AutreMonde

Réflexions sur l'actualité de l'Education Nationale et... Commentaires divers et parfois développés (humeur, lectures, spectacles) .

18 novembre 2008

Bégaudeau-Gracq (II-2)

Prolongements ou prolongations ? 

Seconde partie et suite de II-1 (précédent). L’Antimanuel.

Reprise ….J’en étais resté là :

(Et Bégaudeau là-dedans? Qu’avais-je donc noté de plus, et laissé de côté, chez Bégaudeau?

….)

Ce sont en fait les textes retenus, chapitre par chapitre, pour illustrer son propos réfléchi bien qu’iconoclasto-potache, que j’avais commencé à « lister ». En classant par catégories d’auteurs …

Rubrique Contemporains & Copains –

Adler (Aurélie)

                                               On la trouve répertoriée sur le Net comme « doctorante au Celam » (Centre d’études des littératures anciennes et modernes / Université Rennes 2 / Hte Bretagne) et on repère sa participation à un ouvrage yourcenarien collectif publié en 2007 avec cet « abstract » :

Partie du Labyrinthe du monde de M.Yourcenar, qui a opéré un renouvellement de l’écriture autobiographique par son esthétique du décentrement, Aurélie Adler montre dans « Devenir du modèle autobiographique yourcenarien » comment Pierre Michon dans Vies minuscules et Pierre Bergounioux dans La Toussaint ont d’abord perpétué puis reproblématisé le modèle yourcenarien en l’adaptant aux pratiques d’écriture contemporaines marquées par « l’ère du soupçon ». Mais le « paradoxe terminal » que relève Adler, pour parler comme Kundera, c’est que le décentrement du sujet yourcenarien ne récuse pas littéralement l’entreprise autobiographique mais l’autorise par le détour de l’autre (la famille, le milieu culturel et intellectuel). C’est ce qu’elle appelle « l’heuristique de soi sur l’axe vertical du temps des ascendants ». Sous forme de célébration de figures comme Descartes, Hegel,  par le narrateur de Bergounioux, elle se présente à l’envers, chez Michon, par la profanation de Rimbaud. Au plan énonciatif, si Yourcenar exerce une certaine autorité sur le lecteur, Bergounioux et Michon avancent par hypothèse et déduction qui produisent une narration striée.

Bantegnie (Gaëlle)

Professeur de philosophie. Cosignataire d’un ouvrage collectif sur le féminisme (14 femmes – Pour un féminisme pragmatique- Editions Gallimard – oct.2007), elle apparaît impliquée dans les Escales philosophiques de Nantes, manifestation annuelle (début années 2000) organisée (alors) avec la collaboration de la Société Nantaise de Philosophie, l’Université de Nantes … et le Piano’cktail de Bouguenais. En 2006, je vois qu’elle présente le film de Mike Nichols (Qui a peur de Virginia Woolf ?) aux Rencontres de Sophie, de nouveau connexes à la Société de philosophie nantaise. Etc. On me dit d’elle : Femme touche-à-tout

Cadiot (Olivier)

Extrait d’un article en forme d’essai d’interview du Monde des livres daté du      12 janvier 2007 :

« Depuis vingt ans, cet écrivain inclassable navigue entre poésie et roman, instillant dans chacun de ses ouvrages de petites formes expérimentales. «Un nid pour quoi faire» est son texte le plus romanesque.

Une conversation en hiver. Intérieur-nuit, dehors il pleut. Deux verres sur un plateau, ti-punch, darjeeling ; deux bougies, un micro. Il fronce les sourcils après un silence : « C'est un portrait ? » Mais il hésite : « Vous faites comment d'habitude ? Vous racontez la vie des gens ? » ; On le rassure comme on peut, prévenu pourtant par sa fiche-auteur laconique sur le site de son éditeur, POL : « Né en 1956. » Bon, pas question de lui faire le coup de ‘Une vie, une œuvre’. » 

Chevillard (Eric)

(Ce qu’en dit Wikipédia :) … né à La Roche-sur-Yon en 1964

D’abord remarqué pour son appartenance à un groupe d'écrivains publiés par les éditions de Minuit à partir des années 1980, parmi lesquels on peut citer Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint ou François Bon, plus remarquables en fait par leurs différences que par leurs — rares — points communs.

