous-optimales, c’est-à-dire n’utilisant pas toutes les capacités productives et ne répartissent pas équitablement les ressources.
… ne répartissant pas … évidemment.
Page 168 : Certains ont parlé de la nécessité d’un nouveau Bretton Woods. Or ce n’est pas de monnaie dont il est urgent de parler …
Cette horreur « journalistique » est de plus en plus fréquente. Il faut bien sûr dire / écrire : « Or ce n’est pas de monnaie qu’il est urgent de parler… »
Page 174 : Ce type de mesures devraient être appliquées aussi bien dans chacun des pays concernés …
Non.
Soit : Ce type de mesures devrait être appliqué
Soit : Des mesures de ce type devraient être appliquées
Page 183 : Il y a sauf erreur une confusion. On vient de prôner [2] Fusionner le G20 et le Conseil de sécurité en un « Conseil de gouvernance » regroupant puissance économique et légitimité politique
… et on s’étonne donc de lire en [4] Réformer la composition des Conseils et des droits de vote dans ces institutions financières internationales, dont le FMI et la Banque mondiale, pour en faire le reflet du nouveau Conseil de sécurité. Sans doute … du nouveau Conseil de gouvernance.
Détails, certes. Mais…. Le diable est dans les détails !
Quant à Darcos, puisque annoncé en titre … Je pensais simplement à l’école en lisant Attali, et à son propos sous-jacent relatif à l’inaptitude des hommes, lorsque en position d’acquérir un privilège, à se poser la question des conséquences de leur acquisition en termes d’intérêt général. Question d’éducation, question de formation et d’ouverture au monde, question de réflexion, de recul, de culture, de sagesse. Et donc, question d’école.
Et du coup, le recul de Darcos sur la réforme de la classe de seconde entrait tout seul dans le champ de pensée. Petite facette du problème, cette classe de seconde, et sa réforme, épiphénomène quand on songe à l’ensemble et à l’indispensable restructuration globale du système éducatif.
Au fond, ce schéma d’Attali sur l’émergence de la crise comme conséquence de la non cohérence de deux systèmes, celui, mondialisé, du marché, celui, incomplet, parcellisé, empêché trop souvent, de la démocratie, ce pourrait aussi être un modèle de réflexion pour l’école, où le marché serait celui de la formation initiale, dans l’inhomogénéité de ses pédagogies et de ses pédagogues, de ses programmes, de ses classes et de ses établissements, et où l’attente démocratique serait l’attente de coordination et de contraintes en garde-fous autour d’un projet global structuré et structurant, donnant un sens aux efforts particuliers, un espoir à des initiatives et à des autonomies soutenues et encouragées avant d’être contrôlées, parce qu’il serait un vrai projet de société, offrant à la jeunesse et à ses maîtres la générosité d’un monde à construire soi-même dans la tolérance, dans l’intelligence, dans la culture.
Au lieu de quoi, dans un environnement aux valeurs épuisées, on laisse tourner en rond des élèves-écureuils en cage, victimes de rigidités maintenant bi-séculairement établies et pérennisées par des enseignants qui se crêpent le chignon sur des questions de concurrence disciplinaire et d’avantages acquis, le tout sous la férule de cadres myopes et la responsabilité de ministres sans vision d’ensemble dont l’avenir qui les préoccupe est sans doute d’abord le leur.
Couplet inutile, thérapie du réformiste frustré ….
03 septembre 2008
Rentrée 2008…
Par quel Clic commencer, au retour d’un mois d’Août privé d’informatique ?
Pourquoi pas par Compagnon, Antoine… ? (cf. Mémoire-de-la-littérature)
Donc un saut au Collège de France et un coup d’œil aux prévisions 2008-2009.
Ce sera cette fois, comme sujet de cours: Ecrire la vie – Montaigne, Stendhal, Proust.
Avec comme thème général du Séminaire : Témoigner.
