Le 10 septembre dernier, Le Monde, dans un article signé de Martine Laronche, se faisait – à mon avis fort complaisamment – l’écho d’une étude (de Pierre Merle – Sociologue) mettant en lumière les humiliations que notre système éducatif impose aux élèves. J’avais trouvé l’affaire scandaleuse et proposé au quotidien une réponse furieuse qui n’a – évidemment – pas été retenue, un « Courrier des lecteurs » ultérieur ayant, devant l’ampleur des réactions, distillé du bout des lèvres quelques modestes extraits des protestations les moins politiquement incorrectes.

Je veux ici souligner combien la pénible affaire d’Étampes apporte, je le suppose, de l’eau au moulin du sociologue défenseur des élèves opprimés et conforte, j’imagine, notre « grand quotidien du soir » dans ses positions compréhensives.

En effet, qu’est ce drame, sinon celui d’un élève humilié ?
Voyons, ce grand garçon, jamais « repéré » nous dit-on « comme un élève violent », ce grand garçon que ses camarades considèrent « calme, intelligent », comment envisager qu’il en soit venu à des réactions si extrêmes sinon en prenant conscience de ce qu’il est une nouvelle victime du système éducatif et de sa pédagogie pervertie déjà citée: l’humiliation des élèves !

Soyons lucides ! Revenons aux faits ! Le trimestre touche à sa fin. Les conseils de classe ont eu lieu, procédures douteuses où se débondent tant de frustrations enseignantes accumulées, où se donnent libre cours tant de réflexions insidieuses sur le comportement des lycéens et collégiens. Des bulletins trimestriels sont rédigés, où fleurissent les formules mi-mielleuses, mi-insultantes évoquant le « manque d’ardeur au travail », les « comportements insolents » voire l’« inaptitude » ! La stigmatisation au rictus haineux est tapie au fond de ces jugements ! Et là voilà même qui s’exhibe, qui se déploie : on reçoit les parents et, en mains propres, on leur remet lesdits bulletins, on les leur commente, l’inquisition pédagogique pointe son doigt vengeur sur l’innocent et mène, devant le géniteur convoqué, un ignoble procès tant à charge que ce dernier en vient parfois – ce qui semble s’être produit à Étampes – à y accorder crédit. D’où, retour au bercail, des demandes d’explications, des reproches, des questionnements, des suspicions, bref… des outrages.

Comment voulez-vous que ces injustifiables pratiques ne poussent pas à des comportements de défense désespérée, et quand on y réfléchit, légitime, les malheureux enfants qui voient ainsi caricaturée, vilipendée, bafouée, leur soif de vivre et leur dignité ? Je vous le demande : si on s’était un peu plus soucié de respecter l’élève, en serions-nous là ?

L’enseignante agressée envisagerait de porter plainte contre l’Éducation Nationale… Mais c’est son agresseur désolé, son jeune élève, injustement poussé à bout qui doit le faire ! C’est l ‘Éducation Nationale et ses séides, les professeurs, qui sont les vrais responsables ! Regardez-les, ces personnels que des études longues et difficiles ont conduits à des attitudes d’intolérance inacceptables face aux saines aspirations d’une jeunesse qui ne demande qu’à s’épanouir dans l’indolence tranquille d’une inculture ensoleillée. Admirable jeunesse, te voilà bientôt traînée dans la boue, toi qui, dans l’hédonisme naturel à une humanité enfin rendue à ses pulsions les plus authentiques : ne rien faire et ne rien apprendre, ne demande qu’une chose, et bien naturelle : surveiller les alouettes qui, dans une société juste et revenue à une vraie conscience de ses devoirs, ne doivent pas manquer de tomber toutes cuites.

Espérons quand même en la justice de notre beau pays et qu’elle ne se trompe pas de coupable !