Dès le premier roman de Chevillard, Mourir m'enrhume, la critique salua son humour décapant et son jeu avec les conventions narratives, qui le placent dans la lignée du nonsense britannique et du grand maître de l'antiroman, Laurence Sterne. D'un ton souvent incongru, faussement désinvolte, le style de Chevillard se plaît à détourner les conventions linguistiques et à faire jaillir, de situations apparemment anodines ou anecdotiques, les événements les plus absurdes afin de mettre en question les fausses évidences sur lesquelles repose notre rapport au monde et aux choses.

Dans la mesure où elle remet en question les codes de la représentation, son œuvre, riche en audaces narratives, a été parfois classée dans le courant post-moderne.

En marge de son travail romanesque, Éric Chevillard a aussi publié deux volumes de textes brefs ainsi qu'un essai poétique inspiré par la peinture de Gaston Chaissac qui fut associé un peu abusivement à l'art brut et qui est mort en 1964 à La-Roche-sur-Yon.

Echenoz (Jean)

Né le 26 décembre 1947 à Orange (précision piquée sur une quatrième de couverture). Entre Ravel en 2006 et Courir (Zatopek) cette année, on en parle suffisamment. Et puis il a eu le Goncourt en  1999 pour Je m’en vais, dont je crois avoir déjà dit que je l’avais (très probablement) lu et qu’il avait glissé sur moi comme l’eau sur les plumes du canard…

Fat Mike                               

Bassiste et chanteur du groupe californien Nofx  fondé en 1983 … J’ai glané peu de renseignements sur le Net sinon les innombrables changements de composition de ce quatuor, avec apparemment Mike (dit Fat Mike) en pivot stable. La catégorie musicale semble être celle du  « punk rock bordelique » ….

Forest (Philippe)

Je sais déjà qu’il est professeur de Lettres modernes (ou de Littérarture comparée ?) à l’Université de Nantes.  J’ai glané ici et là qu’il est né en 1962, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris et docteur ès lettres, qu’il a enseigné la littérature française à Cambridge (Saint-Andrews), qu’il est  l'auteur d’essais sur l'histoire des courants d'avant-garde (notamment sur Tel Quel et sur Philippe Sollers ). On me dit : « Ecriture marquée par le thème de disparition de l'enfant (sa fille est morte d'un cancer à l'âge de quatre ans) ce qui constitue le sujet de ses premiers romans, L'enfant éternel et Toute la Nuit, ainsi qu'un essai écrit dix ans après, Tous les enfants sauf un. Lauréat de la Villa Kujoyama, il a effectué un long voyage au Japon. Dans Sarinagara, il se rapproche de trois artistes japonais, dont Soseki, pour rendre sensible leur œuvre, ce qu'ils ont en commun, loin d'un exotisme factice. » On me l’affirme : « Son style rappelle celui de Tatsuo Hori ».Impossible de donner un avis personnel là-dessus…

Leténia (Jean-Luc)

En fait : Jean-Luc Le Ténia.

Le pseudo semble avéré… Je découvre.  Auteur-compositeur-interprète underground ( ?). Dans la logique sans doute de l’affection de Bégaudeau pour les Wampas ? Mais est-ce vraiment le Leténia bégaudalien? « Chanteur atypique, médiathécaire à la ville du Mans dans le civil, Jean-Luc Le Tenia a été élu par Didier Wampas "meilleur chanteur français du monde". » On peut aller se faire une petite  idée à l’adresse suivante où j’ai trouvé ma « citation »: {http://www.m-la-music.net/article.php3?id_article=1268}. Il y a une photo. A vue d’œil, un trentenaire…

Sorman (Joy)

Je résume, après un petit tour sur le net et une citation en forme d’acte de foi  de cette fille de l'essayiste Guy Sorman,  née en 1973, qui a d'abord été professeur de philosophie: « L'objectif, ce n'est plus l'égalité des sexes. C'est qu'il n’y ait plus qu'un seul sexe » . Evidemment ….

Joy Sorman s'est reconvertie post-enseignement dans les événements culturels, avant de se consacrer à l'écriture. Elle continue (?) à aimer 'L'Education sentimentale' ou 'A la recherche du temps perdu'. En 2005, elle signe avec 'Boys, boys, boys' (Prix de Flore) sa première oeuvre. Entre fiction et autobiographie, ce récit mi-roman, mi-essai, est une révolte contre la société qui a défini les rôles sexuels et contre les femmes qui restent silencieuses dans les dîners composés d'une majorité d'hommes. D’où sans doute la citation ci-dessus.Selon Frédéric Beigbeder, membre du jury du Prix de Flore, la jeune femme a 'un style saganien, mélancolique et tendre comme les films de Sofia Coppola'. Le titre du roman de Joy Sorman, 'Boys, boys, boys', fait référence au refrain d’une fameuse ( ?) chanson chantée par l'Italienne Sabrina dans les années 1980 (… ce qui ne me dit strictement rien).

