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C'est un film de Michel Leclerc, avec Edouard Baer, Leila Bekhti, formidables, et quelques autres, pas mal non plus. Et c'est depuis une semaine à l'affiche. C'est un film tout à fait excessif, assez injuste, mais très jubilatoire sur la "tempête sous un crâne" de parents qui veulent concilier équilibre de leur gosse et attachement aux valeurs républicaines et à l'école publique.

C'est aussi un film paradoxalement trop optimiste. Les conflits évoqués ne se résorbent pas "comme au cinéma". Mais cela vaut la peine d'y aller. Il y a un peu de provocation, mais avec des limites : on peut y enculer le pape en chanson, mais on se garde bien d'y conchier Mahomet, par crainte des mots qui tuent, et le voile finit par y sauver la vie d'un homme. Passons. En termes de divertissement, Edouard Baer en vieux rocker distancié est impayable et Leila Bekhti est extraordinairement attachante, touchante. 

En termes d'analyse de la situation de l'école publique, on reste dans la caricature, et le traitement est trop superficiel. Ce n'était pas non plus la philosophie du film, qui a des objectifs avant tout ludiques. Mais enfin, même en grinçant un peu des dents à l'arrière-plan, on voit passer et se poser des problèmes réels. Simplement, l'impuissance affichée dans des registres différents des deux enseignants en première ligne est trop simpliste. 

C'est malgré tout la deuxième fois (sur ma seule et étroite cinéphilie) qu'un film peut être l'objet d'un prolongement de réflexion. Il y a eu "Entre les murs", palme d'Or à Cannes, tiré de l'indispensable roman de François Bégaudeau, et celui-ci. D'autres certainement, que je n'ai pas vus, mais ... Je ne compte pas le très médiocre et regrettable  "L'esquive" (malgré les engouements d'une critique aveugle pour ne pas dire imbécile) d'Abdellatif Kéchiche. Seul Bégaudeau a vraiment frolé le réel de la classe, mais on peut sortir des deux en se disant que le système ne se réformera pas par le haut. 

Il faut absolument des prises de conscience locales et alors même que globalement, les chefs d'établissement sont le maillon faible du système, ils pourraient en être le recours. C'est à ce modeste niveau hiérarchique que la notion (asexuée) d'homme providentiel peut paradoxalement jouer. Le ministère malgré la tentative de réforme du recrutement de 1989 n'a pas trouvé la bonne méthode.  Il faut dans cette perspective des marges de manoeuvre réelles couplées avec une véritable autonomie des établissements pour aller vers un maillage efficace du territoire à l'aide de cellules d'enseignement cohérentes et coordonnées. On tâtonne et on en est loin, car l'extraordinaire défiance des enseignants ne peut pas se lever par décret. Il reste toujours à engager un travail de longue haleine et de fond, adossé à une clarté absolue dans le dessein qui fait défaut.

Tout redétailler est lassant. Ce billet fatigué n'est là que pour mémoire. Mais au moins, il faut aller voir le film, dans la logique tant de fois répétée après lui de Beaumarchais : Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer.