PlantuEcole En mettant un peu d’ordre dans mon bureau avant de le déménager, je retrouve un de mes derniers « Carnets de prof », de 2002  je crois, et au dos de la page de couverture, ces deux dessins de Plantu.

Il y a dix ans, donc. Et je suis à peu près persuadé que le dessin pourrait même avoir vingt ou trente ans et être néanmoins, alors comme en 2002 et comme aujourd’hui, d’actualité. Tout y est en deux croquis.

Qui a encore envie de gravir le golgotha pédagogique ?

Comment se fait-il que l’on soit passé de l’appétit d’enseigner d’avant Mai 68, que bordait cette angoisse de l’être (j’entends, d’être enseigné) qui justifia une révolte lycéenne, à la situation inverse : joie mauvaise de l’enseigné tout à sa satisfaction de « foutre la merde » et « déprime de l’enseignant débordé » ? Je noircis ? Bien sûr, bien sûr , mais pas tant !

Vincent Peillon, puisqu’il faut paraît-il l’appeler par son nom, a-t-il son dossier prêt ?, sa solution en boîte ? Sa philosophie – lui qui en fut agrégé – est-elle affûtée ?

On va lui suggérer deux-trois bricoles.

Et d’abord ceci : la nécessité absolue de dessiner avec précision un souhaitable pour pouvoir dégager le possible qui dans un premier temps le précédera. Ce souhaitable ne doit pas s’embarrasser de réalisme, le possible s’en chargera, mais il doit montrer le chemin.

L’état d’esprit doit changer dans les établissements scolaires. Le slogan de campagne de l’impétrant – pour parler le Montebourg -, « le changement c’est maintenant ! », il est en ce sens, et éducativement, réalisable. Ce sera déjà un très grand pas.

Une « Opération établissements » doit être immédiatement enclenchée.

Le peuple enseignant est sensible aux discours et globalement respectueux des mots d’ordre de sa hiérarchie. Vincent Peillon, puisqu’il faut paraît-il l’appeler par son nom, doit immédiatement convoquer une réunion des recteurs d’une part, une assemblée plénière des deux inspections générales de l’autre.

Les recteurs ne constituent pas un groupe important, une trentaine. On peut dialoguer avec eux comme avec une classe. Il ne faut pas faire l’erreur de Savary qui en 1981 les considérait comme des exécutants. Il ne doit d’ailleurs plus y avoir d’exécutant, à aucun niveau. L’autonomie de chacun doit être pleine, la philosophie générale étant précisément énoncée (mais sans se perdre dans les détails), au risque, qui doit être encouragé, de se voir remercié après jugement sur les résultats.

J’encouragerai Vincent Peillon à faire aux recteurs un exposé d’ensemble fouillé de ses intentions. Il définira ses objectifs à long terme pour l’école (le souhaitable), puis laissera trois heures aux hauts fonctionnaires pour rédiger, chacun, sur place, un rapport à lui remettre immédiatement sur leur interprétation de ce qui vient de leur être proposé,  avec les réflexions immédiates qui leur viennent, leur vision des possibles qu’à leur niveau (régional) ils peuvent rapidement engager s’ils adhèrent au dessein, leur souhait de retrait sinon.

Correction des copies, remise des devoirs, bilan général, éviction des inaptes déclarés ou constatés  : sous huitaine . Les secrétaires généraux des rectorats décapités gèrent les affaires courantes ; appel à candidatures pour les places libérées. Les postes doivent être pourvus pour le 15 juin.

Le cas des inspecteurs généraux est un peu différent. Plus nombreux (300, à la louche), ils constituent une petite réserve de bons spécialistes susceptibles d’être un facteur d’impulsion important … qu’il reste à convaincre. Il y aura, nécessairement,  quelques blocages, mais ce sont là des personnels très sensibles à la pesée hiérarchique et ces blocages seront limités, solubles dans des responsabilités extra-pédagogiques utiles … ou des départs à la retraite anticipés.

La démarche sera – ayant décrété un moratoire des inspections sous toutes leurs formes en usage – de mettre les inspecteurs généraux en position de missi dominici auprès des recteurs, avec autorité opérationnelle sur les corps d’inspection régionaux et départementaux, pour engager immédiatement, dans les établissements, un mouvement de renouvellement de l’état d’esprit  et des pratiques enseignantes visant à optimiser sans attendre l’utilisation des compétences disponibles dans le sens des objectifs visés (le souhaitable de long terme énoncé).

Les délais sont très courts, mais il faut absolument amorcer l’affaire.