Deuxième roman de Joy Sorman, paru en 2007 : Du bruit, éditions Gallimard-NRF. Ode semblerait-il au rap en général et à NTM (Joey Starr – Kool Shen) en particulier. Le livre est assez sévèrement critiqué, mais avec encouragements à poursuivre, sur le Net (par exemple : www.culture-cafe.net/archive/2007/04/05/joy-sorman-tague-la-blanche.html) où on parle de « Roman peu abouti… ». 

Tresvaux (Xavier)

Il semble, comme Bégaudeau, collaborer aux Cahiers du Cinéma. On le trouve co-signataire en 2007 d’un ouvrage collectif consacré au rugby : Rugby 2007 / Le guide de la coupe du monde pour les jeunes passionnés de rugby . Le site de la Fnac ne signale pas d’autre ouvrage qu’il ait signé ou co-signé. C’est un probable « trente-quarante ans » …

Vasset (Philippe)

Notice sur le Net :

36 ans. Journaliste de formation, Philippe Vasset a étudié la géographie ainsi que la philosophie à Paris et aux Etats-Unis où il a exercé dans un cabinet d'investigation.. Son dernier roman s'intitule Un livre blanc (2007). C’est son quatrième livre, sous-titré « récit avec cartes ». Le titre révèle d’emblée un parallèle serré entre un projet : l’exploration, pendant un an, d’une cinquantaine de zones blanches figurant sur la carte n° 2314 OT de l’Institut géographique national couvrant Paris et sa banlieue, et le texte imprimé.

Citation :« J’étais dans les zones blanches comme avant le surgissement du texte, dans un grand vide où rien ne se fixe, où les expressions les plus contradictoires passent et repassent sans interférence et, au lieu de chercher à m’en extraire, je me complaisais dans cette languide plénitude infra-langagière, retardant au maximum le moment où un concept, une intuition finirait par polariser la langue. »

Point commun à toutes ces zones blanches ? L’auteur nous le livre en guise de non-conclusion : « Terrains d’excursions balisés, les jungles, les déserts et les montagnes ont cessé d’être des terrae incognitae : la frontière du monde connu passe désormais aux portes des villes. Les mégalopoles s’indifférencient sur leurs marges, et les zones blanches sont les avant-postes de cette transformation, les points par où Paris, Lagos et Rio communiquent comme les bassins d’une écluse. Un double mouvement rapproche les grands centres urbains : à l’internationale, grossièrement mise en scène, des sièges sociaux et des salons VIP répond celle des terrains vagues et des bidonvilles, zones poreuses, reliées entre elles par un réseau de correspondances fines comme des vaisseaux capillaires et qui peuvent permettre de voyager sans bouger.»

Wampas (Les)

Groupe de rock assez difficilement classable (surtout par moi !) créé en 1983 et qui semble encore en pleine jeunesse, autour de Didier Chappedelaine, dit Didier Wampas, auteur-compositeur et chanteur du groupe. Ils semblent assez marginaux dans l’univers du rock français et assez décapants. Un saut sur le site <http://wampas.com> permet d’écouter, mis en ligne le 06/11/2008 (et même de regarder (Clip)) une performance intitulée Universal  que j’ai trouvé très réjouissante.

Rubrique « XX° siècle » …

Barthes (Roland)                                1915 – 1980              

Beckett (Samuel)                                1906 – 1989               

Bernanos (Georges)                           1888 – 1948               

Camus (Albert)                                  1913 – 1960               

Cortazar (Julio)                                 1914 – 1984               

Deleuze-Guattari (Gilles – Félix)      1925 – 1995 / 1930 – 1992   

Eluard (Paul)                                     1895 - 1952

Faulkner (William)                            1897 – 1962               

Genet (Jean)                                      1910 – 1986               

Gombrowicz (Witold) (x3)                 1904 – 1969               

Guyotat (Pierre)                                1940 -                        

Jauffret (Régis)                                  1955 -                                     

Michaux (Henri)                                1899 – 1984               

Perec (Georges)                                 1936 – 1982               

Queneau (Raymond)                          1903 – 1976               

Rancière (Jacques)                             1940 -                                     

Sarraute (Nathalie !)                          1900 – 1999               

Sartre (Jean-Paul)                             1905 – 1980               

Simon (Claude)                                  1913 – 2005                      

Supervielle (Jules)                              1884 – 1960               

A cheval XIX° / XX° ….       

