la-reforme-du-college-divise-suscite-de-l-opposition-chez-les-enseignants-mais-aussi-chez-des-personnalites-politiques-et-des-intellectuels_5340807[1]

C’est chaque année l’occasion de reprendre l’antienne, quand tombent les épreuves du Brevet des Collèges (DNB = Diplôme National du Brevet): Que doit-on savoir au sortir de la scolarité obligatoire?

Car, en gros, c’est bien ainsi que peuvent se relire les attentes exprimées par les sujets de cet examen. Et il n’est pas anodin, en termes de définition des contours d’une culture générale de base, que ne soient convoquées alors que des connaissances et compétences relevant du français, des mathématiques et de l’histoire-géographie-éducation civique.

Certes, dans la note finale, ces épreuves pèsent moins de 50% d’un jugement où interviennent les résultats de l’année dans toutes les disciplines (contrôle continu). Néanmoins, symboliquement, c’est sur cette trilogie que se porte me semble-t-il l’attention, malgré la présence aussi, en termes d’examen, d’une épreuve orale d’histoire des arts passée dans l’établissement où l’élève est scolarisé.

A côté de la lecture attentive des programmes, toujours excessivement ambitieux, il est dès lors instructif de lister ce qui, dans des conditions explicites de bilan global, se dessine à travers les sujets comme des points-clés méritant particulièrement d’être vérifiés.

L’épreuve de Français de l’année me semble souligner le désir des auteurs du sujet de contrôler la «sensibilité littéraire» des candidats. Sur 40 points, 10 seulement sont «techniques» : 6 pour la dictée, 4 pour la réécriture de trois lignes du texte de Saint-Exupéry proposé, où le «je» de narration devait être transformé en «nous» avec les changements connexes nécessaires. Pour le reste, 15 points distribués entre 8 questions d’analyse du passage de Terre des hommes retenu et 15 points pour la rédaction, au choix, d’un prolongement dudit texte ou d’une réflexion sur le thème «Pourquoi peut-on avoir besoin de moments de solitude?».

Les questions nécessitaient une bonne compréhension du passage et un peu d’imagination littéraire ; la rédaction demandée ne manquait pas d’ambition. On est là, me semble-t-il, sur des attentes qui dépassent une simple visée de socle commun. Or, je crois que le DNB ne doit pas avoir d’autre objectif que la certification de l’acquisition réelle de l’ensemble des connaissances du socle.

Je serais davantage partisan d’une épreuve beaucoup plus technique, et plus techniquement diversifiée, beaucoup plus axée sur la grammaire, l’orthographe, la reformulation de phrases à différents niveaux de langue, la compréhension d’éléments d’argumentation et leur reformulation simplifiée …. reportant plus nettement au lycée la sensibilité aux textes.

En Histoire :

- Siècle de l’Encyclopédie? (Rép: XVIII°)

- Identifier sur photo l’action de voter; dates du droit de vote (Hommes/ Femmes)? (Rép: 1792 ou 1848 (selon) - 1944)

- Donner deux caractéristiques du régime Nazi (Rép: racisme et antisémitisme)

- Cheval blanc d’Henri IV : « En quelle année, cette chanson de l’été 36 a-t-elle été composée? »

- Quelle alliance politique remporte les élections législatives (France) cette année-là? (Rép: Front Populaire)

- Cheval blanc d’Henri IV : « Etat d’esprit des ouvriers qui disent qu’ils sont contents? »

- Deux mesures sociales du gouvernement issu des élections de 1936? (Rép: Congés payés; semaine de 40 heures)

Commentaire: cela me semble ultra-léger comme «bagage» historique et vaguement incohérent. Pour tout dire: peu sérieux en tant que test de connaissances sur la période [- 8000 ; + 2015]

En Géographie :

_ Une carte de l’Europe, muette, avec un grand haricot coiffant le Sud-est de l’Angleterre, les deux-tiers Sud des Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, le tiers Sud-ouest de l’Allemagne, la quasi-totalité de la Suisse et un bout Nord/Nord-est de l’Italie, avec une minuscule bande Nord-est de la France. Là-dedans, quatre points désignant des capitales (visiblement: Londres, Amsterdam, Bruxelles, Luxembourg). Ce haricot est désigné comme « Mégalopole ». Cela semble une extension assez extrême de la définition donnée p.ex. par le web : « Une mégalopole est un espace urbanisé polynucléaire formé de plusieurs agglomérations dont les banlieues et couronnes périurbaines s'étendent tellement qu'elles finissent par se rejoindre, et cela sur de longues distances .»