Plus de réflexion Prousto-Proustienne donc, après deux années Prousto-centrées. Ecrire la vie . C’est un bel intitulé, encore qu’en réflexion immédiate, on soit plutôt tenté de lire : Réécrire la vie… sauf à s’en tenir raisonnablement à ceci, que la vie se vit d’une part, s’écrit d’une autre, étant entendu que celle que l’on écrit n’est pas celle que l’on a vécue. On verra si – et comment - Compagnon sort de ces truismes de base. Et pourquoi il s’est limité à ces trois auteurs-là, écartant Rousseau, par exemple. Mais on aurait pu y mettre au fond toute l’immensité des littérateurs…
L’intitulé par ailleurs pourrait servir, plus modestement qu’en référence à quelques monuments littéraires, au menu peuple des blogueurs. Qu’est-ce qu’un blog, sinon un effort pour écrire sa vie ? Un effort peut-être aussi pour vivre … Etc.
Nous verrons bien.
Au fond, il me rend fort service, Compagnon, à changer son fusil d’épaule, à troquer le seul champ Proustien de ses deux premières saisons pour des horizons extensibles. Je me sens moins tenu de le suivre en détail, moins sommé de creuser, tout au long de l’hiver, le sillon de ses vaticinations incertaines et néanmoins érudites autour d’une Recherche du Temps perdu où j’ai, acharné à le suivre, le déchiffrer, le comprendre, le rassembler, le résumer et (parfois) le moquer, peut-être aussi perdu un peu du mien.
Là, il va m’alléger. Montaigne, Stendhal, Proust, le triplet sent la promenade; je le vois sous-préfet aux champs, à butiner d’un texte l’autre, et puis nous à le suivre, amusés, sans enjeu, stylo léger sur le carnet, quelques notes par-ci, par-là, point trop, au gré d’une curiosité, d’une allusion inattendue, sans souci d’exhaustivité, on baguenaude, on rendra compte un peu, mais pas beaucoup, tout en humeur, en bonne humeur, dans la satisfaction des lectures parallèles.
Proust : Mémoire de la littérature, son An I, Morales de Proust, son An II, énoncés effarants d’amplitude et d’ambiguïtés, ambition écrasante que d’en vouloir tout dire et ici tout transcrire. Qu’en fut-il d’ailleurs dit, au fond et très exactement? Beaucoup mais aussi peu, contournant les sujets, dérapant dans les marges, reculant sans mieux sauter, érudit mais velléitaire, savant mais hésitant, incertain et penché….
Tandis que là : Ecrire la vie… Simplicité biblique et magie de la phrase, bâtissons et rebâtissons tous ces moments entr'aperçus, inaperçus, inaboutis, ratés, mal ficelés, rugueux, tout pleins d’aspérités, où nous n’eûmes pas le beau rôle et dont, sortis meurtris, incertains, et blessés, nous sentons l’exigence absolue de les retravailler, de les re-mettre en scène. Repeignons le tableau, ce sera le moyen d’y avoir existé …
Oui, oui, décidément, cette projection-Compagnon ne me déplaît pas trop. Ce ne sera bien entendu sans doute pas cela, non, pas du tout cela, que je raconte, mais l’important, ce n’est pas l’avenir, c’est ce que l’on croit qu’il va être.
En attendant, ce pourrait être une idée de reprendre un peu les Essais.
Par exemple ….
27 juillet 2008
Inventaire…
L’été, avec ses bousculades enfantines, ses contraintes voyagères et ses obligations familiales n’est pas une période propice à la réflexion. Il y faut du temps, et du silence. On a la hâte, et puis le bruit. A défaut de lire, on parcourt, ce qui n’est pas sérieux et très vite frustrant …
Une petite mallette noire me suit. Elle est pleine d’une culture hétéroclite espérée et qui, on le sait d’avance, n’adviendra pas, faute de plages (de temps) calmes et la faute aux plages (de sable) encombrées, assorties de quelques châteaux exigeants. Mais c’est amusant de la contempler, ouverte, et à défaut de réfléchir, de rêvasser sur ses contenus, qui sont et vont rester si largement inexplorés … tant penser à quoi on pourrait penser c’est commencer à penser, quand même.
Exutoire bien venu, prémices illusoires d’un travail à l’inéluctable inaccomplissement, l’inventaire est tentant de ce qui fut rapidement, l’avant-veille, car la veille il n’y eut que voyage, choisi dans le bureau, de droite et de gauche, support volant des hypothétiques études estivales. Ainsi, vidant l’ambitieuse mallette dans l’alea d’un ordre défini par la gestion des formes et des formats et que des repentirs ont progressivement irrationnalisé, on rencontre :
- Penser la Grande Guerre (Points – L’Histoire en débats – Antoine Prost / Jay Winter)
- Une (presque antique) calculatrice Casio Graph 25
- Un billet de Jean Paul Brighelli repiqué sur son blog et intitulé « Un peu de sexe » où il semble être question de l’éducation sexuelle dans le secondaire
- Un fascicule de Géométrie (Nouveau Programme du Brevet élémentaire) datant de 1925, oeuvre d’un studieux inconnu, Ch. Plomion, licencié es sciences, directeur d’école à Paris, examinateur au Brevet. Curiosité amusée et émue.
- Divers articles découpés dans Le Monde, non lus, autour du 40-ième anniversaire de Mai 68, dont en particulier les Une des numéros du Samedi 4 Mai au Vendredi 31 Mai 1968 et celles des numéros du Di. 4 – Lu. 5 Mai 2008 au Samedi 31 Mai 2008 où ont été fournis les fac-similés des premières… Ambition d’une petite étude comparée …
- Une archive du Monde 2 sur Berlin : 1948-1961 / Du blocus au Mur
- Un Julien Gracq : En lisant, en écrivant. Souvent pris en main, toujours différé … Il faudra commencer par découper les pages de l’édition « à l’ancienne » (José Corti).
- Balzac (x2) : Le lys dans la Vallée (à relire pour faire suite à une (re)lecture récente de Flaubert (Education sentimentale)) et Splendeurs et misères des courtisanes (pour ne pas laisser sans suite l’effort consacré au printemps à Illusions perdues).
- Les confessions de Saint-Augustin, pour commencer à rentabiliser la (bien longue !) série des volumes « Philo » hebdomadaires du Monde … mais aussi pour dire « Je l’ai lu » et pouvoir - j’en suis à la moitié - expliciter un peu plus tard tout le mal que j’en pense déjà.
- Un Que sais-je sur Les figures de style, vade-mecum utile pour lutter contre les coquetteries de spécialistes telles que Raymonde Debray Genette en parsème son article au sein de ceux que compile le Recherche de Proust (Ed. du Seuil – Coll. Points) que j’ai en cours et qui l’accompagne (plutôt l’inverse)
- Nietzsche (x2) : Généalogie de la morale et Crépuscule des idoles, le second plus ou moins déjà lu et les deux plus ou moins en rapport avec des indications de cours d’Antoine Compagnon (sur Proust)
- Un Manuel d’Arithmétique pour le Cours supérieur daté de 1924, par Maurice Royer, ancien élève de l’LENS de Saint-Cloud, Inspecteur de l’enseignement primaire et Planel Court, directeur d’école. On m’annonce des Leçons complètes et concordantes. Curiosité amusée et émue, deuxième.
- Un Yasmina Khadra : Les Sirènes de Bagdad. Pour achever sa trilogie, commencée avec Les Hirondelles de Kaboul et poursuivie par L’attentat. Ma (première) belle-mère, nonagénaire confirmée, dynamique, niçoise et néanmoins pied-noir, ancienne institutrice ayant exercé « là-bas » et qui bée d’admiration devant « cet arabe qui écrit si bien le français que je voudrais lui faire une lettre pour l’en remercier », ma (première) belle-mère donc a tant fait (livres offerts à l’appui) que je me suis décidé, un peu à reculons, à y aller voir. J’ai abandonné après cent pages d’efforts l’un des ouvrages de Khadra de sa veine « polars ». Trop convenu, trop stéréotypé, trop appliqué comme pour faire « genre ». La trilogie, du moins les deux tomes lus, est plus intéressante. Cela ne me semble pas stylistiquement remarquable, mais l’imagination est là et les thèmes, réalistes, sont accrocheurs. Je fermerai sans doute la parenthèse après ces Sirènes de Bagdad et j’irai témoigner, en quelque coup de fil et en soulignant ma lecture de commentaires que j’essaierai modérément jésuites, mon affection reconnaissante à la mère de ma prime jeunesse conjugale.
