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Deux lectures, dans le Vaucluse pour l'essentiel, en début de mois. 

Portnoy et son complexe (Portnoy's complaint) - Philip Roth. Edition Folio Jusqu'ici - eh oui ... - jamais lu.

Expiation  (Atonement) - Ian McEwan . Edition Folio. Un conseil de Pascale Robert-Diard, du journal Le Monde .

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Dans les dictionnaires, complaint, c'est au sens premier plainte, réclamation, grief, protestation. Ce n'est qu'en deuxième sens qu'on trouve maladie. C'est effectivement, à la lecture, la longue plainte de Portnoy plus que son complexe.   Expiation, pour atonement, semble plus fidèle

Ce Philip Roth là m'a lassé. Ses délires masturbatoires, sa logorrhée sexuelle, sa judéité en bandoulière, vaguement honnie et obsessionnellement revendiquée qui finirait par donner à l'antisémitisme des allures sympathiques, découragent l'adhésion. Bien sûr on rit, et son athéisme farouche et sans appel prêt à vomir sur tout ce qui s'appelle religion est roboratif, mais à la longue, on tourne en rond. 

De toute façon, même si j'ai beaucoup aimé cinq ou six des romans de Philip Roth, je ne partage pas l'enthousiasme assez général qu'il s'est mis à suciter depuis une douzaine d'années. La tâche ne m'a pas semblé le grand roman qu'on raconte, Un homme m'a déçu, je n'ai pas retenu grand chose de Némésis, etc. 

Pastorale américaine: oui, J'ai épousé un communiste : oui, Le complot contre l'Amérique : oui, Opération Shylock: oui. Le reste, comme ça, au feeling, de mémoire : moins. Ici, Portnoy, bon ... Ce bouquin l'a rendu célèbre, par ses excès sans doute. Mais enfin, ce n'est jamais que l'enfilade des projections hypertrophiées d'un vieil adolescent mal dans sa peau et perturbé par ses obsessions sexuelles, et qui mélange des nostalgies  au souci de régler ses comptes. Roman des débuts au fond, où on vide son sac, avant de construire une oeuvre. Comme il y a des romans de la fin, et Philip Roth en a produit, où l'on racle les fonds de tiroir sans plus rien avoir à dire. Il l'a senti d'ailleurs, lui qui a décidé de cesser d'écrire au début des années 2010. Sage décision. Il commençait à tirer à la ligne, il me semble. Et finalement, c'est sa révérence qu'il a tirée, le 22 mai dernier, à 85 ans. Une vie bien remplie. 

Je n'avais rien lu de Ian McEwan.  Je n'ai pas été emballé. Le roman est en trois parties . D'abord l'exposé des motifs, si j'ose dire. Une famille anglaise à domestiques. Beaucoup de monde. Une gamine qui se rêve écrivain et qui va provoquer, en mésinterprétant plus ou moins consciemment l'attitude amoureuse de deux jeunes gens, une terrible erreur judiciaire. Ensuite, le second conflit mondial et le drame de Dunkerque, le réembarquement dramatique et piteux de l'armée anglaise vécu autour du garçon victime de l'erreur judiciaire précédente et enrôlé dans les troupes britanniques. Enfin, pour donner sens au titre, la tentative au fond littéraire de la gamine du début pour racheter son geste initial, dont la seconde partie du roman vient de développer aussi les conséquences. 

Vaste parcours. On met du temps à rentrer dedans, puis on se passionne pour l'affaire elle-même, avant le procès. La seconde partie est un témoignage attachant mais presque autonome du repli dramatique des troupes britanniques à hauteur d'homme. La troisième, l'expiation proprement dite, est à demi convaincante.

J'ai déjà beaucoup oublié, mais enfin cela garantit pas mal de bonnes heures de lecture quand même. Un roman romanesque, distrayant, chaise longue sous un arbre. Dommage que la saison ait été à ce point aux moustiques, partout!

Il y a eu un film, sous le titre "Reviens-moi", en 2007 ou 2008, avec au casting Keira Knigthley comme seul nom de moi connu. Jolie femme. Vaguement tenté de le voir. Peut-être... Cela dit, cet été, c'est un autre film qui me tente d'abord, My Lady, sur un autre roman de Ian McEwan, The Children Act, dont il a assuré lui-même l'adaptation scénaristique, avec la merveilleuse Emma Thompson. La critique est très bonne.

On verra. Sinon ... Je viens de terminer ma traduction de True Grit (j'en avais pârlé dans le billet précédent). Un premier jet. Je vais laisser reposer trois semaines et reprendre ensuite mon travail pour le lisser, à la rentrée. Et quand ce sera au point ... je comparerai avec la traduction publiée de John Doucette. Mais tout ça, c'est pour l'automne. En attendant, je vais terminer août au sud de Toulouse. J'ai un Tolstoï à lire (Résurrection) et je veux regarder de près, pour bilan et pour continuer à réfléchir à l'état de l'enseignement, l'ensemble des sujets de maths du baccalauréat S 2018. Une maison de village, au bord de l'Arize, c'est le cadre idéal. On en reparlera.

Montesquieu