On demande aux candidats de «localiser et nommer une capitale située dans la mégalopole européenne». Dans «la»? Il n’y en a donc qu’une? La question m’a semblé curieusement rédigée, même si la réponse est élémentaire. On devait ensuite désigner sur la carte deux pays membres de l’UE, un océan et une mer.

- Le poids et le rayonnement de Paris en France et dans le monde devaient faire l’objet d’un «développement construit». C’est un peu «open bar», mais enfin, pourquoi pas? La perception par les élèves de «leur» capitale n’est pas secondaire.

- Un court document de l’INSEE sur «Etalement urbain et mobilités à Angoulême» ne réclamait que trois commentaires du genre paraphrastique et, au titre des «déplacements quotidiens des habitants», l’invention d’une double flèche évidente.

Commentaire : le questionnement m’a paru peu convaincant. On aurait pu se dispenser de l’affaire de la mégalopole et demander de légender bien plus complètement la carte muette. On aurait pu se dispenser aussi du document de l’INSEE et, conservant les questions, aller vers un contrôle de quelques acquis sur l’urbanisation qui ne consiste pas à recopier les éléments du texte soumis!

Education civique :

- trois photographies : Palais du Luxembourg, Palais de l’Elysée, Palais Bourbon. Un drapeau bleu-blanc-rouge flotte sur chaque bâtiment.

«Entourez le symbole républicain visible sur les trois photographies». Même à 0.5 point, cela ressemble plus à un gag qu’à une question.

- Définir pouvoir exécutif et pouvoir législatif. Rattacher chacun des trois bâtiments au pouvoir qui lui correspond. (d’accord : question sans reproche ... à ceci près qu’une photographie du Palais de Justice de Paris et l’introduction du pouvoir judiciaire m’aurait paru un volet supplémentaire allant de soi).

- un dialogue de Régis Debray, extrait de La République expliquée à ma fille, avec cette nouvelle question-gag : «Avec qui Régis Debray dialogue-t-il et quel est le thème de leur discussion?». Les autres demandes à propos de ce texte s’extrayaient un peu de cette débilité préliminaire, sollicitant la lecture tranquille d’un document par ailleurs très simple qui souligne combien la fille de Régis Debray n’a pas encore atteint le niveau de pensée de papa ! Enfin, n’avait pas … car si Régis Debray a bien une fille, Laurence, c’est maintenant une jeune femme de 35 ans dotée d’une solide formation supérieure et qui, République ou pas, a tout récemment produit une biographie du roi Juan Carlos d’Espagne. Le bouquin est paru en septembre 1998. La «gamine» avait donc environ 18 ans, ce qui quand même laisserait rêveur si le " à ma fille " était à prendre au pied de la lettre ….

Par ailleurs, dans son texte, Debray parle de droits civils et personnels, de droit de souveraineté, de droits politiques, de droits sociaux, ce qui induit un flottement par rapport à la question : «Indiquez les trois catégories de droits évoqués par l’auteur». Il semble au moins que quand il écrit «civils», il pense «civiques».

Commentaire : Gommés quelques aspects « bêtas » et sauf l’absence du pouvoir judiciaire, pourquoi pas? La notion de « peuple souverain » au centre du questionnement soulevé est effectivement importante …

Mathématiques

Sept exercices indépendants. Pour quelles compétences?

- savoir sommer le contenu de plusieurs cellules d’un tableur

- savoir calculer une moyenne arithmétique

- savoir calculer un pourcentage

- comprendre et éventuellement synthétiser un programme élémentaire de calcul

- être capable d’appliquer directement dans une situation simple les théorèmes de Pythagore et de Thalès

- savoir calculer l’image d’un nombre par une fonction numérique simple

- savoir résoudre une équation du premier degré

- savoir calculer la probabilité de la conjonction de deux événements indépendants dans une situation élémentaire

- savoir ce qu’est le pgcd de deux entiers

- savoir que 2n+1 est le double de 2n

- savoir résoudre un problème de type CM2/6ième portant sur un achat de peinture pour couvrir une façade de type «carré surmonté d’un triangle»