- Eulalie ou le grec sans larmes. C’est un tout petit bouquin, édition Hachette de 1920, d’un nommé Salomon Reinach, agrégé de grammaire, rédigé semble-t-il en 1911. Une initiation pas à pas, dont les premières pages m’ont amusé, et dont la lecture me rappellera sans doute, en redonnant vie à tout ce que j’ai oublié, Monsieur Laloue qui fut au lycée de Talence, avec une immense bonté, mon professeur de quatrième et a rejoint depuis, à plus que juste titre, le paradis des pédagogues. Dans un style qui n’est plus de nos jours, Salomon Reinach donne cet avant-propos : « Les hommes du XX° siècle se détournent du grec, pris par les nécessités de la vie ; les femmes y viennent, attirées par la beauté. Mais l’accès du temple est difficile ; les grammairiens l’ont hérissé de cailloux. J’ai essayé de déblayer une petite sente et d’y semer en bordure quelques fleurs. Ce n’en est pas moins un raidillon ; mais comme il conduit au plus beau temple du monde, il vaut qu’on risque quelque peine à le gravir ».
- Un Virginia Woolf : Vers le phare. Il faut bien commencer par quelque chose.. Et j’ai la honte fort douloureuse de ne rien connaître d’elle, sinon que Proust la découragea ou peu s’en faut : Qu’écrire après lui ? Apparemment, elle y parvint. Donc …
- Lautréamont : Les chants de Maldoror et autres textes… La honte douloureuse précédente se prolonge…
- Et il reste encore une couche, au fond de la mallette. Des revues : Le Télérama de la semaine, le hors-série du Nouvel Obs sur Le siècle de Périclès, le Monde de l’éducation de Juillet-Août : Leçons pour penser et apprendre le monde, le hors-série du Monde : Auriez-vous le BAC aujourd’hui ? … et puis aussi quelques feuillets en vrac avec les sujets de philo de la session 2008 et une ébauche de brouillon inachevé relatif à celui de la série S à connotation scientifique: Y a-t-il d’autres moyens que la démonstration pour établir une vérité ?Ah ! J'oubliais une pochette contenant une bonne trentaine des derniers exercices hebdomadaires que le duo infernal E.Busser / P.Cohen propose dans Affaire de logique (Le(s) Monde daté(s) du mardi), à chercher quand on se sent désoeuvré ( ?)..
Bien. Et alors ? But de la manœuvre raconteuse? Il y a sans doute pas mal de narcissisme et d’autosatisfaction dans cette façon de vouloir mettre sur la place publique des perspectives de non-lecture dont la palette, soudain, enchante l’ego. On se félicite de ses propres intérêts intellectuels, fussent-ils velléitaires et inaboutis, comme si le contenu ignoré d’une bibliothèque personnelle pouvait servir de substitut valable aux manquements dont, faute de pouvoir les combler, on préfère ainsi se flatter…. Compliqué. D’autant que l’effort pour mener à bien le programme ainsi annoncé sera certainement sincère et peut-être même couronné d’un petit succès… Nous verrons ça en septembre …
Dans l’immédiat, l’opération a réussi en ce sens qu’entamé dans la mauvaise humeur d’un sentiment d’impuissance face au projeté rapporté au possible, l’inventaire s’est révélé gratifiant : l’on se retrouve tout content d’avoir envisagé de si bien et tant faire ! Et la boucle boucle sur le paragraphe précédent ….
29 mai 2008
Simples remarques ...
Je lis les choses un peu en travers ces temps-ci. Ce n’est pas une mauvaise façon de faire. Du coup, ce sont des détails qui retiennent l’attention, dans une superficialité qui n’est pas pour autant non-signifiante.
