AutreMonde

Réflexions sur l'actualité de l'Education Nationale et... Commentaires divers et parfois développés (humeur, lectures, spectacles) .

27 février 2009

Ford Gran Torino 1972

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Donc, le dernier arrivage Eastwood :  Gran Torino.

On a paraît-il été 40 000 ce mercredi 25/2 à s’y précipiter ...

Ça m’arrive rarement, mais Eastwood… C’est un bon film, indiscutablement. « Le grand œuvre crépusculaire de Clint Eastwood » titrait Le Monde  (Jean-Luc Douin) daté du jour. Télérama (Louis Guichard) avait préféré : « Chasseur blanc, cœur d’or / Eastwood peaufine sa légende », avec une critique finalement assez en demi-teinte. Non, c’est excellent.

Mais ce qui m’étonne, c’est que dans aucun de ces deux « papiers » (ailleurs ? peut-être …), il n’est envisagé de chercher la leçon du film, d’en évaluer la portée et la pertinence.

Car à l’évidence, Eastwood a indiqué une piste, et laissé le spectateur conclure sur la question de son efficacité.

Le Monde sent l’affaire, mais n’en déduit rien : « Après ‘Dirty Harry’, une ‘manière plus intelligente’ de régler les problèmes … ». Voire. Et c’est de cela qu’il faut dire deux mots.

Walt Kowalski est un ancien de la guerre de Corée, copieusement aigri, raciste et bougon, récemment veuf, plus qu’en délicatesse avec ses deux rejetons mâles, insupportablement américains et glorieusement « beaufs » à la manière outre-atlantique, géniteurs de gamins insupportablement ‘Iphone’, etc.

Walt Kowalski s’entête à tondre sa pelouse, siffler ses bières et manger son bœuf séché en compagnie de sa chienne Daisy, vague golden retriever bonasse et vieillissant, et au cœur d’un quartier  qui se remplit d’asiatiques en voie d’américanisation dont les particularismes de tous ordres alternativement l’accablent et lui déclenchent des poussées d’adrénaline. Et Walt Kowalski, irrécupérable fumeur, crache du sang.

Sur cette toile de fond – parfaitement bien peinte – les tentatives de « protection » d’une bande de voyous en situation affirmée mais non avérée de cousinage à l’endroit de ses immédiats voisins vont le conduire plus ou moins contre son gré à se retrouver en position, au propre et au figuré, de chevalier blanc. Et dans un premier temps, effectivement, sur une ligne de conduite qui peut rappeler le Dirty Harry  de ses débuts.  On sort le flingue, on tabasse un voyou et …. et  voilà la rupture scénaristique : loin de régler les problèmes, on déclenche l’escalade de la violence et ce sont ceux qu’on a pris sous son aile qui paient les pots cassés.

Dans le tableau d’ensemble de ses relations avec ses voisins asiatiques  au bénéfice desquels, comme disait le peu regretté Jospin, Kowalski a « brisé l’armure », dans la peinture de ses relations avec le « puceau de 27 ans sur-éduqué » (c’est de lui) qui fait le pasteur dans le coin, dans ses relations à l’agressivité verbale ludique, chaleureuse et communautariste (on se perçoit et s’insulte au second degré comme irlandais, polak, rital …) avec son réseau de vieux copains, dans sa prise en main – pour en faire un homme, un vrai – du petit coréen timide d’à côté, le film est beaucoup plus riche que la ligne schématique qu’esquisse le paragraphe précédent ne pourrait le laisser supposer, mais elle pointe le problème essentiel : peut-on sortir de la violence sans en passer par la violence ?

Car ce que le film dessine, dont on ne sait en fait s’il le propose ou s’il veut prouver  l’aporie (l’impasse, l’absence d’issue rationnelle, raisonnable …) de la situation en soulignant l’absurdité de l’alternative indiquée, ce que Kowalski tente, prenant acte de l’engrenage dans lequel il est - et malgré eux ses protégés – engagé, ce que Kowalski tente pour s’arracher à la spirale de la vengeance itérée, c’est le sacrifice christique et pour finir, lui, les bras en croix sur le trottoir, criblé de balles, un briquet à la main, un briquet l’instant d’avant volontairement brandi dans une gestuelle de duel au revolver, assumée et  assurée de déclencher la fusillade. Il s’est arrangé pour donner à l’affaire des témoins. Les voyous vont partir cette fois « pour longtemps » sous les verrous. Le quartier va pouvoir retrouver un équilibre. Il n’est pas mort pour rien. Il le veut, il le croit, on nous le laisse croire ….  et on se demande, in fine, si c’est bien le message d’Eastwood, si c’est du lard  ou du cochon….

Car l’absurde de ces affaires, c’est que le mal est déjà, et largement, fait, dont une gentille, intelligente, ouverte et dynamique Sue a fait les horribles frais, un mal qui ne se répare pas à coups de bons sentiments et de messages d’espoir.

Car l’absurde, c’est qu’on ne peut sans doute rien attendre des effets thérapeutiques de l’emprisonnement de voyous incultes dont la rédemption par cheminement carcéral relève – il y en a …- de l’exception statistiquement inefficace.

Car l’absurde, en conséquence de ce qui précède, c’est  que le film n’envisage que la mise à l’écart  provisoire de jeunes à problèmes qui sortiront donc un jour en moins jeunes à plus gros problèmes.

Car l’absurde, c’est qu’à vouloir interrompre l’escalade de la violence, Kowalski a seulement choisi de s’en appliquer  l’aboutissement extrême et qu’en se sacrifiant, il a quoi qu’il en soit opposé à la violence de l’autre celle qu’il a décidé de s’infliger, ne faisant qu’imposer  à Dirty Harry de changer  de cible. Le problème est du coup résolu pour lui. À y bien réfléchir, pas pour ceux qui restent. 

S’en sortir sans prêchi-prêcha ? Je ne crois pas à la « récupérabilité » des jeunes qu’on nous montre. La solution est nécessairement en amont, très en amont, dans une modification complète des règles de fonctionnement social, dans un changement de société qui, par l’éducation et l’école, par la redécouverte chez les adultes installés d’une forme de vertu altruiste ouverte qui permette l’accueil de l’autre, « change complètement la donne ». Or cela paraît impossible.

Si  on ne trouve pas le moyen de parier, dans l’action politique, sur ce genre d’utopie, et je suis persuadé que subliminalement, c’est ce que le film souligne, c’est l’impasse et  qui ne laisse subsister qu’un retour aux  fantasmes éradicateurs de Dirty Harry. Sans une prise de conscience qu’Eastwood ne souligne pas, n’évoque pas, n’indique pas, par l’échec à mon avis potentiel du sacrifice individuel qui clôt le film, seule reste ouverte la voie des massacres à suivre. 

Tout, y compris la crucifixion que choisit Walt Kowalsky dans son beau costume tout neuf, avec ses cheveux fraîchement coupés pour la circonstance, tout est plus facile que l’effort pesant, quotidien, entêté, de la tolérance, de l’ouverture à l’étranger, du partage des acquis, du sacrifice des avantages, du primat de l’intérêt général sur l ‘intérêt particulier, tout.

Et c’est pourquoi ce  film, beau divertissement qui m’a réjoui en tant qu’Eastwoodmaniaque, ne m’a pas rendu optimiste. Au train où nous sommes partis, et qu’il nous montre, il ne fera pas jour demain.

Posté par Sejan à 18:15 - Sorties / Spectacles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


16 février 2009

Commentons, commentons ...

En restera-t-il quelque chose ?

Ce qui suit n’est que le commentaire que j’ai proposé sur trois blogs qui ont, chacun avec  des nuances qui lui sont propres,  rassemblé ces derniers jours leurs forces afin de partir en guerre à la fois contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs et contre les perspectives de mastérisation des concours de recrutement

Le blog de Jean-Paul Brighelli (http://www.bonnetdane.midiblogs.com)

Le blog de Luc Cédelle (http://www.education.blog.lemonde.fr)

Le blog de Philippe Watrelot(http://philippe-watrelot.blogspot.com)

                                                                                                                      Le premier est professeur (en classe préparatoire- lettres) au Lycée Thiers (Marseille), grand pourfendeur du « pédagogisme » ; le second est journaliste au journal Le Monde, spécialiste des questions d’éducation ; le troisième, professeur de sciences économiques et sociales,  est investi de fonctions aux Cahiers pédagogiques et enseigne à l’IUFM de Paris.