Bierce (Ambrose)                               1842 – 1913               

Conrad (Joseph)                                1857 – 1924               

Kafka (Franz)                                    1883 – 1924               

XIX° siècle …

Balzac (Honoré ; « de »)                    1799 – 1850               

Flaubert (Gustave)                            1821 – 1880               

Melville (Herman)                              1819 – 1891               

Nietzsche (Friedrich)                         1844 – 1900               

Rimbaud (Arthur)                              1854 – 1891               

Stendhal (Henri Beyle)                       1783 – 1842               

Vallès (Jules)                                     1832 – 1885               

XVIII° siècle …

Diderot (Denis)                                  1713 – 1784               

XVII° siècle …

Pascal (Blaise)                                   1623 – 1662               

Molière (Jean-Baptiste Poquelin)      1622 – 1673               

Racine (Jean)                                     1639 – 1699               

XVI° siècle …

Cervantés (Miguel de)                       1547 – 1616               

Du Bellay (Joachim)                          1522 – 1560               

Statistiques …..

En fait, l’Antimanuel de Bégaudeau, qui fait ses 307 pages, se détaille dans sa composition comme suit :

Page de garde et sommaire :                5 pages

Crypto-préface :                                  4 pages

Avertissement :                                    2 pages

Illustrations et vides:                             47 pages

Texte théorique (Bégaudeau):               164 pages

Textes d’auteurs (extraits fournis) :       73 pages

Glossaire :                                            8 pages

Auteurs cités (partiel)-Présentation:       4 pages

Le texte théorique proprement dit et les textes à son appui occupent ainsi respectivement environ 55% et 24% de la surface éditoriale. L’Antimanuel assied donc son effort « pédagogique » pour une grosse moitié sur les réflexions de Bégaudeau et pour un quart sur l’exemplarité d’un mélange de textes littéraires voire, pour quelques-uns, antilittéraires. Le discours de Bégaudeau m’a amusé, je l’ai dit et déjà ailleurs, et je l’ai trouvé globalement enrichissant. Mais je me réservais de relire, à côté, les pages qu’il a retenues pour essayer d’y trouver, ou non, une forme, et laquelle, d’ouverture à la … littérature.

Le XX° siècle est représenté par 32 auteurs, dont 7 qu’on pourrait dire être des « copains ».

Trois auteurs sont à cheval sur le XX° et le XIX°, qui nous en offre, par ailleurs et en outre, 7 .

Diderot à lui seul est le XVIII° siècle.

Ils sont 3 au XVII°, 2 au XVI° et puis l’oubli, en deça, recouvre l’expression écrite.

Il ne s’agit donc pas à l’évidence d’un panorama de l’effort littéraire à travers les âges mais d’un échantillonnage d’humeur correspondant à la formation (et à l’auto-formation) de l’auteur aux fins de scander le monologue de son amour-haine pour les lettres et leurs gardiens du temple.

Et là, après une certaine adhésion au « décalage » de ses propos, le suit-on facilement dans ses choix ? Plus simplement, les textes qu’il a retenus sont-ils intéressants, riches, toniques et porteurs de cette possiblité d’ouverture et de dialogue pédagogique qui reste le souci premier et de Bégaudeau (je le présume !) et d’une formation à renouveler ?

Survol, par ordre d’apparition …..

Witold Gombrowicz – Journal, tome 1, 1953-1958 :           

[1] un texte « à idées », intéressant à discuter, sur les écrivains faux-culs de la Pologne

d’avant-guerre (celle de 39-45)

[2] idem, cette fois sur les poètes et les rapports de l’art de versifier avec la réalité

[3] idem, avec une réflexion critique dont on démêle mal s’il faut la prendre au premier ou au second degré  autour « du virus qui est le secret scandale de la littérature et qui fait qu ‘elle n’attire et ne charme plus personne ».

Friedrich Nietzsche – Crépuscule des idoles (1889) :          

Un extrait (qui exige le commentaire) de l’avant-propos donné par Nietzsche à son essai

où il annonce vouloir s’autoriser, pour se délasser de réflexions philosophiques

épuisantes, le divertissement d’ausculter les idoles … à coups de marteau.

