Munich, Bambi 2, 13 (Tzameti) et .. La véritable histoire du petit chaperon rouge.

On était partis l’autre jour, en fin d’après-midi, abandonnant toute ambition intellectuelle, pour retrouver la fine équipe des Bronzés. Mais nous n’avions pas prévu que d’autres, épouvantablement nombreux, allaient avoir la même idée, à la même heure et au même endroit!
Foin de découragement, l’acte manqué était peut-être le sursaut caché de notre quant-à-soi culturel, nous allions rebondir! Quand on se trouve place Danton, sur le boulevard Saint-Germain, en bas de la rue de l’Odéon, on a le choix entre deux UGC se regardant, l’un côté numéros pairs, l’autre du côté des impairs. Trahis par le second, il nous suffisait de franchir hardiment le flot automobile, puisque en face, on programmait par exemple ... Munich . C’était à peu près incontournable ... et on y est allés. Alors ?

Ben, alors ... pas grand chose en fait. Décevant. La difficulté au cinéma vient désormais du renversement de la situation de ses débuts, quand l’image d’une locomotive fonçant vers les fauteuils d’orchestre déclenchait la panique : ce qu’on voit sur l’écran n’est plus perçu comme réel. Pour le redire : le Munich de Spielberg “déréalise” le Munich des J.O. de 1972. Même en réutilisant pour partie des documents d’époque, on nous montre de la fiction, et on regarde des acteurs se faire pseudo-massacrer en attendant que d’autres acteurs viennent les pseudo-venger en pseudo-tuant de pseudo-terroristes. L’extrême de la médiatisation sursaturée d’images dans laquelle nous vivons a, je crois, considérablement diminué la force de celles-ci et c’est pour nous, avec ou sans référence à Guy Debord, dans une société du spectacle que se déroulent ces événements auxquels on veut nous intéresser et que nous feuilletons d’un œil distrait, nous attachant à des détails formels, Tiens, ils ont des pompes à vélo truquées qui peuvent servir de carabine! Tu as vu un peu les seins ravissants de la belle tueuse hollandaise? Tu ne trouves pas que Geoffrey Rush ressemble à un James Wood empâté? C’est lequel Rush? Mais si, on l’a vu dans The constant gardener, il faisait l’attaché anglais amoureux transi de l’héroïne, Ah! oui, boff, Par contre, franchement, on croirait que c’est la vraie Golda Meïr, non ? Etc.

C’est long, finalement répétitif (onze types à liquider, ça use l’attention), on a déjà à peu près tout vu cent fois.... Quelle différence avec une (vraie?) fiction comme celle rediffusée par la télé il y a quelques semaines, Patriotes, d’Eric Rochant , avec Yvon Attal (qu’on revoit d’ailleurs passer chez Spielberg) et Sandrine Kiberlain (qui dame le pion à la hollandaise sus-vantée, côté seins et croupe, il faut dire ce qui est , sans chauvinisme!), Patriotes qui traitait déjà et aussi des exploits du Mossad.

Finalement, Munich , ça reste mes souvenirs personnels de 1972, Moissac, Tarn et Garonne, où j’habitais, la télé en noir et blanc, les épreuves des J.O. et mon attention épatée devant les exploits de Mark Spitz, nageur insurpassable . La prise d’otages, oui, en arrière-plan, avec les comptes-rendus du Monde, mais une prise d’otages que Spielberg n’a pas su exhumer, qui est là sans y être, prétexte de départ affadi d’une vague série B. Prétexte, voilà, prétexte, comme dans le Michel Quint, Aimer à peine, qui fait suite à Effroyables jardins (celui-là, tourné au cinéma avec entre autres Jacques Villeret ), deux petits livres qu’on peut faire lire et expliquer avec fruit en classe de troisième ..... Et c’est dans l’explication dialoguée que Munich, là, peut-être, peut revivre et se densifier et signifier de nouveau.

Changement de programme trois jours après avec deux petits enfants de 5 et 7 ans : Bambi 2 ! Cinquante ans d’absence et au fond, pas une ride. Pour dire le vrai, la génération des grands-parents, nous étions deux à l’ouvrage, a trouvé un peu mièvre, mais l’un pour déplorer, l’autre ma foi, pour s’en réjouir. En outre, il n’y a pratiquement pas de scénario... On se promène en sous-bois au milieu de jolis dessins... Et les gosses? Le garçonnet et également aîné aurait aimé plus de punch et de sang, fréquentation des mangas oblige, autre époque, mais la gamine a adoré les façons peluches de tous ces petits bestiaux.

On est revenus aux choses sérieuses, entre adultes consentants, le lendemain. Grosse côte au Monde et à Télérama, film français avec metteur en scène et acteurs à consonance géorgienne, promesse de scénario époustouflant, etc. 13 (Tzameti), de Géla Babluani et avec Georges Babluani ... est effectivement un film en noir et blanc très noir, halluciné et glauque, qu’il est franchement superflu de conseiller aux âmes sensibles, non que l’hémoglobine y envahisse l’écran, pas d‘abus de ce côté là, mais parce qu’il diffuse une tension extrême sur un fil narratif presque (et peut-être hélas complètement) crédible.

D’un quasi Cabourg où il répare une toiture, un jeune immigré de l’Est, au hasard d’un coup de vent, se retrouvera en possession d’un courrier adressé au propriétaire des lieux qui vient de s’absenter définitivement, pour cause d’overdose, de la baignoire où il s’était immergé. Il y a dans ce courrier une “Invitation au voyage” (sans luxe, ni calme, ni volupté) assortie des documents nécessaires (billets de train) qui va l’embarquer dans un atroce engrenage au terme duquel, et au moment où on pouvait le croire sorti du cauchemar, il perdra la vie. Entre temps, on aura eu droit à une sorte de version revisitée des Chasses du comte Zaroff, mâtinée d’une extrapolation scénaristique de Voyage au bout de l’enfer. Terrifiant. Mise en scène minimaliste et efficace, acteurs convaincants (parmi lesquels on reconnait Aurélien Recoing), poids sur l’estomac assuré. Evitez quand même si vous êtes dépressif.

Je me suis retrouvé le lendemain à rejouer, en solo cette fois, à l’art d’être grand-père. Échaudé par Bambi, regonflé par Tzameti, soutenu par l’élément viril et assoiffé de bagarres du binôme des petits-enfants, j’ai pris la tête d’un trio décidé à en découdre. Après l’aventure d’un voyage en autobus, pour rejoindre l’UGC Montparnasse à partir du jardin du Luxembourg, nous voilà dans la file d’attente de La véritable histoire du petit chaperon rouge, dessin d’animation promis à la fois comme accessible de 5 à 99 ans et .. décapant. On a dû empiler nos blousons pour faire un gros coussin sous les fesses de la petite, le cinéma était en rupture de rehausseur! Voilà ce que c’est que de vouloir travailler “à flux tendus” ! Et on a regardé.........

Bon, c’est un peu entre-deux. Amusant, avec même un quart d’heure d’anthologie, un bouc condamné à chanter quoi qu’il veuille dire et qui le fait avec une pêche extraordinaire sur des airs de country particulièrement musclés et dansants, un régal. Sinon, très second degré, esprit “djeune”. Le petit chaperon rouge, le loup déguisé en mère-grand dans le lit, la mère-grand ficelée dans un placard et un bûcheron herculéen et bas de plafond tombé là par la volonté des scénaristes, donnent de leur présence sur les lieux, à des enquêteurs totalement ineptes, quatre versions des circonstances ayant présidé à leur rencontre. On dirait du Claude Lelouch qui aurait fumé la moquette. L’idée est excellente, le résultat plus inégal, malgré, ce qui a beaucoup plu aux enfants, une mère-grand à double détente, confectionneuse de cookies par devant, spécialiste d’arts martiaux et piquée de sports extrêmes par derrière. Au final, un assez bon moment pour l’accompagnant, une incompréhension certaine des ressorts comiques de second degré pour une gamine de cinq ans, compensée par la joie de voir le petit chaperon rouge mettre une raclée au loup et une saine activation des zygomatiques chez mon voisin de sept ans. Le créneau d’âge du film me semble malgré tout plutôt démarrer vers 8-9 ans .

Enfin, bref, sur la décade, puisque décade il y eut, tous les goûts purent être dans la nature, ou peu s’en faut. Fauteuils d’orchestre la prochaine fois ? Cécile de France est adorable et Le Nouveau Monde de Terence Malik ne nous tente pas (et puis Colin Farell a le physique tellement mièvre ...). On verra ...