*          *          *

Commentaire …..

Les palinodies du pouvoir auxquelles nous allons continuer d’assister tant sur la question du statut des enseignants-chercheurs que sur celle de la mastérisation des concours de recrutement sont évidemment navrantes. Mais le ministère n’est pas, dans ces affaires, tout noir. De la Maternelle à l’Université, la faible capacité des titulaires en place à se remettre en question  transforme trop facilement  en indignation vertueuse de simples réflexes de repliement sur des avantages acquis. Le conservatisme, dans ce qu’il a de plus négatif – sous réserve d’un inventaire plus poussé – n’est pas du côté de la réforme, rejetée si j’ose dire « génériquement », c’est à dire, dans le milieu enseignant, en bloc, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne.

C’est cela qu’il faut accepter d’entendre. Ensuite on peut rediscuter du fond. Et redire qu’on voit de tous côtés à l’œuvre l’art de compliquer des choses simples.

De la maternelle à l’université (au niveau bac+5), l’Ensemble des Connaissances relevant de l’État arrêté/Actuel du Savoir doit être atomisé (E.C.E.A.S.) en micro-modules accessibles par emboîtement et/ou accumulation. Une mer d’unités de valeur. Où puiser tout au long des cursus.

A - Mastérisation ….

Dans les deux champs fondamentaux que sont la Maîtrise de la Langue Française et la Culture Générale, un ensemble d’unités de valeurs doit être défini, dont l’acquisition-validation à Bac+3 vaille licence M.L.F./C.G. et permette  d’être candidat  à un concours unique de recrutement qui, réussi, confère le statut de fonctionnaire et dont la finalité, au-delà,  soit double :

- à titre principal, engager l’impétrant dans deux années de formation supplémentaires préparant à son entrée sur concours dans le corps enseignant…..

- à titre secondaire, soit en raison de son échec au concours terminal (à Bac+5) de recrutement, soit en raison de son souhait de reconversion au bout d’un an, lui garantir un emploi dans la fonction publique.

Les deux années de formation supplémentaire évoquées correspondent :

La première à une prise de contact approfondie avec la fonction enseignante (mi-temps en « doublette » et à responsabilité réellement partagée avec un titulaire en place), et à l’acquisition, dans le champ souhaité d’exercice de la fonction (polyvalence ou enseignement mono-disciplinaire) d’un ensemble d’unités de valeurs que validera globalement un Master1.

La possibilité est offerte de quitter le cursus à ce niveau (Bac+4) en raison d’une « incompatibilité d’humeur » avec les exigences pédagogiques découvertes lors du mi-temps de contact avec la fonction enseignante.

La seconde année est une année de préparation universitaire axée sur l’acquisition d’un Master2 dans le champ d’exercice retenu (polyvalence ou mono-disciplinarité) et sur la préparation du concours de recrutement final correspondant.

L’échec au concours renvoie sur un autre emploi de la fonction publique.

Je n’insiste pas sur l’entrée en fonction définitive, au-delà, qu’il n’est pas possible de maintenir dans l’isolement des pratiques actuelles et dont le succès exige que soit redéfinie l’autonomie des établissements et installés des fonctionnements en équipe prenant entre autres en charge l’encadrement-soutien des débuts de carrière.

B – Enseignants-Chercheurs …

Le travail des universitaires enseignants-chercheurs est à l’évidence d’enseigner l’état actuel des connaissances (ci-dessus ECEAS) et d’en affiner la maîtrise et élargir le champ (Recherche). La dimension « enseignement » devrait correspondre à un service imposé systématique de douze heures hebdomadaires. Les activités de recherche doivent s’adosser à des thèmes précis définis en amont (dossiers) avec estimation de durée et calendrier de bilans d’étapes. Elles doivent être contractuelles. C’est une fantaisie que d’affirmer la nécessité d’un horizon sans contrainte pour permettre à l’inventivité de se déployer. La rémunération de l’enseignant-chercheur en tant que fonctionnaire comme son déroulement de carrière sont à installer  sur la base de son seul service d’enseignement. Les activités de recherche sont à financer par des bourses (d’état ou relevant de la commande d’organismes privés) et constituent la part mobile (et indépendante du salaire) de sa rémunération.