Blaise Pascal – Pensées - Fragment 680 (Le Pari) :

Probablement « incontournable » ; mais devrait toujours être abordé en collaboration avec le professeur de mathématiques pour mettre à plat (calcul des probabilités) le fond rigoureux de l’argument qui relève de la notion d’espérance de gain.

Molière – Tartuffe - « Le pauvre homme.. » :                      Rien à dire. Savoureux.

Jean Racine – Phèdre (« Hé bien ! Connais donc

Phèdre et toute sa fureur .. ») :                                            Rien à dire. Exemplaire.

Jules Vallès – L’enfant (1879) :                                           

Un formidable passage de révolte contre le manque d’amour des parents et l’école, avec

des envies de fuite (être matelot) et un passionnant et argumenté « rêve de nègre » (Oh !

comme j’ai désiré longtemps être nègre) qui ouvre la porte à un possible et très

approfondi dialogue avec les classes mélangées d’aujourd’hui.

Balzac – Illusions perdues (1843) :                                       

Un intéressant morceau des débuts du roman, dans le salon des Bargeton à Angoulème,

qui nécessitera une mise en perspective du parcours de Lucien de Rubempré, parcours qui

n’en est là qu’à ses prémices.

Stendhal – Lucien Leuwen (1894 – Inachevé) :                   

Passage intéressant (S’embarquer pour l’Amérique ?) qui ouvre sur de bons thèmes de discussion : indications sur le caractère de Lucien ; vision de la mentalité américaine ; positionnement « républicain » et sensibilité « sociale » . Méritera là aussi d’être réinséré dans une présentation du projet romanesque de Stendhal.

J.Rancière – (Mallarmé, la politique de la sirène/1996):      

Un texte théorique de clarification, précis, quant au regard qu’on peut porter sur

Mallarmé, observateur de son temps. Par la richese de ses allusions, ouvre sur un

important travail de contextualisation, à faire. Et sous-entend une nécessaire prise de

contact avec la poésie de Mallarmé …

Beckett – (Compagnie – 1980):                                           

Texte difficile, très « cérébral », livré hors contexte sous le titre : Une voix parvient à quelqu’un dans le noir. Imaginer. La question principale étant même : quel est le sens (c’est-à-dire le but) de ce passage ? De combien va-t-il au-delà de ce qu’il dit ?          

Intéressant, assurément.

Jean Genet – (Les Nègres – 1959) :                                    

Début de la pièce avec indications scéniques  (didascalies) et premières répliques . Une théâtralité qui exige la mise en perspective  et la contextualisation (l’intérêt en soi ne saute pas aux yeux, sauf à donner la priorité aux arrière-plans).  Il  y a aussi là un fort potentiel d’exercices  (… ouverts ! Par exemple : Quelle pièce peut-on imaginer à partir de ce seul  extrait ? ). On expliquera au passage « in partibus infidelium » (à/s évêque in partibus)

Cervantès – (Don Quichotte) :

Une amusante ébauche de  portrait liminaire du héros … Exploitation me semble-t-il facile.

Jean-Paul Sartre – (Les Mots – 1964) :

Un très intéressant extrait sur la fascination « familiale » pour les livres et sur la déréalisation qu’induit leur trop extrême fréquentation.

Philippe Forest (Le Nouvel Amour – 2007) :

Après la mort de sa fille, l’écriture comme bouée de sauvetage et comme trou noir. Discussion possible, oui.

Joseph Conrad (Au cœur des ténèbres – 1899) :

Se souvenir que le roman a inspiré Coppola (Apocalypse Now). Ce qui renvoie à un de ces couplages enrichissants Littérature – Septième art que j’affectionne. Sinon…

Un fragment mystérieux, isolé de son contexte romanesque, une apparition de Kurtz. La mise en scène offerte est intéressante.

Que pourrait-on aussi - comme à propos de Genet ci-dessus - induire comme « histoire » à partir de là ?

Herman Melville (Bartleby le scribe – 1856) :

Une occurrence du fameux « I would prefer not to ». Amusant.

Diderot (Le Neveu de Rameau – publication 1891, posthume) :

Un beau passage dans une prose des plus « enlevées ».. Le morceau de musique autour duquel s’articule le texte - Les lamentations d’Ioumelli, selon la forme donnée - est plus exactement à titrer Les lamentations du prophète Jérémie pour le Mercredi Saint et à attribuer à Nicola (ou Niccolo) Jommelli, compositeur italien (1714-1774) adulé puis un peu oublié, mais qu’outre Diderot ont apprécié Rousseau, et Balzac.

