HUGO pleureND des Gilets Jaunes

Dons

 

Il me semble que ces trois illustrations de l'incendie de Notre-Dame couvrent assez bien le champ des questions . 

La tragédie culturelle, l'incompréhension du malaise général, le scandale des grandes fortunes et de la fuite devant l'impôt. 

Les pleurs d'Hugo peuvent d'abord être l'occasion d'une remarque. Notre-Dame de Paris, le roman, est publié en 1831. Le clocher initial du XIII° siècle a été démonté à la fin du XVIII° et la cathédrale est restée sans flèche jusqu'à la restauration de Viollet-le-Duc en 1859. Victor Hugo, né en 1802, a écrit son roman à la gloire d'une cathédrale sans flèche. On peut donc estimer que l'aura culturelle internationale de l'édifice, largement due à l'oeuvre du romancier, ne tient pas essentiellement à ce qui vient de brûler. D'où la question iconoclaste : est-il si urgent, voire, est-il besoin de la reconstruire ou de la remplacer?   

Le poète souffre pour "son" monument. Mais le mot terrible dont il a inventé l'inscription sur un des piliers de la cathédrale, Ἀνάγκη, la fatalité, le destin, en grec ancien, il en acceptait en les développant dans son roman les conséquences. Le mot a de nouveau frappé. On peut en prendre acte. Et passant avec le même Hugo, de Notre-Dame de Paris aux Misérables, se demander si le malheur des monuments ne doit pas le céder au malheur des hommes.

Il n'est pas obscène devant la disparition de la flèche de ND de s'intéresser à Quasimodo en gilet jaune réclamant un toit, un toit dont on comprend bien qu'il ne s'agit pas de la voûte effondrée de l'édifice. Ce mouvement des gilets jaunes n'est pas en totalité sympathique parce que trop de dérapages médiatisés et de réels dégâts de devantures, trop de violences parasites détériorent l'élan de sa protestation, justifiée non dans le détail, mais comme affirmation d'un malaise social général incompris des responsables. Le côté sympathique, on le voit dans les salles de cinéma où le film de Gilles Perret et François Ruffin, J'veux du soleil, apporte un touchant témoignage. Le côté haineux, il est dans les images de l'agression qu'a subie Alain Finkielkraut à Montparnasse et il signe l'agrégation à une protestation recevable de trop d'éléments parasites sans rapport et incontrôlés. Mais au-delà d'un mouvement incapable de s'autogérer et donc de "prendre", il y a le politique, dont on peut craindre le pire tant il semble ne rien comprendre à l'étendue profonde du mal-être. Le pouvoir en réalité ne sait que faire, parce qu'il lui faudrait tout repenser. Le discours différé d'Emmanuel Macron risque fort de ne rien arranger ...

Le canadair siglé "paradis fiscaux" souligne assez le problème. La compétition ridicule que se livrent les grandes fortunes dans leur concours de surenchère dans les dons, sous les absurdes applaudissements de divers responsables qui s'engouffrent dans une reconstruction à l'horizon des J.O. probablement aussi sotte qu'impossible à tenir, a quelque chose d'abject. La question mineure des suites à donner à l'incendie du 15 avril 2019 ne devrait pas occuper le devant de la scène. Un défi à cinq ans plus noble serait celui de l'éradication de la fraude fiscale, de l'arasement des inégalités, de la fin du scandale permanent des richesses excessives. Là est la véritable "grande cause" nationale. Tout succès franc dans cette direction signerait une amélioration significative du traitement des autres questions relevant de la santé, de l'éducation, etc., c'est-à-dire pourrait refonder un équilibre social gravement en péril et permettre de reconsidérer sous un autre angle la question du commun, de la tolérance, de l'accueil par le biais d'un apaisement économique dont tous sans exception seraient bénéficiaires. Mais ...

On peut aussi pousser la dérision jusqu'au bout de l'humour noir, ou l'inverse, comme ici dans une invention potache d'une  injuste mais si drôle cruauté:

 

Macron & ND