On peut jouer – et compter – sur l’intérêt d’une partie non négligeable du corps enseignant que la perspective d’une véritable chance de novation mobilisera.

Je proposerai le calendrier suivant à un Vincent Peillon, puisqu’il faut paraît-il l’appeler par son nom, désigné officiellement à la veille de l’ascension :

Conférence de presse (sans tous les détails ; philosophie d’ensemble): lundi 21 mai

Opération « recteurs » - phase 1: Mardi 22 Mai.

Convocation plénière des Inspections générales :

-       mercredi 23 mai : Présentation magistrale du dessein éducatif / Travail de discussion-échange en petits groupes (d’une petite vingtaine) dotés d’un rapporteur  / Présentation des rapports – examen des réactions

-       jeudi 24 mai et vendredi 25 mai : poursuite des travaux. Organisation de la ventilation et des missions réparties pour un engagement de l’opération « établissements » le mardi 29 mai.

 Opération « recteurs » - phase 2 (remise des copies et conséquences) : mercredi 30 mai.

Canevas de l’« Opération Etablissements ».

Arrière-plan/Cadre souhaitable des réflexions :

-       évolution vers deux blocs de formation initiale : 1-école obligatoire 6 ans-16 ans sans solution de continuité /  2- lycée

-       gestion éducative des élèves de 8h à 18h

-       organisation des enseignements/activités en deux mi-temps : l’un, en petits groupes de niveau-matière, sanctionné par l’acquisition d’unités de valeur – l’autre en classe entière mettant en œuvre les acquis individuels pour bâtir, autour de la consolidation d’un socle commun, une formation générale de dialogue et d’ouverture au monde

-       ouverture au co-pilotage des séquences en classe entière

-       intégration par co-pilotage des enseignants débutants

-       évolution vers le « tout-sur-place » (travail des élèves et des enseignants) dans des locaux adaptés à cette fin

-       autonomie de gestion pédagogique des équipes éducatives

-       élection des chefs d’établissement (CDD 3 ans – renouvelable) par les équipes éducatives, sur projet-programme

-       l’établissement comme facteur essentiel à autonomie large d’un ressaisissement civique et citoyen en dialogue avec les autorités publiques et les acteurs locaux de la société civile 

29-30-31 mai : Réflexion au niveau rectoral (Recteur, Secrétaire général, Inspecteurs généraux missionnés, Inspecteurs d’académie (DSDEN et IPR), Inspecteurs de l’éducation nationale (IEN, IEN-ET, IEN-IO)) – Organisation et contenu de visites d’explication –dialogue-sensibilisation dans les établissements scolaires à mettre en route le lundi 4 juin en collaboration avec les chefs d’établissements.

Vendredi 1er juin : convocation à l’Inspection académique des chefs d’établissement et directeurs d’école pour la présentation dialoguée des visites d’établissement, sous la responsabilité de l’IA-DSDEN

4 juin – 26 juin : balayage des établissements ; contact avec les enseignants et tous les personnels des équipes éducatives ; échanges autour du souhaitable et du possible ; examen des marges immédiates d’autonomie ; mise en route de réflexions locales  pour la rentrée de septembre …

27 juin : convocation à l’Inspection académique pour réunion- bilan des chefs d’établissement et directeurs d’école suite aux visites d’établissement, sous la responsabilité de l’IA-DSDEN

28-29 juin : Réflexion-Bilan de l’opération « phase de balayage » au niveau rectoral (Recteur, Secrétaire général, Inspecteurs généraux missionnés, Inspecteurs d’académie (DSDEN et IPR), Inspecteurs de l’éducation nationale (IEN, IEN-ET, IEN-IO)) – Elaboration et diffusion immédiate dans tous les établissements (par mail / pièce jointe) d’un très court document de synthèse ouvrant des pistes pour la rentrée de septembre.

(Suspension des cours le vendredi 29 juin au soir)

2 juillet – 6 juillet : mobilisation de l’ensemble des personnels dans les établissements :

-       gestion « éducative » des élèves souhaitant bénéficier d’un accueil

-       examen du document de synthèse transmis par le rectorat

-       élaboration d’une politique d’établissement pour la rentrée de septembre 2012 (PER2012) valant projet d’établissement

(La rentrée des élèves est repoussée au jeudi 6 septembre 2012 avec accueil possible à partir du lundi 3)

3-4-5 septembre :   mobilisation de l’ensemble des personnels dans les établissements :

-       gestion « éducative » des élèves souhaitant bénéficier d’un accueil

-       mise en place « organisationnelle » de la politique d’établissement (PER2012) arrêtée début juillet

Voilà, en gros ….