Une ferme

Après six semaines de repos dans une résidence secondaire, certes, comme on peut voir, un peu vétuste, mais néanmoins agréable à vivre, il s'agit de reprendre le collier. 

Sans eau ni électricité, le temps passe vite. On se gratte, envahi de vermines puisqu'on ne peut pas se laver, on dort dix-huit heures par jour et du coup - qui dort dîne - on mange peu. On essaie de lire les pages des livres qui n'ont pas été grignotées par les mulots, et donc, on ne comprend guère de quoi il retourne, faute de début, ou de fin, ou de chapitre intermédiaire; on tâche de réfléchir mais on ne sait pas à quoi, n'ayant nulle nouvelle de rien, sans radio, sans journaux, sans télé. Alors, pour se distraire, on s'épouille réciproquement, bénéficiant ainsi d'un des avantages de la vie à deux.

Mais les meilleures choses ont une fin. Il faut rentrer. Soigneusement, on  ferme la maison qu'en réalité on laisse en l'état, à l'abri qu'elle est de toute envie d'effraction, squatt dissuasif à l'écart de la civilisation qu'on retrouvera identiquement en ruine l'année prochaine, et on reprend la route, ayant entassé quelques loques dans l'épave dont on se demande si elle va démarrer, d'abord, puis tenir jusqu'à Paris.

Epave

En chemin, évitant par nécessité les autoroutes, on profite de quelque ruisseau rencontré pour faire un brin de toilette et, ayant abandonné le véhicule dans une décharge du côté de Montargis, on regagne la capitale en train, faisant la manche de wagon en wagon pour acheter l'unique ticket de métro qui nous permettra, en grugeant à deux au portillon, de regagner notre domicile avant de réenfiler nos pantoufles de bobos friqués revenus de leur cure annuelle de désintoxication, pleins d'enthousiasme à l'idée de retrouver nos malsaines habitudes de privilégiés.

Livres

Sur le bureau, quelques bouquins sont encore là, traces des lectures de juillet. Pour la remise en route des neurones grillés par la canicule et diminués par les privations, pourquoi n'en pas dire deux mots?    

 

A France

Du cours de Compagnon au Collège de France, j'avais retenu qu'il était évident qu'on devait avoir lu Le Lys rouge et Le mannequin d'osier, tous deux d'Anatole France. Le premier, publié en 1894, qui démarque les amours de France avec Léontine de Caillavet et que la quatrième de couverture veut rapprocher audacieusement d'Un amour de Swann, est très agréable à lire. La comparaison est boiteuse mais le livre est plaisant. On se promène beaucoup dans Florence et ses environs immédiats, ses musées et la fin est tout à fait triste. Beaucoup plus léger, avec un côté parfois didactique, Le mannequin d'Osier dépeint la petite ville de province où officie, professeur d'université revenu de presque tout, l'inénarrable et pourtant narré M. Bergeret dans ses mésaventures conjugales et ses démêlés avec la domesticité  et ses collègues. Le début est régalable, et après un petit fléchissement médian de l'intérêt, la fin très réjouissante. M. Bergeret, c'est sans doute France, dans son pacifisme et ses prises de distance. J'oubliais : la préface au Lys rouge de Marie-Claire Blancquart (collection Folio - Gallimard) est très bien.  

Si rude soit le début

Je suis passé ensuite à Javier Marias: Si rude soit le début. Les livres de Javier Marias sont tous bien. J'ai pourtant un peu langui sur celui-là (575 pages). Le parcours initiatique du jeune de Vere entre Eduardo Muriel et Beatriz Noguera avance en piétinant. Le charme de l'écriture (de la traduction, hélas et bravo, car non hispanophone ...) agit, la phrase s'enroule dans ses réflexions, on retrouve le texte interrompu chaque fois avec plaisir, mais on est tout surpris de se voir avancer de bon coeur dans un roman  qui n'avance pas.  C'est une littérature du plaisir de lire. On y est bien, mais cette fois, on n'en retient pas grand-chose.  

Berta Isla

J'ai vu hier chez Gibert, paru le 29 août, le Marias suivant : Berta Isla. Magie de l'écrivain espagnol: au-delà de ce que je viens d'écrire et malgré les 592 pages annoncées, je suis tenté d'y aller.

 

L'enfant perdue

J'avais été emballé par les trois premiers tomes de la saga d'Elena Ferrante, L'amie prodigieuse / Le nouveau nom / Celle qui fuit, celle qui reste. Manquait le quatrième et dernier : L'enfant perdue. C'est fait. On m'en avait dit, et ma fille en particulier, trop de bien. Vive déception. J'avais interrompu la série pour attendre la sortie en collection de poche. Est-ce cela? Je me suis perdu  dans la multitude des personnages sans retrouver l'enthousiasme qui m'avait habité. La narratrice a cessé de me paraître sympathique, la linéarité du récit m'a fatigué, les coups de théâtre annoncés ne m'ont fait ni chaud ni froid et la chute m'a laissé totalement sur ma faim. Dommage. 619 pages.

Et maintenant? Il me fallait un petit roman léger. France-Inter ayant fait pas mal de publicité autour de la parution en poche de "la première enquête d'Aurel le consul", et parce que j'ai beaucoup aimé Le collier rouge, j'ai acheté hier (c'est ainsi que j'ai croisé Berta Isla) le court livre de Jean-Christophe Rufin, Le pendu de Conakry. Cela commence plaisamment, un peu littérature de gare, mais plaisamment. Sacré Bon Dieu, qui a fait le coup ?