La bousculade des fêtes et... des numéros du Monde sur le bureau. Non lus en totalité s’ils sont encore là. Je les feuillette......

NUMÉRO daté Di.25- Lu.26 /12.......

Page trois : ...Un article équilibré sur le débat “Loi du 23-2” (les “aspects positifs de la présence de la France outre-mer”). On fait un faux procès aux manuels scolaires. Qui? On n’a plus affaire là aux fous de Dieu de l’Islam dévoyé mais à des fous de l’Idéologie. Seul le sectarisme aujourd’hui fait recette. Dénoncer et Haïr, voilà les maîtres-mots. Réfléchir? Qui a encore du temps à perdre à ça?

Page 13: ... Une interview de Jacques Arnould, présenté comme dominicain spécialiste d’astrophysique, chargé de mission pour les questions éthiques au CNES (Centre National d’Études Spatiales), toutes références qui me laissent rêveur. Comme me laissent rêveur ses affirmations: “l’humanité a commencé un jour et Jésus est né un jour” ! Pour Jésus, soit, ne sût-on pas lequel. Mais pour l’humanité, c’est une plaisanterie! Comment dater ce qui ne saurait, au sein d’un long processus évolutionniste et gradué, avoir de date? Et ça continue : “...il ne s’agit pas de croire au récit d’Adam et d’Eve au sens littéral, comme d’ailleurs il ne s’agit pas non plus de croire au Darwinisme”. Ah bon, dans la foulée, le dominicain-astrophysicien est pour l’ Intelligent Design? . Et pour faire bon poids, la confrontation Adam-Eve (non littérale, nous a-t-il prévenu!) devient la métaphorique rencontre d’Homo sapiens et de Néandertal! Ben voyons! Évident! Cherchez la femme, là dedans!
Nous sommes paraît-il “en quête de quelqu’un, caché au delà de l’humain”. Quels enfantillages et quelle peur du noir, du néant, de l’évidence de l’absurde dans ces affirmations. Il se réfère au livre de Jacques Monod (Le hasard et la nécessité) et en cite les dernières lignes :”L’homme sait qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard (...) À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres”. Et le dominicain d’ajouter : “Quel choix faisons-nous? Quel sens donnons-nous à notre vie? Le chrétien ose alors regarder du côté d’un enfant...”. Affligeant! Pour moi, toutes ces pseudo-interrogations larmoyantes sur le sens de la vie en sont la négation même. Dieu m’est assez insupportable et, dépourvu de toute angoisse métaphysique, je m’irrite vite des tâtonnements désespérés d’autrui se cherchant un créateur pour cesser de se sentir responsable de son destin. Quant au créationnisme mou du dominicain.... Ouais, affligeant, tout ça!

Page 14: ... pas mal, sur “Les as de la banlieue”, même si le titre est malheureux. Je n’aime pas le système des arbres cachant la forêt, il faut une approche plus globale. Mais le contenu reste intéressant. Et lesdits as semblent accorder une place essentielle à la démission / non démission des parents. L’un d’eux, qui par ailleurs prend Tariq Ramadan comme “modèle de réussite sociale ” (!), affirme non sans justesse, si c’est tout intégrisme exclu: ” Qu’on soit bouddhiste, chrétien ou musulman, c’est un facteur d’apaisement. Cela donne une philosophie et des valeurs”. Mais pourquoi y a-t-il échec d’un humanisme athée? Pourquoi s’accrocher à une transcendance divine pour devenir “raisonnable”? Cela me demeure mystérieux! L’article avait pour chapeau : “Issus des mêmes cités, des mêmes collèges que les émeutiers, ils croient à l’autorité, travaillent, réussissent leurs études et s’énervent contre les médias qui caricaturent leurs quartiers”. Les interviewés sont au nombre de neuf ... problème de représentativité statistique, mais tous très pondérés.

Page 19: ... on croise des musiciens “frappés par Dieu”. Marrant. Pour être frappés, ils semblent effectivement l’avoir été, et fort! Il semble aussi que ça rapporte ...

NUMÉRO daté Samedi 24 / 12 ......