Olivier Cadiot (Un nid pour quoi faire – 2007) :

Un texte primesautier, dialogue à une seule voix ( !), assez amusant à lire et, assurément, à « expliquer / ouvrir».

Du Bellay (Les regrets – 1558) :

Le premier sonnet, sauf erreur, modeste présentation par le poète de son projet ou non-projet (Soit de bien, soit de mal, j’écris à l’aventure / Je me plains à mes vers (….)/ Comme étant de mon cœur les plus sûrs secrétaires). On est loin de la Bérécynthienne, telle que dans son char

Flaubert (Bouvard et Pécuchet – publication 1881, posthume) :

Aux trois premiers paragraphes près, occultés (Comme il faisait une chaleur de trente-trois degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert etc …), c’est le début de l’ouvrage, la rencontre fondatrice de Bouvard et de Pécuchet (qu’on apprendra plus précisément et plus loin être François-Denys-Bartholomée Bouvard  et Juste-Cyrille-Romain Pécuchet !). Une page amusante, of course.

Faulkner (Le Bruit et la Fureur – 1929) :

Un extrait difficile. Exigera d’être beaucoup mis en situation. Hors contexte, interprétation mystérieuse et ouverte … mais ce peut être ici encore un exercice.

Deleuze – Guattari (L’Anti-Œdipe – 1972) :

Une page au demeurant fort intéressante – mais sans doute un peu difficile à aborder avec des élèves (niveau ?) – sur la schizophrénie. Elle est spectaculairement illustrée de photographies d’un couple et de leur fils, adulte, successivement et mimétiquement grimé en chacun de ses parents. Très étonnant. Très. Une réussite !

Pierre Guyotat (Prostitution – 1975) :

Un texte totalement incompréhensible dont l’intérêt (traduire ?) n’est pas évident. Qu’en faire ?

Ali à la blond’, palpez-vos, saphiqu’,a, just’les mâl’ vos frôl’t, ovrez pétal’, etc

Une page entière comme ça …

Pourquoi ce choix ?

Commentaire de Bégaudeau  dans le corps de son texte théorIque: « Sacre des marginaux de Prostitution (…) Si on avait l’impétuosité de la moule et l’insolence de l’huître, on dirait que la langue est anarchiste, comme son homonyme Fritz et à rebours de son frère Jack ».

Mouais …. On peut sourire à ces blagues de troisième, mais passés les calembours, quelle sera l’exploitation pédagogique ? Pas évident. S’il n’est pas interdit d’espérer, on manque malgré tout de pistes …

Roland Barthes (Le degré zéro de l’écriture – 1972) :

Texte très intéressant sur la « valeur-travail» de l’écriture et la « flaubertisation » des écrivains après 1850.

Paul Eluard (Capitale de la douleur – 1926 et L’Amour, la poésie – 1929))

Successivement deux poèmes nettement surréalistes, où l’absurde fait sa petite musique. Certains aimeront.

Franz Kafka (in Un artiste de la faim et autres récits – 1919) :

Description technique « distanciée » et par là épouvantable d’une machine de torture et de mort (À la colonie pénitentiaire). Un texte exemplaire et glaçant.

Nathalie Sarraute (Ouvrez – 1997) :

Amusante mise en scène  d’une quête grammaticale autour des formulations qu’introduit « Vous êtes ». Petit drame linguistique. Doit plaire à des élèves.

Jules Supervielle (Débarcadères – 1922) :

Joli poème en prose sur une montagne rêvant de la mer …

Albert Camus (L’étranger – 1942) :

Où l’on voit passer le vieux Salamano et son chien, figure forte bien qu’anecdotique du roman, et puis Raymond, qui cogne une femme. Figures d’Algérie, d’Oran et de partout. Un bon extrait.

Henri Michaux (Un certain Plume – 1938 et Lointain intérieur – 1938) :

Le premier texte (Plume a mal au doigt) est délicieusement hilarant. Très bien. Très propice au dialogue de classe.

Le second (L’animal mange-serrure) est un court extrait mêlant le fantastique et l’absurde. Poétique à ce titre …

Julio Cortazar (Cronopes et fameux – 1962 in Nouvelles, Histoires et autres Contes) :

Au fond une jolie parabole presqu’hugolienne (Et s’il n’en reste qu’un …) ! Amusant.