Curieux par exemple le nombre de coquilles et de fautes d’orthographe qu’on rencontre dans des blogs qui se veulent par ailleurs (et parfois sont) de bonne tenue. Comme si ce petit laxisme formel - alors même qu’on dénonce par exemple les insuffisances de l’école, la pauvreté du “parler-SMS” et le désastre de l’écrit - n’avait pas de rapport avec les rigueurs exigées.
Dans un blog fortement “littéraire”, on trouve un aurait refuser à la place de l’aurait refusé attendu. Dans ses réflexions philosophiques et sur son site personnel, Jacques Attali oublie quelques “s” et met parfois le verbe au singulier quand le sujet est au pluriel. Le d’Artagnan de Montpellier, JP Brighelli en personne, vaillant escrimeur pourtant de la langue française et ci-devant agrégé de lettres, emporté par sa logorrhée, laisse de temps en temps passer quelques bourdes du même tonneau, il est vrai plus souvent dans les réponses - nécessairement moins “tenues” - dont il honore ses commentateurs que dans le corps du texte. Ce laisser-aller me surprend, et me désole. Simple remarque.
La page trois du Monde daté de ce mercredi 28/05, les commentaires du Télérama de la semaine me semblent confirmer mes appréhensions quant à la mésinterprétation qui sera faite, après Palme d’or, d’Entre les murs. Réactivation du débat national sur l’école, dit Luc Cédelle ... j’en doute quand je lis ensuite les jugements qu’il rapporte de Jack Lang (sur un film qui “tombe à point nommé, au moment où le gouvernement aime si peu et si mal l’école”) ou de Xavier Darcos (“... un très bel hommage rendu à tous les enseignants de France”). On part de travers.... Quant à Télérama, il lit là “un hymne - on ne peut plus nécessaire par les temps qui courent - au système scolaire français et à la mission de service public qu’il remplit ... avec les moyens qu’on lui donne”. Tout le monde est à côté de la plaque, je le craignais, je le crains ....
Un étonnement par ailleurs: où est François Bégaudeau? Ignoré des interviews (France-inter), invisible sur les photos (Le Monde, Télérama)... On ne voit, on n’entend que Laurent Cantet et les adolescents du tournage. Cette absence, ce silence au sein du bruit médiatique (du “buzz”?) qui entoure le film doivent bien avoir un sens. Lequel? Simple remarque ...
Le Monde daté de Jeudi 29 / 05 nous annonce en première page Darcos chahuté... C’est un peu excessif. Il s’agit en fait d’un coup de sang d’Antoine Prost qui sous le titre “Un Munich pédagogique” s’étouffe devant les modifications de programme, la suppression de deux heures dans le primaire et la semaine au fond connexe de quatre jours (“J’attends qu’on m’explique comment on apprend plus et mieux en travaillant moins”). Il n’a pas tort sans avoir pour autant raison. La question est moins la quantité de travail que ses modalités: travailler différemment. Mais il faudrait développer.
Et puis un peu avant dans le même numéro, on a promis à Darcos (ce n’est donc pas là “il est”, mais “il sera” chahuté ...) bien des difficultés avec une idée qui pourtant est excellente: celle du compagnonnage pour les premières années d’exercice du métier d’enseignant. Le recrutement uniforme à bac+5 (la “mastérisation”) de tous les professeurs peut laisser du temps pour une formation de base de bonne qualité (le porte-à-faux de l’agrégation devrait quand même être reconsidéré), mais rien ni aucun discours d’IUFM ne peut remplacer la formation sur le tas, et l’idée est donc bonne d’un départ accompagné, en responsabilité partagée, qui peut en outre utilement contribuer à une meilleure mise en route de la notion d’équipe. Évidemment, c’est à voir de plus près, sans se payer de mots.
Au passage, je suis tout à fait irrité par l’argumentation suivante que rapporte Luc Cédelle, à propos de la “mastérisation” évoquée ci-dessus : “Le chef de l’état a lié cette réforme à la “revalorisation” du métier d’enseignant. Le fait d’embaucher au niveau master permettra “de les payer plus cher en début de carrière”, a-t-il assuré”. On a là l’aberration qui est sous-jacente à la différence des traitements du certifié (à 18 heures) et de l’agrégé (à 15 heures) qui font le même travail, dans les mêmes conditions pédagogiques. La multiplicité multirétribuée des catégories enseignantes est scandaleuse. C’est le “à travail égal, salaire égal” qui devrait primer et idéalement, le traitement devrait être affecté à un emploi, pas aux diplômes de celui qui a été jugé digne de le remplir. Simple remarque ....
La suspension syndicalement décrétée des protestations contre les suppressions de postes dans l’enseignement m’amuse aussi. Partie remise à la rentrée de septembre... Saints examens et saintes vacances, que de renoncements ne consentirait-on pas en vos noms! On est prêt à tout, et même à ne pas réfléchir à d’autres solutions que le maintien du statu quo ante, agrémenté de quelques râlantes convenues et soigneusement “calendarisées”, pour protester sans risque contre la situation que ce maintien (examens, vacances ...) ne peut que pérenniser.
Qui se préoccupe des espaces qu’ouvriraient la suppression de l’énorme machinerie du baccalauréat - au profit d’une progression continue par unités de valeur cumulables tout au long de la scolarité - et, profitant de la modularisation qu’introduirait, avec ses souplesses et ses possibilités de répétition, un tel choix, les perspectives d’une gestion souple et décentralisée de l’année scolaire, peut-être alignée sur l’année civile, autour de congés à la fois réduits pour mieux étaler l’effort de formation à volume global maintenu, et largement “à la carte”? Simple remarque ...
Et j’ai omis ceci: Antoine Prost (la rédaction du Monde?) a sous-titré sa sortie furibonde d’un “Xavier Darcos propose de supprimer de deux heures de classe à l’école ...”. Sans doute une valse-hésitation entre “propose la suppression de deux heures” et “propose de supprimer deux heures”. On retrouve ce que je dénonçais en commençant et la discrète montée de laxismes sournois ... Simple remarque. La dernière cette fois.
C’était au fond juste en passant ... On y reviendra?
17 mars 2008
Grisaille ...
Lundi maussade et post électoral. On est allé voter à gauche avec la détermination exténuée des habitudes acquises, sans enthousiasme. On était un peu saoulé de langue de bois et de mots creux; ça ne s’est pas arrangé ce matin, à écouter France-Inter. Que de discours qui ne veulent rien dire et derrière lesquels on ne peut rien mettre sinon des automatismes de positionnement! Pénible.
Quartier latin, cinquième arrondissement, finalement on garde Jean Tibéri. Seule chose qui m’ait fait sourire hier soir, dans le petit bureau de vote de la rue Victor Cousin où je suis passé peu avant vingt heures déposer mon bulletin, c’est qu’il y avait un autre Tibéri, sur la liste de gauche de Lyne Cohen-Solal, un jeune prof d’Histoire-Géographie de 26 ans. Je me suis plu à penser qu’il était le fils de Jean. Je n’en sais rien, c’est probablement faux.
Vers 23 heures, il y avait paraît-il un groupe de manifestants qui scandait “Tibéri en prison!” devant la mairie, place du Panthéon, sous les photographies géantes des femmes qui y sont à l’honneur ces temps-ci, de Marie Curie à Olympe de Gouges. J’ai du mal avec les slogans et avec la violence sous-jacente. Tout ça me semble un peu ridicule. L’effort quotidien, le seul qui vaille, se passe de vociférations.
Bayrou est déçu et radote sa volonté de “reconstruire au centre”. Il me reste assez mystérieux dans le brouillard de son élocution appliquée; naïf ou madré, on s’interroge. Vincent Malone, l’anti Henri Dès provocateur de la chanson enfantine, a parmi ses couplets une rengaine intitulée “Professeur chiant”. Je pense chaque fois à Bayrou. Il a enseigné les lettres quelques années au lycée Marguerite de Navarre, à Pau. Je me demande ce que ça donnait en classe...
