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Le choix de Sophie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Curieux bouquin ... Jamais lu, et puis....

Publié en 1979, immédiatement adapté au cinéma, National Book Award en 1980, ce roman est un peu une arnaque, tant son ressort réel n'est pas le choix de Sophie, qu'on ne découvre que quelques pages avant la fin et dont on ne distingue pas réellement l'impact sur la psychologie perturbée de l'héroïne, mais bien les dysfonctionnements du trio de jeunes gens formé par le narrateur, écrivain en herbe, puceau de 22 ans et les fantasmes qui vont avec, violemment travaillé par le sexe,  et par le couple d'amants aux orgasmes telluriques que forment Sophie, trente ans, polonaise, rescapée des camps de concentration, où ont disparu ses deux enfants de huit et dix ans, archétype féminin au charme infini et au "petit cul" glorieux, et Nathan, à qui elle voue un attachement insensé, trentenaire juif et mythomane, violemment schizophrène, affublé d'un comportement remarquablement imprévisible et antipathique. Plus de 900 pages en édition de poche. Un pensum.

La structure du roman s'appuie sur le déroulement linéaire des quelques mois qu'a durés la relation du trio, avec, au gré de ses violents cahots, les confidences de Sophie sur Auschwitz et divers à-côtés de la trajectoire du narrateur. La sexualité est omniprésente, soutenue par quelques pages pornographiques. Le narrateur passe une partie du roman en érection . Rudolf Höss, obersturmbannführer (lieutenant-colonel) qui commandait Auschwitz est mis en scène. Tentative molle de portrait. Quelques descriptions de l'arrivée des juifs et des polonais déportés au camp. Rien de très passionnant. Quelques notations sur la Pologne. On avance. On passe en revue l'antisémitisme polonais, les remarques sur les "youpins" de Nathan, le conflit latent non résolu aux Etats-Unis entre le Nord et le Sud, la mentalité sudiste, esclavagiste mais pas seulement, ses grandeurs et ses petitesses, le personnage du père du narrateur aide partiellement à cela etc.  

L'épaisseur psychologique? On voit mal les ressorts du comportement d'amour fou de Sophie, tout entière vouée à Nathan, l'ensemble adossé en guise d'argumentation à des descriptions hyperboliques de la beauté de l'une, du charme et de l'intelligence de l'autre, qui ne contribuent pour autant pas à nous les rendre proches, sensibles. 

Et puis le choix du titre ... Oui, bon, dix lignes qui sont à peu près le tout de ce qu'a véhiculé la critique et qui a laissé croire qu'à cela se réduisait le roman. L'émotion ne passe pas, dans ce qui est censé en déborder.

Je ne suis pas sorti de ce tunnel littéraire bien convaincu ... Je n'ai pas vu le film. Meryl Streep en Sophie ne me paraît pas, a priori, crédible; trop peu le personnage, tant physiquement que par projection morale. Y aller voir ? Guère tenté. Peut-être ... Tout ça m'a fait, en gros, la trêve des confiseurs, accompagné de fruits déguisés. Un ami s'était dit enthousiasmé. J'ai voulu voir. 

D'un gros bouquin comme cela, qui brasse tant de sujets, on peut dire tout et son contraire. Centré sur les thèmes abordés, il est sans doute possible d'être plus positif que je ne le suis. mais des thèmes, cela se traite et le traitement me semble ici bien en retrait, voire, appauvrissant.