Les Wampas (Never Trust a Guy – 2003 et Kiss – 2000) :

Deux textes de chansons extraits des albums référencés (je suppose).

Titre 1 - Le Télégramme de Brest :  Le n’importe quoi ‘rocker’ en concurrence au fond avec  l’Eluard ci-dessus. Pourquoi pas ? Les deux absurdes syncopés se valent en première lecture …

Titre 2 - Aubusson 99 : Idem.

Ces choix « d’époque »  ne sont pas  indignes.

Joy Sorman (Du bruit – 2007) :

Un court hymne au rap du groupe NTM. Pourquoi pas ? Mais il faudra relativiser.

Aurélie Adler (Papillon de mai – Inédit) :

Excellent. Une leçon de parler « djeune » ouvrant nécessairement sur un intéressant dialogue de classe. Oui, excellent.

Xavier Tresvaux (Docile – Inédit) :

Un long texte intéressant sur deux parents alternativement au chevet d’un fils dans le coma. Crédible, lucide, acéré. Très bien.

Gaëlle Bantegnie (France 80 – Inédit) :

Un texte « porno-hard » dont je ne vois pas le positionnement … pédagogique. Impossible d’inscrire ça dans un dialogue explicite de classe de français. Que reste-t-il comme cadre d’examen? En accompagnement d’une séance d’éducation à la sexualité et pour dénoncer le non-usage du préservatif ? Bizarre.

Eric Chevillard (Sans l’orang-outan – 2007) :

Pourquoi pas ? Un texte d’humour-philosophant, sans grand génie mais pas désagréable faisant de l’orang-outang l’alter ego sage et distant de nos facéties . Oui, pourquoi pas ? Peut ouvrir une bonne discussion de classe.

Jean Echenoz (Je m’en vais – 1999) :

Un extrait assez amusant de chasse au lapin avec  furet d’appoint sur le domaine des aéroports de Paris. Pas de reproche. Très exploitable.

Regis Jauffret (Jeux de plage – 2002) :

Intéressant. Une page où l’écrivain se satisfait de l’être et où il essaie de dire pourquoi.

Accessoirement, je suis en train de lire (à doses homéopathiques !), son Microfictions, gros succès de librairie, ses 1000 pages et ses (à la louche) 500 mini-drames.. Assez obsessionnel (pornographie, tendance gore). Fait de temps en temps douter de la santé mentale du bonhomme. Mais je n’en ai lu qu’une centaine …. Prix du livre France Culture-Télérama 2007 ? Ben mon colon …

Fat Mike  (Conférence sur l’humour / Transcription – 2007) :

Un texte au statut incertain qui ne semble rien devoir au dénommé Fat Mike que j’ai référencé plus haut mais par contre tout à Bégaudeau himself. J’ignore donc les motifs de son « titrage ».

Sur le fond, quelques réflexions amusantes – et très personnalisées - sur le thème « trouve ton clown », moquant les consignes données aux apprentis comédiens.

Ambrose Bierce (Le dictionnaire du diable – 1911 (entrée : Lourdaud)) :

J’ignorais tout de ce « nouvelliste » américain réputé par ailleurs « journaliste virulent,  dénonçant, sous une forme toujours humoristique, la bêtise, l'hypocrisie, la violence, l'exaction et le racisme et  s'attaquant aux élus, aux capitalistes et aux notables ».

Le dictionnaire du diable est un recueil d'aphorismes où l’on peut lire par exemple des définitions telles que :

Bien-être: état d'esprit produit par la contemplation des ennuis d'autrui.

Raseur: personne qui vous parle quand vous souhaitez qu'elle vous écoute.

Médire: faire le portrait d'un homme comme il est, quand il n'est pas là.

On a ici un texte plus développé qui ne m’a pas semblé excellent démarrant sur le Lourdaud comme « membre de la dynastie régnante, dans les lettres et dans la vie ».

Claude Simon (La bataille de Pharsale – 1969) :

Il faudrait reprendre le livre pour se resituer. Difficile d’accès. Il n’est, à le feuilleter, qu’incompréhensible.

Le titre fait référence à  Pharsale, ville de Grèce du nord (Thessalie) où -  en 48 avant J.C. -  César vainquit Pompée.

Lors de sa parution en 1969, le livre s’était vu tresser des couronnes par la critique .