À propos de classe, c’est Darcos qui se retrouve Gros-Jean. Périgueux n’en veut plus. Cela dit, il n’aura pas trop de toutes ses forces pour son ministère si, comme il se dit, on l’y maintient. Il est sérieusement agressé dans le Nouvel Observateur de la semaine dernière sur la question des programmes de l’école primaire par le tandem relativement inattendu Ferry-Lang: "... paresse intellectuelle ... vide abyssal ... injonctions creuses .... imposture ... populisme scolaire ... illusionnisme ... reniement .... ". Il est gâté, même si ces étiquettes ne visent pas l’homme, mais son projet.
On ne donnera pas tort aux agresseurs d’écrire qu’il faut “... cesser de bouleverser sans cesse [sic] élèves, parents et professeurs à chaque changement de gouvernement” et que “les professeurs ont plus qu’assez de ces changements aussi incessants qu’inutiles”, mais on pourra leur demander de reconnaître que tout ça les a en leur temps largement concernés. Chaque nouveau responsable du système éducatif, rapidement conscient qu’il ne pourra pas toucher à l’essentiel, se préoccupe de laisser sa trace à travers un pseudo-dépoussiérage des programmes... dont les modifications, au delà de quelques protestations convenues, ne touchent guère les enseignants qui savent fort bien qu’au fond ils n’en feront qu’à leur tête ...
Il faudrait penser en termes de restructuration du système et de formation des maîtres. Ces questions de programmes sont inopérantes. Mais je le redis, c’est sans doute pour cela qu’on y accorde tous ses soins: l’affaire est sans danger!
L’aveuglement est d’ailleurs général. Je prenais connaissance samedi de deux chroniques “audio” que Philippe Meirieu a installées sur son site (http://www.meirieu.com) : analyse critique de la “politique éducative” sarkozyste. Elles sont tout à fait bien faites, mais leurs dénonciations restent très “idéologiques” et ne touchent en rien au fond du problème. Il y a là une forme d’angélisme du discours qui organise toute sa réflexion sur l’a priori de l’appétence des élèves, entièrement disposés à adhérer à des méthodes enfin “nouvelles”. Mais rien n’est dit de ce préalable essentiel qu’est la (re)formation des maîtres, rien de ce formidable blocage qu’est le comportement des élèves.
Sur le gigantesque chantier à prévoir, on n’entend que des idées “à la marge”.
On est dans le vague, l’incertain, le mou .... Peut-être au fond n’y croit-on pas. Mais puisqu’il faut parler quand même ....
Cette semaine c’est le printemps ... Ce serait bien ne pas en rester là ....
06 mars 2008
Spieprzaj dziadu !..
Si j’en crois Éric Azan (le Monde / Di.2-Lu.3 mars / page 15), cette imprononçable (pour moi) apostrophe serait - anteproférée le 4 novembre 2002 par Lech Kaczynski, alors maire de Varsovie, au bénéfice d’un quidam qui l’interpellait dans la rue - un excellent équivalent polonais du “Casse-toi, pauvre con!” présidentiel, au salon de l’agriculture, l’autre week-end.
Sotte affaire. Les médias se sont précipités sur ce qui - vidéo regardée, il fallait bien se faire une opinion personnelle - m’a semblé une vraie peccadille. Les politiques n’ont évidemment pas été en reste, Laurent Fabius en tête, l’un de nos plus remarquables faux-culs, que j’avais en son temps trouvé autrement ridicule dans sa fatuité blessée, se rengorgeant lors d’un débat sauf erreur avec Chirac d’un “Vous oubliez que vous parlez au premier ministre de la France!” de cour de récréation .... Dieu que c’est con, un prétentieux sur ses ergots! Peut-être faut-il l’être, pour réussir ... Quoi donc, prétentieux ou con? Les deux j’imagine ...
Mais enfin là, agacement de lassitude, que voyait-on, qu’entendait-on? Un président qui ne me compte certes pas dans ses thuriféraires et dont les courtisans qui l’entourent ne m’inspirent de sympathie que modérée, mais un président seulement un peu tendu, un peu “à cran”, en visite démagogico-traditionnelle un peu ennuyeuse, et qui tombe sur une de ces stupidités bornées qui ouvrent des horizons inquiets quant au niveau de réflexion de ceux qui les émettent (en l’occurrence: “Ah non, touche-moi pas ... tu me salis”). Niveau de réflexion et de formation: on aura noté au passage le style, la tournure grammaticale probablement pas à prendre au second degré ...