En page Débats (pge 19), un article de Claude Ribbe, quidam (il ne digère pas le terme) mis en cause et éreinté sous ce vocable par Pierre Nora dans un précédent “Point de vue”. Il est venimeux, le Claude, dans la perfidie ad hominem : “Je ne me permettrai pas de faire grief à un brillant universitaire (le susnommé Pierre Nora, donc) de n’avoir pas été admis à franchir la grille de l’École Normale Supérieure (Claude Ribbe en est issu!), ni d’avoir attendu la maturité pour être enfin reçu à l’agrégation d’Histoire”. L’argument est fascinant et typiquement français: “t’a pas à la ramener, t’a pas été foutu de rentrer à normale sup et tu t’y es repris n fois pour arriver à décrocher l’agreg!”. Ne pas avoir gravi dans la jeunesse et l’allégresse les sommets de la réussite étudiante, voilà le péché originel. On ne se demande pas si la pensée ultérieure s’est richement développée, on en reste au culte du major.... Cela dit, le billet de Nora et ses trémolos sur le soleil d’Austerlitz ne valaient pas grand chose, outre que le Claude en quidam désigné avait le droit de ses sentir insulté. L’attaque était basse, ma foi, la réplique n’a pas voulu élever le niveau. Humain.

Page 11: ... Le Monde se met depuis peu à la photo et s’en fait complaisamment gloire. Et en couleur, s’il vous plaît!. Là, le général Henri Poncet, en béret rouge, est présentable, mais à côté, Renaud de Malaussène, son adjoint à deux étoiles, ne gagne rien à s’exhiber avec une tarte sur la tête. On est juste un petit cran avant les déguisements de Torreton dans Les rois maudits! Quand au fond de cette affaire d’étouffement du “coupeur de routes” Firmin Mahé, le plus entarté des deux désapprouve, nous dit-on, intérieurement l’autre mais, par fidélité au chef, ne bouge pas. Quel vocabulaire que la langue de bois militaire! Enfin, si, comme on le dit ces jours-ci, le Mahé étouffé se révélait ne pas avoir été le bon, il est vrai que la méthode expéditive qui, dans l’illégalité, avait néanmoins ma compréhension, montre les limites des décisions hâtives et irréversibles. Même frustrant, le droit reste la seule voie à suivre.

Page 18: ... “Les évangéliques, fous de Jésus”. Où on retrouve Georgina Dufoix, du coup totalement décrédibilisée par ces foutaises.

NUMÉRO daté Jeudi 22 / 12 .....

Page 15: ... portrait de Juliette Binoche, Marie-Madeleine revisitée par Abel Ferrara. Hagiographie béate et convenue mais ... j’adore Binoche. Mon dépit, c’est de retrouver François Mitterrand sur le créneau. Malgré mes votes constants, en situation et faute d’alternative utile, je n’ai jamais pu sentir le personnage. Alors, qu’il aime lui aussi Binoche me défrise !

Page 19: ... Un papier de Claire Brisset . “Il est grand temps de changer l’École”. Le quotidien la sous-titre: “Défenseure des enfants”. Mais quelle horreur et quelle ânerie cette féminisation des titres au delà des conventions héritées. J’ai peut-être la réaction plus épidermique que rationnelle là dessus (?). Pourtant Défenseur, Professeur, Écrivain, ... c’est parfaitement clair et honorable tout ça, dans sa neutralité fonctionnelle! Le féminisme devrait se chercher d’autres combats et ne pas négliger le principal: cesser d’avoir à se distinguer. Professionnellement, c’est très anecdotiquement qu’on est un homme, une femme, un noir, un juif, etc. On est sa fonction et on l’incarne, neutre, et on la remplit dans les meilleures conditions et au mieux de ses compétences et non de ses apparences, qui sont, elles, du domaine de la sphère privée.
Sur le fond, à dénoncer (à juste titre) le jargon des programmes de français, Claire Brisset laisse échapper un malheureux : “ ... l’école s’adresse àux enfants , aux adolescents (...), elle doit leur parler une langue qu’ils comprennent”. Aie! Si on retient ce critère, on va se limiter à cent cinquante mots et à la structure sujet-verbe-complément! Reformulons : “... l’école doit conduire les enfants, les adolescents, à un niveau de langue permettant de s’intégrer avec aisance (en les pratiquant au même niveau) aux modes de communication (écrite et orale) de l’ensemble des interlocuteurs de la société civile, sans leur imposer aucun vocabulaire de spécialistes”.
Pour le reste, la position est équilibrée et de bon sens, mais sans proposition novatrice ... N’était la notoriété de l’auteur, l’article n’aurait probablement pas accédé à la publication. Cela dit, même avec des propositions novatrices, mais une signature “inconnue”, le texte restait dans le tiroir. Le Monde a renoncé à relayer des idées sur d’autres critères que le niveau acquis de médiatisation ou la position sociale de l’émetteur.
Claire Brisset a l’hommage à Gilles de Robien un peu prématuré concernant la révision des programmes de formation des enseignants. Wait and see... Mais elle a raison de souligner que “c’est l’ensemble de notre système scolaire qui est en très grande souffrance “; et tort de ne rien proposer. La critique est aisée etc.