…………..

Je ne comprends pas que cette grille simple ne parvienne pas à émerger et à servir de cadre au règlement des questions soulevées.

L’enseignement doit d’abord s’appuyer sur la maîtrise de la langue et la culture générale, quoi qu’on prétende transmettre. Un pré-recrutement sur concours adossé à une licence MLF/CG (cf. ci-dessus) me semble donc indispensable.

La recherche n’est pas une abbaye de Thélème pour privilégiés. C’est une activité orientée vers le progrès de tous à partir des capacités de quelques-uns. Elle peut s’appuyer sur des propositions isolées, elle ne peut pas négliger les attentes collectives. Et elle est « à thèmes ». On ne cherche pas à vie tout et n’importe quoi. 

Il y a par trop, dans les difficultés du moment, dilution des exigences premières de l’intérêt général au bénéfice des frilosités installées et du confort des échecs acceptés.

Posté par Sejan à 11:20 - Système Educatif - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 février 2009

Trois Sorties

.... et trois spectacles .

Les ai-je vraiment choisis ?

Des circonstances familiales m’y ont jeté et ma foi, autant être dès lors spectateur bonhomme et attentif.

Dimanche matin 8/2 :  J’ai dû assurer la nuitée des trois petits-enfants et j’avais promis un film matinal à suivre à l’UGC Cité-Ciné des Halles. On s’est couchés un peu tard la veille et on a raté la première séance. On est prêts pour celle de 11h05. Ce sera « Volt, star malgré lui » (Disney, Studios Pixar. Film d’animation). Télérama est content et j’avais lu la présentation de Pariscope : « Elevé dans un studio de cinéma, un jeune chien, star d’une série télé, est persuadé qu’il possède les pouvoirs que le scénario lui a attribués. Un jour il s’échappe et, perdu, tente de retrouver sa jeune maîtresse en découvrant la vraie vie. Une folle randonnée pleine d’aventures et de rencontres ».

Ça devrait aller.

Et effectivement, ça va.

La salle était bondée de parents ou grands-parents privés de messe* (?) et promus accompagnateurs de bambins surexcités, sur un principe qui semble s’apparenter à celui des charters car le quota d’enfants par adulte m’a paru anormalement élevé. Procréerions-nous tant que cela ?

Enfin, tout le monde s’est bien amusé. Le film est très enlevé, un peu difficile peut-être au départ pour les moins de sept ans car il faut repérer l’emboîtement / mise en abyme, « film dans le film », des séquences télé. Celle qui sert d’ouverture est d’ailleurs époustouflante. Mais les petits personnages annexes sont épatants (un hamster nommé Rhino, groupie de Volt ; une chatte de gouttière noire et blanche, compagne d’abord contrainte puis consentante de l’expédition, qui répond au nom de Mitaine et dont le pouvoir de séduction est indiscutable (je l’ai trouvée carrément irrésistible)) et le spectacle est réjouissant. Bien sûr, c’est très « américain », plein de morale et de bons sentiments, mais enfin il y a quelques clins d’œil plus décapants et on ne regrette pas le voyage. 

·        À propos de messe, mon anticléricalisme viscéral s’est régalé, au hasard d’une relecture cette semaine de La Nausée (Sartre) de cette notation : « C’est dimanche : (…) dans les églises, à la clarté des cierges, un homme boit du vin devant des femmes à genoux » .

Fin d’après-midi, même jour: J’avais la charge diurne (nuitées dans un hôtel convenable du quartier) et pour quatre jours d’une très dynamique nonagénaire (largement nonagénaire !) niçoise (descendue d’avion à Orly vers 14h) dont le programme de sorties comportait deux prestations théâtrales pour lesquelles j’étais sommé de jouer les escort boys.

Le programme du premier jour : Tous les algériens sont des mécaniciens, de Fellag, avec Fellag et Marianne Epin. Au Rond-Point des Champs-Elysées à 18h30.

