José Saramago est prix Nobel de littérature 1998. J’ai refermé hier son Histoire du siège de Lisbonne. Il faut essayer de lire ce grand portugais, chez qui résonne encore, ici ou là, Pessoa.

J’y suis venu par hasard. L’Évangile selon Pilate, d’Eric-Emmanuel Schmitt m’avait passionné et, d’un Évangile l’autre, j’ai feuilleté dans les rayons de la Librairie Compagnie (58, rue des Écoles, Paris, V° arrdt... Adresse très recommandée!), du susdit Saramago, l’Évangile selon Jésus-Christ. Etc.

Lire un livre de Saramago, c’est se prêter au dialogue avec une intelligence constamment en marche, dans la plénitude de l’échange. Il faut un court temps d’adaptation car en ce royaume, la ponctuation chante le triomphe absolu de la virgule, les majuscules aidant à repérer les changements de locuteur. Mais l’esprit de l’auteur, entraînant le nôtre dans la multiplicité de ses apartés, s’y meut avec tant d’aisance qu’on le suit, enrichi à chaque pas, à la découverte de ce qui est dit comme de ce qui pourrait l’être, ou pensé en miroir, ou en prolongement et l’invisible fil d’Ariane de sa plume ne se rompt jamais.

L’Évangile selon Jésus-Christ donc, d’abord, et puis les autres, ensuite ... Le pessimisme tranquille et éclairé de Saramago, à moins qu’on ne puisse le donner pour un optimisme lucide et désabusé, nous ouvre à un humanisme poétique et distancié où se déploie, dans la certitude - incertitude des ratages, dans l’éblouissement entrevu des illusions, dans l’aspiration entêtée des humbles à une autre réussite ou dans le ridicule étonné de lui-même des ambitions, où se déploie, donc, la comédie humaine que chacun porte en soi. Le roi, chez lui, est toujours nu, de même que dans son for intérieur, chacun est roi, maître désemparé de mouvements qui lui échappent, observateur interloqué de choix qu’il n’a pas voulus, solitude en crainte ou en quête d’autre chose.

Lire son Manuel de peinture et de calligraphie, auto-analyse éblouissante d’un non-peintre à double fond; lire son triptyque (ou donné pour tel): L’aveuglement (prodigieuse métaphore de notre relation à l’altérité), Tous les noms (étonnante non-prise de pouvoir d’un obscur sur son non-destin), La caverne (apologie peut-être, sans doute, de la grandeur des humiliés et méditation probable sur une métaphysique du geste dans les hésitations du devenir); bref, lire !

Donc, je viens de terminer l’Histoire du siège de Lisbonne. La ville est tombée, l’avenir certain - incertain attend les héros, ou ne les attend pas, qu'importe.... Et moi, comme tout lecteur de Saramago, pour quelques heures volées, je suis un peu plus poétiquement intelligent et étonné......