AU CINÉMA, DEUX FOIS .............

Le petit bonhomme de Télérama n’en peut plus de gouttelettes de sueur et du coup ... je me suis fait piéger. Ce n’est pas la première fois. Ni la dernière ? Lord of War n’est pas un bon film. C’est un pseudo-documentaire en voix off sur une ligne narrative totalement inintéressante, confié à un Nicolas Cage dépourvu de toute crédibilité. On ne cesse guère de s’ennuyer. Cinématographiquement, c’est “quasi-nul”. Le film a coûté des fortunes, on est impressionné quand on apprend que le matériel militaire exhibé n’est pas en carton pâte mais a bel et bien été emprunté à de véritables marchands d’armes qui ont mis leurs commandes en attente à la disposition provisoire du metteur en scène, mais rien ne fonctionne.

Et cela fait problème, gros problème même. Car le film se veut ou peut apparaître comme porteur d’une morale, en tout cas ouvert sur des questions éthiques. Il est politiquement incorrect au regard des grandes puissances et dénonce explicitement, petit speech (off, je l’ai dit) à la clé, Georges W. Bush comme premier marchand de canons de la planète (d’où probablement l’enthousiasme de Télérama qui fonctionne d’abord à l’idéologie et seulement après à la qualité artistique (je l’avais oublié, donc... “au temps pour moi” (non, non, ce n’est pas “autant” qu’il faut écrire, demandez à votre adjudant))). Cette dénonciation pourrait nous ouvrir les yeux. Le potentat africain qu’on nous montre dans toute l’étendue de ses foucades sanglantes, l’ignoble complicité qu’on nous fait voir des puissants attachés à la défense de leurs seules combines, sûr, ça nous rappelle des choses, et ce qu’on a su d’Amin Dada, et d’autres, et on sait bien que c’est constant et (le mot est devenu un “must”) pérenne ....

Mais décidément, non. À présenter une fiction, statut officiel de la chose, on nous éloigne trop du documentaire, ce qu’est probablement pourtant le film: un documentaire où on a fait endosser à des acteurs des situations parfaitement réelles, et même sans doute passablement édulcorées . Du coup, tout le message s’effiloche, se décrédibilise, empêtré par ailleurs dans une bluette fadasse, avec Cage vaguement bêlant après un grand amour dont la dissolution prévisible ne lui fait au bout du compte ni chaud, ni froid...

Bref, ce “blockbuster” (en français: ce film à gros budget) hollywoodien, ce grand machin, n’est rien qu’une baudruche qui s’arrange pour ne pas nous laisser indignés devant des ignominies réelles qu’il transforme en spectacle de marionnettes. C’est un attrape-gogos. Permettez que je me présente : Gogo!

Ah, oui : le film est d’Andrew Niccol et la Madame-top-model de service se nomme Bridget Moynahan (un seul plan vaut le détour, quand elle est en maillot de bain au bord de la mer, debout dans une position curieusement hanchée qui met en valeur ses longues jambes). Un rôle secondaire est tenu par Ethan Hawke, un jeune type que j’aime bien et qui était formidable dans une série B de l’année dernière, furieusement tournée: Assaut sur le central 13 . À l’occasion, c’est un petit polar à ne pas manquer ....

À propos de polar, discutons un peu de La vérité nue, d’Atom Egoyan, avec (surtout) Kevin Bacon. J’en sors, là. Bien, très bien. Série B? Oui, série B, mais bien faite, très intéressante. C’est l’adaptation d’un roman à succès (américain): Where the truth lies, de Rupert Holmes. Pour moi, inconnu au bataillon. On apprend tous les jours. Je tâcherai de le lire, c’est toujours instructif de comparer la source et le produit.

La structure du film est bien tricotée, même si dans l’intrication des événements à quinze ans de distance, j’ai eu de petits flottements au cours du premier quart d’heure, peut-être à cause des changements de coiffure de l’héroïne principale que je n’avais pas assez appris à reconnaître sur ses premières apparitions. Toutes ces blondes se ressemblent. Ah, vous êtes blonde ? Sincèrement désolé... Ce n’était pas pour vous, bien sûr!

C’est très bien joué, l’intrigue avance par petites touches, avec des angles de prise de vues différents, il y a des surprises, un certain suspense, non, vraiment bien. Conseillé. Avec une réserve et une réflexion.

La réserve concerne le ressort principal, le motif déclenchant, du drame: il est trop ténu. Télérama, globalement trop en retrait sur le film, le souligne fort justement. Ce n’est pas très grave, cela ne nuit pas à l’étoffe du récit dans ses développements , mais ce n’est pas vraiment sérieux. Ou alors, il fallait installer l’incident dans une autre progression psychologique des relations entre les deux héros masculins, ce qui semble tout à fait hors du champ des scénaristes. Dommage.

La réflexion est relative aux scènes de sexe, il n’y en a pas beaucoup mais l’une m’a fait réfléchir. Je passe sur quelques détails “techniques” (on nous montre Kévin Bacon dans une levrette assez frénétiquement mal mimée, pour lui faire dire un peu plus tard et parce que cette nouvelle situation arrange le scénario que son truc, définitivement, c’est le missionnaire... Incohérent pour le puriste, amoureux de la rigueur, n’est-ce pas?).
Non, la scène qui m’a interpellé (c’est toujours à la mode, “interpellé”?), c’est une scène d’homosexualité féminine un peu poussée. À l’heure où le cinéma (par exemple dans “Le temps qui reste ”, j’en ai parlé et j’attends de voir ce que donne "Le secret de Brokeback Mountain ") donne en images très réalistes l’occasion aux mâles (de moins en moins) dominants de s’interroger sur leur aptitude à supporter les scènes de sexe “entre garçons” (vocabulaire d’usage), force est d’expérimenter “a contrario” que les scènes de sexe “entre filles”, même fort explicites, parviennent à inscrire de beaux corps aussi féminins que dénudés et réciproquement attendris dans une logique de fantasme masculin qui, ma foi, comme on le dit des arguments d’une discussion, tient sacrément bien la route. Scène sensuelle, bien filmée, bien amenée, bien “en situation”. Tudieu!, on ne pétitionnera pas auprès des ligues de vertu! Et c’est ma réaction qui m’a fait ... réfléchir!

Et aussi ceci: sur les rôles principaux, Kevin Bacon, excellent, est entouré de Colin Firth que je ne connaissais pas et qui est bien et d’Alison Lohman, nouvelle venue pour moi, qui ne s’en sort pas mal du tout.