Studieux

 

On va beaucoup nous parler encore de sécurité et de mesures sécuritaires.

Il semble néanmoins que la réflexion, une fois de plus, devrait se porter sur ceci: c'est de la lutte obstinée, continue, patiente, volontaire, incessante contre la bêtise et les inégalités que viendra, à terme, la solution.  Là est le préventif. Le reste est du curatif, partiellement efficace et perpétuellement à itérer.

Bien sûr, tout ce qu'on entend est à prendre en compte et rien n'est définitivement faux, mais enfin, plus d'intelligence et moins de malheur, c'est moins de fanatisme et de passages à l'acte.

L'école est en train de faillir à sa mission d'installation d'une société ouverte, tolérante, intelligente et réfléchie. Elle ne porte pas un regard critique sur les valeurs du monde qui l'entoure, où le désir qui domine est celui d'une forme de réussite qui creuse les inégalités, engendre des exclus, nourrit des haines, transforme des impuissances en folie meurtrière.

A trop militer pour une sanctuarisation du secteur scolaire et la lecture exclusive d'un passé de culture qui serait l'alpha et l'oméga de la formation, le courant qu'incarne assez bien le catastrophisme d'Alain Finkielkraut n'aide pas à faire émerger une école dont la version actuelle, qui a progressivement dégradé tout ce qui pouvait être positif dans les ébrouements de mai 1968, est une insulte au bon sens.

Dommage, car je suis persuadé qu'il y a de ce côté-là, si on pouvait les conduire à réfléchir vraiment et à construire ensemble, à partir d'une vision prospective dépassant le constat accablé et la pulsion passéiste, des intelligences porteuses. 

Je défends opiniâtrement l'idée d'une école bâtie sur deux piliers : la mise en place d'un mi-temps tourné vers l'ouverture au monde et le vivre ensemble, restituant aux plus humbles talents l'opportunité de s'exprimer par le collectif et la co-construction d'un tronc commun de connaissances dialogué; le maintien renforcé d'un mi-temps d'excellence individuelle autorisant chacun à atteindre l'optimum de ses possibilités.

J'ai proposé des schémas (http://www.thebookedition.com/scolarite-obligatoire-auguste-sejan-p-102795.html) ….

Le monde tel qu'il va (d'ailleurs, bien mal) doit être examiné au sein de l'institution scolaire. Les lumières (celles du "Siècle des …") auxquelles il est tant rendu hommage ne peuvent pas rester une référence dévote sans réactivation adaptée au sein des parcours de formation. Les enseignants peuvent ouvrir l'actualité à leurs élèves, dans un dialogue pédagogique qui ne peut pas être celui du maître seul face à la classe, mais devient possible via un binôme de professeurs référents chargés à mi-temps d'un groupe d'élèves qu'il faut conduire vers le débat équilibré autour de l'examen exigeant des questions qui divisent les adultes et sur lesquelles, parfois, l'endoctrinement de la famille, de l'environnement, ou de certains pairs jette des certitudes dommageables. Le doute raisonné est un ressort essentiel de la formation.

Là est le combat premier contre la bêtise, le seul au fond qui vaille et qui porte l'espoir d'un monde meilleur.

Pour ce qui regarde le malheur, les inégalités, les injustices, tous les désirs insatisfaits, les frustrations qu'ils engendrent, les fossés qu'ils creusent, il ne saurait y avoir de remède immédiat, et le travail patient contre les égoïsmes relève d'une prise de conscience universelle qui peut sembler hors de portée.

A qui manquent quelques grandes voix.

Et la volonté politique de quitter le court terme .

Enfin … vraiment hors de portée? Oui et peut-être non, car le plaidoyer pour l'école, qu'est-ce d'autre que la volonté d'amorcer un processus qui, par la construction de la génération suivante, peut suppléer les faiblesses de l'existant.

L'aveuglement, c'est simplement ceci : l'incapacité des responsables, pourtant conscients du "tout fout le camp", à comprendre que, plus que toutes les visions sécuritaires d'un monde qui court à la ghettoïsation généralisée, c'est la volonté absolue d'arracher la société à son délitement par la construction de sa jeunesse qui prime et qui devrait être la principale et exigeante priorité.

Tout réorienter, tout, autour de cet axe, est la seule solution à terme de bon sens.

Il faut reconnaître que cela relève de la mobilisation générale des moyens, des volontés, des hommes, mais puisqu'il s'agit de gagner la guerre ….