Le théâtre du Rond-Point offre  - et c’est relativement rare – une assez large palette de tarifs selon le statut et l’âge, de 10 à 33 euros. Notre statut commun de « seniors » nous classait sur l’échelle à 24. Ma suggestion à la caisse de distinguer entre « vieux » (moi) et « très-très vieux » (ma cavalière) pour tirer encore un peu son tarif vers le bas n’a pas été retenue ….

La critique (en tout cas celle de Fabienne Darge dans Le Monde de Jeudi 29/1) était prometteuse.

Promesse non tenue. J’ai trouvé le spectacle un peu poussif. Marianne Epin n’a rien et ne fait rien pour passer pour une femme de « là-bas ». Fellag a écrit un texte sans grand génie, qui détaille tranquillement les difficultés d’un quotidien qu’on voit miné par la pénurie et qui joue, dans une provocation émoussée, de l’aspiration de l’algérien de base à venir profiter de la sécurité sociale de l’ex-colonisateur. Les sketches sont étirés et Fellag accroche de temps en temps son texte.

Mais la salle, comble, était visiblement remplie à 99% d’inconditionnels, et les quelques rares répliques en arabe déclenchaient des houles – au demeurant sympathiques – de complicité avec le public. Des pieds-noirs ? Des fils de pieds-noirs ? Sinon ? Rien dans le look dominant ne faisait particulièrement penser à des spectateurs venus de l’immigration. Étonnant. En tout cas, l’aimable douairière qui me donnait le bras en manteau de vison (mais si !) et qui ne quitta qu’à regret Oran en 1962 était enchantée.

Lundi soir 9/2 : Il fallait se transporter pour 21h30 à l’Aktéon Théâtre, 11, rue du Général Blaise, dans le XI° arrdt. « On » avait une amie d’Avignon qui avait vu le spectacle cet été dans le festival « Off » et l’avait recommandé. L’actrice était délicieuse et pétillante, « on » pouvait y aller de confiance, etc.

À 94 ans et par grand-froid, même en manteau de vison, c’est en taxi qu’on se déplace. Et comme un escort boy n’est pas là pour engager des frais mais seulement pour faire des grâces ( ?), on lui confie son épais porte-monnaie : « Écoutez, gardez-le, occupez-vous de régler, je suis trop maladroite avec l’argent liquide ». Il y a une station de taxi en bas de la rue Soufflot, au pied de l’immeuble, et il y a même en quasi permanence des taxis à la station. On montait dans une grosse Mercedes grise à 20h45.

Dans la vie de mon chien est un « seule en scène » écrit et joué par Isabelle Jeanbrau. Mise en scène de Laurent Maurel. Le lundi et le mardi jusqu’au 3 mars. C’est excellent.

Le Figaroscope de ce  mercredi 11 a rendu compte du spectacle à l’unisson de mes impressions : « Loustic est un petit chien malicieux et surtout très observateur. Il ne se lasse pas de scruter les mœurs et coutumes de ses amis bipèdes. Et principalement deux d’entre eux, Stella et Paul, ses maîtres patentés (…) Vue par Isabelle Jeanbrau, l’expression « vie de chien » perd vraiment tout son sens. Ce loustic-là a une bonne nature et prend la vie avec une philosophie joyeuse. Il faut dire que Mlle Jeanbrau lui prête son sourire, son enthousiasme et sa bonne tête. Elle est étonnante dans ce rôle de chien. Au-delà de sa performance de comédienne, c’est de grâce qu’il s’agit. On sort du spectacle avec le cœur léger ».

Oui, c’est à peu près ca, en mieux même. Et j’ai trouvé très touchant, derrière quelques morceaux au franc comique, ce portrait humoristique d’un couple en échec peint par un beagle rempli d’un étonnement empathique et distancié.

Quant à la « performance de la comédienne », elle m’a semblé, ce lundi-là, assez extraordinaire. Recommandé.