Dès lors, je l’ai trouvé bien modéré, pour cette fois, Sarkozy, presque “cool”...
Et puis, dans le numéro de mardi 4 mars, Laurent Greilsamer s’interroge à juste titre: “Une bonne semaine après l’échange d’amabilités entre Nicolas Sarkozy et le “pauvre con” du Salon de l’Agriculture, nous ne savons toujours rien du “pauvre con” en question. Bizarre ...”.
Bizarre effectivement. Pas un seul “journaliste d’investigation” pour mettre la main sur le bonhomme? D’où sortait-il et peut-on vraiment par hasard se trouver ainsi au contact du premier personnage de la République? Peut-être, mais en tout cas, une “Interview du con” aurait pu être “vendeuse”... et personne ne l’a tentée.... Décidément bizarre.
Sur le fond, et après réflexion, je ne suis d’ailleurs pas d’accord avec les culs-pincés qui s’offusquent du dérapage verbal, dignité présidentielle en bandoulière. Dans un premier temps, c’est vrai, j’ai moi-même trouvé scandaleux - sur la foi de ce que m’en rapportait la radio - le manque de maîtrise de soi affiché. Et puis j’ai vu les images ... Je croyais à un affrontement ridicule de coqs, à une fausse altercation sur le mode du sot “Descends si t’es un homme” de l’échange antérieur avec les pêcheurs du Guilvinec. Mais pas du tout. Il n’y a là qu’agacement, relâchement fatigué de l’expression, constat d’inopportunité sans aucune violence: “Qu’est-ce qu’il fout là celui-là s’il ne veut pas me croiser? On ne l’a pas obligé à venir...”.
Et il y a autre chose, en marge certes, mais à dire. La correction de l’expression mérite quelquefois d’être violée, avec ce souhait que ce soit non sous le coup de la colère, donc avec perte de contrôle, mais dans le cadre d’une recherche d’optimisation de l’impact du “prononcé”. Le “bien parler”, quand il n’est que convention guindée, m’agace et l’utilisation provisoire d’un langage ordurier peut apparaître parfois comme le seul recours pour faire passer en force une idée. On ne vit pas que de litotes.
Pour en rester au sujet, l’apostrophe sarkozienne n’a jamais fait que situer son niveau de langue à hauteur de celui de l’interlocuteur, accroissant ainsi les chances d’être mieux compris .... À quelqu’un qui vous dit: “Touche moi pas, tu me salis”, va-t-on répondre: “Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites... J’aimerais mieux ne pas les avoir entendues. Passez votre chemin, Monsieur, si je vous importune”. Non. En gros, plutôt, on balance: Ou je l’ignore, sagesse, ou je lui “mets un pain”, virilité rugbystique. Je plaide pour la sagesse, à tout prendre, mais enfin il y a des coups de pied au cul qui se perdent.... L’entre-deux de Sarkozy n’a marqué qu’une hésitation de fatigue. Humain. Trop humain? Pour être Président, on n’en est pas moins homme. Ego te absolvo.....
La presse a rapporté l’esprit de répartie de Chirac, traité de “Connard” : “Ah? Enchanté, moi, c’est Jacques Chirac”. En fait, Chirac, qui a montré en l’occurrence du sang-froid, de l’humour et des lectures, a démarqué un échange célèbre d’Edmond Rostand dans Cyrano de Bergerac (Acte I - Scène IV):
(...)
Le vicomte:
Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule!
Cyrano (ôtant son chapeau et saluant comme si l’autre s’était présenté):
Ah? ... Et moi, Cyrano-Savinien-Hercule
De Bergerac.
Cyrano est un chef-d’œuvre impérissable et je ne me suis jamais vraiment remis d’y avoir, à quinze ans, aimé Roxane.

