Céline Minard

Céline Minard est née en 1969 – Etudes de philosophie, nous dit Wikipédia – puis écriture. Presque dix romans. On nous cite : Le Dernier Monde (2007), Bastard Battle (2008), So long, Luise (2011).

Faillir être flingué semble être le huitième et lui a valu pas mal de bruit médiatique et quelques prix, dont celui du Livre Inter 2014. Il est sorti en collection Poche, chez Rivages,  le 22 avril dernier.

J'attendais cela pour le lire ….

Il suffit de regarder la photo, Céline Minard a indiscutablement une tête de western, une allure Calamity Jane qui la prédestinait à l'écriture de ce livre.

 

FLINGUE 2(HD)

Je suis entré dedans sans doute un peu lentement, une demi-heure par jour, quatre ou cinq matins pas même consécutifs, de 7h30 à 8h, après la gymn et avant le petit déjeuner. Des chapitres courts, qui semblaient indépendants, autonomes, pas dépourvus de charme, mais je n'accrochais pas vraiment. Vers la page 100, j'étais un peu perdu, trop de personnages abandonnés aussitôt qu'à peine dessinés, un exotisme indien qui me semblait de pacotille, des scènes aux traits acérés, mais pour aller où? … et puis au fil des reprises et d'une quelconque réapparition inattendue, la question récurrente : "Merde, c'est qui celui-là?".

Ça ne pouvait pas durer.

Alors, samedi dernier, j'ai décidé de frapper un grand coup et d'en finir!

D'abord récapituler, re-feuilleter depuis le début, noter les noms par ordre d'apparition et schématiquement, le ressort d'insertion du personnage.

Pour l'essentiel :

Un chariot, une grand-mère mourante, Brad et Jeffrey, ses fils, Josh le petit-fils, en route vers l'Ouest. S'agrège une gamine chinoise, Xiao-Niù..

Un nommé Zébulon, plus ou moins en cavale, deux sacoches de cuir sur l'épaule (quelle idée, ce nom! C'est celui du chat d'une de mes voisines!) traverse le paysage.

Un nommé Gifford est poursuivi et non assassiné par une indienne mystérieuse aux pouvoirs sans doute particuliers et qui répond au doux nom d'Eau-qui-court sur-la-plaine.

Un certain Elie Coulter vole le cheval d'un Bird Boisverd qui n'en est pas content, mais se retrouve à pied.

La grand-mère du chariot vient mourir avec le chariot dans un village indien Dakota que pilote le vieil Orage-Grondant..

Le nommé Zébulon tombe par hasard sur le bivouac du nommé Coulter et le dépouille aux dés de tout ce qu'il a.

Zébulon découvre ensuite Josh, blessé par une flèche indienne, et décide de le ramener avec lui. Il atteint une ville. 

Coulter est en fuite, car il a repris à un nommé Quibble, chef de bandits de son état, l'archet de contrebasse que le Quibble en question a dérobé à une contrebassiste embarquée dans la même diligence que Coulter, diligence qu'il a dûment pillée. Coulter, sous le charme de la musicienne s'est lancé à sa poursuite etc.

Coulter, son archet repris, se retrouve mêlé à la querelle d'indiens Pawnees qui ont été attaqués par les indiens Dakotas du village où la grand-mère du chariot est venue mourir.

Bird Boisverd, à pied depuis que Zébulon lui a piqué sa monture, trouve un cheval et une sorte de grotte de Lascaux indienne , ce qui physiquement et moralement le remet en selle.

Gifford, qui lui aussi navigue à vue et à pieds dans la prairie, plus ou moins sous la protection non rapprochée d'Eau-qui-court-sur-la-plaine, découvre à son tour la Grotte de Lascaux que vient de quitter Bird Boisverd.

J'en étais là. Avoir dressé cet état des lieux devait me permettre - et m'a permis - de repartir du bon pied. Avec cette fois l'intention de m'accrocher. J'ai dû lire trois bonnes heures dimanche, encore deux lundi et tout à l'heure, une ou une et demie.  Voilà. The end.

Bien des personnages se sont ajoutés, bien des aventures se sont greffées les unes aux autres, bien des mystères se sont éclairés, dans la profusion, l'effet d'annonce avant le dévoilement, mais enfin, cahin-caha, en tenant bon, tout s'est progressivement retissé, mis en place et ce petit monde, comme une hydre de Lerne à cent têtes accrochées au corps d'un seul et même roman, a fini par se retrouver dans la même petite ville, pour y vivre moyennant force whiskys, coups de poings et coups de cul dans le saloon-bordel de Sally (sacrée Sally, hein Zébulon?), la mise en place partagée de l'épopée melting-potesque du mythe américain avec indiens, chinois, bandits, chasseurs de primes, putes, barbier, éleveurs de chevaux, toubib, j'en passe et des meilleures. Et avec une certaine poésie. Mais si!

Et à la fin, on se dit que ...  Damned!, le tout est excellent. Vrai de vrai! J'ai ramé d'abord et puis j'ai continué et Céline Minard a enlevé le morceau. Son bouquin est une formidable réussite à laquelle pendant cent pages je n'ai pas cru, puis dont pendant les cent pages suivantes j'ai douté et qui m'a au terme de ses trois-cent-douze pages, entièrement séduit. Yes!

On en ressort avec une âme d'enfant. Bon, elle a soigné ses héros, leur épargnant les pires avanies, teintant d'humour leurs déboires, leur autorisant quelques exploits bien venus, permettant à la bluette sentimentale de gentiment nous rappeler nos souvenirs adolescents, cultivant entre eux une amitié virile et roborative construite à coups de poings dans la gueule et de pieds dans le ventre, la routine quoi, avec un final qui mélange tout ce qu'on a attendu de Règlement de comptes à OK Corral et dans Le train sifflera trois fois.

Mais rien à dire : Bravo (comme Rio!)