L'école est à nous

Sans intérêt. J'ai vu ça mardi dernier, séance de 17h15; plus de monde que je ne l'aurais prédit. C'est une redoutable compilation de poncifs éculés sur le collège, saisi dans une ambiance de conte de fées puisqu'une miraculeuse grève de deux semaines pour cause de diminution drastique de la DHG (Dotation horaire globale) va permettre à une enseignante au parcours initial brillant, mutée là après une mise à pied de deux ans (et/ou un burn out?) pour cause d'élève suicidé dans la classe de Mathématiques Spéciales qui lui était confiée, d'expérimenter ce mantra plus ou moins pédagogiste : Progressez en faisant ce que vous voulez. A partir de là, c'est un peu un n'importe quoi idéalisé qui règne, ponctué d'invraisemblances et de bons sentiments. Un principal ectoplasmique (Jean-Pierre Daroussin, hélas tout à fait crédible, lui), quelques parents d'élèves hors-sol, une poignée de gamins stéréotypés, etc. Rien ne tient.

Quand je repense aux films sur l'école que j'ai eu l'occasion de voir, il ne m'en reste que deux qui m'aient attaché sans réelle restriction: Entre les murs (Laurent Cantet / François Bégaudeau) et La vie scolaire (Grand corps malade / Mehdi Idir). Tout le reste a été caricature.

Je suis un peu, cette année, une opération menée dans le cadre de la dernière promotion des élèves de l'Ecole Polytechnique et qui concerne la trentaine d'élèves étrangers qu'elle contient. Faute de pouvoir faire, puisque non citoyens français, un service militaire, quelques-uns sont répartis dans des établissements scolaires où, au titre de "formation humaine", ils s'intègrent, dans des conditions très variées d'un établissement à l'autre, aux activités pédagogiques locales, naviguant entre le soutien et l'approfondissement, les responsabilités et l'observation. Ce m'est une occasion de reprise de contact avec l'ambiance des couloirs, des salles de classe et des salles des professeurs, dans cette vie ponctuée par les sonneries annonçant les fins de cours et les récréations qui m'a été si pesante et si chère. Et sur mes rares interventions de ce premier demi-trimestre, je me trouve assez interdit, à la fois en terrain familier et sans vraiment tout reconnaître. Mais il est trop tôt pour risquer des remarques. Un vague sentiment, malgré tout, de fonctionnement par inertie; on continue parce qu'on ne sait pas faire autrement, et l'impulsion ne semble pas pouvoir venir d'en haut, d'une administration portée à gérer l'existant, sans remise en question, avec des préoccupations trop lourdes au ras du quotidien et toute une machinerie bien réglée mais trop pesante pour qu'on puisse envisager de la bousculer. La logistique fonctionne bien, par exemple la cantine. Et le reste ? L'efficacité pédagogique sur le long terme? J'ai vu des BTS seconde année (bac + 2, donc) incertains devant des opérations élémentaires sur les fractions ... Il semble d'une façon générale qu'il y ait beaucoup de décalage entre le programme et l'élève . Wait and see, j'y reviendrai, c'est encore le début. Mais on est un peu mal à l'aise ...