Herakles_Farnese

 

Hercule pensif, avant les douze travaux :

Voyons, qu'est-ce qui me ferait plaisir ?

 J'en doute…

 

 

 

 

Les interventions de JM Blanquer en réponse aux réserves que suscite son école de la confiance comme entre autres sa réforme des parcours du lycée ont ceci d'étonnant que le ressort qu'il met en avant dans le choix des options des classes de fin de cycle (classes de première et de terminale) est celui du plaisir. Foin de frileux réalisme dans vos choix, dit le ministre aux élèves, faites-vous plaisir!

L'argument est aberrant et par ailleurs surréaliste dans la bouche d'un responsable dont le sourire étriqué n'ouvre pas au premier abord sur les forces de la joie.

Sauf erreur, la quasi totalité des commentateurs des propos ministériels et, depuis sa conférence de presse, présidentiels – la courte intervention de Claude Lelièvre, spécialiste reconnu de la question éducative,  sur France-inter au lendemain de la conférence était caractéristique - soulignent l'évidence: nos responsables ne proposent au pays aucun dessein d'ensemble articulé de la formation initiale. Des mesures ou mesurettes replâtrent ici ou là, mais il n'y a pas de colonne vertébrale. L'objectif devrait impliquer les moyens. Mais l'objectif n'est pas défini. Il ne reste donc qu'à bricoler quelques moyens sans âme qui ne résoudront pas grand-chose et surtout ne pourront pas, énoncés sans finalité globale, entraîner la condition nécessaire et suffisante de tout succès: l'adhésion volontariste et enthousiaste des troupes.

Sur cette affaire de choix d'options au lycée, l'antienne du "Faites-vous plaisir!" est proprement scandaleuse. Faire appel à la libido sciendi dans le cadre scolaire est une vaste plaisanterie. On est là dans le champ de l'effort. Il faut se préoccuper de lui donner un sens. Et le ressort principal sur lequel il conviendrait de jouer est l'utilitarisme. JM Blanquer pense-t-il qu'en appelant Rabelais à la rescousse, il va nous propulser loin des griffes du chômage?

Toute leur vie estoit employée non par loix, statuz ou reigles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. Se levoient du lict quand bon leur sembloit, beuvoient, mangeoient, travailloient, dormoient quand le desir leur venoit ; nul ne les esueilloit, nul ne les parforcoit ny à boyre, ni à manger, ny à faire chose aultre quelconques. Ainsi l’avoit estably Gargantua. En leur reigle n’estoit que ceste clause : FAY CE QUE VOULDRAS.

Ben voyons!

Le président de la République devrait articuler sa réflexion jupitérienne autour de deux axes simples.

Le premier axe consiste à définir prioritairement avec précision l'ensemble coordonné de connaissances et de compétences nécessaires pour entrer efficacement et harmonieusement dans l'âge adulte, dans l'âge social, dans l'âge de la contribution personnelle active au fonctionnement de la société, puis, cet ensemble bien dessiné, à charger le ministère de l'Education nationale de veiller à son acquisition – sauf cas pathologique – par tous. Redisons par tous et renommons-le: socle commun.

Le second axe consiste à obtenir de toute filière d'emploi, de tout chemin de poursuite d'études, la définition précise de ses attentes en termes de compétences et d'acquis préalables, attentes à poser comme condition sine qua non d'un recrutement. Le codex ainsi défini est porté à la connaissance du public et s'impose au Ministère de l'Education nationale comme référence pour l'organisation de ses formations initiales, hors le cadre du socle commun.

Dûment informés, les publics en formation, en fonction de leurs projets d'insertion sociale ou de prolongement d'études, choisissent leur parcours hors socle commun. Un parcours modularisé dans les différents champs disciplinaires par le biais d'unités de valeurs cumulables offrant tous les niveaux de spécialisation. Et l'utilitarisme, là, prime. On ne cherche pas le plaisir, on vise l'efficacité. Le plaisir d'ailleurs peut venir par surcroît: l'effort est gratifiant et la victoire sur soi-même porte sa propre satisfaction.

Le schéma indiqué, en version molle, est vaguement dessiné par les soi-disant démarches d'orientation existantes. Les mots que j'emploie sont déjà utilisés dans les textes officiels, mais ce sont des mots, il n'y a rien derrière et rien ne fonctionne vraiment, parce que rien n'est réellement pensé, réfléchi globalement, conçu pour être exécuté, pour aboutir. Il faudrait pour cela revoir profondément la structure même des enseignements, les profils et les missions des enseignants, le fonctionnement des établissements, les modalités des formations.

La société est à rebâtir, j'en conviens, mais la première pierre, c'est l'école. JM Blanquer ne devrait pas être là pour dire: Fais ce que veux, mais : Fais ce que dois pour atteindre ce que veux.

Et une analyse approfondie des exigences des différents champs d'activité devrait ouvrir devant "l'apprenant" les chemins d'apprentissage efficaces, balisés en toute rigueur et exigence, qui pourront le conduire, dans l'investissement et l'effort personnel, au but qu'il se fixera.