Ainsi Claude Mauriac dans Le Figaro:  « Comment a-t-on pu parler d'arbitraire ? Claude Simon écrit de façon somptueuse, mais rigoureuse. La Bataille de Pharsale est, comme tous ses romans, gouvernée. Le désordre apparent des sensations et des souvenirs, s'organise en un tout composé. Ligne après ligne, paragraphe après paragraphe, on ne voit d'abord qu'un grouillement de sons, de couleurs, de mots. Avec le recul, chacun des éléments dont une page est faite prend sa place, dans ce tableau, La Bataille de Pharsale. »

La page proposée, sans ponctuation, n’est pas des pires. À s’en tenir à elle, c’est à un texte cohérent et probablement assez beau dans ses descriptions, mêlant des observations directes et des souvenirs, dont on aurait ensuite aléatoirement ôté des membres de phrase, qu’elle pourrait faire penser.

Raymond Queneau (L’instant fatal – 1948) :

Un joli petit poème non rimé sur … la poésie.

Jean-Luc Leténia (Listes et autres commissions – 1997) :

Un texte amusant sur les joies du « lire » mais dont la formulation d’une des questions préliminaires  (… préfèrerait-il qu’on le prive de cunnilingus ou de livres ?) semble limiter le  champ d’application pédagogique à d’assez grandes classes (!) alors  qu’il est par ailleurs très accessible à tous.

Georges Bernanos (Les grands cimetières sous la lune – 1938) :

Un beau texte, développé sur l’incipit : « Je ne suis pas un écrivain », à la fois simple, familier, sincère et humain.

Georges Perec (Les Choses – 1965) :

Un bon texte, à double tranchant, sur le cheminement émerveillé de l’immaturité amorphe des enfances à la veulerie consommatrice de l’âge adulte.

Philippe Vasset (Un livre blanc – 2007) :

Un bon texte descriptif. Tout à fait intéressant. Sur une « zone » .

Artur Rimbaud (A-Une saison en enfer (x3) – 1873 / B- Lettres de la vie littéraire de Rimbaud – 1931 (posthume)) :

[A]

- Alchimie du verbe . Deux extraits. À moi. L’histoire d’une de mes folies … et … La vieillerie poétique

- Matin . N’eus-je pas une fois une jeunesse aimable

[B]- Lettre au directeur du Bosphore égyptien. Une longue missive , détaillée, sur des questions techniques compliquées de transport commercial  de sel.

Textes tout à fait passionnants par les deux versants qu’ils proposent du Rimbaud visionnaire (souffle inspiré du texte) auquel a succédé le Rimbaud commerçant (alacrité précise de la plume et traitement renseigné, exhaustif, du sujet).

Pour Quel Bilan ?

Il y a là un « fonds » tout à fait étonnant par son caractère hétéroclite, comme l’émergence d’un fatras sympathique et  spontané, curieux et indocile de lectures  par tout temps.

Pour éveiller les intelligences et la réflexion, tout fait ventre, alors pourquoi pas cet échantillonnage assez irrespectueux des traditions et des passages obligés dont il est inutile de vouloir dénoncer le caractère aussi partial que lacunaire et dont il vaut mieux rêver avec gourmandise à ce qu’en peut faire, s’il sait se montrer  à la hauteur de ses ambitions un peu déglinguées, l’auteur.

Car c’est cela en fait qu’on aimerait suivre : après le discours qui les introduit, le cours  un soupçon « déjanté » - ou peut-être un peu plus - qui pourrait les prendre pour support.

Posté par Sejan à 09:43 - Etudes / Essais - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

antiantimanuel

Pour ma part, j'ai trouvé très fastidieux cet Antimanuel, lourdingue même avec ses blagues à deux balles, démagogique en diable. Mais il est vrai que le choix des textes n'est pas mauvais, notamment pour le contemporain : Jauffret, Cadiot et Chevillard (auquel, contrairement à vous, je trouve du génie, vous devriez aller lire son blog), excellents choix.
Agnès (prof de Lettres, inévitablement)

Posté par Agnès, 18 novembre 2008 à 19:07

> Rép. Agnès

Me suis transporté sur le blog d'Eric Chevillard. Tous posts de Novembre lus. Et qui m'ont amusé.
Le talent est évident et la plume plus que vive.
Ma foi, à suivre... Et donc, merci.

Mais sur le seul texte retenu par Bégaudeau, mon "Bof..." demeure.

Posté par Sejan, 19 novembre 2008 à 15:28

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=87790&pid=11410965

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :