AutreMonde

Réflexions sur l'actualité de l'Education Nationale et... Commentaires divers et parfois développés (humeur, lectures, spectacles) .

20 mai 2009

Gavalda-Breitman : Je l’aimais

C’est un joli petit film sur un joli petit roman. Mais guère davantage. J’avais envie de voir Auteuil dans ce rôle de sexagénaire fatigué, ému par l’effondrement de sa belle-fille abandonnée par son propre fils, et renvoyé vingt ans en arrière à une liaison qu’il avait reçue comme un miracle, et piétinée.

Le petit roman d’Anna Gavalda – il vient de ressortir avec une image du film en couverture  (Éditions  J’ai lu) – est enlevé, agréable à lire, mais pas plus que le film, qui lui est très fidèle, ne parvient à donner une véritable chair à un improbable coup de foudre . Et la relation assez fantasmatique de l’industriel coincé dans sa quarantaine besogneuse et conjugale et de la trentenaire hypervitaminée, polyglotte et rieuse qui lui tombe littéralement du ciel en traductrice lors d’une mission commerciale délicate à Hong-Kong fournit quelques bons moments de cinéma sans guère acquérir de crédibilité.

Le roman fouille mieux que le film les raisons de l’échec - au fond désiré du côté du partenaire masculin – d’amours trop suspendues au fragmentaire, à l’improvisation, à l’hôtel de luxe et à la pratique aéroportuaire d’un couple dépendant des démarches à l’international de la petite entreprise que dirige Daniel Auteuil (Pierre Dippel). Il est convenu qu’on ne se voit « qu’à l’étranger », faute de passer le Rubicon du divorce. Et puis, au bout de cinq ans et sept mois, le constat d’échec. Game is over. 

Tout ça n’est pas mal raconté, avec une prime au roman pour la partie actuelle, plus développée, qui fait le cadre du récit, le huis clos dans un chalet de montagne du beau-père, conteur  consolant, et de la belle-fille délaissée, lestée de ses deux gamines, même si la mise en images de Zabou Breitman est très bien venue .

Sur la question de fond, la pulsion de départ, les raisons égoïstes de n’y pas céder, les coups de pouce du sort, on suit l’affaire avec intérêt mais il me semble qu’on reste assez extérieur. Pourquoi une fille lumineuse jette-t-elle son dévolu sur un assez médiocre interlocuteur amoureux ? On voit trop mal ce qui peut plaire dans ce Pierre Dippel par ailleurs peut-être confié maladroitement à Auteuil qui tire le personnage vers une humanité dont le roman ne le créditait pas. On aurait davantage vu  un Bruno Crémer dans le rôle. Non, décidément, on n’arrive pas à sentir Marie-Josée Croze (Mathilde Courbet ) amoureuse.

Malgré toutes ces réserves, l’ensemble livre-film reste un divertissement conseillé. Parce que le thème nous concerne tous, parce qu’il y a de belles images de cinéma, parce que les acteurs sont de qualité, avec – déjà repérables dans le livre – deux scènes d’anthologie, d’une part celle de l’explication conjugale dans une pizzeria à partir du classique « Je sais tout », d’autre part celle de la séduction en pleine séance de présentation des vertus d’une cuve plus ou moins isotherme à des acheteurs potentiels chinois et hilares. À côté des deux premiers rôles déjà cités (Daniel Auteuil / Marie-Josée Croze), les prestations de  Christiane Millet (Suzanne, l’épouse) et de Florence Loiret-Caille (Chloé, la belle-fille, touchante) sont convaincantes.

Zabou Breitman a modifié de façon particulièrement heureuse et inspirée la chute du livre, remplaçant la parabole qui voulait en tirer en quelque sorte la morale par un long et très beau plan  intégrant le visage progressivement revenu à l’espoir de  Chloé. On est face à un magnifique lever de soleil sur la montagne, au sortir de cette nuit blanche où tout fut raconté, quand, laissant son beau-père endormi sur l’épuisement de sa réminiscence, la jeune femme  se porte sur le seuil du chalet. Il reste encore à vivre.

Posté par Sejan à 10:53 - Sorties / Spectacles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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