Ensuite, l’escort boy a pu lever le pied, mais on lui a substitué le cuistot et je me suis lancé, non sans talent, dans la purée (la vraie !) - saucisse, le poivrons sautés - boudin, le poulet-frites, le couscous (incontournable, Fellag, etc.)  et la soupe de légumes. Le coup de  fourchette invité était solide. Il faut se maintenir, à ces âges … 

Posté par Sejan à 11:43 - Sorties / Spectacles - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 février 2009

Sauvons nos avantages ...

L’université et son amont.

L’agitation universitaire ne me fait pas bonne impression. Plus exactement, elle ne contribue pas à construire cette image enseignante que j’aimerais pouvoir conserver à l’abri de jugements comme celui de F.O.G. par exemple (Franz-Olivier Gisbert), dans Le Point du 05/02  qui titre son billet: L’idéologie du père Peinard. Quel que soit le partage des torts auquel on procède, on ne peut pas lui contester ceci : « La France est un des pays d’Europe qui dépense le plus pour son système éducatif, avec les résultats que l’on sait ».

Alors ?

Du haut de la chaire « Savoirs contre pauvreté » qui vient de lui être accordée au Collège de France, Esther Duflo, économiste du développement, semble vouloir étendre à la réflexion française celle qu’elle développe aux États-Unis autour de l’évaluation des programmes de lutte contre la pauvreté dans le monde, arguant que : « Cela fait un demi-siècle qu’on dépense de l’argent dans les pays en développement, sans jamais vraiment se donner les moyens de vérifier si ça marche ou pas, comment et pourquoi ». Il est très tentant de transposer au système éducatif ce type de jugement. L’investissement, de fait, n’y est pas significativement productif, tandis que les problèmes qu’il est censé réduire sinon résoudre, s’aggravent. La fuite en avant y est systématiquement préférée aux difficultés de la remise en question.

Alors ?

Jean-Robert Pitte (Ancien président de l’Université Paris-Sorbonne, membre de l’Institut) a développé dans les colonnes du Monde (vendredi 06/02) une argumentation critique qui me semble judicieuse et qui ne plaira pas. Il titre : Les universitaires doivent prendre leurs responsabilités. Et il énonce par exemple : « Tout professeur sait combien les cours aident à clarifier les sujets traités et conduisent même parfois à des intuitions fulgurantes. A contrario, on sait que dans certaines disciplines, dont les sciences humaines, les chercheurs purs relevant de divers organismes ne brillent pas toujours par leur clarté et leur originalité, sans parler de la rareté de leurs publications ».

Il y a certainement des problèmes de méthode et il y a eu des maladresses d’approche, qui ont fait, comme un seul homme, se redresser la susceptibilité enseignante outragée, s’exprimant entre autres à travers le collectif « Sauvons l’Université » : « Le président de la République a agressé le monde de l’enseignement supérieur en affirmant que nous formons mal et que nous cherchons mal » (… dans le même numéro du Monde).

Malheureusement, de collectif en collectif, de Sauvons l’Université en Sauvons la Recherche ou Sauvons les Lettres ou etc., une pénible impression de «Sauvons nos avantages » domine.

Sur le fond, le problème auquel on se heurte est celui – et c’est ce qui rend intéressant et nécessaire de suivre l’affaire - auquel conduirait également une autonomie pédagogique et de gestion complète – pour laquelle je plaide – des établissements scolaires de la formation initiale : comment optimiser au sein d’une gestion collégiale, au sein d’un travail d’équipe, la répartition des responsabilités et des tâches, au mieux des intérêts des étudiants / élèves et, au-delà, au mieux de l’intérêt général ?

La spécificité de la question, c’est qu’elle ouvre – la nécessité de définir des procédures franchie – sur une autre, beaucoup plus incertaine, qui est celle de la qualité des hommes chargés de mettre en œuvre ces procédures… Ce qui débouche inévitablement sur les questions de recrutement et de formation quand on pense d’abord – ce qui est mon cas – école/collège/lycée.

Dans le blog qu’il tient en marge de son activité au Monde, Luc Cédelle a ouvert le débat à une note de réflexion de Jean Ferrier, Inspecteur Général Honoraire, ancien Directeur des Ecoles au Ministère, ancien recteur de l’académie de Poitiers, etc.

Jean Ferrier s’y penche sur la « mastérisation » du recrutement de tous les professeurs (c’est-à-dire en gros le « Bac + 5 ») qui doit se mettre en place en 2010.

