Quatre mille six cents euros par mois en début de carrière! Garantis! L’Etat s’engage!

Pour les professeurs? Mais non, voyons, pour les médecins.

Ce chiffre, avancé sans explication, me scandalise un peu. A quoi correspond-il?

Les déserts médicaux (Le Monde daté du Vendredi 14/12/2012) inquiètent visiblement plus que les déserts éducatifs. Pour repeupler les premiers, on discute directement salaires. Pour irriguer les seconds, on produit du discours et on gratouille du texte.

J’ignore ce que prévoit Marisol Touraine, mais elle est allée droit au nerf de la guerre. J’écoute Vincent Peillon rajuster ses lunettes et je ne vois poindre aucun espoir vrai de ressaisissement de la situation.

4600€ mensuels! Allons-y! En gros, on double les salaires des enseignants. C’est une idée. C’est même une excellente idée, de nature à accroître l’appétence des jeunes générations pour le métier. Les candidatures aux concours vont faire un bond en avant. Il faut mettre immédiatement Marisol Touraine à l’Education nationale.

Avec Peillon, nous allons nous noyer dans les détails. On peut consulter son projet de loi d’orientation, à présenter au parlement sauf erreur en janvier prochain (http://static.lexpress.fr/pub/pdf/projet_de_loi_prerose.pdf). On y bidouille l’existant en remplaçant tel article par tel autre sans s’attaquer au fond du problème: quelles structures d’enseignement faut-il inventer pour prendre en charge l’accès de tous à des connaissances et compétences maîtrisées qui en fassent des citoyens éclairés et actifs? Le cadre actuel est inadapté. Donc?

Donc rien. De l’agitation de surface.

La scolarité obligatoire, à saisir dans sa globalité, est le problème fondamental. Il n’est pas mis en lumière. Même la pensée de franche gauche, du côté par exemple de Mélenchon, s’emporte sur les problèmes du supérieur, s’angoisse autour du lycée, s’emballe sur des principes et ne donne pas l’impression de déployer beaucoup d’imagination prospective autour de ce tronc initial de la formation, dont pourtant tout dépend.

Il est à remarquer que, sur cette tranche d’ailleurs réduite à la maternelle et à l’élémentaire dans des propos ministériels (et autres, en fait) qui affirment voir là la nécessaire première étape d’une quelconque réforme, le quantitatif seul est mis en avant: plus de maîtres, plus d’heures de soutien, plus de etc. Où cherche-t-on à penser l’obligatoire comme un bloc de formation ayant sa logique propre, qui ne peut pas consister à en faire un module de préparation à un prolongement d’études au lycée, ce qui garantit l’échec et l’exclusion, au terme d’inutiles redoublements, de tous ceux que le principe de progression collective par classe d’âge renvoie à leurs moindres facultés d’adaptation ?

J’ai vu passer une rapide étude sur le système finlandais, dont on nous dit par ailleurs que s’il a des réussites, c’est en fonction de spécificités du pays qui n’ont que peu à voir avec les méthodes retenues. Sans doute cela joue-t-il un rôle. Il n’en reste pas moins que sont mises en œuvre des logiques d’autonomie locale et de progression modulaire qui demandent à être précisées mais vont dans le bon sens. Chez nous, c’est horresco referens (version latine de la levée de bouclier) et enlisement dans les vieilles formules qui ont fait la preuve surtout de leur inadaptation aux transformations du public scolaire et aux attentes de la société.

Revenons aux déserts médico-pédagogiques. 

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“Les gamins ont encore chahuté en cours de chimie avec des produits inflammables”

Considérons un établissement difficile. Il est nécessairement implanté dans un secteur qui ne l’est pas moins. Quel est dans ce secteur le tissu des services publics, pharmacie(s), médecin(s) et autres? Bon. Eh bien, qui osera proposer – comme on le fait avec cette affaire de 4600€ pour les toubibs – qui osera, donc, proposer de commencer par attirer des enseignants à coup de réels avantages du type “traitement majoré de 33% - logement de fonction confortable dans un immeuble du secteur – mise à disposition d’une ligne à très haut débit - …”?

Les secteurs difficiles sont d’abord à réinvestir socialement en y réintroduisant cela, des enseignants, des médecins, des services. C’est évident, et personne ne s’y risque. Faute de quoi, je crains qu’on ne tourne en rond avec des professeurs – je l’ai connu et je l’ai à ma grande honte pratiqué – qui viennent en rasant les murs s’acquitter de leur quota horaire et repartent de même et vite vers des lieux moins inhospitaliers. Assainir la pédagogie, c’est aussi, avant, pendant et après, assainir le quartier. Qui considère le problème dans son ensemble, dans cette perspective?

Tant à faire. Au lieu de quoi…