Sur la foi d'un billet de Pierre Jourde (son blog de L'Obs), je suis allé l'autre vendredi à une soirée de lecture à voix haute. L'affaire et au-delà est tout entière ici : http://www.leslivreurs.com/PgmLET2017.pdf

Yann Migoubert, chef du service culturel de La Sorbonne et Pierre Jourde, universitaire et écrivain sont aux manettes, organisation, programmation … Ce festival Livres en tête en est cette année à sa 9ième édition et la délicieuse Anne Consigny en assurait cette fois le parrainage, enfin, la présidence d'honneur.

J'y étais donc  vendredi 27/11.

Chaque soirée a son intitulé. Là, c'était "Tapage nocturne" (lire évidemment "Ta page"). Une sélection d'auteurs (une demi-douzaine) et entre les lectures, de solides improvisations (?) au piano de Benjamin Moussay, figure importante et cotée du Jazz  et puis, en première partie de la seconde partie de la soirée, la prestation dans un très agréable et réussi numéro d'acrobatie rythmique qu'on pourrait dire volante (deux longs voiles pendant des cintres le long desquels et s'aidant desquels l'artiste grimpe, s'enroule, se "posture") de Céline Tran (ex Katsuni) présentée comme célébrité internationale .  Ça ne me disait rien, mais soit …

Anne Consigny a lu deux extraits, Pierre Jourde un, les autres intervenants, de moi inconnus et membres assurément de  la galaxie des Livreurs, également chacun un extrait.

Benjamin Moussay avait eu dans Le Monde du jour sa photographie et quelques éloges appuyés. Très peu instruit des choses du piano-jazz, j'ai écouté sans déplaisir ni enthousiasme ses cascades de notes.

Sur le fond et la forme des lectures, globalement, la faiblesse du fond a pénalisé la forme. Que tirer d'un texte qui ne semble pas briller par son élan, sa verve, son tonus, son originalité, son style? Les passages retenus devaient me semble-t-il ne pas excéder deux pages. On y parlait, de mémoire, ici d'une mère de famille bourgeoise et morte, là d'un couple de spécialistes du sentiment maternel chez les primates se livrant à des expériences déprimantes, plus loin d'attouchements répétés dans une ligne d'autobus dont j'ai oublié le numéro, ailleurs d'autres choses encore que je n'ai pas retenues. Les lecteurs y mettaient du leur, avec conviction, parfois avec un peu de succès, mais l'ensemble m'a paru assez atone et je crois que la faute en incombait bien plus aux textes qu'à leurs efforts.

Le livre, fait pour installer un dialogue direct entre l'auteur et le lecteur qui s'en empare, qui le recrée, le livre est-il fait pour être lu à voix haute? L'exercice de l'extrait est de toute façon difficile, sauf morceau de bravoure, et les ouvrages retenus ne devaient pas en être peuplés. Il faut un peu de temps pour se sentir bien dans un roman et comme ça, sans échauffement, bille en tête … Bref, je n'ai pas marché, pas été accroché, et pour tout dire, finalement lassé, je me suis éclipsé avant la fin.

La chose m'a laissé rêveur. Pierre Jourde, dans une brève présentation, avait fait l'éloge a priori des pages qu'on allait entendre, vouant parallèlement aux gémonies, de Christine Angot à Marc Lévy, quelques noms à gros tirages des étagères des boutiques Relay. Certes, mais enfin la preuve par la lecture à voix haute reste, me semble-t-il, à établir. Certains de ces bouquins, à commencer par le sien qui ne sort que début 2018 (j'aime beaucoup par ailleurs la quasi totalité de sa production), sont peut-être bons. Ils ne m'ont pas semblé, ce vendredi, être à l'aise dans l'exercice.

J'y repensais en aidant ma petite-fille, la semaine suivante, à analyser les deux dernières pages de La Bête Humaine, la lutte à mort de Jacques Lantier et de Pecqueux et puis la course folle, à travers la nuit, du train sans chauffeur ni mécanicien, bondé de troupiers avinés qui montent au front de 1870 en gueulant des chants patriotiques, tandis que la locomotive emballée brûle les gares. Voilà un morceau de littérature héroïque qu'on imaginerait bien porté par quelque voix hallucinée faisant corps avec son formidable souffle.

Mais c'est peut-être inapproprié que d'aller à de tels rapprochements.

Au moment de tourner la page de la soirée, cas de le dire, la curiosité m'est venue d'en savoir un peu plus sur la "célébrité internationale" de la belle acrobate des tentures dont les noms ne me disaient rien: Céline Tran, ex-Katsuni. Vous lancez la recherche Google … Cette sculpturale ex-star du porno, qui a pris sa "retraite" en 2013 et s'est reconvertie dans des formes artistiques plus "présentables" après avoir accumulé toutes les récompenses de sa première discipline, bénéficie d'une notice Wikipédia extrêmement étonnante dans sa longueur et ses contenus. Le présentateur avait parlé de surprise. Effectivement! 

katsuni-portrait