Jean Ferrier fait état de différentes craintes ou difficultés potentielles concernant:

. un effet négatif du prolongement des études sur la démocratisation de l’accès à la fonction enseignante

. une place au mieux insuffisante accordée à la psychologie (de l’enfant, de l’adolescent), à la sociologie, à la didactique, à l’histoire de l’école …

. la non-prise en compte dans une approche trop unifiée des spécificités des différents types d’enseignement, de la maternelle au lycée

. l’aptitude de l’université à prendre en charge les aspects non strictement du ressort de la  compétence académique (disciplinaire) du métier

. le flou d’une définition imprécise des stages préalables aux responsabilités des élèves-professeurs

. le brouillard qui entoure la notion de formateur

. le décalage en âge et l’allongement de la carrière à suivre, sans esquisse sur de pourtant nécessaires possibilités d’évolution (formation continue et variété des tâches)

Tout cela est sans doute pour l’essentiel recevable, mais je me demande s’il ne faudrait pas avant tout le resituer dans une autre approche de la question, exigeant qu’on soit au préalable d’accord sur les formations initiales que les maîtres à recruter auront à prendre en charge, autrement dit sur la réforme à mener des études primaires et secondaires.

Partisan d’une fusion de l’école et du collège en une structure unique, l’École de la scolarité obligatoire, où interviendraient sur un mi-temps des cursus des maîtres polyvalents de référence, partisan d’un enseignement des disciplines – second mi-temps - à modules séparés, confié à des professeurs spécialistes et dessinant par unités de valeur cumulées des profils d’acquisition individuels (avec extension du dispositif au lycée), je crois que c’est sur cette base d’abord qu’il faut envisager de penser la formation des maîtres.

Avec  une exigence première : c’est sa maîtrise de la langue (française) et sa culture générale (solide) qui font, quelle que soit par ailleurs sa spécialisation, le professeur. Et ceci, qui est trop loin d’être actuellement assuré, doit être à la base même des formations et des recrutements.

Je ne suis pas par ailleurs très sensible aux attentes formulées par Jean Ferrier dans le domaine de la psychologie de l’enfant ou de l’adolescent, domaine qui, sans rejeter l’utilité d’un petit vernis préalable, me paraît beaucoup plus relever des apprentissages aidés/guidés/soutenus « sur le tas », formule-clé de toute façon, j’en demeure persuadé, de l’entrée dans le métier.

Dans le cadre d’une conception modulaire étendue jusqu’à la licence incluse (Bac+3) de l’ensemble des acquisitions disciplinaires (toutes disciplines) possibles, il me semble souhaitable (nécessaire) de définir le profil d’une licence C.F.P. (Compétence Fonction Publique; de définition nationale) qui se fonderait sur l’acquisition cumulée des unités de valeur répondant au critère que j’ai posé : maîtrise de la langue et culture générale. Cette licence acquise donnerait accès à un concours de recrutement pour les métiers de l’enseignement  garantissant, pour parer à un éventuel échec (non validation de son « profil enseignant ») au terme des deux années suivantes de formation, un emploi (alors à définir) dans la fonction publique. Le succès au concours confère le statut de fonctionnaire et  correspond au début de la carrière.

L’année suivante (Bac+4) est une année de stage en établissement. Le stagiaire, intégré à une équipe pédagogique, y partage (pour un mi-temps) des responsabilités à définir localement mais qui lui permettent de s’ouvrir aux spécificités des différents types d’enseignement (professeur polyvalent ou professeur spécialiste d’une discipline) sans négliger les questions de gestion ou de management. Pour son second mi-temps, le stagiaire poursuit auprès d’une université (éventuellement à distance – sinon à quoi servent les progrès de la révolution informatique …) l’acquisition d’unités de valeur dans la direction de son choix (polyvalence ou discipline unique) pour obtenir un Mastère-1 lui ouvrant la porte de la préparation au concours « enseignant » de l’année suivante.

