Le Monde de mardi 16 mai consacrait sa page Focus à La Galaxie Royal et sous-titrait : Naissance d’une webcandidate. Voire …

Galaxie fait florès, ces jours-ci, mais enfin… La Galaxie (la nôtre, l’univers en est peuplé !) est un disque d’étoiles de 90 000 années-lumière de diamètre, très renflé en son centre, énorme amas d’objets stellaires qui atteint 15 000 années-lumière d’épaisseur. Notre système solaire est discrètement enfoui là dedans, assez loin, à 30000 années-lumière du noyau central, où l’épaisseur du disque n’est plus que d’environ 3000 années-lumière. Position marginale, presque… sauf pour nous. Et la représentation schématisée par Le Monde, d’une Ségolène Royal souriante, entourée d’une dizaine de personnalités-satellites, renvoie plus à l’image d’un Soleil autour duquel gravitent ses neuf planètes qu’à la vision confuse et dense d’une Galaxie sans centre réellement individué. On attendait plutôt, en somme, la description d’un système S(ég)olaire. Passons.

Le problème est d’ailleurs de comprendre où ce système va. Or, jusqu’ici, on a peu de signes. Et la crainte est de voir un mouvement se créer, fondé sur le vide des sondages, miné par le syndrome de la peau de l’ours, et n’aspirant à rien, sinon à entretenir son propre grossissement. On nous présente les occupants de l’espace galactique . On nous dit qu’il y a les «Politiques et élus» : Julien Dray au titre d’ami du couple Hollande-Royal, Gérard Collomb au titre de «prise de guerre», arraché à l’attraction DSK, Jacques Auxiette au titre de fervent partisan de Mme Royal, Patrick Mennucci en tant que chargé des déplacements de ladite. Bien. Pas une information sur le sens de leur affection ou de leur ralliement. Parce que c’était eux, parce que c’était elle ? Voyons un peu les «Technos et Conseillers». Il y a là : Christophe Chantepy, du Conseil d’État, qui gère le site internet, les comités de soutien et les groupes d’experts (Ah ! Il y a des experts ! Et qu’expertisent-ils ?… Tout ? Mystère) ; Sophie Bouchet-Petersen, qui fait la plume (pour écrire quoi ? Mystère) et le lien avec les intellectuels (Ah ! Il y a des intellectuels ! Et qu’intellectualisent-ils ?… Tout ? Mystère) ; Nathalie Rastoin, amie de longue date et qui voit Ségolène «une à deux fois par semaine» (diable ! quel programme !) ; Jean-Pierre Le Gendre, qui s’occupe des comités de soutien (lui aussi ?). N’ayant jusqu’ici rien lu ni entendu de très expert ni de très intellectuel émanant de la galaxie, je crains un peu que ces «Technos et conseillers» ne se spécialisent dans la gestion du vide et l’éloge du creux. Ne nous décourageons pas, il reste les chargés de l’Internet, les ultimes ségogalactiques : Aziz Ridouan, lycéen (vive la jeunesse !) et brandissant l’étendard du «peer to peer» (échange de fichiers musicaux, vidéos : bien évidemment fondamental dans une société en proie à un chômage endémique! Faut se distraire quand on ne peut pas travailler) et Thomas Hollande, fils aîné (la famille, la piété filiale, bien tout ça, bien !), qui s’apprête à lancer – ayant déposé, démarche essentielle, le 27 avril le nom de domaine Segosphere - un blog de soutien à maman. Formidable et décisif ! Je suis scotché par l’ampleur du projet ! Où tout cela nous mène-t-il ?

A priori, elle me plaît bien Ségolène, comme ça, au feeling. Mais le feeling a ses limites et puis … Qui bene amat, bene castigat (Qui aime bien, châtie bien). Car franchement, la webcandidate mouline dans le vide… Vous avez fait un tour sur le site Désirs d’Avenir ? Moi mon truc, c’est l’école. Allez donc voir du côté du débat «Que faire pour que tous les élèves réussissent leur entrée en sixième?». C’est le foutoir complet (Le Monde parle pudiquement de «Bric-à-brac»). L’utopie de « l’expertise citoyenne » relève de la bêtise ou de la démagogie. Déjà, la question posée est totalement à côté du problème de fond qui est la reconstruction d’une formation de base cohérente et réussie pour tous. Cadre obligé : une école de la scolarité obligatoire, fusion de l’élémentaire et du collège en un continuum unique d’éducation à la citoyenneté et d’acquisition des connaissances fondamentales et du système de valeurs qu’elle exige. Mais passons et restons-en à la méthode… Dire à la troupe : «Pensez!», n’a jamais conduit à des résultats très exploitables. La démocratie athénienne s’en est très vite aperçue, mais 2500 ans après, on en remet une couche. On obtient un entrelacs fumeux de protestations vagues et de micro-propositions inexploitables. Il faut fournir un canevas serré de départ, et le soumettre à discussion. Mais pour ça, il faut déjà avoir quelques idées …

Jusqu’à la fin du XVII° siècle, on a vu, pour faire face aux conséquences obligées de leurs éventuelles défécations publiques, à la suite des grands seigneurs et subséquemment chargés de torcher leurs augustes fesses, quelques gens que leurs fonctions faisaient de grande importance et qu’on appelait, porteurs des outils de leur office, des porte-coton. La désignation , par glissement de sens (et notable amélioration des usages et mœurs), ne s’attribue plus que péjorativement, comme vague et moins usité équivalent de larbin(s). Il ne faudrait pas, faute de contenu construit, explicité, explicitable et connu, que la Galaxie Royal se trouve réduite à une simple confrérie de porte-coton.