NUMÉRO daté Mardi 20 / 12 .....

La courte chronique “Société” de Laurent Greilsamer, intitulée “Globalement négatif”, me plaît bien par sa modération distanciée, même si je manque nettement de compétence sur les bienfaits - méfaits de la colonisation. Il y a tant de bruit et de fureur à vide sur la question, par cette frénésie haineuse qui fait de constantes victimes et se déclenche à toute suceptibilité communautariste froissée, sans se donner le temps de recadrer les problèmes et de distinguer malveillance et maladresse .... Et puis mieux vaudrait aborder au fond la recherche des solutions propres à effacer dans les difficultés d’aujourd’hui les erreurs d’hier plutôt que continuer à se jeter les grands-parents immondes, bienfaiteurs ou victimes à la tête. Le passé doit être traité comme facteur de progrès, pas constamment comme motif de dispute. Difficile conciliation, au sein du présent, du devoir de mémoire et de l’exigence d’avenir.

Photographie de Christiane Taubira en page 15 et en gros plan (“Une voix positive de l’outre-mer”). Je reviens sur la vantardise récursive du journal qui ne cesse de s’auto-satisfaire de son passage à la photo, la photo qui parle, qui résume, qui éclaire, qui illustre, qui démontre, qui suggère, etc. Cette modernisation du “bon dessin qui vaut mieux qu’un long discours” et trouve souvent (à l’ancienne, en cousu-main) un brillant appui chez Plantu, ne me paraît pas indéfiniment extensible (sinon, pourquoi continuer à écrire?) ni nécessairement opportune en toutes circonstances. Ici, le résultat me semble des plus incertains. Le gros plan n’est pas flatteur et même outrancièrement “ethnique”, induisant des doutes sur la cohérence entre le “positif” du titre et le subliminal du message “photographié”!

Jack Lang, insupportable courtisan mitterrandien, se rappelle en page 16 à notre mauvais souvenir. Grand ministre de l’Inefficacité à l’Éducation Nationale où on l’avait chargé de cautériser par l’ondoiement les plaies causées par le “parler vrai-mais-mal” de Claude Allègre , on le retrouve ici sous sa bannière préférée de spécialiste incontournable de la chose culturelle . Il y a toujours du “pro domo” chez lui et son message en devient vide. Passons.

Tiens, encore une photo en page 29, avec la disparition de Jacques Fouroux, le Napoléon de l’Ovalie. On le voit en pleine action, ballon en main, jambes puissantes, une tête de gamin. France-Inter ce matin là, au gré des chroniques, hésitait: 1,62m ou 1,65m ? Le journal tranche: ce sera 1,62! Il faisait, dit-on, “pleurer les gros” (les avants, qui pesaient 50 kg de plus que lui!). Mystères de l’autorité. On entre en classe. Écoute ou merdier? Chahut ou recueillement? Je ne suis pas persuadé que le “métier” ni les théories pédagogiques soient autre chose que des béquilles. L’essentiel est ailleurs et on ne le maîtrise pas.

NUMÉRO daté de Vendredi 16 / 12 ......

Sur plus du tiers de la surface en page 17, la Une de la revue Challenge, avec la binette de Richard Descoings. L’honorable directeur de Sciences-Po n’y manifeste pas ce qui, dans mon imaginaire, serait la tête de l’emploi. Dans l’exaspérante branchitude de sa barbe de huit jours, il prendrait plutôt immédiatement place parmi mes victimes personnelles du “délit de sale gueule”. Marrant... Ce type là est nécessairement d’une intelligence et d’une culture plus qu’estimables et voilà, il emporte au premier coup d’œil ma méfiance doublée d’antipathie. Difficile décidément de juger les gens sur leur mine, et pourtant, statistiquement et malgré le dicton contraire, très souvent réaliste et confirmé par la suite (expérience personnelle ....). ALors? Allez, on va espérer que Descoings gagne à être connu, encore que ses positions sur l’ouverture des Grandes Écoles aux ZEP ne rencontrent pas mon analyse du problème de la formation dans les quartiers dits défavorisés. En tout cas, pour le “choc de la photo”, comme on dit à Paris-Match, c’est un peu raté s’il s’agit de plaire. Je préfère Ségolène, page suivante! Ou le beau portrait d’Aimé Césaire, page 21, dans sa négritude revendiquée, et ici éclatante d’intelligence amusée.

Page 31: .... Michel Serres reçoit René Girard sous la Coupole. J’ai lu dans un autre numéro les discours de réception croisés. Ridicule de ces cérémonies, de ces apologies obligées, dithyrambiques et sans doute rarement senties, sincères... On fait péniblement sa dissertation... Et puis Michel Serres me semble vaticiner à la limite du compréhensible depuis quelques années . Gros coup de fatigue? J’en profite pour découvrir, honteux, que j’ignore totalement René Girard, présenté comme le nouveau Darwin (... des sciences humaines) par son laudateur exalté et confus. Diantre! J’ai noté une référence du grand-homme: “La violence et le sacré”. J’irai quand même voir.
Quand je pense que pour en arriver là (prendre rang parmi les “Immortels”), il faut, invraisemblable fayottage, faire le porte à porte des gens en place et s’astreindre à l’humiliation des cirages de pompes nécessaires à toute élection réussie. Le sot goût des honneurs chez des esprits si élevés me navre. Victor Hugo, lucide bien que lui aussi forcené de l’accés à l’Académie, pourtant indigne de son génie, l’a au fond dit, même si je détourne là sa pensée : “Il n’y a pas de montagne sans vallée”.

NUMÉRO daté de Jeudi 15 / 12 .....

En vrac: ... les français s’habituent aux idées du Front National, un indien est la troisième fortune du monde, quand les balieues flambaient, Marseille restait calme, Gainsbourg et sa tête de chou ont droit à une intégrale de leurs textes en 1000 pages, le général Henri Poncet et ses trois étoiles sont mis en examen, des chercheurs ont stocké un photon, sur les quais du RER D les usagers témoignent de leur incompréhension, Christian Vanneste, député qui enseigna (bien, j’espère!) la philosophie, est homophobe (les Grecs, pourtant ...), Tim Montgomery, convaincu de dopage, n’est pas flatté sur la photo ......
Un billet d’un “Agrégé des Lettres” sur “Les vieilles lunes d’Austerlitz”, et Napoléon Bonaparte en ennemi de tout républicain qui se respecte, se laisse assez agréablement lire. Il y a aussi Picasso, prodigieux dessinateur, à l’Hôtel de Salé, la Comédie française qui reprend Les Bacchantes d’Euripide et, à la Cartoucherie de Vincennes, une amusante (dit Michel Cournot, mais depuis le temps, j’ai appris à m’en méfier) révision homérique (“L’Odyssée... la nuit”) que j’ai ratée , elle ne se jouait que jusqu’au 18 décembre. Bah, c’est le journal du 15 / 12, c’est déjà vieux tout ça, quasiment oublié, c’était presque l’année dernière.
Il faut réfléchir à 2006 maintenant!