- savoir calculer les 2/5 d’une quantité et en diviser une autre par 3

- comprendre la règle :

distance d’arrêt = distance de réaction + distance de freinage

- savoir que la représentation graphique d’une fonction linéaire est une droite passant par l’origine du repère

- savoir lire directement une représentation graphique

- comprendre et appliquer la formule :

Distance de freinage sur route mouillée = v2/152,4

- savoir ce qu’est la tangente d’un angle

- savoir calculer la mesure d’un angle dont on connait la tangente

- savoir comparer 15/100 et 1/5

Commentaire: Là, et j’en suis plutôt agréablement surpris, on est bien dans le cadre d’une simple vérification de connaissances de base. Le sujet 2014 était bien plus difficile. Ici, on reste au niveau réel d’une maîtrise de socle commun. Le questionnement sur les pourcentages aurait pu même utilement être davantage poussé tant il est essentiel «dans la vie» d’être à l’aise sur cette question (pourcentages successifs; calcul amont d’une quantité dont on connaît la valeur finale et le pourcentage appliqué pour l’obtenir; taux d’emprunt avec divers angles d’approche ) . La trigonométrie du triangle rectangle, également, devrait être plus complètement sondée, ainsi que le calcul sur les fractions. Mais enfin … pas si mal.

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C’est dans les vieux pots, dit-on, qu’on fait la meilleure soupe.

La librairie Larousse a publié un petit fascicule à bien des égards tout à fait instructif. A travers le sous-titre «150 exercices de Culture Générale extraits des épreuves du Certificat d’études», on se trouve devant un récapitulatif assez impressionnant de questions simples dont - aux mises à jour nécessitées par l’évolution du fonds commun de connaissances dont a besoin l’homme de 2015, qui n’est pas celui du début du XX° siècle - on ferait bien de s’inspirer pour bâtir un DNB en plein accord avec l’objectif de validation contrôlée dans des conditions d’examen du socle commun qui devrait selon moi être le sien. Lecture recommandée!

9782035894670[1]

On (en tout cas «je») ne sait pas tout. Société féodale: j’étais léger sur la dîme (impôt dû au clergé) et sur la cérémonie de l’hommage (le suzerain concède une terre à son vassal). J’étais nul sur "les tribus barbares qui envahissent la Gaule au début du V° siècle" (on en demandait au moins cinq. J’ai dû courir aux réponses : Wisigoths, Ostrogoths, Burgondes, Alamans, Vandales, Francs, Lombards, Huns … Si, les Huns, je savais, à cause des Champs Catalauniques, en 451, qui pour des raisons peut-être de poésie épique, me sont toujours restés : « Aetius, général romain, à la tête d’une armée hétéroclite et avec l’aide de Mérovée et de Théodoric y défit les Huns d’Attila …qui s’en allèrent dévaster l’Italie du Nord …. ». J’étais incomplet sur les grands lacs américains, faible sur les fromages par régions, ignorant sur le buttage des pommes de terre, incapable de distinguer sans erreur, et sur dessin, avoine, blé, maïs, orge et seigle, ignare sur le distinguo en couture: fils de chaîne, fils de trame et point de surjet. Etc. Déprimant ….

Déprimant mais très intéressant!

                 Photo Classe

Je suis persuadé qu’une pédagogie du socle commun qui prendrait pour base, face à des classes hétérogènes, ce petit bouquin, et qui, dans la diversité de sa progression, ouvrirait, question après question, sur un dialogue de classe et au sein de la classe, entre pairs, guidé par les connaissances d’un professeur polyvalent (je rappelle que ma philosophie, c’est non pas un mais deux professeurs polyvalents, de conserve, et que cette démarche ne vaudrait que sur un mi-temps d’enseignement, l’autre étant classiquement de recherche de l’excellence individuelle dans des groupes de niveau par matière), qu’une telle pédagogie donc serait éminemment fructueuse et étonnamment efficace.

Aller de la question posée à l’examen aux acquis qu’elle présuppose est beaucoup plus motivant pour l’élève que l’apprentissage linéaire de chapitres volumineux dans lesquels il se noie sans voir sur quoi ils déboucheront.

Les esprits chagrins appellent cela «bachoter». C’est un mauvais procès en termes de socle et c’est une méthode particulièrement riche car elle ouvre sur des acquisitions en zigzag d’approche quasi ludique.