La dernière année (Bac+5) est une année universitaire de préparation au concours qui vaut également (et indépendamment) année d’acquisition d’un Mastère-2. Le rang au concours intervient dans le choix de la première affectation et détermine l’échelon d’accès à la fonction enseignante, sur une échelle unique qui sera parcourue plus ou moins vite selon les évaluations (à définir) qui jalonneront la carrière. 

Arrivés là, sommes-nous si loin de mes préoccupations initiales, du mouvement de protestation actuel des enseignants-chercheurs ?

Non dans la mesure – déjà évoquée – où le problème de fond de l’encadrement, de la maternelle à l’université,  tient aux mentalités, à la position qu’on se donne dans l’échelle des efforts sociaux, à la place et au rôle qu’on tient ou croit tenir dans le progrès collectif. L’universitaire, le chercheur n’est pas toujours et éventuellement pas assez conscient de l’immense privilège qui lui est fait de gagner sa vie en développant une activité intellectuelle conforme à ses goûts. Un cas limite était patent dans le reportage d’un récent supplément du Monde2 sur l’Institut des Hautes Études Scientifiques (I.H.E.S.) de Bures/Yvette, une Abbaye de Thélème qui est un défi à toute solidarité avec  l’humanité souffrante, sauf à s’y persuader de la non-gratuité des recherches qui y sont menées et de l’importance indéniable de leurs retombées au bénéfice du plus grand nombre. Ce qui est rien moins qu’évident….

Le systématisme des revendications de tout le petit peuple intellectuel qui commence par s’agiter sur les chaises des lycées pour finir par se revendiquer chercheur éminent dont on doit préserver les précieux neurones de toute sollicitation matérielle violente dans les laboratoires universitaires est agaçant et peut devenir indécent.

Il ne faut pas nier les difficultés d’une activité qui cherche à équilibrer transmission des connaissances et avancées du savoir, mais il ne faut pas confondre justes efforts pour maintenir ou revendiquer de bonnes conditions de travail et déplorations accablées devant la fonte de ses privilèges.

Dans les établissements du second degré, le serpent de mer des équipes pédagogiques (ou plutôt le serpent de lac) qui, s’il avait pu sortir du Loch Ness depuis qu’on en parle, aurait certainement évité la dégradation actuelle des conditions d’exercice et des résultats avérés de la formation initiale, ce serpent de mer est resté noyé au fond de toutes les inerties frileuses d’une conception dépassée des services dus et de tous les refus de remises à plat, au motif que mieux vaut un mal certain qu’un pire fantasmé.

Cela dit, les offres de réforme n’ont jamais été à la hauteur des besoins. Dès lors, comment espérer convaincre si on ne propose qu’une médiocrité replâtrée pour succéder au confort d’un échec à moindre effort ? Les hommes ont manqué, et les desseins, et le verbe, pour faire lever quelque enthousiasme que ce soit, condition nécessaire de l’investissement personnel. Alors, on mégote … 

Je viens de descendre de mon cinquième étage pour acheter Le Monde daté de Mardi 10/02. La chronique de Gérard Courtois (page 2 / La fracture universitaire) dit-elle tellement autre chose que cette remise en question des mentalités que j’évoque ? Oui, le pouvoir s’y prend très mal, et la méthode est décisive.. Comment conduire à la réflexion les impulsifs du « Touche pas à mon service ! » ? … est une question préalable qui a été mal posée.

André Cartapanis, ancien doyen de la faculté des sciences économiques de Marseille, rejette moins l’idée d’une réforme que le caractère trop parcellaire de celle (service des enseignants-chercheurs) qui est proposée, ce qui ne fait que poser l’évidence du manque de projet global pour  l’ensemble de « l’arbre de la transmission des connaissances ».

À partir de là… Pas de dessein d’ensemble, un mouvement brownien de réformettes incoordonnées, des frilosités ancestrales adossées à la loi du moindre effort, un désintérêt général pour l’intérêt du même nom, le moi-d’abord avant toutes choses …. Je doute que l’on aille aux lendemains pédagogiques qui chantent, à ce rythme-là. C’est assez triste. Et  c’est toute la société qui plonge. Le fond ne doit plus être très loin, encore que je m’étonne chaque matin qu’on ne l’ait pas encore touché. 

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Posté par Sejan à 15:57 - Système Educatif - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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